‹ Considérations sur la méningite cérébro-spinale et particulièrement sur les récentes épidémies de BayonneChapitre 20 sur 33 · ARR · texte numérisé non relu

ARR

27-98 février. — Rien de particulier à noter: uneélévation brusque à 38°,8 dans la journée du 28 avec unétat général bon.

A signaler les jours suivants quelques sautes brusques de température; à partir du 3 mars, on prescrit 4 gr. d’iodure et on fait trois jours de suite une injection sous-cutanée de 1 centigr. de sublimé.

9 mars. — Dans l'après-midi vomissements et expulsion de 3lombrics.

10 mars. — Nouveau vomissement le matin avec expulsion d’un lombric.

11 mars. — T. 38,7 le matin; mal de tête violent ayant débuté dans la nuit; un vomissement avec expulsion d’un lombric; fatigue générale; injection de sérum, 800 gr. ; antipyrine, 2 gr. et potion de quinine; lavement huileux contre une constipation datant de deux jours (une selle). T. 37°,6 lesoir.

Dam... est entré en convalescence à partir de ce moment; la gène de la parole a disparu peu à peu; mais l’'amaigrissement général était considérable; ce n’est que lentement que le malade est arrivé à recouvrer ses forces et un état général satisfaisant. Sorti le 6 mai.

OBsERVATION vi (inédite)

Méningite cérébro-spinale. Guérison.

G... Théodore, 23 ans, caporal au 49° régiment d'Infanterie, 17 mois de service, entré le 18 février dans la soirée.

10 heures d’invasion de maladie.

Pas d’antécédents pathologiques personnels ou héréditaires.

Le matin du jour de l'entrée à l'hôpital, G... a été pris de violents maux de tête localisés principalement dans les régions orbito-frontales et à la nuque; il s’est rendu cependant aux manœuvres de la matinée, mais n’a pu déjeüner et a dû se coucher dans l'après-midi; quelques heures avant son entrée dans les salles, la température axillaire était de 4006.

On note à l'examen un état de torpeur assez marqué, une perte incomplète de la connaissance, le décubitus latéral en chien de fusil, une céphalalgie violente avec irradiations douloureuses dans les yeux qui restent fermés, les pupilles rétrécies; vive sensibilité dans la région de la nuque qui est maintenue raidie et hyperes-

Eos es

thésie cutanée manifeste; la déflexion des membres se fait très difficilement; langue blancho, ventre souple, pas de vomissements, rien dans la gorge ni dans la poitrine. Pouls 74, T. 40°. Le sujet est très vigoureusement constitué.

Prescription : Bromure et sulfate de quinine.

19 Février. — Nuit assez agitée ; persistance des douleurs locales avec prédominance dans la région orbito-frontale gauche; les pupilles réagissent bien à la lumière; il existe aussi de la rachialgie entrainant une raideur extrême du tronc; déflexion des membres difficile et douloureuse; il y a de l’apathie plutôt que de la torpeur, et le malade répond nettement aux questions posées à voix un peu haute; pas d’exanthème; pouls à 72. T. 3893 matin, 3704 soir. Pas d’albumine dans les urines; lavement purgatif, bromure, injection de 2 centigr. de morphine.

20 Février. — Amélioration notable, selle abondante, la tête reste douloureuse et le cou raide. T. 37 matin et soir.

21 Février. — Même situation; pas d’élévation thermique; apparition de quelques vésicules d'herpès sur la commissure labiale gauche ; morphine, iodure de potassium, aliments légers.

22 Février. — L'amélioration à partir de ce jour va en progressant; la céphalalgie rétrocède peu à peu, la nuque demeure cependant enraidie assez longtemps et le malade présente pendant une certaine période un affaiblissement hors de proportion avec la courte durée de la maladie.

Sorti le 16 mars en bon état de santé et sans garder aucun vestige de la maladie.

OBsERVATION vit (inédite)

Méningite cérébro-spinale. Mort au bout de trois mois.

Péc…. Jules, jeune soldat au 49° régiment d'Infanterie, 3 mois de service, 21 ans, entré le 18 février.

Pas d'affection antérieure, rien du côté de l’hérédité.

La maladie a débuté 36 heures avant l'entrée à l’hôpital par de violents maux de tête et des vomissements; Péc..., d’abord gardé à l'infirmerie, fut, devant l'aggravation des symptômes, envoyé à l'hôpital.

