OBSERVATIONS
Dans ce chapitre nous passerons successivement en revue une série de faits où l’une ou l’autre des théories
pathogéniques précédemment exposées trouve son ap-
plication.
Nous aurions pu multiplier le nombre des observa-
tions; nous pensons que celles que nous donnons seront suffisantes pour nous permettre de justifier notre
conception pathogénique de la neurasthénie.
Neurasthénie par insuffisance congénitale du systèmê
nerveux.
Observation I (Girirs ne La Tourerrx.)
Il s’agit d’un homme de 26 ans dont l’existence n’a jamais'été tourmentée par aucun souci matériel. Son enfance s’est passée sans rien de particulier. Il n’en fut pas de même plus tard:
Sa mère raconte que de 15 à 17 ans il fut obligé d'interrom-
RE FE-SREM pre ses études à plusieurs reprises par suite de troubles nerveux développés sans raison apparente. Ses fonctions physiques étaient languissantes, il éprouvait des céphalées constantes, était taciturne, fuyait la société de ses camarades, avait perdu toute aptitude, au travail. |
De ce fait, quoique doué d'une brillante intelligence, il dut renoncer à se [ résenter au baccalauréat, puis au Concours d’une École de l’État à laquelle il s'était primitivement destiné.
Ses études, tant bien que mal terminées, dispensé du service militaire comme fils de veuve, il entra dans le bureau d’un ministère où il est encore aujourd'hui : un examen des plus faciles lui en avait ouvert les portes.
Ses souffrances physiques et morales s'étaient calmées sans toutefois l'avoir complètement abandonné.
À 22 ans, sans motif appréciable, vivant avec sa mère à l’abri de toute émotion morale, de tout choc nerveux, il fut repris de douleurs céphalalgiques, qui, depuis lors, sauf quelques rares rémissions, n’ont fait que s’accentuer.
Si on l’interroge, il décrit, avec beaucoup de précision, la douleur en casque du neurasthénique, laquelle acquiert chez lui une grande intensité surtout après les repas. Partie de la nuque, elle envahit parfois toute la tête.
Il lui semble avoir à l’intérieur du crâne quelque chose qui bouillonne à faire éclater les parois osseuses. Il ressent une chaleur intense qu’il prétend constater lui-même avec sa main placée in situ. |
Ces douleurs se calment pendant la nuit, elles ne sont certainement pas d’origine Pniaue,
Cette céphalalgie constitue une véritable obsession.
Pendant les rares moments où elle le quitte, il en a la crainte,
st
‘ o — 46 — la hantise, elle l’a forcé à multiplier des congés qui ont contribué à entraver sa carrière administrative :
Il a voyagé, éprouvant d’abord quelque soulagement à voir du pays, mais une fois de retour à son poste, 1l est redevenu plus souffrant que jamais, d'autant qu’il est survenu des vértiges très tenaces, qui ont compliqué le tableau morbide.
A une certaine époque, la douleur s’est déplacée, elle est descendue, pesant sur les épaules à la façon d’une chape de plomb; puis, sans abandonner complètement la tête, elle a envahi le côté droit du thorax.
A ce moment le malade s’est cru pleurétique et s’est rendu dans le Midi pour soigner son poumon. Puis il a pensé qu'il avait une maladie de cœur parce que, quittant le côté droit, la sensation douloureuse s'était fixée sur la partie gauche dela poi- . trine, |
Alors il eut des cris d'angoisse qui firent songer à une angine de poitrine. |
Toutes ces sensations, 1l les a minutieusement analysées, classées, éliquetées, consignées par écrit, réalisant le type de « l’homme aux petits papiers de Charcot ».
Malgré ces avatars, l’état général est resté assez satisfaisant, il existe même un embonpoint précoce, l'appétit est conservé
avec lenteur de la digestion.
Ce neurasthénique de Gilles de la Tourette est un neurasthénique constitutionnel, un psychasthénique. Son observation est fort intéressante parce qu’elle nous montre comment un individu très fortement prédisposé peut devenir neurasthénique sous l'influence de
la moindre cause soit psychique, soit organique.
Le malade dont il s’agit ne présenta rien de particulier jusqu’à l’âge de 15 ans, c’est seulement depuis cette époque que se révéla sans raison apparente la faiblesse
‘de son sysième nerveux. | |
Il est bien évident que, si l’on ne tenait pas compte
- dela prédisposition, on ne pourrait comprendre comment une cause minime pourrait produire des phénomènes neurasthéniques aussi graves chez les malades de celte catégorie. ja l'o
Il faut admettre qu’ils naissent avec un système nerveux /capable de bien fonctionner pendant quelques
années seulement.
Neurasthénies d'origine psychique.
Observation II (LevicLain).
Me PI...,31 ans, présente un Lyp2 de neurasthéuie complète, AA \
développée chez une paysanne à Ja suite d’émotions morales pate, Vives, d En effet Ma* PI... s’est toujours très bien portée jusqu’à 1e
l’âge de 28 ans : à ce moment elle allaitait son premier enfant
qui entre ses bras fut subitement pris d’une crise de convulsions
# qui dura uné heure à une heure et demie et laissa l’enfant
| comme mort : en réalité elle le crut mort et fut prise d’un trem-
blement général bientôt suivi de coliques et de diarrhée abon- . re | dante. !
Dès le lendemain elle se sentait brisée et menacée à tout. Jinstant de syncope : « on aurait dit que j'allais mourir, » FD ).
s] ; Pendant trois mois elle souffrit d’une insomnie tenace, elle
dormait au plus une ou deux heures le matin et encore avec des cauchemars terribles, des réveils en soubresauts..., puis apparurent des troubles gastriques : inappétence, ballonnement avec oppression renvois, enfin constipation qui n'a jamais cessé depuis. |
Hyperexcitabilité considérable ; à tout instant palpitations et tremblements. ;
Amyosthénie persistante très accusée ; cette femme qui vivait dela vie des champs, fut pendant plusieurs mois immobilisée dans sa chambre non seulement à cause de la fatigue musculaire mais aussi en raison de l’agoraphobie dont elle était atteinte.
D'autres phobies existaient en même temps,Mn®- PI... ne pouvait rester seule, ellé-avait peur de mourir, elle ne pouvait rester enfermée dans une chambre étroite sans que les fenêtres
fussent ouvertes.
L'état mental était triste, très préoccupée de sa santé, déses-
pérant de la guérison...,en même temps que très irritable ; les
bruits et les cris de son enfant qu’il fallut éloigner de sa mère l’énervaient et lui donnaient mal à la tête.
L’asthénie psychique était aussi complète qu’on pouvait l’observer chez une femme de cette condition : elle ne pouvait plus s'occuper de rien dans son ménage.
Enfin elle accusait encore des vertiges fréquents, de la rachial-
gie, et la sensation très nette de la plaque occipitale.
Observation III (Levii Lan).
M. C.…., 25 ans.
Antécédents héréditaires. — Père diabétique, mère névropa-
the, sœur et plusieurs collatéraux brightiques.