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CHAPITRE PREMIER

Généralités sur la Paralysie générale.

HISTORIQUE. — La découverte de la paralysie générale, qui d’après Baillarger réalise le plus grand progrès que l’on puisse signaler dans l’histoire des maladies mentales, date de 1822 : elle avait complètement échappé à l'observation des Anciens. Willis tout d’abord, Haslam et Perfect à la fin du xvrIe siècle, Esquirol et ses élèves, Georget, Delaye et Calmeil par la suite, ont été les premiers auteurs qui en ont décrit quelques symptômes. Mais c’est à Bayle, l'élève de Royer Collard, que revient l’honneur de la découverte de la paralysie générale dans sa thèse inaugurale Recherches sur l'arachnilis chronique, 8n 1822, où il en fait une entité morbide.

Dans les vingt années qui suivirent, les recherches se multiplièrent tant en France qu’à l'étranger, et malgré les objections de certains opposants, les idées de Bayle, c’est-à-dire l’essentialité de la paralysie générale, triomphèrent. L'on s’efforça d’abord, de préciser la nature, le siège et l’évolution des lésions paralytiques, puis l’on chercha à élucider la question étiologique. Esmark et Jessen dans un article de la Zeilschrift für Psychiatrie, signalèrent les premiers la corrélation de la syphilis et de la paralysie en 1857, et à ce sujet s’éleva une vive discussion à peine apaisée de nos jours.

Nous ne pouvons dans ce travail passer en revue toutes les communications et tous les travaux qui, depuis, ont paru sur

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ce sujet : qu’il nous suffise de dire que les plus grands noms de la psychiatrie et de l'anatomie pathologique apportèrent une large contribution à l'étude de ce problème.

Avant d'envisager la question de la paralysie générale et de la guerre, il nous parait utile de rappeler en quelques mots, les notions essentielles : cliniques, anatomiques, étiologiques, médico-légales, qu’il importe de connaître.

NOTIONS CLINIQUES. — On peut décrire à la paralysie générale quatre périodes progressives : 14 Période préparalytique; 20. Période de début; 3° Période d’état; 49 Période terminale.

Période préparalylique. — 11 est presque toujours impos- sible de marquer le commencement de la maladie qui se perd € dans la nuit du passé ». Cependant il existe toujours une période de préparation lente et insidieuse, et même si un ictus apparaît comme un symptôme précoce, ce n’est jamais un phénomène de début qu’en apparence. On peut retrouver une période prodromique, dont la durée toujours longue et variable, se marque par des, troubles généralisés et progressifs dans les sphères psychiques et motrices. Physiquement, l’aspect général du futur paralytique change, sa physionomie se modifie, devient moins expressive. Les premières manifestations de la maladie varient d’ailleurs, suivant l'individu, sa profession, son état mental : mais dans cette période qui peut durer de quelques mois à quelques années, ce sont surlout les signes psychiques qui l’emportent. Si le futur paralytique général à conservé, en apparence, l'intégrité la plus complète, on sent que son énergie mentale diminue et décline lentement : son caractère s’en ressent, il devient sombre et méfiant, 1l s’irrite facilement, il change d'humeur, il s’mquiète. Peu à peu les troubles s’exagèrent, « l’observateur attentif commence à constater ‘quelques absences de mémoire ou d'intelligence, quelques lacunes dans les conceptions. » Il devient mhabile, maladroit en même temps que commencera

A UE TRE à apparaître une certaine hésitation de la parole; souvent même 1l sera poussé vers des actes délictueux, incompréhensibles, faisant preuve d’affaiblissement de se: facultés morales et intellectuelles.

Période de début. — L'association de cet amoindrissement psychique et de cette légère intoordination musculaire caractérise le début de l’affection. Quelque soit d’ailleurs ce mode de début, il est un signe primordial qui ne manque jamais : c'est l’affaiblissement intellectuel qui se marque par tous ses symptômes, amnésie progressive, diminution du sens moral, modification du caractère, de l'humeur, de la conduite, indiflérence émotive, sur lesquels quelquefois viennent se greffer quelques autres troubles psychiques, délires el impulsions. À ce moment aussi apparaît un symplôme de grosse importance : l’altération de la parole, souvent constituée au début par quelques faux-pas. En même lemps on pourra encore constater, des tremblements, tremblements de la langue et, des lèvres surtout, une écriture fine et malhabile, une légère incertitude de la démarche, quelques troubles oculo-pupillaires eL notamment de l'inégalité pupillaire, une modification des réflexes.

