‹ Considérations sur la pathogénie de la neurasthénieChapitre 16 sur 22 · MEET · texte numérisé non relu

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— 57 — 6 Rapidement la malade s'améliore au physique comme au moral.

A la fin de mars 1906 la malade fit un voyage d’excursion en Italie. Depuis cette époque la guérison s’est maintenue. Mme X... jouit d’une santé physique parfaite et toute trace de neurasthé-

nie a disparu. Mais elle a toujours continué son traitement

alcalino-opiacé. Dès qu'elle le cesse les troubles hypersthéniques

- reparaissent, en même temps que la malade ressent de la fai-

blesse des membres inférieurs, de la lourdeur de tête, de la tendance à la syncope, quelques paquets alcalins remettent tout

en ordre. !

Observation VIII

(Due à l’obligeance de M.le Professeur MrraLcté.)

M. X..., âgé de 45 ans, grand et fortement musclé, se sent atteint depuis quelques mois d’une asthénie physique et psy-

chique progressive. Obligé de se livrer chaque Jour à un travail

physique et intellectuel assez fatigant, il se sent devenir incapa-

ble de subvenir à ses devoirs. Le moindre effort 1e fatigue, tout travail intellectuel lui est impossible. Aussi malgré qu’une brillante carrière s'ouvre devant lui il songe à donner sa démission. Ii a déjà pris plusieurs périodes de congé, il vient de se reposer depuis trois mois à Royan lorsque nous le voyons (sept. 1901).

Nous sommes frappé, dès le premier examen, de l’évolution horaire des phénomènes chez ce malade. Il se réveille exténué, incapable d'aucun travail; le petit déjeuner semble le remonter un peu, mais toute la matinée le malade « ne vaut rien ».

Il déjeune de bon appétit ; après le repas il se trouve dispos,

c'est alors qu’il travaille le mieux, règle ses affaires importantes, :

est capable d’un effort sérieux.

Vers 5 à 6 heures du soir il se sent de nouveau fatigué, l’asthénie revient : mais le dîner fait tout disparaître et la soirée est le meilleur moment de la journée. Il y a beaucoup moins de fatigue au coucher qu’au réveil.

Malgré l’absence designes objectits ducôté de l'estomac nous pensons à une dyspepsie hypersthénique latente ayant déterminé une neurasthénie secondaire avec tous ses stigmates : asthénie physique et psychique, céphaléeen casque, plaque sacrée,

Nous instituons un traitement contre l’hypersthénie (régime, paquets alcalins et opiacés).

Sur nos conseils le malade reprend son service.

En quelques mois tout symptôme morbide avait disparu.

Sur nos conseils, M. X.. accepte un service beaucoup plus

chargé où il a une grosse responsabilité morale et une fatigue

physique assez considérable.

Depuis 1901 la guérison ne s’est jamais démentie un moment. M. X... fait toujours attention à son régime et prend au moindre malaise ses paquets alcalins.

Il a rempli, depuis six ans, sans la moindre défaillance, un service très chargé : 1l n’a jamais été obligé d’interrompre son service, il a obtenu un avancement particulièrement rapide.

M. X... qui a pu dans certaines circonstances difficiles et fatigantes donner un effort soutenu physique et intellectuel, se sent de force à assumer aujourd’hui toutes les responsabilités

qu'on voudra lui confier.

Observation IX (personnelle). r J l | F e « \ NS .

RD danse LUE At) Le

| | Antécédents héréditaires. — Père mort à 66 ans, souffrait d’une A ds depuis dix-huit ans. EE FT * Mère à âgée de 70 ans bien portante. KA 1er 51 Modes personnels. — Le malade aurait eu un accès de fièvre paludéenne à 7 ans. | | Lo

I Loue de l'estomac depuis l'âge de 19 ans, il digérait al

avait des renvois, des gaz intestinaux, des sensations de pesan=

8 Be: teur et de brûlures au niveau de l'estomac trois ou quatre heu-

Hs res après les repas." pe PA +8 14

De

m5] Il a toujours été très constipé.

sa y a cinq ans il consulta in médecin qui le mit au traite r

ment alcalin et au régime lacté absolu. Ce traitement l'améliora :

j7 - Nous voyons le malade le 24 août 1906 pour la premièré fois.

