‹ Considérations sur la valeur de la gymnastique dans l'éducation physiqueChapitre 9 sur 20 · I. — OBJECTIONS d’ordre PÉDAGOGIQUE · texte numérisé non relu

I. — OBJECTIONS d’ordre PÉDAGOGIQUE

1“ La gymnastique est composée d'exercices artificiels. — En effet, la gymnastique recherche bien souvent, pour l’exécution de mouvements, même les plus naturels, les procédés qui, en accumulant les difficultés tendent à augmenter la dépense de force. Mais ne peut-on considérer comme excellente, une méthode qui, en augmentant volontairement la difficulté d’un exercice, place le sujet dans des conditions désavantageuses qu’il est possible de rencontrer dans la vie.

Du reste, le gymnaste ne rechei'clie pas toujours la (litïiculté. « L’esprit des méthodes natui*elles, dit M. Lagrange ('), consiste à trouver la manière d’arriver au but le plus vite possible, avec la plus petite dépense de force. » L('- gymnaste à la recbercbe du truc musculaire, qui lui permettra de triompher des difficultés d’un exercice, fiiit-il autre chose? Il y a là une question d’apprentissage de rutilisation économique de la force musculaii-e, qui a bien son importance. Du reste la gymnastique proprement dite ne comprend pas que des « tours » aux appareils : la marche, la course, les divers sauts, réputés si « naturels » ont de tout temps, nous l’avons dit déjà, fait })artie de son programme.

2“ La gymnastique est athlétique, voire même acrobatique. — Athlétique, oui, mais seulement dans son degré le plus élevé. Les exercices de force élémentaire et moyenne, aux appareils, sont à la portée de tous, même des individus de faible constitution. Pour ceuxlà, les sports qu’on voudrait leur préférer ne sont pas meilleurs. Pour eux comme pour les individus sains, la pratique modérée des jeux de ballon, de la marche, de la course, de la bicyclette, du canotage, de l’escrime est des plus hygiéniques : cela est incontestable. Mais lorsque le jeu de ballon devient l’exei*cice violent du foot-ball, lorsque la marche, la course, sont poussées à l’extrême, quand la bicyclette est l’occasion de ces courses folles de vitesse ou de fond, etc., à ce moment il y a étroite parenté entre ces exercices, et le

(1) Lagrange. Hygiène de l’exercice çhez les enfants.

degré supérieur de la gymnastique aux appareils. Les uns et les autres relèvent alors de l’athlétisme, les premiers plus encore que les seconds. Ils ne sauraient également convenir qu’aux sujets d’élite.

Quant au reproche (V acrobatie, nous ne partageons pas entièrement la manière de M. Arnould (Q, qui trouve admirables les exercices des individus pour qui la gymnastique est un métier (nous ne disons pas une profession), et que nous appellerions volontiers les « Jock('ys de la gymnastique ». Loin de dire avec un fameux amateur de voltige : « La gymnastique sera acrobatique ou elle ne sera pas », il nous semble bien plutôt que la gymnastique finit dès que l’acrobatie commence. Nous nous sommes toujours inspiré de ce principe.

3® La gjmnastique est faite de suspension. — « La nature n’a pas fait l’homme pour les exercices de suspension, dit M. le professeur Tissié(^); elle lui eût donné des mains et des pieds spéciaux, et la queue, cinquième organe de })réhcnsion que possèdent les singes. » Nous n’en voyons pas bien la nécessité : si imparfaits(!) et si rudimeutairc's que soient chez lui ces organes, ils sont largemeiits suffisants. Au surplus, nous reprocherions plus volontiers le contraire à la gymnastique. La suspension n’est généralement qu’une attitude passagère précédant l’exécution d’un autre mouvement, sauf peut-être dans les exercices de voltige simple (balancement au trapèze) où i's

(1) Arnould. Nouveaux cléments d’hygiène, 2« éd. p. 1101.

(2) Tissié, loc. cit., p. 525.

constituent tout le mouvement. La suspension, la suspension passive surtout, nous paraît excellente. Chez le gymnaste suspendu par les mains à une barre fixe, par exemple (susp. faciale tendue), les épaules s’effacent, les côtes sont soulevées au maximum, la mobilisation des cartilages costaux permet une grande amplitude respiratoire, et s’oppose à la fixation du thorax en expiration; la simple influence de la pesanteur imprime à la colonne vertébrale une tendance à la rectitude bien faite pour contrebalancer la voussure que d’autres exercices sont susceptibles d’engendrer. Du reste, la gymnastique comporte aussi des exercices d’appui.

4“ La gymnastique sacrifie le train inférieur au développement du train supérieur qui travaille le plus. — Quand cela serait, ou serait le mal? Le membre inférieur ne paraît d’ailleurs peu développé que si on le compare au membre supérieur qui l’est davantage. Envisagé en lui-même, il est toujours suffisamment développé et cela se comprend si l’on prend garde que, dès l’enfance, nous l’exerçons par la station verticale, la marche, la course, la danse, l’ascension des escaliers. Il est du reste assez naturel de développer le membre supérieur, c’est celui auquel nous avons recours dans la plupart des actes de la vie, réclamant un peu de force et d’adresse : or, la gymnastique développe à un haut degré l’une et l’autre. « C’est avec le bras que l’homme attaque et se défend » dit M. Lagrange. Excellente raison, dirons-nous, pour le fortifier. L’homme n’en sera pas réduit à se défendre par la fuite, seule chance de salut que pourrait

lui offrir le développement exclusif de ses membres inférieurs. Les considérations d’ordre esthétique que l’on a fait entrer en ligne de compte à propos de cette objection seront exposées dans la deuxième partie de ce travail.

5° La gymnastique nécessite V intervention active de la volonté. — Oui, mais avec elle la plupart des exercices du corps, que M. Du Bois-Reymond (1) considère comme des exercices du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Du reste, cette intervention de la volonté comme agent de coordination ou d’excitation développe rapidement les qualités morales du gymnaste. Il s’accoutume de bonne heure à la lutte contre lui-même, dont le résultat est l’accroissement et la connaissance, en un mot, la pleine possession de ses moyens. Par ailleurs, les sports ne sont pas indemnes de ce reproche. Le coureur qui veut arriver premier coûte que coûte dans une épreuve, quitte à tomber défaillant au poteau d’arrivée, doit faire appel d’une façon intense à sa volonté. L’influx nerveux, dépensé dans un assaut d’armes par un escrimeur, l’emporte de beaucoup sur celui qui est nécessaire au gymnaste, même pour l’exécution d’un mouvement difficile, dont la répétition fait que son accomplissement ultérieur ne nécessite plus rintervention directe du cerveau. Les Jeux eux-mêmes sont très absorbants; ils enfièvrent, passionnent et nous ne sommes pas sûr qu’ils laissent l’esprit complètement dispos.

(1) Du Bois Rémond, loc. cit., p. 100.

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