DRE ie

C’est un gros garçon, vigoureux, qui, au moment de la visite, se trouve dans un état d’agitation assez grande; décubitus latéral, yeux fermés, pupilles étroites; cris intermittents et plaintes; 1l se plaint beaucoup de la tête et de la nuque; légère contracture des membres et hypéresthésie cutanée; rien dans la poitrine ni dans la gorge, ventre souple; constipation datant de deux jours ; deux vomissements bilieux pendant les premières heures de l’entrée dans les salles ; pouls à 82. T. 3994 matin, 39°6 soir.

Prescription : 80 centigr. quinine; lavement purgatif. Bromure 4 gr. ;

19 Février. — Nuit très agitée; on a dû attacher le malade pour l'empêcher de sortir du lit; torpeur le matin; tête, cou et région lombo-sacrée douloureux; tentatives de déflexion des membres très pénibles; raideur extrême de tout le tronc ; opisthotonos au début; dysphagie sans rougeur anormale de la gorge; langue sale. T'. 3802. Pouls 78.

Devant la gravité de l’état général, on essaie, au lieu d'employer les injections sous-cutanées de sérum, de faire passer directement le liquide dans le système veineux, et on dénude la veine saphène interne droite au niveau de la malléole; on pousse l'aiguille dans la lumière du vaisseau; l'injection commence à passer; mais l’agitation du malade, bien que tenu vigoureusement, est telle qu'il est impossible de maintenir l’aiguille dans l’axe de la veine et que sa pointe s'engage à plusieurs reprises entre les parois vasculaires ou les perfore de dedans en dehors; on se résout à faire simplement une injection sous-cutanée de 1150 gr. de sérum. Bromure et morphine.

Mictions abondantes dans la journée (pas d’albumine dans les urines) ; pas de selle; le soir vomissements bilieux contenant quatre gros ascarides. T. 3805.

20 Février. — Nuit très mauvaise malgré une injection de 2 centigr. de morphine et l’ingestion d’une potion laudanisée; le matin, l’opithotonos s’est accentué avec projection du cou en avant; agitation très grande; membres contracturés et douloureux, cris violents intermittents, plaintes fréquentes ; perte de connaissance absolue; Péc... n’a pas uriné depuis la veille au soir et ne peut le faire; cathétérisme qui ramène 600 gr. d'urine, pas de selle.

Injection de 120 gr. ; sueur abondante dans la journée; 1200 er. d'urine par le cathétérisme. T : 380,2 matin ; 38°,8 soir.

dé 2 Lt au

LE Se

21 Février. — Nuit encore très agitée; le matin subdélirium avec intervalles de connaissance; opisthotonos moins accentué: injection 1000 gr. Bromure, morphine et laudanum. Péc... prend un peu de bouillon, de lait et de vin; lavement glycériné. — Diaphorèse abondante dans l'après-midi; cou et tronc moins raides; 1500 gr. d'urine par le cathétérisme; pas de selle. T: 38,1 matin ; 38°,4 soir.

22 Février. — Nuit assez agitée; somnolence et affaissement le matin ; apparition de vésicules d'herpès aux commissures labiales; pupilles étroites ; langue très sale, noirâtre; œdème de la main gauche probablement dû à la position du malade qui reste continuellement couché de ce côté en appuyant surle bras; dysphagie telle que le malade ne peut rien absorber. [Injection de 1200 gr. — 1400 gr. d'urine par lecathétérisme ; pas de selle. T : 37°,5 matin ; 38°,8 soir.

23 Février. — Nuit assez bonne; le matin, affaissement ct torpeur; Péc... reste couché sur le côté gauche et se débat fortement quand on veut le changer de position; le pavillon auriculaire de ce même côté est rouge, œdématié, comme gelé (chose attribuable sans doute à la continuité de la compression exercée par le décubitus); pupilles étroites, paresseuses; pouls, 80, respiration 32; rien dans la poitrine; pas encore de selle malgré les lavements purgatifs, huileux, glycérinés (constipation datant de 8 jours); Péc... ne peut rien avaler. Injection de 1500 gr. ; diaphorèse dans la journée; 1800 gr. d'urine par le cathétérisme. T : 39° matin; 39°,3 soir,

