‹ Considérations sur la méthode naturelle en botaniqueChapitre 5 sur 8 · SI · texte numérisé non relu

SI

tandis que de Candolle et ceux qui ont suivi ses idées ont cru devoir préférer les organes de la nutrition. Je crois que ni les uns ni les autres n'ont pris la route qui conduit à la vérité.

Pour connaître l'importance d'un organe il me paraît que nous pouvons avoir recours à deux choses bien distinctes, à sa fonction et à sa constance dans les êtres. Quant à la fonction, je ne sais s’il importe plus aux plantes de se reproduire ou de se nourrir ; car si je devais pencher pour l’une ou l'autre opinion, je serais disposé à considérer dans les plantes les organes de la nutrition comme plus nécessaires que ceux de la reproduction; car on sait que les plantes peuvent se multiplier par leurs racines, par leur rhizomes, par leurs branches, par des gemmes, par des bulbilles, par boutures, par margotes etc., ce qui arrive naturellement ou par moyen de l'art, tandis qu'une plante ne peut exister sans les organes de la nutrition , à moins qu'elle ne soit parasite et qu’elle ne reçoive par conséquent les sucs nourriciers par le sujet. La reproduction est en outre un acte passager de la vie des plantes, ou pour mieux dire elle caractérise une seule période de cette vie, tandis que la nutrition se fait toujours, à toutes les époques, dans tous les moments dela vie des plantes, et, ce qui importe le plus, dans tous les organes des végétaux, y compris ceux de la reproduction.'

Si d’un autre côté je considère la constance d’un organe dans les êtres comme moyen d'en connaître son importance, je ne serais non plus disposé à accorder cette importance à

nouvel être, tandis que l'embryon des végétaux se compose seulement des organes de la nutrition. Comme il appartient aux fonctions de la propagation de l'espèce, nons continuerons à le nommer, selon le langage vulgaire, un organe de la reproduction.

4 Dans un article intéressant sur l'appréciation du degré d'importance des organes, M. Alphonse de Candalle se déclare disposé à considérer la nutrition comme plus importante que la reproduction des plantes, et à donner surtout la première importance au tissu cellulaire comme jouant le premier rôle dans les fonctions des végétaux. Voyez son Jntroduction à l'étude de la Botanique. Bruxelles 4837, p. 222.

REX: | ue

l'embryon; car il ne se trouve pas dans beaucoup de plantes, c'est-à-dire dans presque un cinquième du règne végétal. Tout le monde sait que les plantes cryptogames manquent d'embryon, à moins qu’on ne veuille considérer comme tel les sporules de ces plantes, qui du reste ne présentent pas en petit, comme il existe de vrais embryons, les différentes parties de la plante qui doivent se développer plus tard par l'acte de la germination. De Jussieu mème fut obligé pour cette raison de réunir toutes ces plantes dans sa classe des Acotylédones, en leur donnant ainsi un caractère négatif, c'est-à-dire l'absence des cotylédons, qui implique l’absence de l'embryon, classe négative réunissant par conséquent des êtres qui ont une structure tout-à-fait différente les uns des autres. Car on y voit compris les Algues, les Lichens, les Champignons, les Hépatiques et les Mousses qui se composent du seul tissu cellulaire, et les Équisétacées, les Lycopodiacées, les Fougères etc. qui ont des cellules et des vaisseaux ; les Algues, les Lichens et les Champignons qui n’ont ni racine, ni tige, ni feuilles, mais un organe (fronde, thallus, mycelium) qui les représente en quelque manière ensemble dans leurs fonctions, et les Mousses, les Fougères, les Lycopodiacées, les Marsiléacées etc. qui ont des racines, des tiges et des feuilles; les unes dont l’accroissement a lieu par la circonference, et les autres qui s’accroissent seulement par l'extrémité supérieure, etc. Il en est de cette classe comme des animaux invertébrés dans la classification de Lamarck: car dans cette grande division du règne animal on à réuni tous les animaux inférieurs, des zoophytes jusqu'aux mollusques, êtres d’une organisation bien différente les uns des autres. Il ne pouvait pas en être autrement d’une classe d'êtres réunis par un caractère négatif, car il ne peut pas être autrement même d’une classe établie sur un seul caractère positif. Il n’y a pas de caractère, comme il n’y pas d'organe, à mon avis, qui considéré isolément puisse servir de base à une classification quelconque ; car ce caractère et cet organe fait toujours défaut lorsqu'on le suit dans la série des êtres. Les plantes monocotylédones et dicotylédo-

