‹ Considérations sur la valeur de la gymnastique dans l'éducation physiqueChapitre 17 sur 20 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Arrêt de la croissance

C’est une croyance populaire assez répandue que la pratique prématurée des exercices du corps, de la gymnastique en particulier arrête la croissance : Les enfants « se nouent », disent assez volontiers les parents. Chose curieuse, les avis des auteurs sont assez partagés sur la question. D’après Ad. Quételet (‘) les hommes occupés de travaux pénibles et surtout de transports de fardeaux ne prendraient pas leur développement complet. Mais cette opinion est fort contestée, et il semble bien qu’il doive en être ainsi, la profession de portefaix à laquelle le savant belge fait sans aucun doute allusion, n’étant généralement pas de celles que l’on embrasse dès le jeune âge, paraft ne devoir pas être mise en cause. Lagrange 0 déclare d’une façon catégorique que la gymnastique peut empêcher l’enfant de grandir. Daily va jusqu’à préconiser les exercices du corps violents pour tem-

(1) Quélclet. Antliropomctric, 1870.

(2) Lagrange. Hygiène de l’exercice chez les enfants, p. 90.

pérer une croissance exagérée. Carlier (^) au contraire a fait ressortir la rapidité de l’accroissement en poids, en taille et en péritnètre des élèves des écoles d’enfants de troupe, dans lesquelles une part si large est faite à l’éducation physique, que le nombre des lieures consacrées à l’exercice musculaire sous toutes ses formes, l’emporte de beaucoiqi sur celui des heures consacrées à l'étude. Pagliaiii en Italie, Bowditch en Angleterre, pensent que si l’exercice, comme les autres facteurs de la stature humaine, peut modifier la marche de la croissance, c’est exclusivement du sexe et de la race que dépend la taille finale.

Malgré ces divergences d’opinions, il semble bien que la plupart des auteurs se rallient à la possibilité de l’arrêt de la croissance sous l’influence de la gymnastique. Seul entre tous Carlier croit à l’influence favorable de la gymnastique. Mais MM. Labit et Polin 0 attribuent le fait surtout aux jeux auxquels .se livrent les élèves des écoles d’enfants de troupe, qui pourtant ont à leur disposition pcmdant les récréations, des appareils de gymnastiqup dont ils usent largement.

Dans ces conditions, il nous a paru qu’il ne serait pas .sans intérêt de rechercher ce qu’il pouvait y avoir de vrai dans l’influence de la gymnastique sur la croissance.

Le procédé le plus rigoiu’cux pour sc rendre un com[)te exact des modifications que la gymnastique

(1) Carlier. Ucclierclics sur la croissance. Mém. Soc. Aiillirop., 1892, p. 306»

(2) Labit et l’olin. Hygiène scolaire, 1896, T. 11., ]>.

fait subir à la croissance consisterait à tenir pendant de longues années jusqu’à l’âge adulte, une comptabilité aussi exacte que possible des variations survenues dans la taille de sujets soumis dès leur jeune âge à un travail musculaire méthodique et progressif, à la gymnastique aux appareils en particulier, et à les comparer avec des sujets témoins. Ce procédé serait fécond en enseignements. Malheureusement les observations de longue haleine de ce genre ne sont pas pratiques ; c’est sans doute la raison pour laquelle nous n’avons rien trouvé de semblable dans les écrits des auteurs qui, comme Quételet, Carlier, se sont occupés de la question.

Un seul moyen nous restait, peu rigoureux à la vérité : rechercher si la taille d’adultes s’étant livrés notoirement pendant plusieurs années de leur jeunesse aux pratiques du gymnase, était inférieure à la taille moyenne des individus d’une région déterminée ; rechercher en outre si la taille de ces jeunes gens était supérieure, égale ou inférieure à celle de leurs parents. Nous donnerons d’abord le résultat de nos recherches ; après quoi nous essayerons d’exposer aussi brièvement la pathogénie de cet arrêt de la croissance.

Taille moyenne des gymnastes

Nos observations ont porté sur 124 gymnastes appartenant aux départements du Doubs (Besançon, Montbéliard, Terre-Blanche), du Rhône (Lyon) et de la Loire (Saint-Étienne). Le petit nombre des observations ne nous permettait pas d’obtenir autre chose

qu’ime donnée approximative; aussi avons-nous essayé en diminuant les chances d’erreur, d’être, dans l’approximation même, aussi exact cpie possible.

Dans ce but sur les 124 gymnastes examinés, nous en avons éliminé 53 pour différentes raisons.

