CHAPITRE II
Faits cliniques.
À l’état normal, le sang, comme tous les organes du corps humain, est constitué de la façon la plus utile au fonctionnement général. Devant servir de vecteur à l’oxygène atmosphérique, devant apporter avec lui la vie et les matériaux d'entretien, en même temps qu’il charrie les matières usées, la proportion de sa partie liquide à sa partie solide devait être telle qu’il soit assez liquide pour se répandre facilement dans tout le territoire de l’organisme, et que, cependant, il contienne assez de matériaux solides pour suffire à son rôle de nourrisseur.
Que la partie solide diminue, on aura un défaut de nutrition des éléments anatomiques, on aura tous les troubles qui constituent l’anémie. Qu’au contraire ce soit la partie liquide, on verra s'établir une pléthore générale, un obstacle au cours régulier du sang, qui ne sera plus assez fluide pour faire assez vite les échanges nutritifs.
De nombreux auteurs cherchèrent à connaître cette
proportion. Vierrord a compté dans son propre sang 5.174.000 globules, mais ce qui montre bien les incertitudes de son procédé, ce sont les écarts énormes qu’il trouve pour le même sang, dans des numérations diffé rentes, soit, par exemple, de 4.180.000 à 5.551.000.
D’après Welcker, le sang du doigt contiendrait 4.600.000 globules. Cramer à aussi trouvé un chiffre se rapprochant beaucoup de celui-là, soit 4.726.000.
Malassez, dans ses importantes recherches, ne semble pas avoir étudié spécialement cette question. Dans une note publiée dans les comptes rendus de l’Académie des Sciences, il indique 4 millions comme moyenne du sang de l’homme.
Dans sa thèse on trouve les chiffres suivants :
Sang du doigt :
Sur un interne bien portant, 4.300.000.
Sur un malade atteint de pneumonie, 3.100.000. Sur une femme chloro-anémique, 4.000.000.
Sur une autre femme chloro- anémique, 3.9000.00.
D’après ces chiffres, il est difficile de savoir quelle est, suivant Malassez, la moyenne physiologique; mais il semble que la moyeune de 4 millions soit un peu faible, car le nombre de globules de ces chloro-anémiques ne serait pas ou guère au-dessous de la normale.
Hayem, avec M. Dupérié, en faisant un certain nombre de numérations chez des personnes adultes bien portantes, du sexe masculin, à toujours trouvé un chiffre se rapprochant de 5 millions, en plus ou en moins. On peut donc considérer le nombre de 5 millions, comme repré-
Hole sentant la moyenne physiologique du sang fourni par le doigt !.
Nous regarderons done comme hyperglobuliques, dans nos numérations, tous les malades ayant de 5.100.000 à 5.200.000 globules dans un millimètre cube de leur sang.
Presque tous les auteurs qui s'étaient occupés de la numération des globules dans les cas pathologiques avaient rapporté une diminution des globules rouges. L’augmentation du nombre est rare, dit Hayem. En dehors des cas de jeûne et d’inanition, elle ne se montre que dans les états morbides où le sang s’épaissit par suite de grandes déperditions aqueuses.
Ce sont les pertes par la muqueuse digestive qui déterminent le plus rapidement la concentration du sang. Le choléra, en particulier, est bien connu à cet égard.
Dans les maladies du cœur, l’hypoglobulie était presque admise comme un fait général. Cependant, quelques cliniciens des plus autorisés, Penzold, entre autres, commençaient à réagir contre cette croyance. M. le professeur Lépine, à peu près à la même époque, faisait certaines recherches sur la quantité d’hémoglobine contenue dans le sang, pour servir au diagnostic de certaines affections cardiaques avec albuminurie considérable et la maladie de Brigth. «J'étais arrivé à conclure que chez les cardiaques l’hydrémie, quand elle existait, était très peu accentuée et qu'il y avait souvent chez eux plutôt une légére aug- mentation de l’hémoglobine. M. le professeur Bamberger
1 Hayem, loc. cit.
PH
= 9e a publié des recherches faites dans son service et qui conduisent à la même conclusion 1 ».
On commençait donc à s’apercevoir que dans certaines phases des maladies du cœur, le sang loin d’être hydrè mique contenait une plus forte proportion de globules rouges. Mais ces auteurs n'osaient être trop affirmatifs, ayant rencontré des cas contradictoires. Des objections, sans doute, pouvaient être élevées contre cette nouvelle doctrine, mais le fait même de l’hyperglobulie n’en était pas moins là et on pouvait peut-être en tirer partitant au point de vue du diagnostic que du traitement.
Une des maladies de cœur qui, au sujet de l’hyperglobulie, devait avant toutes les autres attirer l’attention des cliniciens, était bien la maladie bleue. Et en effet Penzold en cite deux cas :
« La cyanose d’une jeune fille atteinte d’une sténose congénitale de l’orifice pulmonaire attirait d’abord l’atten tion sur les maladies avec des symptômes d’engorgement. L'appareil donna dans ce cas le nombre de 6.400.000 et jusqu’à 7.500.000. Dans un second cas de sténose pulmonaire congénitale, jusqu’à 8.820.000, c’est-à-dire presque le double du nombre normal? ».
L'article du D' Vaquez a trait, lui aussi, à un cas de ce genre. Il trouva de même un nombre énorme de globules rouges, 8.450.000. Mais il retourne pour ainsi dire le problème, c’est-à-dire, qu’il ne voit pas dans cette hyper globulie un fait de la cyanose, mais bien une de ses causes.
4 Lépine, Sur le traitement des maladies chroniques du cœur (Semaine médicale, p. 285, 1888.) 2 Penzold, Berliner klinische Wochenschrift, n° 32, 1885.
DS
Elle serait occasionnée par un trouble dans les fonctions des organes hématopoiétiques. Et, en effet, dans deux cas de maladie bleue avec hyperglobulie, il note une augmentation du foie et de la rate.
On trouve peu d'observations relatives à ce sujet, cependant dans le Deutsche Archio für khinische Medicin, 1889, nous en voyons une de Krehl à peu pres semblable à celle de Vaquez.
« En juin 1888, le malade se plaignit d'une dyspnée plus forte. Le bruit systolique est entendu maintenant à gauche près du sternum dans le troisième et le quatrième espace intercostal. Dans l’urine, grande quantité d’albumine, de globules blancs et de cylindres hyalins ; on retire du sang de la veine médiane gauche.
Contenu en hémoglobine — 130 pour 100 (appareil de Fleisch).
Densité — 1,071.
Nombre des globules rouges par millimètre cube
« Le sang est donc concentré outre mesure. On posa le diagnostic de rétrécissement de l’artère pulmonaire avec une perforation de la paroi auriculaire du ventricule. Le premier diagnostic fut établi sur le bruit systolique de l'artère pulmonaire ; le deuxième sur le rétrécissement du cœur droit et la forte cyanose du malade. »
Il ne parle pas de l’état du foie.
MM. Cuffer et Sollier ont publié dans la Revue de Médecine de 1889, deux observations ayant les mêmes caractères cliniques que celle de Vaquez, cyanose, vomissements, verlige, ete., et ils ont remarqué une augmenta-