‹ Considérations sur la réaction de Schultz et Charlton: sa technique, ses résultats, sa valeur pour le diagnostic de la scarlatineChapitre 14 sur 21 · IV.— INTERPRÉTATION DU PHÉNOMENE D'EXTINCTION DE SCHULTZ-CHARLTON · texte numérisé non relu

IV.— INTERPRÉTATION DU PHÉNOMENE D'EXTINCTION DE SCHULTZ-CHARLTON

L’interprétation du phénomène de Schuliz-Charlton a suscité les hypothèses les plus diverses quant à la nature du produit contenu dans le sérum et capable de provoquer l’extinction., Aux théories mécaniques ont été opposées les théories biologiques.

Dès les constatations de Schultz et Charlton, certains auteurs ont pu penser que la substance extincirice n’était autre que l’adrénaline ou une substance analogue. L’impossibilité d’éteindre Pexanthème par le sérum de scarlatineux prouverait l’abaissement du taux d’adrénaline dans le sang au cours de la scarlatine. Schullz a rejeté d'emblée cetie interprétation, tout en reconnaissant qu’il existe une légère insuffisance surrénale dans les premiers jours de l’éruption.

L’extinction adrénalinienne est absolument différente de l'extinction sérique. Elle se produit sur toutes les éruptions, quelles qu’en soient l’étiologie ; elle a lieu dans les minutes qui suivent l’injection,enfin son aspect est tout différent.

La peau devient blanche et pâle pendant quelques

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heures par action vaso-constrictive sans donner l’im-

pression d’une guérison locale. Mais bien plus, au bout:

de cinq à six heures, l'exanthème reparait alors que l’extinction sérique ne fait qu'apparaître.

D'ailleurs les travaux d’Adler ont démontré la faible teneur du sang périphérique en adrénaline. Celle-ci ne dépasse pas 1/15° de millionième et l'extinction est encore oblenue avec du sérum dilué au 1/25.

Par contre une solutio: d’adrénaline au 1/10 millionième ne produit une ébauche d'extinction que d’une façon toute exceptionnelle et tres inconstante.

Bôttner attribuait l’extinction à l’action sur les vasomoteurs périphériques d’une substance inconnue contenue dans le sérum normal. Considérant le rôle du calcium sur l'innervation vasculaire, il eut l’idée d’expérimenter, au cours des érythèmes, le gluconate de calcium en injections intra-dermiques. Il aurait obtenu dans 85 % des cas une extinction spécifique pour la scarlatine.

Mais les expériences de Rocchi ont démontré l’inconstance de l’exlinction calcique et sa différence qualitative avec l’extinclion par le sérum de convalescent de scarlatine. L'étude de trente-huit substances lui permit d’apparenter l'effet des sels de calcium à celui des modificateurs vasculaires, des oxydants, des sels radioactifs ou photodynamiques. Comme tous ces produits, certains sels de calcium provoquent un foyer d’irritation entouré d’une zone d’ischémie très différente de lextinction de Schultz et Charllon.

On a émis que les albumines du sérum pouvaient,

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par leur composition chimique, provoquer l'extinction. Cette hypothèse, basée sur le fait que le sérum désalbuminé d'homme normal ou convalescent n’éteint pas, est inadmissible si l’on considère le nombre relativement élevé de sérums-qui n’éteignent pas, bien qu'ils soient chimiquement normaux.

De plus l'injection de deutéralbumose en solution donne des résultats négalifs. Il en est de même des solutions de peptone, de gélatine, de lait de femme ou de liquide céphalo-rachidien. 3

L'élément actif provoquant la réaction se trouve lié aux albumines sériques.

Schuliz et Charlton avaient nolé que le sérum traité par l’oxychlorure de fer et ne a perdu la propriété d'extinction. |

- L'agent extincteur est fixé sur les globulinesetsur les sérines si l’on s’en rapporte aux expériences de Bahov :

1) Le sérum traité par le sulfate de magnésie est filtré. Les extinctions produites séparément par le préci-: pité lavé et redissous posa et par le filtrat (sérines) sont égales ; |

2) Le sérum est traité par l’acide acétique, chauffé à 76° el filtré. Le précipité (albumines coagulées) redissous est extincteur ; le filtrat est sans action ;

3) Les albumines précipitées et Adi obes sont méiangées avec de la toxine sireptococcique. Le mélange esl.sans aclion.

