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nière : « Voilà Dieu, disait-il, compromis dans la bouche d'un homme pieux, par une expression malheureuse. » Mais cet homme pieux n'aurait-il pas été lui-même fort compromis, s'il avait dit que celui qui est la vérité même tolérait Terreur? »
Le vrai, c'est que la tolérance ou l'intolérance, suivant ce que l'on comprend d'ordinaire sous ces mots, sont choses de caractère, non d'intelligence. Si vous êtes certain de ce que vous avancez, il vous sera naturellement impossible de concéder à votre contradicteur qu'il a raison. Mais vous serez tolérant ou intolérant suivant l'attitude que vous tiendrez envers lui, tout en persistant d'ailleurs à affirmer son erreur. Le laisserez-vous en paix, chercherez-vous à le convaincre par la persuasion, prétendrez-vous le réduire par la force ? Tout ceci, je le répèle, est affaire de caractère.
Or, à ce point de vue, nul ne peut être moins
taxé d'intolérance que Bonald. Pour s'en convaincre il n'y a qu'à lire la biographie qu'a laite de lui son (ils. « On a reproché à M. de Bonald,
écrit-il, d être absolu dans ses principes ; mais au moins ceux qui l'ont connu savent Combien il était indulgent pour les personnes, « Au physique, disait-il, la force employée a\ee adresse vient à
bout de tout ; au moral, des principes inflexibles
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et un caractère liant prennent sur les hommes un grand ascendant. » Ceci rappelle presque textuellement le précepte d'Auguste Comte : « Conciliant en fait, inflexible en principe. »
D'être inflexible en principe ne vous interdit, en effet, nullement d'être conciliant en fait. « On peut être modéré, remarquait Bonald, avec des opinions extrêmes. C'est ce qu'affectent de ne pas croire ceux qui sont violents avec des opinions faibles et mitoyennes. »
Quant à l'effet que tend à produire la lecture de Bonald sur celui qui le médite et le pénètre bien, peut-on dire qu'il pousse à l'inquisition et à l'intolérance, celui qui écrit : « Les peuples se gouvernent pas des exemples plutôt que par des lois, et par des influences plus que par des injonctions ». Ou qui écrit encore : « Il faut, quand on gouverne, voir les hommes tels qu'ils sont, et les choses telles qu'elles doivent être; souffrir l'imperfection des hommes et tendre de toutes ses forces à la perfection dans les choses ; car, à la longue, les bonnes institutions rendent les hommes meilleurs. Beaucoup de gens, au contraire, demandent la perfection dans les hommes et sont toujours contents des choses, quelles qu'elles soient » ?
Et en regard mettons ces autres lignes de Bonald : « Des législateurs présomptueux font des
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lois qu'ils croient parfaites ; et comme elles ne sauraient s'établir, ils s'en prennent aux hommes de la résistance que les choses leur opposent. Rien ne peut les faire revenir de cette fatale méprise qui les conduit aux dernières violences, tels que des enfants qui tombent dans des accès de rage de ne pouvoir faire une chose au-dessus de leurs forces. C'est là la grande erreur de l'Assemblée constituante. »
Pour ceux qui jugent avec raison que la France, divisée comme elle l'est, a besoin dans ses gouvernants d'un grand esprit de conciliation, cet esprit, je le demande, est-ce dans « les législateurs présomptueux » des assemblées parlementaires qu'on aura chance de le trouver, ou bien, quoique certains en puissent penser, dans ceux qui se seront nourris de la pensée de Bonald ?
J'ai dit que Bonald avait écrit et travaillé uni-
quemenl poussé par le sentiment du devoir. Ce n'est qu'à l'âge de 10 ans qu'il se mil à écrire, alors qu'émigré il ne lui restait plus d'autre moyen
de servir sa patrie : h .le n'ai jamais écrit par goût, disait-il, encore moins par ambition et par intérêt ; j'ai cru remplir un devoir, et j'ai pris la