2 IL:se plaint de ressentir une sensation de pesanteur au creux re”

mn

| épigastrique quelques heures après avoir mangé. Ilest extrêmement constipé et est obligé, pour aller à la selle, de prendre des lavements, et cela depuis cinq ans. ee)

Le malade se montre très déprimé, très découragé, il a perdu

vs, Eu

ses forces, ne se sent aucune énergie, ne peut se livrer à aucun

ES 1 travail à tel point qu il s’est trouvé dans l’obligation d’abandon-

ner son métier,

: Insomnie presque complète. Sensation de courbature très . HHArauee au réveil. D L'ämaigrissement est considérable.

de à Quoique les troubles dyspeptiques né soieñt pas très pronon- #

CO èés tement nous le soumettons au traitement alcalin et calmant et nous lui A LUE des douches. Puis nous supprimons ses lavements que nous remplaçons par du sulfate de magnésie, * 29 avril 1907. — Le malade se plaint d’avoir encore de temps én temps des sensations de pesanteur.

Les selles sont devenues régulières, Je malade a cessé ses Pa ne comme nous le lui avions conseillé.

L'état mental est meilleur, il reprend confiance,

27 mai 1907. — Toujours quelques sensations de pesanteur ou de brûlures après les repas. 1

L’appétit revient peu à peu.

Les selles sont très régulières grâce au sulfate de magnésie que le malade prend tous les matins.

I1 pèse 50 kilos.

L'état mental s’est amélioré considérablement, les symptômes neurasthéniques qui étaient très accentués au début du traitement ont suivi lamême évolution que les troubles dyspeptiques.

Le malade ne s'inquiète plus de son état, il dort beaucoup mieux et ne se réveille plus avec cette lassitude dont il se plaignait tant autrefois, son asthénie psychique est beaucoup moins accusée, il a pu reprendre depuis quelque temps son métier.

15 juillet 1907. — Les brûlures n’ont pas encore complètement disparu, elles reviennent en moyenne tous les dix jours et durent pendant deux ou trois Jours. Ee

Les paquetsalcalins que le malade prend seulement au moment de ces douleurs, les calment aussitôt : aussi le malade ne s’en préoccupe-t-il plus.

Les selles sont toujours très régulières (depuis 8 jours F malade ne prend plus de magnésie).

Son poids est de 60 kilos,

al dei Li 2 He

EN PACA L'appétit est tout à fait revenu.

Il n'existe plus dé symptômes neurasthéniques ; le malade peut travailler beaucoup sans éprouver aucune fatigue.

Le 15 décembre 1907. — Nous avons revu le malade qui est complètement guéri sous tous les rapports.

Depuis le mois d'août il ne suit plus aucun traitement.

Ces quelques observations tendent à montrer l’influence que peuvent avoir les troubles dyspeptiques dans la genèse de certaines neurasthénies. Les résultats ob-

tenus dans chaque cas par le traitement des troubles

considérés comme primitifs nous prouvent que les

théories pathogéniques stomacales sont parfaitement fondées.

Aussi dans les cas de ce genre reconnaissons-nous avec Beau, Broussais, Bouchard, Hayem et Winter, Leven, Bron Bardet, Turquet et presque tous ceux qui s'occupent de pathologie gastrique l’importance de la dyspepsie. ”

C'est aussi l’opinion du professeur Alb. Robin qui, bien que ne se ralliant à aucune des théories stomacales, pense que dans 25 0/0 des cas la neurasthénie est d’origine dyspeptique.

Au point de vue pratique il importe peu de savoir quelle est la meilleure des théories stomacales qui ont été mises en avant pour expliquer la pathogénie des phénomènes neurasthéniques. Ce qui importe surtout c’est de ne pas considérer les troubles gastriques comme

subjectifs.

