‹ Considérations sur la pathogénie de la neurasthénieChapitre 15 sur 22 · EN · texte numérisé non relu

EN

En somme M C... présente actuellement, bien que légère-

. l’une on la déclarait hypochlorhydrique, dans l’autre hyperchlo-

rasthénique, cela viènt presque toujours ou du mari, ou de la

ment esquissée la plus grande partie des symptômes du type de Beard. |

Observation IV (Bazzer). "10

Une jeune femme de 30 à 32 ans vient un jour me trouver, présentant tous les symptômes de la neurasthénie la plus grave : céphalée, digestion horriblement difficile, lassitude invincible,etc... J'en cherche la cause avec l'idée,que l’expérience m’a suggérée, qu’il devait y avoir surmènement moral.

La malade me sort deux analyses de suc gastrique : dans

rhydrique. Son mari était bon, elle n'avait pas de belle-mère,

ses enfants se portaient bien. Quand une femme devient neu- ’

belle-mère, ou des enfants. Exceptionnellement cela vient du quatrième larron qui s’introduit dans le ménage et qui dans

mon cas particulier n'existait pas.

Je revis plusieurs fois cette malade avec ma conviction bien arrêtée que ni son hyperchlorhydrie, ni son hypochlorhydrie ne ù pouvaient me rendre compte de sa neurasthénie. Un fait me frappa : la malade était bien mise, la robe de la bonne faiseuse, es cal le corset irréprochable, la chemise de toile très fine. | . Je la regardai bien en face et lui dis : « Madame, vous avez des Éte ennuis, que vous ne m'avouez pas; vous avez un bon mari, pas | AC de belle-mère, des enfants en bonne santé, rien du quatrième: côté ; il ne vous reste plus qu’un seul motif d’ennui,c’est votre * couturière. » Elle « piqua un fard » et finit par m’avouer que depuis des années elle avait en effet une grosse note chez sa

couturière, 5.000 francs, qu’elle découvrait saint Pierre pour

Le

ces de sa couturière.

couvrir saint Paul, sans pouvoir arriver à faire taire les exigen-

C’est pour cela qu’elle était neurasthénique et j'en eus la preuve expérimentale.

Son mari, désolé, vint me voir, me dit qu’il donnerait sa fortune pour guérir sa femme. « Monsieur, répondis-je, je ne vous demande pas votre fortune, je vous demande simplement deux choses : 1° Vous 5x ferez aucune allusion ni maintenant, ni jamais à votre femme de ce que nous allons dire; 2° vous me donnerez 5.000 francs, non pas pour moi, mais pour la couturière de votre femme. » Et la malade guérit, malgré son hyper-

chlorhydrie et son hypochlorhydrie.

Chez ces quatre malades les phénomènes neurasthéniques sont manifestement consécutifs à des causes psychiques.

La première malade, bien portante jusqu’à l’âge de 28 ans, a une émotion morale intense, suivie immédiatement d'accidents nerveux.

Le deuxième malade dont les antécédents neuro-

arthritiques sont assez chargés devient neurasthénique

à la suite d’un surmenage intellectuel.

La troisième malade, femme du précédent et moins prédisposée que lui, présente une légère neurasthénie développée sous l'influence de contrariétés et dé préoccupations que lui cause l’état de son mari.

Quant à la quatrième malade c’est l'émotion provoquée par l'impossibilité de payer une forte dette qui

est la cause de la neurasthénie ; le résultat obtenu par

” Le traitement nous en donne la preuve.

Nous insistons sur la différence qui existe entre ces neurasthéniques et le neurasthénique de Gille de la Tourette. [ci en effet la prédisposition est relativement faible, alors que la cause déterminante joue le rôle principal.

Neurasthénies secondaires à des troubles dyspeptiques.

Observation V

‘(Due à l’obligeance de M. le Professeur Mirallié). %

Me X.., âgée de 32 ans.

Rien de particulier à noter dansses antécédents héréditaires.

Elle se maria il y a dix ans, un an après elle eut un enfant; l’accouchement fut suivi d’une métrite qui persista pendant cinq ans. é

Elle vient le 4 décembre 1905 consulter pour son UPARE

Les troubles qu'elle ressent du côté de cet organe se. produisirent pour la première fois il y a dix ans dans les circonstances suivantes :

Elle faisait à ce moment un court séjour à Toulon avec son mari; son arrivée dans cette ville à l’époque des fortes chaleurs l'avait beaucoup fatiguée. (La malade fait remarquer que jusqu’à

cette époque elle avait toujours eu un appétit excellent et que

| jamais elle n’avait souffert de l'estomac.)

Son appétit commença d’abord par diminuer, ses digestions devinrent de plus en plus difficiles.

En même temps elle eut des névralgies et des abcès dentai-

res. Ses souffrances étaient telles, raconte la malade, qu’elle res-

AR RAS tait des journées entières sans manger, ne prenant guère que des cachets d’antipyrine.

