APRES
du corps médical sur l'insuffisance de la ration du soldat en aliments frais, légumes et fruits, surtout en temps de guerre, d’où la relative fréquence des carences vitaminiques. Paget, Bruère, Boidé et la plupart des médecins militaires abondent aujourd’hui dans le même sens.
La vitamine A est trop faib'ement représentée dans les ‘ations de guerre et de paix, sauf l’apport livré au hasard des apprevisionnements. Elle n'existe, en effet, qu'à l’état de traces dans la margarine et la viande de muscle cuite. et à un bien faible taux dans le chocolat et les légumineuses.
Les vitamines B sont plus largement représentées que A. E'les se trouvent dans le vin, le pain et les légumes secs. Cependant, étant donnée l’importante consommation de glucides dans l’armée, elles ne sont pas en quantité suffisante (Boidé).
La vitamine C est absente. Il y a 1à une lacune très grave qui explique les nombreux cas de scorbut fruste ou même typique.
Les vitamines D, E, K semblent être absentes ou en trop faible quantité.
Quant à la vitamine PP, elle accompagne le facteur B en pratique.
Les rations normale et forte du temps de guerre et la ration journalière de paix peuvent toujours comporter des aliments frais riches en vitamines achetés sur place ou fournis par le ravitaillement grâce au boni de l'ordinaire. Ces aliments cempléteront ainsi l'apport insuffisant en vitamines, surtout en facteur C. Précisons qu'il existe en principe une coopérative militaire par division qui tient à la disposition des ordinaires les aliments frais (légumes, fruits.) dont ils peuvent avoir besoin.
Pour les vitamines liposolubles À, D, E, K on pourra de préférence s'adresser aux aliments suivants : beurre, foie de veau, de mouton et de porc, salades vertes et tomates, pois verts et lait sur lequel nous reviendrons.
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Les vitamines B et PP seront demandées aux fruits, salades, tomates, pain bluté à 78 % (le pain actuel) et au vin,
La vitamine C enfin se trouvera dans les légumes verts, salades, fruits à peine mûrs. Contrairement à affirmation de Michel, dit Mouriquand, le vin n’en contient pas. La viande fraîche en contient un peu ainsi que du facteur B, mais elle manque dans ‘es viandes conservées.
Pour les vivres de réserve le problème est plus délicat, ‘ar les aliments qui les constituent sont à peu près totalement dévitaminés: Le pain de guerre fait de farines hautement blutées ne contient que des quantités insuffisantes de vitamines B. La viande de conserve en apporte malgré le blanchiment et la stérilisation et enfin la cuisson avant consommation. Le supplément pourra être demandé à la levure de bière, sèche en comprimés (Bruëre). Le facteur A est livré assez largement par l’importante portion de chocolat. Quant au facteur C il est totalement absent. Les armées et marines de nos aïeux y remédiaient par l’adjonction de jus de fruits acides et de fruits modérément mûrs. Mais en temps de guerre ces aliments ne peuvent parvenir que difficilement et irrégulièrement aux formations avancées. Aussi Mouriquand et Leulier ne voyaient qu'un moyen de donner de la vitamine C aux troupes qui du fait des combats étaient privés d'aliments frais ordinaires : c'était de distribuer des citrons aux soldats.
A l'heure présente le problème peut être résolu par l’adjonction aux vivres de réserve d'acide ascorbique livré en comprimés stables et possédant toutes les propriétés du facteur C.
«On ne doit pas sous-estimer l'intérêt de la composition en vitamines des vivres de réserve : sans doute ne sont-ils destinés en principe qu’à une alimentation de courte durée et nous savons qu’il faut des semaines ou des mois pour carencer un sujet adulte. Mais ces mêmes vivres de réserve peuvent constituer la seule ressource d’une
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place investie, d’un fort privé de toute communication, les carences et avant tout le scorbut finiraient par y causer des ravages » (Cours du Val-de-Grâce).
Quant aux sels minéraux M Randoin signale que le ‘apport Ca/P n’est pas satisfait dans les rations officielles françaises, d’où chez les jeunes soldats dont l’ossification n’est pas encore achevée, des troubles rachitiques demeurent possibles. Ce rapport étant en effet d’après Mr° Randoin de 0,3 à 0,4 est sensiblement éloigné du rapport optimum. Ces diverses considérations appuient encore les observations des auteurs sur le besoin en vitamine D des jeunes soldats.
La question des vitamines étant intimement liée à celle des légumes frais et des fruits, on comprend pourquoi au cours de la guerre de 1914-1918, les médecins militaires aient tant insisté sur le besoin de végétaux.
Mouriquand dès 1915 signale leur insuffisance : « Dans es ambulances de l’avant notre sentiment était qu’on mangeait trop exclusivement de la viande et des légumes secs. Les légumes frais et les fruits étaient rares dans les champs dévastés, mais toujours recherchés. Quand par grand hasard les hommes trouvaient un champ de pommes de terre abandonné, ils s’en emparaient avec une sorte de frénésie ». Dans l’histoire diététique des guerres de ces deux derniers siècles on retrouve ce besoin d'aliments frais.
La ration du soldat en guerre comporte certes des légumes, mais, comme le remarque Marcel Labbé. en nratique on comprend indistinctement sous cette dénomina- ‘in des légumes secs ou frais, des pâtes, du riz et même du fromage; Or ce sont les légumes frais que lon se procure le plus difficilement surtout en hiver et ce sont eux aw’on sert le moins souvent à nos troupes: il v a des soldats qui pendant des mois n’ont pas recu de légumes frais. Aussi l’auteur réclame-t-il avec Mouriquand, J. Courmont et Piettre l'envoi régulier de légumes frais et de fruits vers
le front.