24 Février. — Nuit assez calme; Péc... a uriné dans son lit en quantité assez notable; torpeur absolue le matin; pouls 90, respiration 40; les joues flasques obéissent aux mouvements respiratoires ; persistance del’œdèmede la main gauche; érythème œdémateux avec phlyctènes du pavillon auriculaire; le malade reste mainte-

© nant couché sur le côté droit. Injection 1200 gr. ; pas d'alimentation,

1000 gr. d'urine par le cathétérisme. T: 37°,2 matin ; 38°,2 soir. 25 Février. — À uriné abondamment la nuit ans son lit; torpeur toujours absolue et même flaccidité des joues ; pommettes violacées; pouls assez faible à 95. Injection de 1200 gr., bien que le malade paraisse perdu; persistance de l'impossibilité de la déglutition. Introduction par les fosses nasales et jusque dans l’œsophage d’une sonde rouge de Nélaton qui permet de faire pénétrer lentement dans l'estomac environ 250 gr. d'un mélange de bouillon

et de vin. 1600 gr. d’urine dans la journée par le cathétérisme. Pas de vomissements. T: 38°,8 matin ; 38°,2 soir.

26 Février. — Nuit assez Calme; torpeur absolue; pupilles moyennement dilatées, pouls à 95. T: 37°,6; mouvements respiratoires 32. Rougeur violacée des pommettes, flaccidité des joues. Pas encore de selle; le toucher rectal montre des parois flasques avec vacuité presque complète de l’ampoule; plus haut, on sent des matières dures. Injection de 1200 gr.; ingestion par la sonde de 250 gr. de bouillon et de lait avec un œuf; cathétérisme comme d'habitude.

Dans l'après-midi, vers une heure, éclate une crise convulsive généralisée des plus violentes de 10 minutes de durée environ avec issue d'urine et de matières fécales ; les convulsions étaient si fortes que le malade eut été, sion ne l'avait vigoureusement maintenu, projeté hors du lit, et elles intéressaient le tronc, les muscles de la face et des yeux; l’affaissement a repris ensuite. T: 38° soir; pouls 92. Mouvements respiratoires 29.

27 Février. — Nuit assez calme ; Péc... a uriné dans son lit; les yeux ouverts, il parait jouir de toute sa connaissance; il reconnait les personnes, comprend les gestes, mais paraît complètement sourd ; les mouvements des membres se font avec une certaine facilité; le pavillon auriculaire droit présente maintenant les mêmes caractères que celui du côté gauche; on dirait que Péc..., a eu les oreilles gelées ; la respiration est calme; le pouls à 80 un peu faible (injection de 0,40 centigr. de caféine) ; de l'avis de tous ceux qui l'ont vu les jours précédents c’estune véritable résurrection. 1400 gr. d'urine par le cathétérisme. Injection de 1 litre de sérum ; le malade prend seul un peu de bouillon, de lait, de vin et un œuf frais. T. 37°,2 matin, 39° soir.

28 Février. — L'amélioration continue; les yeux restent ouverts . et la connaissance paraît complète, mais la surdité est absolue ; a uriné la nuit dans le lit bien que sondé à 7 heures du soir. Pouls à 75; respiration 24. Injection 1250 gr. de sérum et 0,40 centigr. de caféine. Même régime. T. 380,4 matin, 38°,5 soir.

1° Mars. — Etat bon, un peu somnolent. Injection de 500 gr. de sérum. Diaphorèse dans l’après midi. T. 37,5 matin 380,6 soir.

2 Mars. — Rien de particulier. Injection 1200 gr., Pée…, présentant un peu d’affaissement et la température étantremontée’ce matin ; à cherché à uriner et à aller à la selle, mais n’a pu y parvenir; lave-

EU

ment purgrtif, cathétérisme. T. 38,8 matin, 38°,7 soir; un peu d’agitation dans l’après midi.

3 Mars. — Nuit un peu agitée; a sué abondamment et uriné dans le lit; la surdité est atténuée, mais il persiste encore de Ja céphalalgie; pas d'injection de sérum, mais injection de 1 centigramme de sublimé et potion avec iodure de potassium # gr. Mange toujours un peu. T. 37° matin, 380,4 soir.

4 Mars. — Même traitemement.

5 Mars. — On remplace les injections de sublimé par une friction mercurielle. Même état général. T. 370,2 matin, 390,2 soir.

