‹ Considérations sur la méningite cérébro-spinale et particulièrement sur les récentes épidémies de BayonneChapitre 31 sur 33 · AGDE · texte numérisé non relu

AGDE

Il a encore de temps en temps des soubresauts, mais moins dou- Joureux. La contracture est restée la même; elle s’est de plus étendue aux bras, qui résistentun peu aux mouvements qu’on leur imprime ; le malade les meut cependant spontanément.

La nuit à été tranquille ; sauf un petit saignement de nez.

9 heures. — La température, qui était à 40° hier soir, prise sous l’aisselle, est à 38° 8 ce matin (rectale). La respiration est à 32; le pouls à 172. Les pupilles sont égales et contractées; les mouvements des yeux intacts. La malade n’a ni céphalée ni douleurs cervivales ; l’interne de service constate même une fois qu’il tourne la tête spontanément ; la langue est rôtie; les urines ne contiennent pas d’albumine.

A midi, MM. Roux et MarTiN, de l’Institut Pasteur, viennent voir le malade, à la demande de M. Leroux. Après examen, ils sont d’avis qu’il s’agit vraisemblablement d'une méningite cérébro-spinale; l'absence de trismus, de rictus, de dysphagie prononcée, la mobilité de la tête et la possibilité de vaincre sans trop de peine la contracture des membres inférieurs en fléchissant la jambe sur la cuisse, l’abaissement de la température justifient à leurs yeux ce diagnostic.

. Nous verrons plus loin que ce diagnostic étaitpleinement justifié.

A une heure de l'après-midi, le malade mobilisait spontanément ses membres inférieurs, que l’on faisait fléchir sans difficulté; il était abruti, prêt à entrer dans une sorte de coma ; il avait de l’incontinence vraie des matières fécales. Son état, à ce moment, n'était plus comparable à ce qu'il était la veille.

A six heures du soir, nous constatons, pour la première fois, de l’incontinence d'urine ; le malade est plongé dans une espèce detorpeur dont on a beaucoup de peine à le faire sortir; on y arrive cependant en insistant. La température est remontée à 40 2; le pouls est filiforme et bat à 140 pulsations par minute; la respiration est régulière, à type diaphragmatique (48 inspirations par minute).

Nous essayons à nouveau d’asseoir le malade pour rechercher le signe de Kernig; mais la raideur que cette manœuvre provoque ne nous permet pas plus que la veille de le constater. Cependant, Îles jambes se fléchissent facilement, les membres supérieurs sont souples; les mouvements de rotation de la tête sont faciles, la flexion seule est impossible. Pas d’inégalité pupillaire. La peau est sensible aux piqüres d’épingle; leur perception est plus rapide aux membres

supérieurs qu'aux extrémités inférieures, qui commencent à se refroidir ; la perception à ce niveau exige 2 ou 3 secondes.

Dans cette seconde journée d’hôpital, les prescriptions, modifiées du reste par les allures nouvelles de la maladie, avaient consisté en une potion de chloral de 10 grammes, une injection de sérum artificiel de 600 grammes, un grammede calomel, 4 sangsues au sacrum-

Le malade, devenu de plus en plus inconscient, meurt à une heure du matin, le 30 Août, sixième jour de la maladie.

Autopsie. —31 Août, heures du matin. Autopsie faite trente deux heures après la mort.Elleest pratiquée en présence de MM. MarTIN et SALIMBENI, de l’Institut Pasteur, qui prélèvent aseptiquement du sang du cœur ainsi que de la sérosité sous-duremérienne dans les espaces sous-arachnoïdiens et les ventricules latéraux des hémisphères cérébraux, pour en faire l'examen bactériologique.

L'ouverture du crème permet de constater la présence d’un liquide franchement louche dans les espaces sous-arachnoïdiens, notamment le long des vaisseaux. Au voisinage de l’extrémité postérieure des première etdeuxième circonvolutions frontales gauches, il existe une petite collection de pus; à droite, un commencement de putréfaction se manifeste déjà par la présence de bulles de gaz le loug de la sylvienne, donnant au liquide céphalo-rachidien un aspect mousseux. Il existe, en outre, une congestion éuorme des plexus arachnoïdiens et des plexus du quatrième ventricule.

Le cerveau et le cervelet, examinés avec soin et fragmentés en menus morceaux, ne présentent aucune lésion macroscopique, si ce n'est un piqueté hémorragiquetrès marqué sur les coupes.

