‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 35 sur 41 · DES PRÉCEPTES GÉNÉRAUX · texte numérisé non relu

DES PRÉCEPTES GÉNÉRAUX

Les préceptes généraux entrent spécialement dans les attributions de l'autorité 5 appelée à surveiller tout ce qui se rattache à la conservation de la santé publique. Lorsqu'une maladie épidémique grave se développe dans un pays , ou quelle menace de l'envahir, l'autorité doit s'entourer des lumières des hommes de l'art et redoubler de soins et d'efforts pour faire observer les règles de l'hygiène.

(a) La commission médicale de la province d'Anvers , invitée par l'autorité , en 1831 , à rédiger un aperçu sur les précautions à prendre contre l'invasion et le développement du choléra-morbus , me choisit parmi ses membres pour faire ce travail. L'instruction prophylactique que j'ai rédigée fut approuvée par la commission et imprimée , par ordre de M. le gouverneur, chez Heirstraten ; Anvers , 1831 , brochure in-8.° En composant cette nouvelle instruction , je n'ai pu éviter de reproduire des avis hygiéniques que j'avais donnés dans cette brochure et dans mon ouvrage sur V Hygiène militaire 5 2e édition , 1823 , Anvers , imprimerie de Jouau.

La salubrité de l'air est un des principaux points hygiéniques sur lesquels l'autorité doit fixer constamment une grande attention dans tous les lieux habités, principalement dans les villes , où l'air est le plus sujet à s'altérer , surtout quand elles sont situées dans des localités basses , humides et marécageuses , dans le voisinage de canaux ou d'eaux stagnantes. Or, il faut chercher à favoriser partout la libre circulation de l'air 5 à détruire , autant que possible , les obstacles à cette circulation dans les rues et dans les places publiques $ enlever les immondices , supprimer les mares infectes et donner de l'écoulement aux eaux stagnantes. La police doit surveiller avec activité les boucheries et les voiries , l'enlèvement des cadavres d'animaux et des débris des animaux abattus : elle doit avoir soin qu'on ne les laisse traîner ni jeter dans les rivières ou ruisseaux, mais il faut les faire enfouir de suite dans un endroit écarté et à une telle profondeur que leurs émanations ne puissent nuire. Elle doit également veiller à l'enterrement des hommes décédés : il ne faudrait pas souffrir que, dans un temps d'épidémie ou pendant de fortes chaleurs d'été , les morts restassent plus long-temps exposés que vingt-quatre heures , à moins que le médecin-traitant ne certifie la nécessité de prolonger cette durée. Il faut les faire couvrir de six à sept pieds de terre et davantage si l'on met plusieurs cadavres ensemble.

La police doit exercer une surveillance rigoureuse

sut le curage des e'gouts et clés puits ? sur la propreté des rues, des ports, des bassins, des canaux , spécialement sur celle des rivages et des endroits peu profonds d'où l'eau se relire et laisse à nu une vase infecte , d'autant plus délétère que la saison est plus chaude. Cette vase , chargée de matières animales et végétales , étant à découvert , absorbe l'oxigène de l'air 5 l'eau qu'elle contient se décompose ; la putréfaction n'étant plus empêchée , il se forme une véritable fermentation, et les gaz qui s'en dégagent entraînent avec eux des parties des substances putriliées , qui causent des effets pernicieux sur l'organisme : voilà pourquoi il faut avoir soin que les fossés dans l'intérieur et autour des villes ne soient jamais à sec dans aucune saison où l'air ne serait pas condensé par le froid. Enfin , il faut faire disparaître tous les foyers d'infection qui existent ou peuvent se former , soit dans les villes 9 soit au-dehors et partout où l'on en rencontre. Je ferai cependant observer que le curage des ^égouts , des canaux , des fosses d'aisance , etc. réclame beaucoup de précautions : il ne faut y procéder que dans la saison froide et, autant que possible , pendant que l'air est froid et sec. Si on le faisait pendant la chaleur , surtout lorsque l'atmosphère est chaude et humide , il pourrait en naître des accidens. Comme l'émanation cholérique paraît ?| avoir une grande affinité pour l'eau, à laquelle elle se mêle probablement, il ne faut pas permettre qu'on remue aucune vase quelconque dans les contrées envahies par le choléra. On a vu quelquefois que, par le nettoiement d'un canal ou d'un égout, la maladie, qui était assoupie, se réveillait avec fureur. On a eu à Bruges un triste

exemple de cette imprudence , pendant l'épidémie cholérique qui a affligé nos provinces.