6 Mars. — Se plaint de la tête; un lavement donné la veille amène une évacuation abondante (constipation de 4 jours). À uriné seul. T. 382,3 matin, 38° soir.

Rien de particulier jusqu’au 12, sinon que les cathétérismes de la vessie ont dû être repris et que la surdité a cessé presque complètement; ce jour-là, Pcc..., est repris de maux de tête avec épistaxis et de douleurs dans les jambes; il continue cependant à s’alimenter légèrement. Escharre à la région sacrée; il faut du reste surveiller aussi attentivement les régions trochantériennes, car elles sont rouges et prêtes aussi à s’escharrifier. T. 37°,7 matin, 37°,9 soir.

23 Mars. — Elévation brusque de température le soir : 38°,6, avec vomituritions bilieuses ; constipé depuis 2 jours; lavement donne selle abondante; remis au bouillon, au lait et au vin, antipyrine.

24 Mars. — Quelques vomituritions bilieuses dans la nuit, un peu de fièvre le matin seulement; la surdité qui avait disparu presque complètement se montre à nouveau.

28 Mars. — À eu la veille un peu de fièvre et vomi 2 gros ascarides ; la surdité s’accentue au point que Péc.., n'entend même plus la montre au contact.

30 Mars. — Nomituritions le matin contenant deux ascarides.

Rien de saillant à noter dans les quinze premiers jours d’avril à part certaines modifications du caractère qui, de gai qu'il était dans les débuts de la convalescence devient triste et déprimé; à peine si Péc. dit quelques mots dans toute la journée. En même temps la nutrition se fait mal, Péc.. ne pouvant guère manger qu’un peu de chocolat, de viande de poulet, de poudre de viande et refusant ou vomissant tout autre aliment; aussi est-il d’une maigreur squelet-

tique. | Il se plaint de céphalalgie le 15 et le 16 avril sans qu'il y ait

ET To

élévation de température, puis, le 17, dans la matinée, est pris de violents frissons qui durent deux heures, d’une sensation intense de froid et de quelques vomituritions bilieuses ; la face est très pâle, les yeux excavés et le pouls imperceptible; la dépression est extrême, pas de température. L'examen attentif du malade ne permet de relever aucune manifestation morbide du côté des viscères. Traitement : frictions, boule d’eau chaude, injection de sérum 500 gr., antipyrine et sulfate de quinine. La température monte à 38°,6 dans l’après midi ; le lendemain tout est rentré dans l’état antérieur.

Vomituritions bilieuses le 21 et le 27 avec rejet d’un ascaride : santonine (10 centigr.)

Les modifications du caractère vont en s’accentuant; Péc.... devient en même temps d’une saleté repoussante, prenant l’habitude de faire ses besvins dans sa main, se barbouillant la figure de matières fécales et souillant sa literie de toutes les façons ; l’appétit est presque nul et ce n’est guère qu'avec du chocolat et un peu de poudre de viande qu’on arrive à soutenir le malade; encore une partie des aliments est-elle rejetée souvent soit par une sorte d’expuition, soit d’autres fois avec des efforts de vomissement extrêmement pénibles et violents.

La situation, à partir des premiers jours de mai, loin de s’améliorer a été en s’aggravant; on a pu, quand le malade refusait tout autre aliment, le soutenir encore quelques jours par l’emploi de la poudre de viande; mais vers le 12 du mois, Péc..….. a commencé à présenter une paralysie complète des sphincters, et, après une légère élévation de température dans la journée du 16, est mort sans agonie dans la nuit du 16 au 17, trois mois après son entrée à l'Hôpital.

— Autopsie pratiquée 36 heures après la mort.

Amaigrissement considérable du cadavre; escharre de la grandeur d’une pièce de 2 francs à la région sacrée.

Le cerveau paraît diminué de volume et ne remplit qu’imparfaitement la cavité crânienne; les veines qui sillonnent sa surface externe sont gorgées de sang.

Pas trace de pus à la surface externe ni à la base, ni du côté du bulbe et du cervelet; pas d’altération appréciable du côté des nerfs auditifs (le malade était absolument sourd) ; les ventricules latéraux paraissent dilatés et renferment un liquide trouble abondant ; leur

Er he

partie postérieure est tapissée par un exsudat purulent qu’on détache très facilement et qui présente un aspect verdâtre, demi-transparent, muqueux, qui le fait ressembler à de la chair d’huître; pas d’altération appréciable des membranes d’enveloppe.

