‹ Considérations sur le Diagnostic et le Traitement des recto-colites hémorragiques et purulentesChapitre 14 sur 24 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Les recto-colites graves sont des affections désespérantes par leur chronicité, qui mettent souvent à l'épreuve la patience du malade et celle de son médecin.

Leur étiologie encore inconnue et la diversité de leurs formes évolutives contribuent d’ailleurs à rendre les échecs thérapeutiques assez fréquents.

En fait, pour bien juger du traitement de ces affections, il est nécessaire de séparer les formes bénignes dont les traitements les plus divers ont facilement raison et les formes rebelles ou graves qui résistent aux thérapeutiques les mieux conduites.

Dans un article du « Journal des Praticiens », M. Bensaude en 1922, et plus récemment avec Oury. dans une étude faite en 1929, a bien montré ce que doit tendre à réaliser le traitement de ces rectocolites : mettre l'intestin au repos, combattre la stase intestinale et agir sur la muqueuse malade.

C'est par le repos physique et moral, les applications chaudes sur le ventre et l'institution d’un régime

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sévère que l’on traitera dès le début ces affections. Le repos au lit est surtout indispensable pendant les poussées aiguës; quant aux applications chaudes, il y aura lieu, en les faisant, de tenir compte de la sensibilité de chacun, aux différents types de chaleur. Certains malades, en effet, sont bien soulagés par la chaleur sèche (bouillottes chaudes), alors que d’autres supportent mieux la chaleur humide (compresses et cataplasmes); enfin des tentatives faites avec la diathermie et les rayons infra-rouges ont été parfois couronnés de succès.

L'alimentation, aussi, a une grosse importance chez ces malades qui font des rechutes fréquentes au moindre écart de régime. Celui-ci doit tendre vers un double but : permettre de nourrir les malades, leur évitant ainsi une dénutrition exagérée, sans pour cela fatiguer l'intestin et risquer d'entretenir des lésions existantes ou provoquer des rechutes graves. C'est pourquoi aucune précaution alimentaire n'est superflue et nous ne saurions suffisamment dire avec quelle minutie le médecin doit procéder à l’élaboration des menus de ces malades.

Un tel régime comprendra surtout des aliments réduits à l’état de poudre fine passée au tamis, des pâtes, du riz, des gelées de tapioca aromatisées de thé de bœuf (1), du jus de viande. On le complètera par

(1) Gelée de Tapioca au thé de bœuf. — Laisser tomber en pluie deux cuillerees à soupe de tapioca sur 300 cc. d’eau bouillante, faire cuire à petit feu pendant 10 à 15 minutes en remuant constamment pour obtenir une gelée épaisse Ajouter par cuillerée à soupe du thé de bœuf préparé de la façon suivante :[couper finement un kilo de bœuf pris dans la tranche,

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des gelées de fruits (coings ou myrtilles) ; enfin les féculents seront permis en petite quantité, ceux-ci pouvant déclancher des troubles digestifs importants et faire naître des débâcles diarrhéiques difficiles à arrêter. Plusieurs fois d'ailleurs il nous a été donné de voir des malades chez qui, la digestion des féculents jusque-là défectueuse, fut entièrement transformée par l’adjonction de ferments amylacés.

On devra de plus supprimer complètement de l'alimentation de ces malades tous les mets à interdire dans toute crise d’entéro-colite banale.

L'établissement d’un tel régime est donc des plus délicats, le médecin devra avant tout se laisser guider par la tolérance personnelle des sujets, et parmi les aliments banaux, d'apparence anodine, il en est quatre, surtout, le pain, le lait, les œufs et les purées de légumes verts qu'il ne permettra qu'avec prudence, leur nocivité étant parfois aussi grande que celle des aliments franchement interdits.

La seconde indication consiste à lutter contre la stase intestinale, qui est parfois cachée par l’existence de fausses diarrhées. Les meilleurs laxatifs à donner sont l'huile de paraffine, l'huile d'olive ou même l’huile de riein à très petite dose. La belladone ou l'atropine associées à la papaverine ont une grande utilité, agissant à la fois contre la constipation

et le spasme douloureux qui l'accompagne.

le faire macérer à froid pend nt une heure dans un litre d'eau, porter le tout au bain-marie et faire cuire pendant trois heures et demie, puis passer à travers uu linge fin.

Pour agir sur la muqueuse intestinale, il n'est aucun traitement spécifique qui s'impose de façon formelle; maïs il est de nombreuses méthodes agissant soit par voie directe, soit par voie indirecte, entre lesquelles il faut savoir choisir.

« C'est toujours, disent Bensaude et Oury dans l'étude dont nous parlions plus haut, par le traitement anti-amibien que l’on doit commencer. Pâte de Ravaut, stovarsol, émétine sont des médicaments qui agissent souvent et révèlent par leurs admirables résultats la nature amibienne d'une recto-colite en dehors de toute notion de contage et en dehors de tout résultat positif de laboratoire. »

Par contre le traitement anti-amibien étant toujours sans effet dans les recto-colites hémorragiques et purulentes, on peut essayer d’agir sur la muqueuse intestinale par d'autres désinfectants : calomel, uretropine, charbon, kaolin, bismuth (sous-nitrate ou dermatol). Mais d’une façon générale les médicaments ingérés agissent peu sur la muqueuse colique, exception faite pour le bismuth dont l’action désinfectante est puissante, sans être cependant jamais suffisante pour enrayer à elle seule l’évolution d’une recto-colite grave.

En l’état actuel de nos connaissances, puisqu'il n'existe pas de médication spécifique de cette affection, il nous paraît indispensable de faire franchir à ces malades les quatre étapes successives de traitement que nous possédons : lavages — pansements

locaux —— vaccinothérapie — traitements arsenicaux.

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Il n’est pas jusqu'à l'autohémothérapie et la trans-

fusion auxquelles il ne faille parfois penser.

A) Lavages.

L'emploi des lavages dans le traitement des rectocolites est classique, il est d'ailleurs incontestable qu'il amène souvent une amélioration sensible.

Crohn et Rosenberg ont particulièrement prôné les lavages avec un colorant voisin de la sulfophtaléine, l’acriflavine neutre, et ces auteurs pensent que c'est la le seul moyen de compter des guérisons durables. Gaston Durand et Savignac ont rapporté à la Société de gastro-entérologie les résultats donnés par cette méthode ; mais tandis que le premier se montre très réservé dans ses conclusions, le second croit à la réelle efficacité de ce médicament. Bensaude et Oury, qui l'ont également essayé sous forme de gonacrine, n’ont pas obtenu avec celui-ci des résultats supérieurs à ceux qu’ils ont eu par lavages avec les colorants habituels, bleu de méthylène, violet de gentiane, etc...

Les médicaments classiquement indiqués sont légion; voici ceux, qui sont le plus couramment employés : solution de nitrate d'argent à 1 pour 5.000 puis à 1 pour 2.000 et même 1 pour 1.000, l’argyrol (10 à 25 pour 1.000), l’acide salicylique (1 pour 1000), liqueur de Labarraque (5 pour 1.000), bleu de méthylène (1 à 2 pour 1.000), violet de gentiane (à 2 pour 100 dans l'huile d’olive).

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