‹ Considérations sur la Révolution françaiseChapitre 10 sur 24 · DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DANS LES PREMIERS AGES DE LA MONARCHIE · texte numérisé non relu

DE LA CONSTITUTION FRANÇAISE DANS LES PREMIERS AGES DE LA MONARCHIE

Mim' de Staël commence par chercher dans l'histoire (1rs premiers temps de notre monarchie des leçons et des exemples pour les derniers. L'histoire des origines des peuples est, pour les faiseurs des ystèmes, ce qu'est la palette pour un peintre. Celui-ci dispose sur sa palette les couleurs pour son tableau ; celui-là arrange dans l'histoire les faits pour ses opinions, et il y trouve tout ce qu'il veut. Robertsonen a tiré son Introduction,

et M""' de Staël la sienne. Elles ne sont pas plus exactes l'une (pie l'autre ; et je ne doute pas que, dans

quelques siècles, on ne retrouve à volonté, dans les constitutions de Bonaparte, le type ^u gouvernement

absolu ou constitutionnel, quoiqu'il ne lût ni l'un ni

l'autre. Mme de Staël et, en général, tous les écrivains de la même école, qui vont cherchant dans tous les siècles des oppositions ou résistances actives à l'autorité, et qui croient la trouver dans les grands, ne t'ont pas attention que, dans ces temps reculés, les grands partageaient la domination en partageant le territoire, et ne partageaient pas le pouvoir, puisque

les plus puissants, et qui Tétaient quelquefois plus que les rois eux-mêmes, reconnaissaient, tout en leur faisant la guerre, la suprématie ou la suzeraineté de la couronne. Des rois étrangers, grands vassaux de la couronne, lui faisaient hommage, quoique souvent assez forts pour le disputer ; et tous cherchaient bien plus à se soustraire à ce qu'on a appelé depuis le pouvoir exécutif, qu'à contester le pouvoir législatif, qui est proprement le pouvoir. D'ailleurs, l'obéissance en France a toujours été si noble et si éclairée, de la part des grands ou des corps, qu'elle ressemble quelquefois à de la résistance. Joignez à cela l'acception moderne donnée, dans le sens des opinions nouvelles, à des expressions politiques empruntées d'un latin barbare ou d'un français plus barbare encore, et lorsque la langue politique n'était pas même formée ; et vous aurez la raison de toutes ces recherches que l'on croit savantes, et qui ne sont qu'oiseuses et vides, sur les rapports de nos anciens rois avec leurs peuples. Mais le nouveau, quoi qu'on dise, est tellement suspect, qu'on veut toujours lui chercher une origine ancienne ; et les politiques novateurs sont à cet égard comme les hérésiarques, qui vont fouillant dans les siècles les plus reculés pour trouver quelque ancêtre à leur doctrine. Il est certainement étrange qu'au mépris du dogme du progrès de l'esprit humain et de la perfectibilité indéfinie, on aille chercher des définitions exactes de l'ancienne constitution française sous Dagobert ou Charles le Chauve, plutôt que sous Louis XII, Henri IV ou Louis XIV. Tout ce qu'il y a de certain, c'est que les rois n'ont jamais fait des lois sans conseil ; que, suivant le temps, le caractère des rois ou

l'importance des lois, le conseil avant la loi, ou les doléances ou remontrances après la loi, ont été plus ou moins solennels. Attila lui-même ne demandait pas sans doute conseil pour donner l'ordre de brûler une ville ou de ravager une province ; mais s'il voulait donner à son armée des règlements de discipline intérieure, vraisemblablement il consultait ses principaux officiers. Ainsi, dans quelque sens que l'on tourmente notre histoire, on trouvera toujours que les rois ont commandé et que les peuples ont obéi ; et s'il en eût été autrement, il y a longtemps qu'il n'y aurait plus en France, ni dans aucun autre grand Etat de L'Europe, ni rois ni peuples. Une institution n'est pas lionne, précisément parce qu'elle est ancienne ; mais elle est ancienne, ou plutôt elle est perpétuelle (car qu'est-ce cpie les hommes qui viyent un jour appellent ancien?), lorsqu'elle est bonne ou parce qu'elle est bonne ; et la royauté indépendante, que M""' de Staël ne craint pas d'appeler la plus informe des combinaisons politiques, est aussi ancienne (pie le monde et durera autant que lui.

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