Du côté de la moëlle, les méninges sont fortement colorées en rouge sombre; il n’y a en aucun point trace d'exsudat purulent, mais la moëlle dans son tiers moyen est très consistante, comme sclérosée, tandis qu’au contraire, danses tiers supérieur et inférieur, elle est ramollie et diffluente. Ces altérations sont tout à fait semblables à celles que CorBin a signalées dans des cas analogues (cité par Bounin, in Mémoires de Médecine militaire 1859, t. 9, % série page 75.)

Pas de liquide dans les plèvres, mais le poumon droit adhère sur une large surface à la paroi postéro-latérale du thorax et présente aussi des adhérences serrées avec le diaphragme et le péricarde. A gauche, le poumon est libre, excepté en bas où il présente aussi des adhérences serrées avec le diaphragme ; pas de foyer intra-pulmonaire.

Cœur petit; quelques plaques nacrées à sa surface externe; un peu de sérosité citrine dans le péricarde.

Foie petit, sans la moindre altération. Rate idem.

Intestin sain. Estomac moyennement dilaté sans altération de ses parois.

Reins sains; on trouve cependant dans le bassinet du rein droit un peu d’urine trouble, mais non purulente.

Vessie à parois friables renfermant environ 100 gr. d’urine trouble. :

Appendice très développé et sans la moindre altération.

OBSERVATION Viir (inédite)

Méningite cérébro-spinale. Mort.

Touss. Julien, 21 ans, soldat au 49: Régiment d'Infanterie, 3 mois de service ; entré à l'hôpital le 23 février au soir. * Pas de maladie antérieure.

Touss. . est un homme très robuste, vigoureusement musclé qui, dans la matinée de ce jour, a été pris de violents maux de tête, de

LE pois

douleurs occipitales et de vertiges ; des. vomissements bilieux sont survenus dans l’après midi; la température, prise avant l'envoi à l'hôpital, était de 41° 2; au moment de l’entrée dans les salles, 40:

Indépendamment des douleurs spéciales, le malade présente un certain degré d’affaissement et d'inertie intellectuelle plutôt. que de torpeur; le regard, quand les yeux ne sont pas fermés, demeure hébêté; les pupilles sont très élroites et la face rouge; les réponses aux questions posées se font un peu attendre ; langue un peu sale, rien dans la gorge, ventre non rétracté, rien dans la poitrine ; pouls à 66. Prescription: bromure, sulfate de quinine et injections de morphine. l

24 février. — La nuit a été assez calme ; légère somnolence le matin, cependant l’attention du malade est attirée par les questions qu’on lui pose ; il pousse de temps en temps quelques légers eris; douleurs dans la tête, la nuque et la région lombaire; pression des globes oculaires douloureuse; pupilles étroites, yeux presque continuellement fermés et fuyant la lumière; mouvements des membres pénibles avec hyperesthésie cutanée; langue recouverte d'un enduit jaunâtre, un peu de dysphagie ; trois vomissements bilieux dans la journée; miction facile, les urines contiennent un peu d’albumine. Pouls 72. T 38°, 6 matin, 37: 6 soir.

Prescription : lavementlpurgatif, uneselle. 2centigrammes de morphine en injection; iodure de potassium 6 grammes.

25 février. — N'a pas dormi la nuit, rêvasseries continuelles ; tête toujours douloureuse, douleur de la nuque atténuée; les yeux restent fermés et les pupilles étroites; connaissance à peu près complète, mais l’héhétude persiste et Touss... paraît ne pas reconnaître de prime abord les personnes de son entourage; mêmes prescriptions plus 3 gr. d’antipyrine. Pouls à 70. T 37: 4 matin 36: 2 soir.

26 février, — Subdélirium dans la nuit ; veut continuellement se lever et s’habiller ; les douleurs spéciales sont cependant atténuées ; selle et sueur abondante générale dans la journée, T. 37: matin, 37°, à SOir.