Le bulbe a sur les coupes une coloration rosée de congestion très nette. La pie mèreest également congestionnée dans sa totalité, surtout au voisinage des scissures de Sylvius. La moëlle, examinée au niveau de la région dorsale, n'ofire rien de particulier.

Le cœur pèse 270 grammes, ne présente pas de lésions valvulaires ; le myocarde est d’une teinte feuille morte.

Les reins pèsent ensemble 340 grammes ; on y voit des lésions de néphrite toxique avec arborisations vasculaires de la substance corticale (Martin).

Les poumons sont fortement congestionnés; aucune lésion tuberculeuse ; leur poids total est de 4 kil. 400.

La rate pèse 140 grammes ; elle est peu augmentée de volume. Le foie est congestionné (1300 gr.)

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Somme toute, rien de particulier en dehorsdes lésions méningées qui confirmaient le diagnostic de méningite porté par MM. Roux et MARTIN.

La note bactériologique que M. Marin a eu l’extrème obligeance de nous remettre le 14 septembre concorde bien avec les résultats macroscopiques de l’autopsie. Ses recherches lui ont permis d'obtenir « une culture pure de bacille encapsulé, se présentant souvent en diplobacilles ne prenant pas le grain. Les cultures sur gélose de ce bacille se rapprochaient de celles du pneumobacille de Friedlander. »

Bien que les sérosités qui ont fourni les cultures n'aient pas été recueillies sur le vivant etaue la ponction lombaire n'ait pas été pratiquée chez notre malade, il est vraisemblable que le diplobacille encapsulé, trouvé à l’état de pureté dans les sérosités recueillies à l’autopsie, a été le véritable agent causal de la méningite.

OBSERVATION XXXIV (Due à l’obligeance de M. RENDu).

Méningite cérébro-spinale simulant une fièvre typhoïde ataxo-adynamique. Mort au 9° jour de la maladie

M. âgé de 17 ans, commis aux écritures au ministère des Finances, entré le 9 décembre 1898, salle Trousseau, lit n° 33.

Le malade est entré à l’hôpital pour courbature générale accompagnée de fièvre et de céphalée.

Ces troubles ont commencé nettement quatre jours auparavant, le lundi 5 décembre; mais déjà depuis trois jours, ce jeune homme se plaignait, en rentrant le soir de son; bureau, de fatigue et surtout de maux de tête; et, depuis plusieurs semaines, il se surmenait par un travail exagéré dans l’espoir d’obtenirune place mieux rétribuée.

Le lundi à décembre, le malade a eu des épistaxis; puis il passait une nuit très agitée : la céphalalgie devenait continuelle, et l'état d'insomnie se poursuivait les nuits suivantes, en même temps qu’apparaissait une fièvre intense, accompagnée d’un délire habituellement doux et tranquille.

Le vendredi, sa mère se décide à le faire entrer à l'Hôpital. Exa-

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miné le samedi matin, il se présente à nous dans l’état suivant :

Le malade a l'air égaré ; il regarde les assistants avec étonnement et hostilité, en marmottant des questions inintelligibles. La figure est un peu rouge, les narines pulvérulentes, les lèvres sèches et fendillées ; la langue est sèche, rôtie, sale, et un enduit fuligineux la recouvre ainsi que les gencives ; mais, comme on a commencé à nettoyer la bouche du malade, la muqueuse linguale apparaît par places rouge carminée, presque saignante. La pointe de la langue est effilée.

L'examen est difficile, car le malade s’y refuse.

Dans son délire, il présente un ensemble d'idées en apparence raisonnées, accompagnées d’autres complètement incohérentes. C'est ainsi qu’il ne veut se laisser examiner que par l’interne du service, disant que c’est inutile pour lui d’être examiné par tout le monde : puis il demande avec persistance à descendre dans la salle du rez-de-chaussée où il n’a jamais été. Mais si on attire son attention, et si on lui parle d’une manière un peu impérative, il répond assez nettement aux questions posées, et l’interrogatoire peut s’accomplir sans trop de difficultés; toutefois les réponses sont brèves, agacées, empreintes de défiance. Le malade a une attitude hostile et inquiète vis-à-vis de l’externe qui l’examine.