nes de Jussieu, qui représentent pour moi deux types de structure du règne végétal, ne sont pas des types ou des classes naturelles par le nombre de leurs cotylédones, ni par conséquent par la subordination des autres organes à ce nombre, car ce nombre et la présence mème des cotylédons n’est pas constante dans ces végétaux. On sait que quelques genres de Conifères, le Pinus, l'Abies, etc., présentent un plus grand nombre de cotylédones que les autres plantes dicotylédonées, quoique on pourrait y voir seulement, comme des botanistes distingués le croient, des divisions très profondes de deux cotylédons. * D’autres plantes, telles que quelques Cycadées, ont les cotylédons soudés ensemble en un seul; d’autres, comme quelques genres de Myrtacées, l’Eugenia, etc. ont toutes les parties de embryon soudées ensemble; d’autres, comme le Lecythis, le Bertholletia, ont un embryon formé par une masse charnue homogène sans distinction de radicule, de gemmule et de cotylédons; d’autres, comme le Langsdorfia, le Thonnigia, le Balanophora, ont des graines homogènes sans qu'on ait su, au moins Jusqu'à présent, découvrir un embryon, ce qui a fait considérer ces graines par quelques botanistes célèbres, sans doute à ‘tort, comme une masse sporacée ; d’autres, comme les Orchidées, le Burmannia, Y Apteria etc. ont un embryon solide, charnu, sans qu'on y puisse distinguer une racine et un cotyledon; d’autres enfin, comme le Cuscula, manquent tout-à-fait de cotylédones, quoique ces plantes par l’ensemble de leur structure doivent être réunies les unes au type des plantes dicotylédones, les autres à celui des monocotylédones.

Il en est de même de la position et de la forme de l'embryon, ainsi que de la présence ou de la nature du périsperme que De Jussieu ou quelques uns des botanistes moder-

1 Dans son beau Mémoire sur les embryons qui ont été décrits comme polycotylés, inséré dans les Annales des sciences naturelles 3me série tom. X. M. Duchartre a soutenu cette opinion non seulement pour tous les végétaux de familles différentes qu’on a considérés comme pourvus de plusieurs cotylédons, mais encore pour les genres des Conifères ci-dessus mentionnés que plusieurs botanistes de grand mérite considèrent comme polycotylédonés.

UE

nes considèrent de grande importance pour établir des classes ou des familles naturelles des plantes. Quoique la forme et la position de l'embryon soient souvent les mêmes dans les plantes d’une même famille ou de plusieurs familles qui constituent des groupes d'un rang plus élevé, telle, par exemple, la position périphérique de l'embryon des Caryophyllées, des Paronychiées, des Portulacées, des Chénopodées, des Amaranthacées etc. qui embrasse presque comme un anneau un périsperme fari; neux, on voit néanmoins ce périsperme manquer entièrement ou se distinguer à peine dans les Chénopodées spirolobées de Moquin Tandon, de sorte que l'embryon est alors contourné en spirale. Dans les Aroidées nous voyons des genres tels que le Dracontium, le Scindapsus etc., manquer de périsperme qui existe du reste dans le plus grand nombre des plantes de cette famille ; la position de l'embryon en est par conséquent différente. L’embryon des Palmiers varie aussi par sa position, en se trouvant tantôt dans une partie tantôt dans une autre de la périphérie du périsperme; dans les Iridées il est souvent axile, quelquefois presque latéral. Mais je n’insiste pas sur ce: point après ce qu’en a écrit M. Brongniart qui n’a pas attaché une grande importance à la présence ou à l'absence du périsperme, quoiqu'il ait donné une certaine importance à la nature féculacée des périspermes, ne croyant en pouvoir attacher aucune aux périspermes charnus et cornés qui passent souvent de l’un à l’autre par des nuances insensibles. Au reste personne, pour peu qu’on soit versé dans l’organisation des végétaux, n’ignore la grande variabilité de l'embryon en certaines familles, telles que les Cactées, les Sapindacées, les Légumineuses, les Myrtacées, les Balanophorées, les Cannacées, les Najades etc. Dans les unes (les Cactées) l’embryon, souvent dépourvu de périsperme, embrasse un périsperme délicat dans les Opuntia; ses cotylédons sont petils ou grands, foliacés, presque foliacés ou charnus, libres ou soudés ensemble en un corps. Dans les autres (les Sapindacées) il varie encore davantage; car il est droit, courbé ou contourné en spirale, ayant la radicule courte ou très courte, infère ou supère, les cotylédons libres ou soudés entr’eux, grands ou très grands,