Les prisons , les hôpitaux . les manufactures , les fabriques , les ateliers de charité et tous les établissemens où il y a assemblement d'hommes , peuvent compromettre la salubrité publique par l'altération de l'air et les émanations qui s'y forment. L'autorité doit apporter une grande vigilance à faire observer dans ces lieux toutes les mesures sanitaires , commandées par l'hygiène. Elle ne doit pas souffrir qu'il y existe de l'encombrement 5 car rien n'est plus funeste en général et plus propre à favoriser l'invasion et le développement des maladies. On doit veiller à ce que l'air y circule toujours librement 5 qu'il y ait un nombre suffisant de fenêtres , qu'elles soient assez grandes , construites assez bas et opposées , autant que possible , l'une à l'autre ; qu'il y ait en outre des soupiraux et des ventilateurs dans tous les appartemens , afin de donner un accès facile à l'air et à la lumière ; que les cheminées tirent bien et soient placées de manière à concourir au renouvellement de l'air 5 que les murs soient blanchis une ou deux fois par an 5 qu'il ne règne aucune humidité nuisible 5 que les égouts et les lieux d'aisance soient entretenus le plus proprement possible (a); qu'aucune

(a) Pour que les miasmes qui émanent des latrines ne se répandent dans les chambres et qu'on n'en soit pas incommodé , il faut éloigner convenablement les privés, les faire fermer par deux portes battantes et les faire construire en sorte que leur puanteur ne se fasse

odeur infecte ne réveille son existence ; enfin que toutes les règles hygiéniques soient exactement observées.

Dans les ports , la visite des navires doit être faite avec grand soin par des médecins chargés de la police médicale. Les navires soupçonnés d'être infectés de l'émanation cholérique , ceux qui viennent des pays où le choléra règne , ainsi que ceux sur lesquels il s'est déclaré en route , seront tenus , avant d'aborder et de débarquer 9 de décharger leurs marchandises et d'exposer au grand air, pendant un ou deux jours , toutes celles qui sont susceptibles de retenir des miasmes, mais en ayant soin de les disposer de manière à ce que l'air puisse les pénétrer autant que possible : dans cet intervalle , les bâtimens seront nettoyés et soumis aux fumigations d'acide muriatique oxygéné ou chlore. Cette mesure est suffisante pour détruire l'infection , et il est à souhaiter dans l'intérêt même de la santé publique qu'elle l'emporte sur celles consacrées par les lois de quarantaine , dont l'exécution entrave le commerce et occasionne des frais immenses. Je ferai observer que pour annihiler l'effet de la cause morbifique et pour arrêter la maladie parmi les hommes à bord d'un vaisseau où elle s'est manifestée, il faut les faire sortir du foyer

jamais sentir. Si le local est situé au bord d'une rivière , il faut alors les établir au-dessus de l'eau , afin que le courant entraine les matières. Mais on doit avoir la précaution de ne pas les éloigner tellement qu'un homme sortant de lit ou d'un appartement chaud ait besoin de traverser de grandes cours ou des lieux où il est exposé au froid et au vent. Voy. won Hygiène militaire.

d'infection et les envoyer dans un lieu sain. Rien ne convient mieux dans ce cas que l'air salubre de la campagne. La pre'dispotion même qu'ils peuvent avoir contractée à gagner la maladie , se perd par le séjour à la campagne , et l'expe'rience a constaté qu'il n y a rien à craindre pour les personnes respirant un air pur de la part des individus affectés d'une telle pre'dispotion , et même fort peu de la part de ceux qui sont réellement atteints de la maladie.

La police médicale ne doit pas se borner à une inspection sanitaire de chaque navire qui arrive , mais il convient d'examiner souvent l'état hygiénique de tous les navires indistictement qui se trouvent en rade ; car cet état peut avoir une grande influence sur la naissance et le développement de maladies épidémiques , comme par exemple , lorsque l'eau de la cale est à un haut degré de putréfaction et de décomposition 5 de sorte qu'on ne saurait prendre trop de précautions pour se garantir des exhalaisons qui émanent des navires où règne la malpropreté.

Il faut entretenir sur les navires la libre circulation de l'air et une grande propreté ; chasser sans cesse par la ventilation les miasmes qui naissent dans les espaces inférieurs des bâtimens $ ne point souffrir que l'eau s'y corrompe ; et si des émanations putrides s'y forment , les détruire sur-le-champ. On sait qu'on emploie avec avantage pour cet effet les fumigations guytoniennes , ainsi que les aspersions d'une solution de chlorure de chaux ou de soude dans de l'eau distillée. Chaque capitaine de navire devrait être tenu d'avoir toujours à bord une provision suffisante de moyens désinfectans

pour la purification du bâtiment , et de se munir de tout ce qui est nécessaire pour empêcher l'eau de la cale de se corrompre. Il ne faut pas seulement traiter chaque navire , à son arrive'e d'après sa patente de santé , mais également d'après son état de propreté. Tous les navires nouvellement arrivés que leur maipropreté ou l'état dans lequel se trouvent l'eau de la cale et le lest pourraient rendre suspects , devraient être tenus indistinctement de subir une purification , sous la plus scrupuleuse surveillance , avant qu'il leur soit permis de pénétrer dans l'intérieur du port et de s'approcher de lieux habités. On parviendra à assainir les navires malpropres en y introduisant une masse assez considérable d'eau et en l'évacuant au moyen de la pompe , ou bien en y Faisant des fumigations d'acide muriatique oxygéné , ou , au lieu de celles-ci , des aspersions et des ablutions avec une solution de chlorure de chaux ou de soude.