Période d'état. — Le passage à la période d'état ne se marque par aucun signe particulier : il s'effectue en une évolution lente, inégalement progressive, par l’aggravation des symptômes déjà constatés et qui sont devenus plus apparents. Le malade ne présente plus un affaiblissement de son intelligence, mais une déchéance manifeste et générale de toutes ses facultés psychiques : sa démence est globale. Sa mémoire, son Jugement, son raisonnement sont affaiblis : ses idées sont niaises et puériles, 1l commettra les erreurs les plus grossières sans y prêter attention. Il a perdu sa faculté d’auto-critique.

À cet élat psychique correspondent une attitude et des actes sigmficatifs : le paralytique général est négligé, malpropre : il se Lient mal: il-ne s’élonne de rien et vit dans la

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plus parfaite indifférence, hormis ce qui touche à sa nourriture. Ses actes sont d’une niaiserie et d’une extravagance incroyable, témoin ce malade bien connu qui entre à l’eau pour se noyer, mais qui se hâte d’en sortir lorsqu'il se rappelle qu’il est rhumatisant, ou celui qui veut se suicider au charbon, mais qui, aussitôt son réchaud allumé, ouvre sa fenêtre toute grande pour que la fumée ne le fasse pas tousser. D’autrefois, ces actes, qui sont surtout automatiques, prennent un caractère impulsif, les poussant même, quoique très rarement, jusqu’à l’homicide. Très souvent viennent se surajouter à {ous ces symptômes psychiques, les types de délires les plus variés, que ce soient des états maniaques ou mélancoliques, de la confusion mentale, du délire omirique ou des délires systématisés. Quels qu’ils soient, tous ces délires ont ceci de commun : c’est qu'ils sont mobiles, incohérents, absurdes et contradictoires. S’iln’y apas,à proprement parler, de paralysie dans la paralysie générale, il y a de la parésie avec de sérieux troubles de la motilité; ces sujets conservent quelque temps leur force musculaire, mais ils sont maladroits et ils se fatiguent vite. Leur marche est très instable, et elle peut être très souvent ataxique ou spasmodique lorsqu'il existe des lésions concomitantes. Les deux principaux signes de cette période sont constants : tremblement surtout évident aux extrémités, à la langue (mouvement en trombone), aux muscles de la face; troubles de la parole, résultant soit de l’amnésie, et dans ce cas le malade cherche ses mots, anône, hésite, soit de la parésie des muscles phonateurs et il devient incompréhensible, sa dysarthrie le faisant « bredouiller inintelligiblement ».Les troubles de l'écriture sont d’un ordre semblable : on peut y relever des omissions, des répétitions de mots ou de lettres, ou bien y retrouver une écriture irrégulière, tremblée, avec des mots coupés, des figures, des dessins, le tout sans ordre, sans direction avec des taches et des ratures. C’est. surtout à cette période que se montrent tout une série de troubles variés; troubles visuels : signe d’Argyll, même quelquefois paradoxal, myosis et surtout inégalité pupillaire ; troubles

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des réflexes : exagération des réflexes tendineux, abolition des plantaires ; troubles de la sensibilité : diminution de la sensibilité cutanée au contact, à la piqûre, à la température, anosmie, signe de Bernaki (analgésie du cubital dans la gouttière juxta-olécranienne): troubles trophiques : othématome, zona, mal perforant, escharres, arthropaties, fractures spontanées, etc

La réaction de Wasserman dans le sang est fréquemment positive et dans le liquide céphalo-rachidien on note une lymphocytose marquée, une légère hyperalbuminose, et une réaction de Wassermam positive.

Période terminale. — Après une durée plus ou moins longue souvent entrecoupée de rémissions, la maladie conduit le paralytique général, vers l’état de déchéance le plus complet. Il ne mène plus, pour ainsi dire, qu’une vie végétative. Son affaibli-

sement intellectuel atteint le plus profond degré. C'est à peine

s’il se tient debout, s’il peut marcher : il faut le soigner comme un petit enfant. I ne retient plus ses sphincters : il est gàteux.. Sa physionomie exprime l’hébétude et la démence la plus complète. Ses tremblements se sont accentués au plus haut point, sa sensibilité est nulle. De dégradation en dégradation, ils’achemine vers la déchéance: physique plus lamentable, qu’il en arrive à ne plus quitter le lit ou non : il n’a plus rien d’humain, il est tombé à l’état d'animal inférieur, et il est réduit comme on l’a si bien dit, à un tube digestif. %

Ainsi, petit à petit, à moins de complication intercurrente, il glisse vers la mort, dans la cachexie la plus complète, dans

. le marasme,

ANATOMIE PATHOLOGIQUE. — Par Ja multiplicité même des lésions signalées et dont aucune partie du système nerveux n’est exempte, l'anatomie pathologique de la paralysie générale est un chapitre très complexe, dont nous n’avons ici qu’à esquisser ls grandes lignes.

I existe deux lésions fondamentales : 4)des lésions de méningite qui atteignent plus spécialement l’arachnoïde et la pie-

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