San

pliés de différentes manières. Les Légumineuses ont un embryon sans ou avec un peu de périsperme, courbé ou droit, à cotylédons foliacés et épigés dans la germination ou charnus et hypogés, à radicule longue, courte, très courte, courbée presque en crochet ou droite. Les Myrtacées ont un embryon droit, courbëé ou contourné en spirale, à cotylédons courts ou très courts, charnus, presque cornés ou foliacés, libres ou soudés avec la radicule dans une masse homogène. Dans les Balanophorées nous voyons les unes, Cynomorium, Mystropetalum, Sarcophyte, avoir un périsperme et un petit embryon, et les autres, Balanophora, Langsdorfiia, etc. comme je l'ai dit plus haut, manquer tout-à-fait d'embryon, à moins qu’on ne veuille considérer comme tel toute la masse homogène dont se composent les graines de ces plantes." Que de différences n'observe-t-on pas dans l'embryon des Cannacées et des Najades pour lesquelles on pourrait, si on y attachait une grande importance, presque faire de chaque genre une famille distincte ! Ces différences existent aussi dans les espèces d’un même genre, comme J'aurai l’occasion de le démontrer plus tard, et comme on le voit mème d’une manière frappante, sans sortir des familles que je viens de nommer, dans le Paullinia dont quelques espèces ont l'embryon droit tandis que le plus grand nombre a un embryon courbé, dans le Pofamogeton qui présente un embryon courbé ou enroulé en spirale, etc.

Nous ne pouvons pas donner non plus une grande importance à l'insertion des étamines qui, après l'embryon, a été considérée par De Jussieu comme un caractère d’une haute valeur; car on voit dans la mème famille des genres avec des étamines hypogynes et d’autres avec des étamines périgynes ou épigynes, comme par exemple dans les familles des Bromeliacées, des Liliacées, des Nymphéacées, des Légumineuses, des Oléinées, etc. On sait que le Téllandsia, le Pourretia ont des étamines hypogynes, le Pelcairnia, le Brocchinia des étamines périgynes, le

! Voyez le beau travail du Docteur Joseph Dalton Hooker, On the structure and affinities of Balanophoræ, London 1855.

HO

Bromelia, V Achmea, le Bilbergiu, des étamines épygines; ce qui a engagé quelques botanistes à faire des familles différentes d'une famille aussi naturelle que celle des Bromeliacées. Mais personne n'a jamais songé à mettre dans des familles, et avec plus de raison dans des classes différentes, PAllium qui a des étamines hypogynes, et le Nectaroscordum qui a des étami. nes périgynes, genres de plantes qui sont tellement près l’un de l'autre, que quelques botanistes s’obstinent à les considérer comme devant former un seul genre; le Nuphar à étamines hypogynes, le Victoria à étamines périgynes et l’'Euryale à étamines épigynes; le Hunnemannia à étamines hypogynes et le ÆEschsholtzia à étamines périgynes; le Swartzia à étamines hypogynes et le Aldina à étamines périgynes; le Parkia à étamines hypogynes et Erythrophlaeum à étamines périgynes ; le Pyrola, le Chimophila à étamines hypogynes et le Moneses à étamines périgynes ; le Syringa, le Forsythia à étamines périgynes et le Fraxinus à étamines hypogynes. Mais que dis-je des genres d’une mème famille, lorsqu'il a des espèces à étamines hypogynes et d’autres à étamines pérygynes dans le mème genre, dans le Mimosa, dans l’Olea, etc. |

Ni la présence ou l'absence de la corolle, ni le nombre des pétales ne peut servir, considéré isolément, à établir des classes naturelles des plantes : car cette corolle peut manquer dans des familles qui ont du reste une structure presque égale à celle d’autres familles, comme on le voit dans les Chénopodées, les Amaranthacées etc. qui sont apétales et qui ont, malgré cela, la plus grande affinité avec les Caryophyllées, quoique celles-ci soient en général pour vues de corolle. En mettant ces familles dans des classes distinctes et éloignées, parce que les unes manquent de corolle et les autres ensont pourvues, on sépare des plantes qui ont une grande affinité de structure. Nous ne pouvons en cela qu’adopter l’heureuse réunion que M. Brongniart a faite des apétales de Jussieu avec les plantes polypétales, comme déjà avant lui Bartling avait fait seulement des Amaranthacées et des Chénopodées et Endlicher des Euphorbiacées. Nous voyons quelques genres apélales dans des familles de