En parlant des navires, je ferai remarquer qu'il faut faire un bon choix pour les places de mouillage. Ces places doivent être établies dans des lieux convenables et situés à une assez grande distance des habitations. Il faut veiller à ce que , par l'évacuation de l'eau corrompue de la cale et par l'éjection du lest , les miasmes qui y sont contenus ne puissent point arriver jusqu'à des endroits habités. Dans toutes les circonstances , il serait prudent de faire exposer au grand air , pendant un ou deux jours, les choses poreuses que Ton décharge des vaisseaux, parce que les exhalaisons qui s'y développent pénètrent les balles de marchandises et pourraient produire des effets délétères.

§ IV

L'autorité doit faire prendre sur tous les points defs frontières les mêmes précautions que j'ai indiquées à l'égard des marchandises venant par mer des pays où le choléra règne 5 et qui seraient soupçonnées d'être infectées de l'émanation cholérique , c'est-à-dire les faire exposer au grand air, pendant un ou deux jours , avant de leur permettre l'entrée.

Lorsque le choléra se montre , l'autorité doit porter toute son attention sur la classe des pauvres et sur les établissemens publics , dans lesquels il faut redoubler tous les soins relatifs à la salubrité 5 elle doit éclairer les indigens sur les moyens de prévenir la maladie , chercher à leur procurer ce qui est nécessaire pour remplir ce but , et leur assurer d'avance tous les secours exigés pour les rétablir s'ils en sont frappés.

Il est généralement reconnu que la misère est un puissant auxiliaire du choléra : on observe dans les épidémies de cette maladie qu'elle attaque de préférence les personnes de la classe la moins fortunée , celles qui sont mal nourries , mal vêtues 9 négligeant la propreté , celles qui sont beaucoup exposées aux alternatives du chaud au froid, ainsi que celles qui sont en butte aux passions tristes. L'autorité d'un pays désolé par ce fléau ne doit donc calculer aucun sacrifice pour diminuer la misère , pour subvenir aux besoins des nécessiteux,

L'autorité doit charger des médecins de veiller journellement à l'exécution des préceptes hygiéniques dans les maisons de la classe indigente , ainsi que dans les établissemens publics où se trouve réuni un certain nombre d'hommes. Dès qu'un cas de choléra se présente , il faut tâcher d'isoler l'individu malade. L'isolement mérite d'être recommandé , attendu que , selon toute probabilité , le choléra sans être d'un caractère contagieux peut , dans quelques cas 3 se contracter quand on inspire , pendant un certain temps , les miasmes qui s'exhalent du cholérique. D'après cela , il est de la dernière importance de faire circuler l'air, autant que possible , dans les maisons où la maladie se déclare , sans considérer que tout porte à croire qu'elle naît d'une émanation terrestre , ce qui indique d'autant plus fortement le renouvellement continuel de l'air. J'ai généralement observé dans les maisons où le choléra se manifestait , même dans des habitations fort étroites et occupées par un grand nombre d'invidus , que, lorsqu'on faisait circuler librement l'air, la maladie se bornait et n'y attaquait plus personne , malgré toutes les communications que l'on avait avec le cholérique 9 souvent couché dans une petite chambre où se tenait toute la famille , ainsi que cela est presque toujours le cas chez les pauvres.

Indépendamment des moyens que l'on emploie pour entretenir la libre circulation de l'air, la prudence exige de prendre des précautions à l'égard des objets dont le cholérique s'est servi : par exemple , il faut tremper immédiatement dans l'eau ou exposer en plein air, où le pouvoir infectant se perd de suite , les effets qui ont

été à son usage ; si le malade est rétabli ou décédé , il faut aussitôt laver et fumiger parle chlore l'appartement , le lit et les autres choses qu'il peut avoir infectés , et la paille qui peut avoir servi à son coucher doit être brûlée. Cette dernière mesure doit être scrupuleusement exécutée 5 car à défaut de cette précaution , cette paille pourrait faire naître un foyer d'infection , ou bien , si on l'employait à la litière des bestiaux , il pourrait s'ensuivre des épizooties (a).

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