CHAPITRE IV
Rupture précoce des membranes
La rupture précoce des membranes est la rupture qui se produit pendant le travail, mais avant la dilatation complète; elle se confond souvent avec les premières douleurs, dont elle semble parfois même être la cause. En réalité le travail était déjà commencé, mais la femme ne percevait pas les premières douleurs, son attention a été brusquement attirée par cette rupture el l’inondation qui en a été la suite. Aussi dans nos statistiques considérons nous comme précoces toutes les ruptures qui sont portées comme coïncidant d’une facon exacte avec le début du travail.
Cette rupture précoce peut être spontanée ou arti-
ficielle.
Rupture précoce spontanée
Spontanée, elle reconnaît pour causes tous les facteurs invoqués pour la rupture prématurée :
La cause déterminante est une contraction utérine, augmentant brusquement la tension de l’œuf en un point où les membranes sont moins bien soutenues qu'ailleurs, c’est-à-dire le plus souvent au niveau ou au voisinage de l’orifice utérin. Cette contraction peut être remplacée par um effort, un mouvement brusque, un choc, une chute, une quinte de toux.
Les causes prédisposantes sont multiples :
Présentation irrégulière ou vicieuse ;
Rétrécissement du bassin;
Procidences des membres ;
Tumeur du segment inférieur ;
Hydramnios ;
Minceur et fragilité des membranes.
Coincement de l’amnios entre la partie fœtale et le bassin, ce qui l'empêche de se décoller et de se séparer du chorion et facilite ainsi sa déchirure.
Insertion basse du placenta.
Nous ferons remarquer que ce dernier facteur qui a, d’après Pinard, une influence prépondérante dans l’étiologie de la rupture prématurée, perd de son importance dans la rupture précoce.
La minceur des membranes, les présentations vicieuses, l’hydramnios, le pincement de l’amnios reprennent au contraire toute leur valeur au moment où le travail a commencé, lorsqu'un mouvement de l’œuf se dessine, lorsque la dilatation de l’orifice est plus ou moins considérable.
Sans attribuer à la primiparité une influence directe sur la rupture précoce, nous ferons remarquer,
ne cependant, que cette rupture se produit plus souvent lors du premier accouchement que dans ceux qui suivent et cela dans le rapport de cinq à trois, d’après notre statistique.
La rupture précoce peut également être artificielle, et dans ce cas elle est accidentelle ou, au contraire, voulue dans un but thérapeutique.
La cause la plus fréquente de la rupture accidentelle, est le toucher vaginal. Sans parler des chances d'infection que l’on multiplie, on ne saurait trop recommander de toucher le moins possible, on éviterait ainsi bien des ruptures précoces.
Mais il ne suffit pas de toucher rarement, il faut aussi toucher avec douceur et ne point avancer les doigts au moment de la contraction, surtout avec les poches volumineuses, qui ont des mouvements d’ampliation étendus.
Tout objet introduit dans le vagin, comme la canule d’un irrigateur par exemple, présente les mêmes dangers que le doigt pour la rupture de la poche et doit être l’objet des mêmes précau-
tions.
Rupture précoce artificielle
Nous arrivons enfin au cas où la rupture précoce des membranes est faile volontairement par l’ac-
coucheur, pour parer à certains accidents mena-
çants.
Nous avons précédemment indiqué, en détail, tous les renseignements qu’il faut posséder avant de pratiquer cette rupture, nous avons ensuite indiqué la technique même de la rupture en montrant les accidents qu’elle peut entraîner. Nous avons montré et nous insistons sur ce point, qu'elle ne doit être faite qu'avec la présence de l’accoucheur et sa présence armée. Nous voulons dire par là qu’il doit se trouver muni de tous les instruments nécessaires pour achever, au besoin, l'accouchement d’une façon rapide.
Il nous reste à indiquer dans quels cas cette rupture artificielle est non seulement permise mais formellement indiquée.
Disons tout d’abord que ces cas sont tous pathologiques, et qu’il ne faut jamais dans un accouchement lent, faire la rupture avant dilatation complète dans le but de hâter la marche du travail.
On payerait à coup sûr, quelques cas heureux par un grand nombre d’insuccès. La rupture précoce élève en effet d’une facon considérable la durée moyenne du travail, et c’est ce que nous établirons plus loin.
Nous diviserons en deux catégories les cas où la rupture précoce artificielle est légitime.
Nous placerons dans la première catégorie les cas où l'indication est absolue.
Dans la seconde, les cas ou l'indication est relative, avec réserve des circonstances particulières