Nous ferons toutefois remarquer que les quatre neu-

K ANS Pin ñ

rasthéniques précédents étaient des hyperchlorhydriques, celie constatation ne noûs permet par conséquent pas d'appliquer chez ces malades la théorie de l’autointoxication d’origine gastro-intestinale, auto-intoxication qui, d’après Bouchard, est consécutive à la dilata-

tion de l’estomac et à l’hypochlorhydrie.

Neurasthénie secondaire à des troubles hépatiques.

Observation X (in thèse GopLewsxt).

M. L..., 49 ans, entre le 3 avril dans le service de mon maitre

le professeur Carrieu pour troubles digestifs et faiblesse mus-

\ . culaire, Antécédents, héréditaires. — Père nerveux.

Antécédents personnels. — Nerveuse, a eu de légères crises

nerveuses dans son Jeune âge. Règles à 16 ans tardives, irrégu— lières, a eu trois enfants en trois ans. d En 1886 a eu la jaunisse qui a duré quinze jours. Rhumatismes légers, Début il y a cinq ans coïncidant avec la suppression des règles et à l’occasion d’émotions successives occasionnées par la perte de son fils et de sa fille, La maladie débute par des verti=

ges, céphalée, perte d’appétit. Ces signes augmentent. L’anorexie

s’accompagne de nausées après le repas, les digestions sont péni-

. bles, lentes avec des flatulences, aigreurs et douleur épigastri-

que. La malade souffre à jeun et mange pour calmer cette dou‘ leur qui recommence après l'absorption d'aliments. Alternatives de diarrhée et de constipation,

Palpitations, étouffements, angoisse précordiale surtout après

“Tous ces signes sont allés en ARSMEMNR sont devenus plus compliqués et à cet élément dyspeptique s’est surajouté un élé- mentnévropathique d’asthénie générale avec névralgie qui décide

la malade à entrer à l’ ‘hôpital.

prendre,

cette sensation de « pesanteur qui la tue, dit-elle ».

- Ù épigastrique et douleur transversale ombilicale. Constipation peu prononcée, mais épreintes, ténesme, selles dures, scybales avec parfois dés'glaires ter er

| Faiblesse musculaire générale, bypochondrie, impossibilité de tout. travail, céphalée, vertiges, insomnie, la malade se réveille toujours à 3 heures du matin. |

Hyperexcitable, pour. pn rien, Palpitations fréquentes. avec

un pouls rapide lrgérement intermittent avec 80 AUS

Ce superficielle. Anémie. “| | 6 :

Signes objectifs : Ventre souple. L'estontac n'est pas très

n. 4) ' dilaté, sa limite inférieure arrive à l’ombilic, la petite courbure 48 1 1asE abaissée, il y a surtout de la ci pess La corde trans- 34 verse qi côlon se sent facilement sous l’ombilic et un nee à 4 | droite

a Gargouillements obtenus par le procédé de glissement. Bou- Ê È din cæcal, La palpation classique montre le foie abaissé, son

lobe gauche descendu assez bas sur l’estomac, C’est ce lobe

Examen le 3 avril 1906. — La malade a faim, mais dégoût

M Fes ! prie : / L 3 4 __ pour les aliments gras, malaise avec le besoin fréquent de * Elle est obligée de restreindre son alimentation pour éviter

Flatulences, aigreurs longtemps après le repas avec douleur

dans la position horizontale et 92 debout. Respiration lente,

EU

qui est douloureux à la pression et qui indique bien que la douleur attribuée par la malade à l’estomac est hépatique.

Enfin il y a une néphroptose au deuxième degré des deux reins, plus du droit cependant, facilement perceptible.

Épreuve de la sangle positive,

Traitement. — Sangle de Glénard.

Laxatifs quotidiens légers.

Régime léger, purée, pâtes, légumes frais.

17 avril. — Malade fortement améliorée, n’a presque plus de troubles gastriques. Elle sort, poids 59 kilos.

8 mai.— La malade est revenue nous voir, guérison durable.