Quand on le découvre, ce à quoi il consent difficilement, on est frappé par les signes manifestes d’infantilisme que présente ce jeune homme : le thorax est étroit, Les testicules sont peu développés.

L’apparence est celle d’un enfant de douze à treize ans, de développement moyen.

A la palpation, le ventre ne semble pas douloureux; la peau est chaude, car la température est élevée : il y a un peu de gargouillement dans la fosse iliaque droite.

Point de taches rosées lenticulaires.

À l’auscultation, point de signes pathologiques.

La rate présente un diamètre transversal de 14 c. m.

Il y a de la diarrhée ocreuse et fétide, peu abondante.

Les urines sont troubles et albumineuses, également peu abondantes.

Le malade entend mal, mais d’après les renseignements fournis, celte surdité est antérieure à la maladie et consécutive à une otite droite ancienne. Cependant des douleurs et des bourdonnements d'oreilles semblent avoir coïncidé avec l'apparition de la maladie,

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Ce dont se plaint le plus le malade, c’est d'une douleur à la nuque très nette avec raideur concommittante. |

Il présente également de la rachialgie, qui est surtout accentuée quand on l’oblige à s'étendre pour l’examiner, car habituellement il est couché dans la position dite « en chien de fusil ».

Le délire est doux et tranquille, au moins en ce moment, car la veille au soir, le malade était agité et voulait s’en aller.

Traitement. — Bains froids (le malade en a déjà eu trois depuis son entrée).

Lavement froid.

Bouillon et lait.

11 Décembre. — Le malade a eusix bains en vingt-quatre heures; après chaque bain, il se produit une rémission de trois ou quatre dizièmes.

Pouls : 140. La fièvre du soir au matin a varié de 40° à 38°.

On constate de la carphologie, symptôme qui n'existait pas le premier jour.

Même traitement, et de plus une pilule de L,05 centigrammes de spartéine.

12 Mécembre. — Etat en apparence stationnaire.

Ce qui frappe au premier abord, c’est une inégalité pupillaire très accentuée avec dilatation prédominante à gauche.

L’abdomen présente l'aspect du ventre en bateau.

La peau est cyanosée, marbrée; la raie méningitique y apparaît de la manière la plus nette, mais assez longtemps après le frottement.

La diarrhée a épars depuis la veille au soir.

La respiration est lente, irrégulière, entremêlée de baillements et de grandes aspirations.

La raideur de la nuque s’est encore accentuée, de même que la carphologie. — Signe de Kernig très net.

Il y a un peu de photophobie.

Le délire persiste avec les mêmes caractères.

La température est brusquement revenue à la normale; le pouls indique 160 pulsations.

Traitement : Une sangsue derrière chaque oreille.

Le malade est mort le soir à 10 heures, sans agonie : la respiration était devenue plus lente et suspirieuse.

La température prise quelques heures auparavant était de 38°,2

Autopsie. — Lecerveau est très congestionné, couvert d’un exsudat vert émeraude, avec prédominance à droite.

Cet exsudat suit le trajet de l'artère sylvienne et de la scissure intcrhémisphérique. |

Du côté du cervelet, on trouve des exsudats opalescents de même nature, surtout à la face supérieure.

Il ya une vascularisation considérable des circonvolutions, qui persiste après l’enlèvement des méninges etaprès qu’on yafait passer un filet d’eau.

Il y a une vieille otite droite.

La moëlle présente de haut en haut en bas des exsudats entre la pie-mère et l’arachnoïde.

Les poumons sontsains, mais présentent de petites ecchymoses sous-pleurales.

Le foie est celui des états infectieux avec plaques d’anémie graisseuse.

Gros kyste dans l’un des reins.

Examen bactériologique du pus. Risr. — Sur les lamelles colorées au Ziehl rapide on voit parmi de nombreuses cellules de pus, des coceus en courtes chaînettes de 4 à 6 éléments, quine présentent pas de capsules. Ces éléments traités par la méthode de GRam restent colorés.

Sur tubes de gélose inclinée ordinaire, le pus ensemencé a donné à l’étuve au bout de 24 heures des colonies de séreptococcus pyogenes, dont la nature et le caractère virulent a été vérifié par l’inoculation au lapin. L’inoculation du pus à la souris est demeurée sans résultat.

Il résulte donc de cet examen que le streptococcus pyogenes était l'agent pathogène de l'infection.

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