‹ Considérations sur la phase prodromique des délires aigusChapitre 23 sur 33 · OBSERVATION X · texte numérisé non relu

OBSERVATION X

L... Rose, 27 ans, polisseuse, entre à Sainte-Anne, le 9 septembre 1936. Le certificat d'Henri Rousselle mentionne : « Etat de vive agitation avec idées de persécution, violences, insomnie, fièvre élevée. » : : CNET

A l'arrivée dans le Service. la fièvre est. à 409, on ne note aucun signe de localisation net. Léger œdème du poignet droit, indolore, semble-t-il, Agitation, mutisme à peu près complet. Opposition. Urée : 0 gr. 80. Un abcès

RATS de

de fixation à l'huile térébenthinée est tenté à la cuisse droite. On associe la septicémie intraveineuse. La température après un clocher à #19 reste à 40 pendant trois jours, puis décrit un plateau à 390. On remplace la septicémine par la naïodine, la température revient à 370 brusquement le 25 septembre. Il persistera encore longtemps une obnubilation avec obtusion et négativisme ; mais l’agitation a complètement cédé et l’état physique s'améliore rapidement.

Selon les dires du frère de la malade, on peut faire remonter à plusieurs mois l’apparition de troubles du caractère. L'’humeur de la malade a changé complètement : Jadis gaie, euphorique, boute en train, elle était devenue taciturne et pessimiste. Sans que l’activité professionnelle ait à en souffrir, elle s'était isolée du milieu. Vers le début d’août, apparition d’une tuméfaction articulaire de l'épaule droite, tuméfaction à peine douloureuse, sans phénomènes généraux concomitants. Puis l'empâtement de l'épaule avait disparu, le poignet avait été pris à son tour et au cours de la maladie la cheville gauche présenta une inflammation identique.

OgservaTion XI.

RU Isabelle, femme P..., employée au Ministère des Finances, 42 ans, est entrée à l’Admission le 6 août 1936, venant de lhôpital Henri Rousselle. Le certificat du D' Simon mentionne : « Est atteinte d’un état mélancolique avec réponses rares. Gémissements et turbulence anxieuse, légère. Fièvre. Le lendemain le tableau change et le certificat de l’Admission note : « Syndrome d'agitation motrice avec mutisme et négativisme. La sitiophobie

fe 1!

LRQ A

est absolue et l'agitation motrice forceuée. Un dosage durée sanguine donne, à l’entrée, 0 gr. 89.

Au cours de l’agitalion, la-malade ‘extériorise quelques vagues idées de persécution, des terreurs provoquées sans doute par quelques scènes oniriques. Malgré la thérapeutique ordinaire : sérum sous cutané, collargol intraveineux, extrait rénal l’urémie monte à 4,60 le 10 août. La cachexie est intense. la mort survient le 143 août.

Quelques renseignements nous ont été fournis par le mari ; il convient de les minimiser dans leur valeur, étant donnée l’hyperémotivité considérable du sujet. « La malade», — nous dit-il, — «avait au Ministère une.excellente place, elle était en butte aux taquineries, aux mauvaises plaisanteries de ses collègues qui l’enviaient, et ces brimades duraient depuis plus d’un an.et demi ». Ilsemble permis de rapporter ces dires à des idées de persécution plus ou moins caractérisées que le mari a amplifiées jusqu'à un vérilable délire. En effet, il rapporte toute une série de petits faits interprétés par sa femme, et rappelant ces interprétations : sable dans l’encrier, pied de nez esquissé,accroc subrepticement fait aux vêtements, etc... ».

« Toutes ces taquineries »,— poursuit le mari — «sont deve-

nues de plus en plus nombreuses et ces: derniers jours ‘était intolérable. » Cette exacerbation permet, one “a de lier deux processus dissemblables.

‘Les antécédents personnels ne donnent rien d’intéressant. Le mari indique üune émotivité CRETE, des « peus » à diverses époques. +: HIER 260 MORNAE À - Père et mère bien portants. Pas d’enfants ni de fausséssconchés. io tint De Ééiéiierennt ROM ant note

et

Se

| OBSERVATION XIL.

Mile S... Madeleine, 31 ans, employée de banque, entre à l’Asile le 20 avril 1936. Son aspect physique, sa présentation sont absolument ceux d’un Délire be et le diagnostic est fait d'emblée. Ë

Pendant trois semaines tout l'arsenal thérapeutique sera utilisé en vain et finalement la fièvre tombe, l'opposition devient de l’inertie. Pendant deux mois, la malade restera confuse avec des reliquats oniriques importants. Actuellement, elle est sortie de l’Asile et a repris son travail.