Nous ferons remarquer que bien que les symptômes neurasthéniques soient survenus à l’occasion d’'émotions vives, il n’en est pas moins vrai que les troubles hépatiques ont joué un rôle important dans le développement des troubles gastriques et des troubles nerveux.

Les résultats obtenus ici grâce au traitement préconisé par Glénard prouvent que la théorie de l’entérop-

tose peut dans certains cas trouver son application.

Neurasthénie secondaire à des troubles génitaux.

Observation XI (Baruaup).

Jeune fille de 15 ans, née d’un père arthritique, d’une mère à la fois arthritique et neurasthénique, réglée depuis deux ans, normalement dans les premiers mois, avait vu ses époques devenir de plus en plus rapprochées, de plus en plus abondantes, d’une durée de plus en plus prolongée. :

Dès le début de ces accidents un médecin fut consulté qui

-onseilla a suralimentation, un repos presque complet la moitié

= 2 b . de È du mois, défendit tout exercice un peu actif et ordonna des

préparations ferrugineuses destinées dans son esprit à combattre l’anémie révélée par les pâles couleurs de la jeune malade,

Plus le traitement était rigoureux, plus les règles devenaient abondantes et prolongées..

Un examen local avait été pratiqué qui ne révélait ni tumeur, ni polype muqueux, ni lésion évidente des annexes. Au fer on associa les arsenicaux et la situation ne faisait qu'empirer. C’est

dans ces conditions que je vis la malade pâle, affaiblie, un peu obèse, digérant mal, ayant de l'hypotension artérielle, de la dilatation d’estomac, de l'entéroptose, une congestion utérine intense, une légère rétroversion mobile, les deux ovaires sensibles et un peu augmentés de volume, Mon premier soin fut de supprimer complètement les ferrugineux et les arsenicaux qui ne pouvaient qu’exagérer la congestion utéro-annexielle. Je conseillai une alimentation de digestion facile, mais moins riche en aliments azotés, la suppression complète des vins dont on tendait à abuser, sous prétexte de tonifier la malade. J'ordonnai une vie plus active et le retour progressif aux jeux de grand air qu’on redoutait bien à tort ; je permis même la bicyclette avec modération.

Une série d’injections hypodermiques de sérum artificiel

dimipua rapidement lhypotension artérielle et réveilla la vitalité,

augmenta l’appétit, donna des forces et, en activant la circula-

| tion cutanée, supprima.cette pâleur du visage qui inquiétait tout

le monde. La poudre de glande mammaire fut administréecomme unique médicament interne, dans le but de combattre l’hyperfonction ovarienne et eut en effet pour résultat d’abord d'empécher les règles de revenir avant le terme normal,puis de les ren-

Fortineau : ü

\ À 2% 4 dre moins abondantes et moins longues. Après quelques mois

de ce traitement, cette jeune tille avait repris son entrain, sa

gaieté, elle n'avait plus ni neurasthénie, ni hémorragies.

Il semble bien que chez cette jeune fille la neurasthénie ait eu pour cause l'hyperfonction ovarienne : la poudre de glande mammaire administrée a en effet produit un double résultat, la disparition des hémorragies et de la neurasthénie.

En général les auteurs pensent que «les lésions organiques et les troubles fonctionnels de l'appareil génital n’exercent aucune action sur les centres nerveux, mais agissent sur l’état moral des malades par les préoccupations tristes, les inquiétudes, les peurs qu’ils entretiennent dans l'esprit ». (Ballet) :

Cela ne nous paraît pas douteux, mais noûs croyons qu'il serait dangereux de ne s'occuper que de ces préoccupations et de n’attacher aucune importance à la cause même de ces préoccupations.

Neurasthénies secondaires à des troubles des glandes à sécrétion interne.

Observation XII (Durour et Roues pe Fursac.)

Mae T..., âgée actuellement de 54 ans, est entrée dans le service de notre maître M. le professeur Joffroy en décembre 1895. Cette femme trois ans auparavant avait vu à l’occasion de la ménopause s'établir chez elle tous les accidents qui ont été

décrits au cours de la neurasthénie : céphalée, dépression psy-

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