Les troubles organiques ne tardèrent pas à retentir sur son état mental: la malade était devenue nerveuse, irritable, la moindre émotion, la moindre contrariété augmentait l’intensité de ses troubles dyspeptiques. à

Elle avait beau manger très peu et de très bonne heure elle s'éveillait toujours la nuit, elle ressentait de la lourdeur aa niveau de l'estomac; il lui semblait que le peu qu’elle avait mangé la veille restait à cet endroit, que son estomac était bouché, d’où sensation d’angoisse, d’étouffement.

L’insomnie était à peu près complète.

Il y a quelque temps sur les conseils d’un médecin elle se mit exclusivement au lait, mais ne put le digérer, elle vécut ainsi pendant trois semaines avec 3 à 4 verres de lait par jour.

Elle perdit ainsi 21 livres, tel fut le résultat de ce régime.

Elle alla ensuite au Havre consulter un nouveau médecin | qui la soigna comme une neurasthénique (douches, fortifiants). Ce traitement lui réussit assez bien puisqu'elle regagna le poids qu'elle avait perdu, mais n’améliora pas les troubles gastriques.

C’est alors que nous la voyons.

La malade présente des signes d’hyperchlorhydrie très nets ; elle a des brûlures trois à quatre heures après les repas, quand il lui arrive de faire un bon repas les douleurs sont longues à venir : inversement quand elle mange peu, et c’est là son habitude, les douleurs apparaissent plus tôt.

A l'examen : douleur à la pression au niveau du creux épigas trique.

Battements épigastriques.

De plus, la malade est très constipée,elle ne va à la selle qu’en

"RS prenant du tamar indien ou une eau purgative quelconque, Elle est triste alors qu’elle était très gaie autrefois, elle pense continuellement à son estomac et ne cesse d'en entretenir sa famille.

Elle se plaint de céphalée, d’insomnie, de courbature au réveil, «Ce n’est plus vivre que vivre ainsi, je suis désespérée »,

dit-elle.

En somme dépression physique et morale consécutive à des”

troubles dyspeptiques.

La malade qui habite dans les environs de Nantes se décide

à rester pendant quelques jours à l'hôtel en compagnie de son.

mari pour se soigner.

Nous traitons son hypersthénie gastrique par les paquets alcalins et opiacés. Au bout de huit jours elle était guérie

complètement et pouvait retourner chez elle : il est intéressan,

de noter que les symptômes neurasthéniques disparurent en

même temps que les troubles dyspeptiques. Depuis nous l’avons

revue, la guérison s’est maintenue, aucune rechute depuis décem-

bre 1905.

Observation VI

(Due à l’obligeance de M. le Professeur Mirazrié.)

Mu: X... âgée de 50 ans, a toujours joui d’une bonne santé, lorsque en 1895 à la suite de chagrins et d’ennuis elle présente des troubles gastriques avêéc phénomènes de neurasthénie : céphalée en casque, asthénie physique et psychique…

Les troubles gastriques présentent tous les caractères des

dyspepsies nerveuses ; extrême variabilité dans tous és symp-

'FGÈeS tômes et dans leur agencement entre eux ; tantôt la dyspepsie: revêt l’aspect de l’hyposthénie, tantôt de l’hypersthénie, tantôt il y a diarrhée, tantôt constipation. Suivant les divers stades de cette dyspepsie, la malade est soignée comme hypo ou comme hyperchlorhydrique, fait des séjours à Plombières, Châtel-Guyon, avec alternatives de mieux et de rechutes.

En janvier 1906 nous voyons cette malade pour des trous bles nerveux variés : neurasthénie type avec céphalée en casque, asthénie physique et psychique, aboulie, tendances aux vertiges et à la syncope. =

Du côté de l’appareil digestif on note tous les signes d’une hypersthénie manifeste, Fait intéressant: il existeune corrélation complète entre l’état nerveux général et l’état dyspeptique.

Au réveil la malade est anéantie au physique et au moral ; le petit déjeuner la remonte à peine ; à chaque instant la malade accuse une sensation.de vide à l’estomac avec menace de syncope, la prise même très petite d’un aliment quelconque amène du soulagement des phénomènes réflexes.

Aussi la malade mange à chaque instant, mais peu à la fois, car l’arrivée des aliments dans l’estomac provoque d’abord une atténuation des symptômes, mais une atténuation passagère qui fait place bientôt à ‘une sensation de pesanteur suivie enfin de la sensation de vide, si pénible pour la malade,

La malade mange donc constamment jour et nuit. Nous æxigeonsle repos au lit absolu, nous régularisons les repas et instituons le traitement alcalino-opiacé de l’hypersthénie gastrique.

En même temps nous faisons de la psychothérapie en affirmant à la malade sa guérison, en la raisonnant et en faisant disparaître par des médicaments tous les malaises au fur et à

mesure qu’ils se présentent.

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