27 février. — Nuit agitée avec subdélirium persistant le matin : abattement ; pupilles étroites insensibles à la lumière; ptosis de la paupière gauche; connaissance intermittente; pousse quelques grognements quand on l’interroge; langue sale avec un peu de sécheresse ; n’a pas uriné depuis la veille au soir; le cathétérisme évacue

1000 gr. d'urine environ; apparition de quelques vésicules d’hérpès des deux côtés de la bouche; hypéresthésie des téguments extrémement marquée. Pouls à 110, faible. T 38°, 5 le matin. Injection de 1200 gr. de sérum ; sueur très abondante dans l'après midi; un nouveau cathétérisme ramène environ 1500 gr. d'urine; pas de selle; pouls à 130, faible. T. 38, 8 soir.

28 février. — Nuit agitée ; torpeur absolue avec quelques plaintes intermittentes; ptosis plus accentué de la paupière gauche; pupilles très dilatées et insensibles; a saigné du nez à plusieurs reprises; langue sèche, noirâtre; ventre ballonné; hypéresthésie cutanée toujours très marquée ; pas de selles; 800 gr. d'urine albumineuse par le cathétérisme, pouls à 160. T 38°, 6 matin. Injection de 1200 gr. de sérum. Même état dans la journée avec persistance de sueurs profuses ; 900 gr. d'urine par le cathétérisme. Pouls à 120, petit. Mouvements respiratoires 55. T 390, 5 soir. A six heures du soir, le pouls était très faible et très précipité ; la face rouge, violacée; tout le corps était couvert d’une sueur extrêmement abondante, Mort à minuit.

Autopsie. Cerveau. — Gongestion et fines arborisations de toute la surface cérébrale. Infiltrat purulent disséminé à la surface des lobes, et petites collections de pus sur les parties antéro-latérales, plus abondantes dans la zône rolandique gauche.

A la base et sur le cervelet, couche de pus verdâtre abondante; pus de même couleur dans la corne d’Ammon ; le bulbe est comme engaîné par l’exsudat (n’a pas eu la respiration de Cheyne-Stokes); le 4° ventricule est rempli de pus.

Moëlle. — Ta moëlle baigne dans le pus qui forme une couche continue verdâtre disposée en lamelles plus épaisses à la région lombaire et au niveau de la queue de cheval.

Viscères.— Demi-verre de sérosité citrine dans la cavité péricardique; sérosité huileuse assez abondante dans la plèvre gauche; rien dans la plèvre droite ; poumons sains sans adhérences.

Foie : aspect normal, ne ressemble pas au foie des maladies infectieuses.

Rate petite : 150 gr., sans altération.

Reins : à droite, un début de néphrite épithéliale avec tuméfaction de la zône corticale; à gauche, infiltration de la région du bassinet etteinte blanche du tissu se rapprochant decelledu rein blanc.

I ps

Intestin ballonné, un peu de sérosité claire dans le péritoine, rien à l’appendice.

Vessie normale, contenant un demi-verre d’urine rouge.

OBSERVATION IX (DELVAILLE)

Méningite cérébro-spinale (?) Mort.

M..., mécanicien télégraphiste, 30 ans, est pris depuis trois à quatre jours d’éblouissements et de céphalalgie, ainsi que de difficulté d’élocution.

Le 2 février, il se plaint d’affaiblissement de la vision et est obligé de quitter son travail vers 10 heures du matin. Il a une syncope et s’alite. Vers 2 heures : respiration suspirieuse, élocution plus difficile, perte de la connaissance.

Pouls petit, température normale, trismus.

Vers 4 h 1/2, opisthotonos, jambes demi-fléchies; convulsions qui se succèdent rapidement, raideur de la nuque, cyanose du visage. Mort à 5 heures.

Pas d’autopsie. 12 heures après la mort on constate un écoulement considérable de matière purulente par les yeux et le nez.

OBSERVATION X (DELVAILLE)

Méningite cérébro-spinale. Mort.

D..., âgé de 24 ans,ancien soldat du 4%, libéré depuisle mois de septembre, demeurant au Boucau, village situé au-dessous de la caserne de la Citadelle.

3 mars.— T.A0°, 2. Pouls irrégulier, opisthotonos très prononcé, secousses convulsives très fréquentes, hypéresthésie cutanée, constipation, éruption herpétiforme du tronc. Entend difficilement. Violente céphalalgie; douleurs rachidiennes.

Trois jours auparavant, D.., était allé à un bal publie où se trouvaient plusieurs soldats du 49%, et il était tombé brusquement malade le lendemain.

Page 1