plantes qui sont pourvues de corolle, l'Achlys dans les Berbéridées ; le Bocconia dans les Papaveracées; le Schæfferia, le Niebuhria, le Boscia, etc. dans les Capparidées; le Sferculia, le Heritiera dans les Bytineriacées ; le Cheirostemon, le Cullenia dans les Bombacées ; le Sanguisorba, le Poterium, VA lchemilla, l’Aphanes etc. dans les Rosacées; l'Eucalyptus dans les Myrtacées ; le Ceratonia, le Copaifera dans les Légumineuses ; le Flacourtia, le Azara, etc. dans les Bixinées ; le Chrysosplentum dans les Saxifragacées; le Botryodendron, le Miquelia dans les Araliacées; le Schleichera, le Llagunoa, V Alectryon dans les Sapindacées; le Negundo dans les Acérinées, le Pistacia dans les Térébinthacées etc. La corolle manque aussi dans une, peu ou plusieurs espèces d’un genre pétalé, dans le Cardamine, dans le Cochlearia, dans le Nasturtium, dans le Lepidium, dans le Lasiopetalum, dans le Grerwia, dans le Triumfetta, dans le Sloanea, dans l’Acer, dans le Nephelium, dans le Sonneratia, dans le Sroartzia, dans le Fraxinus, dans F Olea etc.

La corolle gamopétale, ou, comme la disaient les anciens, monopétale, présente, 1l est vrai, plus de constance que la corolle dialypétale ou polypétale, mais il ne manque pas de plantes à corolle dialypétale parmi les familles à corolle gamopétale : entr’autres le Sfatice, V'Armeria dans les Plantaginées; le Apochoris, le Pelletiera dans les Primulacées; l'Embelia, le Choripetalum dans les Myrsinéacées; le Ledum, le Lejophyllum, le Bejaria dans les Ericinées, le Pyrola, le Chimophila dans les Pyrolacées ; quelques espèces de Fraxinus dans les Oléinées etc., et de plantes apétales telles que le Glaux dans les Primulacées, quelques espèces d’Olea, de Fraxinus dans les Oleinées etc. Il y a aussi des genres à corolle gamopétale dans les familles de plantes à corolle dialypétale, beaucoup d'espèces de Correa dans les Rutacées, le Hexalobus, le Monodora, le Rollinia dans les Annonacées, le Barclaya dans les Nymphéacées, le Mimosa, V' Acacia etc. dans les Mimosées, le Jatropha dans les Euphorbiacées, un grand nombre de genres de Cucurbitacées etc. On voit mème gamopétales les corolles des fleurs mâles du Carica, du Vasconcella etc. dans la

Ve

famille des Papayacées, tandis que ces plantes ont la corolle dialypétale dans les fleurs femelles.

La base de la méthode de De Candolle est peut-être meilleure que celle de la méthode de Jussieu; car elle est établie sur les organes de la nutrition, plus générales dans les plantes que ceux de la reproduction : mais de Gandolle eut le tort de leur accorder une grande importance et de les considérer comme capables de suffire seuls ou presque seuls au moins aux grandes divisions du règne végétal. Ses plantes cellulaires en effet renferment, d'après lui, deux classes, les foliacées (Mousses, Hépatiques) et les aphylles (Algues, Lichens, Champignons), plantes qui, quoique toutes formées de seul tissu cellulaire, ont une organisation bien distincte, comme je l'ai rappelé plus haut, ayant mème les organes de la nutrition très différents ; car les premiers ont en général une racine, une tige et des feuilles qui manquent aux derniers. Il y a même dans ces plantes une différence dans la structure élémentaire; car les unes (Mousses et Hépatiques) ont des nervures ou fibres et des stomates, et les autres en manquent. Sa division des plantes vasculaires n’est pas plus heureuse, car on y voit réunies les plantes dicotylédones, les monocotylédones et les cryptogames vasculaires, plantes les unes phanérogames, les autres cryptogames, appartenant à trois types de structure tout-à-fait distincts, comme j'aurai l’occasion de le! développer dans la suite de ce travail. Je laisse de côté l'erreur dans laquelle de Candolle est tombé en croyant que l'accroissement des plantes monocotylédones a lieu de dedans en dehors, d'où leur dénomination de plantes endogènes, ce que du reste tout ‘le monde connaît maintenant d'après les découvertes des botanistes modernes sur la disposition des faisceaux fibreux de ces plantes. Je ne veux pas non plus discuter les divisions qu'il fit des plantes dicotylédones ou exogènes, et qui correspondent en grande partie à celles admises pour ces plantes par de Jussieu, et mieux encore aux Thalamostemones, Petalostemones et Calycostemones de la méthode naturelle imaginée par Gleditsch en 1749 ; car à ces divisions on peut opposer les mêmes

Page 1