gymnastes
Ces chiffres démontrent surabondamment que la France tient dans l’ordre d’idées qui nous préoccupe, un rang des plus lionorables. Si toutefois le mouvement gymnique qui s’est opéré depuis une vingtaine d’années dans notre pays, infirme les termes du rapport du docteur liillairet de 1868, il n’en reste pas moins qu’à rbeure actuelle la France possède encore plus de cinq fois moins de sociétés, et près de dix fois moins do gymnastes que l’Allemagne. De tels chiffres se passent évidemment de tout commentaire.
Jusqu’à présent, nous avons envisagé surtout la gymnastique dans ses rapports avec l’initiative privée. Mais nous ne devons pas perdre de vue ce qu’elle est devenue dans l’Université depuis la circulaire de Jules Simon en 1872 (v. p. 27). Beaucoup de nos ministres en ont fait l’objet de leurs préoccupations. La loi du 27 janvier 1880 rend la gymnastique obligatoire dans les établissements d’instruction publique de garçons dépendant de l’État^ des départements ou des communes. Par une circulaire du 7 août 1890, 1\I. Léon Bourgeois la rend obligatoire dans les écoles primaires élémentaires et supérieures.
Depuis cette époque, une véritable « renaissance de l’éducation physique » s’est opérée dans tous les degrés de l’Université. La Ligue nationale de l'éducation
physique, fondée en 1889, fait désormais tous scs efforts pour obtenir l’association, dans une large mesure, des exercices physiques aux travaux intellectuels. Les diverses réunions d’écoliers, qui, sous le nom de Concours interscolaires ou de Lendits se sont tenues depuis quelques années dans les Académies ds Paris, Bordeaux, Lyon, Rouen, Besançon, Lons-le-Saulnier, Vesoul, Angoulème, etc., etc., en sont la preuve la plus éclatante.
Dans ce rapide exposé de l’évolution de l’éducation corporelle à travers les âges, nous avons le sentiment très net d’avoir été fort incomplet. Le cadre modeste de ce travail ne nous a pas permis d’entrer dans maint détail intéressant ; il ne nous permet pas davantage de mentionner les travaux de tous les auteurs qui se sont occupés de l’éducation physique, au XIX' siècle en particulier. Au surplus le livre sur « la Gymnastique » du docteur Collineau, auquel nous avons fait de nombreux emprunts, est des plus instructifs à cet égard. Et si dans la dernière partie de ce travail nous avons beaucoup insisté sur les Sociétés de gymnastique, c’est qu'il nous a semblé que les traités classiques d’hygiène étaient par trop muets à leur égard.
Mais si la gymnastique proprement dite caractérise la tendance de notre époque dans l’ordre de l’éducation physique, il serait injuste de méconnaître que d’autres formes de l’exercice ont leur place marquée à côté d’elle. L’équitation, l’escrime, la natation des siècles passés ont aujourd’hui encore et avec raison leurs partisans ; un nouvel exercice, le canotage nous
Perrin
est venu d’Angleterre vers 1830, qui compte anjourd’hnide sérieux défenseurs. Plus récemment une autre nouveauté a fait son apparition qu^ sous le nom de \’élocipédie et sous les traits de dame Bicyclette, a su captiver bien vite l’esi)rit public. Plus récemment encore on a pensé trouver la formule de l’éducation physique dans les jeux de plein air : foot-ball, lawntennis, rallye-paper, cross-country et auti-es jeux, d’importation étrangère, appartenant les uns et les autres à la catégorie des exercices auxquels on réserve liabituellement le nom de sports.
En sorte qu’à riieure actuelle deux courants d’opinions bien tranchées se sont établis au sujet de l’éducation corporelle, avec de part et autre des partisans fermement convaincus de l’excellence de leur méthode. Comme le dit fort bien M. le professeur Tissié, de Bordeaux, « deux camps se sont formés, gymnaste et sportif, chacun voulant ignorer l’autre dans ce qu’il a de bon et de pratique ».
Nous les verrons aux prises dans le chapitre suivant.