Il est intéressant de noter les particularités du début de cette maladie. Mlle S... est employée dans ure banque de province avec sa sœur. Jeunes filles sérieuses et rangées elles mènent une vie calme et tranquille, coupée par de rares distractions et de nombreux exercices de piété. En février 1936, la sœur fut atteinte d’une grippe qui la laissa un moment asthénique. Madeleine la soigna avec sa conscience coutumière, mais commençait vers la fin de la convalescence à s'énerver facilement, à crier pour un rien, à se mettre en colère pour des motifs futiles. Tant et sibien que le médecin consulté lui proposa de prendre du repos. Notre malade s emporta, eut avec sa sœur une violente discussion, lui cria qu’ « elle voulait maintenant se débarrasser d’elle: après en avoir profité », puis deux jours après, céda brusquement aux objurgations de sa famille et alla s'installer pour deux mois dans le Midi. Dans la pension de famille soigneusement choisie où elle descendit, fout alla bién d'abord, mais bientôt les mêmes soupçons, les mêmes impatiences se firent jour. La maison lui semblait mal fréquentée, les domestiques mal stylés ;

do VS

un collègue de la succursale de sa banque qui s'intéressait à elle en bon collègue, lui paraît avoir à son égard des intentions malhonnètes et elle le rabroue vertement lorsqu'il vient s'enquérir de ses nouvelles. Get état va en empirant et au début d'avril, elle écrit à ses parents une série de lettres où s'extériorise une violente colère, d'ailleurs dans la nuit du ÿ au 6 avril, elle s'enfuit de la pension en brisant tous les objets fragiles de sa chambre ; sa famille vient alors la chercher et l’emmène à Sainte- Anne.

Questionnée sur son état antérieur, Madeleine, lors de sa guérison explique : « J’ai eu à ce moment-là un caractère de chien. Je m'emportais pour un rien. Je ne sais pas ce que j'avais ».

Mais à côté de ces troubles du caractère dont nous venons de donner des exemples et qui ont évolué durant une .période assez longue qui ne correspondait à aucune affection psychiatrique nette, on voit aussi des formes de début qui, point pour point, pourraient être assimilées à telle ou telle espèce de la nosologie psychiatrique. Nous placerons encore côte à côte avec ces observations deux ou trois cas pour lesquels un diagnostic rétrospectif paraît impossible mais qui, cependant, se rapportent à des malades qui ont présenté plusieurs mois durant des troubles assez graves.

Le contingent le plus important semble être celui des délires d'ordre mélancolique, au premier rang

desquels il faut signaler les Délires hypocondriaques :

UE RE 2e

OBsERvATION XIII.

C.…., femme... 26 ans, ménagère, entre à l'Asile le 14 octobre 1935. Le certificat d'internement est ainsi conçu : « Accès maniaque. Excitalion psychomotrice, chants. Déclamations. Rires. Plaisanteries. Satisfaction. Euphorie. Elle est ici en parade. Elle est gentille... » Le certificat immédiat note une teinte hypocondriaque, quelques idées mystiques, gémissements, larmes, insomnie. Température élevée : 390,

Après une rémission apparente des signes généraux l'excitation ne s'étant jamais atténuée, on assiste à l’installation d’une sitiophobie absolue ; le taux d'urée monte à 1 gr. 60 ; morte le 31 octobre.

Antécédents : Grippe espagnole en 1918.

Etant enfant était considérée comme nerveuse. Un épisode d'agitation a été étiqueté : chorée.

Mariée à 20 aus. Un fils de 6 ans, pas de faussecouche ; mari, parents et enfant bien portants.

D’après les renseignements donnés par l'oncle et par le frère. les troubles ont débuté cinq mois avant l'internement par quelques idées hypocondriaques : la malade

attache une importance disproportionnée à une légère constipation, à un début d'obésité, s'astreint à un régime amaigrissant qui l’aurait beaucoup débilitée. A cette époque, elle adhère au Mouvement Christian Scientist. Tout d’abord enthousiaste, elle finit par croire que cette organisation la persécute, qu'on veut la rendre folle. Pour lui échapper, elle part à la campagne et se confie à un guérisseur qui confirme ses idées de persécution si bien que les vacances terminées, son mari a beaucoup de

AU

La

peine pour l& ramener à Paris. Six jours après son arrivée, éclate la crise d'excitation.

Quelquefois les préoccupations hypocondriaques qui ont duré un laps de temps assez long sont déviées dans la phase dernière de l’évolution par des signes

qui annoncent la confusion. te

Page 1