De ces expériences, il scmble résulter que les albumines du sérum sanguin sont le support de la propriété d'extinction, peut-être des anticorps streplococciques.

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La totalité des auteurs s'accorde cependant à considérer le phénomène de Schultz Charlton comme une réaction humorale d’ordre IMMUNO-BIOLOGIQUE ; et cela bien que les recherches effectuées n’aient apporté jusqu’à présent aucun argument véritablement décisif.

La théorie de la réaction humorale se présente actuel: lement sous deux aspects :

1° Phénomène allergique ;

2° [inmunité locale produite par les anticorps.

Considérant la scarlatine comme un phénomène allergique chez un sujet sensibilisé au streptocoque, Meyer-Estorf pense que l’exanthème serait du à une dilatation des capillaires par colloïdoclasie. L’injection de sérum de sujet ayant été désensibilisé (ce qui serait le cas du sérum humain normal ou mieux du sérum de convalescent) provoquerail un choc vasculaire intense et exercerait une vaso-constriction des capillaires voisins.

Les constatations de Bessau appuient cette interprétation. L'auteur signale l’extinction locale d’un érythème sérique par le sérum de cheval. En outre, il obtient l'extinction de l’exanthème sérique par le sérum d’un sujet qui a reçu antérieurement le sérum thérapeutique ayant provoqué l’éruption.

La théorie de la neutralisation d’un antigène par un anticorps a rallié à coup sûr la majorité des suffrages, car elle est basée sur un nombre particulièrement impressionnant d'observations ; le phénomène de Schuñtz- Charlton traduisant le conflit antigène-anticorps.

Elle donne l'explication la plus simple et la plus satisfaisante dans l’état actuel de nos connaissances sur l’étiologie et la pathogénie de la scarlatine.

Schultz et Charlton attribuaient au virus scarlatin une propriété vaso-dilatatrice. Le sérum normal neutraliserait localement cet agent vaso dilatateur. Au cours de l’éruption, l’élément extincteur fixé par le virus, serait sans action el ne serait libéré qu'après le vingtième jour, l’élimination du virus scarlatin élant totale à cette date.

Sans l’expliquer, les auteurs constatèrent l’inefficacité du sérum normal sur tous les autres érythèmes : l’action vaso-constriciive du sérum normal sur l’exanthème scarlatineux serait donc spécifique.

Reymond considère l'extinction comme une réaction d’immunité locale liée à la présence d’anticorps scarlatineux dans le sérum à l’état normal. L'absence de toute propriété extinctrice du sérum à la période d’éruption s'explique facilement en raison de l’absence d’immunité, celle-ci n’apparaissant qu’à la convalescence.

Buschmann et P. L. Marie voient dans l’extinction locale une réaction d’immunité dont les anticorps spécifiques pour la scarlatine se trouvent dans tout sérum d’individu ayant eu une injection quelconque.

Les travaux de Dick confirment les hypothèses entrevues par les premiers expérimentateurs, expliquent les exceptions signalées, déterminent expérimentalement la nature des anticorps et précisent leur mode d’action.

Pour lEcole de Chicago, la scarlatine est due à un streptocoque hémolytique diffusant dans l’organisme

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une toxine érythrogène. L’extinction est le fait d’une antitoxine contenue dans le sérum et la réaction de Dick permet d'en déceler la présence dans le sérum du donneur.

L'étude systématique de la réaction de Dick et du pouvoir exlincteur du sérum chez un mêmeindividu a montré le parallélisme des deux phénomènes. Les travaux publiés à ce sujet ont été si nombreux dans tous les pays, que nous n’aurons pas la prétention de les citer dans cette étude. Nous nous contenterons donc de résumer brièvement les rapports existant entre la réaction de Dick, le phénomène de Schultz-Charlton et l’exanthème scarlatineux. |

I. — La réaction de Dick, positive au début de la scarlatine, devient négative au cours de la convalescence. Le sérum du malade acquiert dans le même temps la proprieté d'extinction.