1» Six âgés de moins de 18 ans : leur croissance n’étant pas entièrement terminée, leur taille ne devait pas concourir à d’obtention de la moyenne ;

2° Vingt-six, faisant de la gymnastique depuis moins de trois ans, et chez lesquels il y avait lieu de soupçonner que la gymnastique pouvait n’avoir pas eu d’action manifeste ;

3® Douze, pour les deux raisons précitées, c’est-à-dire âgés de moins de 18 ans, et ayant moins de trois années de gymnastique;

4° Neuf, enfin, qui, bien qu’ayant fait de la gymnastique pendant plus de 3 ans (3 à 13 ans), n’avaient débuté qu’à 18 ans, c’est-à-dire à une époque où la croissance étant à peu terminée, il était à supposer que la gymnastique intervenait un peu tard pour modifier sensiblement la taille définitive.

Nos observations sont résumées dans le tableau de la page 88 donnant les indications suivantes : numéro d’ordre, âge du gymnaste, nombre d’années de pratique de la gymnastique, âge du début, taille du sujet, taille (relative) comparée des parents. Des signes distinctifs placés devant les numéros d’ordre indiquent, conformément à la légende, les éliminations que nous avons faites. Cette élimination de 53 sujets restreignait notre étude à 71 gymnastes répartis de la manière suivante ;

Au point de vue du pays d’origine appartiennent au

département du Doulis, 20 au llliône (Lyon), 18 à la Loire (Saint-Etienne);

2“ Au point de vue de Vage : 25 sont âgés de 18 à 21 ans, 21 sont compris de 22 à 25 ; 15 enfin âgés de 20 à 20 ans ;

2“ D'après le nombre d'années de pratique : 40 on fait de la gymnasti(|ue durant une jjériode de temps variant de 2 à 8 ans ; 20 ont de f) â 12 ans de pratique; 5, enfin, de 14 â 18 ans ;

4® D'après l’dge du début : trois ont débuté â 8 ans, 4 â 10 ans, 2 â 11, 7 â 12, 0 â 12, 7 â 11, 18 à 15, Il â 10, 13, enfin, â 17 ans.

Cos quelquos l'cnseignomoments monti'ent bioii, qu’à défaut d’iiii grand nonibin', (robservalions, celles que nous étudions ])réseuteut du moins ravaiitage de porter sur des individus ayant débuté jeunes (8 à 17 ans), (*t ayant fait de la gymnastique durant de longues années (de 3 à 18 ans).

Nous avons recherche la taille moyenne générale de tons les gymnastes obscu'vcs, la taille moyenne par départements; nous avons l'ecberché égabmient la taille moyenne par les extrêmes ; nous avons essayé de sérier nos sujets pour i-ecliercber la taille du pins grand nombre.

1® La i-echerche de la taille moyenne générale en y comprenant les extrêmes nous adonné les résultats suivants :

a) Pour rensemble des 71 gymnates : 1"’031 ;

b) Pour le Doubs, l'"()40 ; pour le Rhône (Lyon), 1™015 ; pour la Loire (St-Etienne), 1"’G38.

2® La recherche de la taille moyenne par les e itrêmes a donné les résultats suivants :

Doubs l'«52 + lo'TS =:r 3"'30 : 2 = l'«650 Rhône l'«51 + 1"'73 == 3">24 : 2 = J ">620 Loire 1"*51 + 1"‘7G = 3>"27 ; 2 1®635

3" La mise en série, qui, étant donné le petit nombre d’observations, jjaraîtrait ne devoir donner aucun réiultat, nous a permis de constater que :

a) Dans le Doubs, deux groujjements s’esquissent, l’un de l»d;2 à 1^04, l’autre de 1™68 à lm70.

b) Dans le Rhône, les gymnastes Lyonnais présentent une grande diversité de taille.

c) Dans la Loire, les gymnastes de Saint-Etienne, à part les extrêmes, sont tous compris entre 1™G1 et 1^72.

Si maintenant nous (dierelions à interpréter ces résultats;, nous voyons (pie la taille générale, 1"’G31, se rapproche beaucoup de la taille moyenne de la France, qui est de 1"'G40 : elle est en diminution de 0"'009 pourtant sur celh'-ci.

C’est dans le Doubs que la taille moyenne des gymnastes est le plus élevée, IHii, en diminution de 0'"02 sur la taille moyenne de ce département, qui est de 1"'GG. Il faut observiM' à ce suj('t que la taille moyenne dans l(î Doubs n’est pas la taille du })lus grand nombre. Ainsi que l’a montré Di'rtilhnd, il y a deux niaxima dans l(î Doubs, rnn oscillant de 1"'G3 à l'"Gi, l’auti-i' de i"'G8 à 1"'70 répondant aux deux types, Celtes et Burgondes habitant autrefois le pays (Lagneau cité par Daily). Peut-être est-il téméraire de rapprocher de ce fait les résultats obtenus par la mise en série des gymnastes du Doubs ; toujours est-il qu’ils se rapprochent beaucoup des chiffres de Bertillon.

(I) lîerlillon. Bull. Soc Anllirop., 18(13, ^38.

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des mensurations pratiquées sur des Gymnastes av

1 N" d’ordre

Années de pratique

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