CHAPITRE III. — DEDUCTIONS TIREES DE L’ANALYSE DES OBSERVATIONS
De l'examen de ces observations, à diagnostic positif trop taidif pour arriver à un résultat thérapeutique, il semble que on puisse Gégager deux facteurs responsables de ce retard: Is symptomatologie, les médecins.
En effet, ces diagnostics tardifs sont imputables:
1°) à la modalité très variable des signes du début clinique (nous verrons par la suite le nombre et la diversité d'aspect des symptômes ); à la méconnaissance des aspects cliniques du cancer recto-sigmoiïdien. Beaucoup de médecins se basant pour penser à sa possibilité sur le schéma classique: épreintes, ténesme, glaires sanglantes. Souvent le diagnostic ne pourra se poser dès le premier jour, dès le début clinique; mais on ne devra plus le laisser évoluer jusqu’au moment où il devient presque inacessible à la chirurgie. C'est ce qui se produit trop souvent, parce que les symptômes semblent bénins. Un diagnostic simple d’entérite, d’hémorroïdes ou d’entéro-colite muco-membraneuse paraît alors satisfaisant. Et le médecin persiste dans son traitement pendant plusieurs mois laissant ainsi passer l’époque favorable du traitement précoce, seul capable de résultats.
De plus, on n'y pense pas assez souvent. On se base sur des symptômes peu fréquents ou inexacts, par exemple l'état général du malade qui souvent reste très longtemps floride, on ne songe pas que le cancer de cette région touche très peu l’état général. Une grosse erreur est aussi de se baser sur l’âge du malade en prétendant que le cancer ne peut s’observer qu’à partir de ja cinquantaine; il peut apparaître chez des adolescents ou des personnes jeunes.
2°) Mais ilexiste une deuxième raison. Même si le médecin entrevoit sa possibilité, il méconnaît encore bien souvent ce cancer et cela tient à l’ordre chronologique et au choix des moyens de diagnostic qu’il emploie pour vérifier sa présomption. Le choix de ces moyens de diagnostic est mal fait et son application insuffisante;: par exemple, un toucher rectal sera pratiqué ce qui est
Pepe
bien, mais qui dans de nombreux cas s'avère insuffisant Ce toucher fait avec un maximum de précautions pourrait à la rigueur fournir un résultat intéressant. Mais le cancer trop haut situé échappe fréquemment au doigt, et reste inacessible par un toucher ordinaire. Le médecin continuant son examen fait faire un examen radiographique avec lavement, le regarde progresser radioscopiquement, mais si la tumeur ne diminue pas suffisamment le calibre de l'intestin celui-ci se remplit sans arrêt; d’autres se contentent même d’un examen radiographique après absorption de repas opaques. Le rectum paraît bien rempli, mais l'iniestin gauche ne se voit pas dans sa totalité; n'ayant pas vu de points anormaux il est impossible au début, par cet examen seul, de faire un diagnostic et le médecin renvoie le malade chez lui, comme dans le premier cas, avec un traitement banal.
C'est contre cette façon de faire, contre cet état d’esprit que nous voulons lutter, voulant indiquer les diverses étapes, nécessaires et indisrensable qui permettent de faire le diagnostic.
De nos observations nous essayerons de déduire un certain nombre de signes, non pas des signes pathognomoniques ce qui nous serait impossible, mais des signes assez constants et assez caractéristiques, signes de probabilité, suffisants pour éveiller l’idée de cancer et pour orienter vers ce diagnostic d'une façon aussi précoce que possible. Mais nous sommes obligés cependant de dire que ce diagnostic, basé sur un examen minutieux aidé des moyens d'investigation modernes peut encore errer, certaines formes étant véritablement trop latentes et demandant pour avoir une certitude absolue la mise en œuvre de tous les procédés que nous avons à notre disposition.