Notons que la réaction de Schuliz-Charlton se montre beaucoup plus fidèle que la réaction de Dick comme moyen de diagnostic. Il arrive en effet qu’on trouve une réaction de Dick négative dès le début de l’exanthème : il s’agirait d’une immunité qui a commencé à s’installer dès la période d’incubation. La valeur extinctrice du sérum, toujours faible ou nulle jusqu’au quatorzième jour, prouve qu'il n’existe pas d’antitoxine humorale en quantité suffisante pour donner une exlinction franche. Zæller a donné à ces sérums le nom de sérums-limites. Has

Au cours de la convalescence, les sujets, qui devraient

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en principe avoir tous une réaction de Dick négalive, gardent quelquefois une réaction positive. Zingher signale le fait dans 7 9% des cas. Ces sérums n’ont pas acquis la propriété d’extinction.

De cette anomalie, certains auteurs ont tiré les conclusions suivantes :

1° Certains sujets ne s’immunisent pas ou s’immunisent lentement contre la scarlatine ; ces mêmes sujets sont susceptibles de faire une rechute (Roullet) ;

2° R, Debré, Park et Spiegel supposent qu'il existe plusieurs races de streplocoques toxigènes produisant des toxines différentes ;

3° Bertrand et Lecocq déniant à la scarlatine le caractère de maladie autonome, déclarent qu’elle peut être due à des agents différents, dont le streptocoque et le staphylocoque seraient les principaux. Ces affirmations sont cependant contredites par maints faits d'observation tant clinique qu’épidémiologique.

IT. — Un sérum doué du pouvoir extincteur neutralise la toxæine streptococcique de Dick.

Le mélange de toxine de Dick et de sérum extincteur en quantité déterminée ne donne ni réaction de Dick positive, ni phénomène d’extinction.

In vivo, une réaction de Dick positive est éteinte par l'injection intra-dermique de sérum extincteur au point d'injection de la toxine.

IT. — Lorsque, chez un scarlatineux étant encore en pleine période éruptive, on injecte dans le derme une

dose forte de Loxine streplococcique, on observe le lendemain une rougeur vive qui accentue localement la teinte de lexauthème. Cette réaction dure vingt-quatre heures puis lui succède une tache blanche qui se détache sur l’exanthème encore persistant, Il s’agit pour Zœæller et Zingher d’une {oxi-ertinction. Le supplément de toxine produit une exaltation locale dans la production d’antitoxine.

L’aspect présentant une analogie complète avec celui du phénomène de S. C., l'agent éxtincteur du sérum est bien une antitoxine.

IV. — L'injection à doses progressives de toxine streplococcique à un sujet Dick positif négative la réaction de Dick et fait acquérir au sérum la propriété d'extinction. |

Somme toute, l'injection de toxine streptococcique provoque dans le sérum la même modification que la scarlatine, Au cheval l'injection de toxine fait apparaître dans le sérum la propriété d'extinction, alors qu’aucun sérum animal naturel ne peut produire la réaction des Cr

De ces expériences, Dick et Zingher en Amérique, R. Debré, en France, concluent à l’identité de l’érythème local de la réaction de Dick et de l’exanthème scarlatineux. L'action extinctrice des sérums s'explique par la présence dans ces sérums d’une antitoxine capable de neutraliser in situ la toxine scarlatineuse, Neutralisées par une même antitoxine, la toxine scarlatineuse et la toxine streplococcique sont analogues sinon identiques.

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En résumé, les auteurs s'accordent, à de rares exceptions près, à considérer le phénomène de S. C. comme une réaction biologique, mais leur avis diffère quant à son interprétation. Certes les partisans de la doctrine sireptococcique se basent sur un nombre considérable d'observations et sur des faits bien établis. Mais aucune conciliation ne semble actuellement possible entre la théorie toxinique et la théorie allergique.

Ilexiste une extinction adrénalinique, une extinction calcique, une extinction antitoxique, il peut exister une extinction allergique.

L'étude de la toxi-extinction montre que la toxire de Dick produit toujours primitivement.un exanthème local avec pâlissement secondaire. L’injection de sérum de convalescent produit toujours uneextinction quelle que soil la dose. 4

Enfin, l'injection de sérum semble bien produire une véritable guérison locale se prolongeant post-mortem, comme a pu Pobserver Hamel ; elle est proche parente des phénomènes d’immunité passive locale.

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