‹ Considérations sur la nature et le traitement du choléra-morbusChapitre 37 sur 41 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

Lors d'une épidémie cholérique , il serait bon de pouvoir ventiler beaucoup les rues outre leur nettoiement, et de faire journellement dans les rues sales , étroites et obscures des fumigations guytoniennes , ou bien d'y répandre du chlorure de chaux ou de soude. Si la ventilation pouvait se pratiquer convenablement , elle serait , à mon avis , préférable à l'emploi des fumigations de chlore , tant prônées. Leur prétendu effet préservatif contre le choléra n'est aucunement prouvé: on a remarqué que cette maladie n'épargnait pas plus

les maisons où onles faisait jour et nuit que d'autres où on ne les employait pas. Néanmoins je pense qu'on peut les faire utilement dans les endroits mal aérés ou elles n'incommodent pas , dans les lieux où se fait remarquer une odeur infecte , et lorsqu'on procède au curage des fosses d'aisance et d'autres foyers putrides ; car il paraît incontestable qu'elles agissent contre les miasmes qui se dégagent des matières animales et végétales en putréfaction ; miasmes dont l'action , comme je lai déjà dit , dispose le corps à contracter le choléra. Je crois même que les fumigations de vinaigre ou de substances odorantes peuvent être de quelque utilité : si elles ne décomposent pas les émanations putrides, elles masquent du moins les odeurs infectes , qui , en affectant désagréablement l'odorat , peuvent avoir une influence nuisible sur l'organisme.

§ IX

Dans les contrées affligées par le choléra , l'autorité doit empêcher, autant que possible, les réunions publiques où une multitude d'hommes s'assemblent , parce que ces réunions nuisent par les miasmes qui s'y forment , et qui peuvent être une cause prédisposante de la maladie. Rien n'est plus contraire à la conservation de la santé qu'une atmosphère chargée d'émanations qui naissent d'animaux renfermés dans un lieu où l'air n'est pas suffisamment renouvelé. L'effet de ces miasmes est plus malsain que celui des miasmes provenant des substances en putréfaction, vu qu'aux exhalaisons qui émanent des corps vivans , se joint l'altération de l'air par la

respiration. Dans les épidémies cholériques , on a conseillé de fermer les théâtres , les cafés , les cabarets , les églises s etc. Si l'autorité ne peut se déterminer à celte mesure, il serait très-bon de n ouvrir les cafés, les cabarets et les églises que tard le matin et de les fermer de bonne heure le soir , en ayant soin d'en laisser les croisées ouvertes, aussi long-temps que possible. Il serait également bon d'empêcher les bals , les processions , les chemins de prière qui se font en nombreuse compagnie , etc. Pendant la durée du choléra à Anvers , on a vu tous les soirs des rassemblerons de plusieurs centaines d'individus des deux sexes et de tout âge , abandonnés à la crainte de gagner la maladie, parcourir les rues en récitant des prières à haute voix. Ces gens, appartenant pour la majeure partie à la classe des pauvres , et dont un grand nombre était à peine couvert, laissaient sur leurs pas une odeur infecte ; et après avoir marché quelque temps , souvent par la pluie , ces rassemblemens , dans lesquels tous les individus allaient la tête nue et plusieurs nu-pieds , s'arrêtaient des heures entières devant l'église cathédrale , exposés aux intempéries de l'air. On ne peut douter qu il n'en soit résulté de graves inconvéniens pour la santé. D'ailleurs ces sortes de pratiques religieuses , au lieu de rassurer , remuent la sensibilité , augmentent la frayeur par leur spectacle et prédisposent non-seulement au choléra, mais à d'autres maladies.

La peur doit être mise au nombre des plus fortes causes prédisposantes du choléra. Cette affection de

l'âme exerce un pouvoir funeste dans toutes les maladies épidémiques. Par conséquent, lors d'une épidémie de choléra, l'autorité doit tâcher de prévenir les bruits capables d'alarmer ; elle ne doit négliger aucune précaution pour rassurer le public , pour écarter tout ce qui peut contribuer à inspirer de la crainte ou de l'inquiétude.

Page 1