CHAPITRE IV. —— LA BIOPSIE
. Ün tort serait donc de croire qu’il suffit de pratiquer une endoscopie, pour reconnaître toutes les affections qui se présentent à l'examen. Il faut là aussi, savoir interprêter ce qui est vu. Mais, quand le doute persiste, la biopsie est le complément indispensable de la rectoscopie. Cette méthode facile, dont la valeur n'est plus discutée, est actuellement couramment employée. Néanmoins elle nécessite deux fadteurs:
a) la rectoscopie est indispensable pour le prélèvement, qui doit être effectué sous le contrôle de la vue.
b) l'interprétation est parfois délicate, les lésions tumorales étant variées, et ayant tendance à devenir typiques. Elle doit être pratiquée aussi souvent qu'il est possible car aucune difficulté matérielle ne peut empêcher sa pratique.
Indications. — Elle sera préconisée lorsque les lésions seront typiques, lorsqu'on désirera avoir une confirmation du diagnostic, même lorsqu'il paraît évident. Elle pourra alors révéler une affection hybride.
Les centre-indications sont surtout d’ordre technique. Ii est parfois difficile de faire un prélèvement, au cas par exemple, de lésion infiltrante ou d’ulcération. Dé préférence elle doit être réservée aux lésions saillantes, aux végétations intra-rectales, sinon l’on risque d'atteindre les plans profonds de la sous-muqueuse et de produire ainsi une Zone de moindre résistance, pouvant se perforer. Enfin si les tissus sont congestionnés, l’hémorragie peut être importante surtout lorsqu'il existe de véritables nappes sanguines ou lorsque les capillaires sont dilatés.
Un autre inconvénient c’est que la biopsie peut être dangereuse en ouvrant la voie à l'infection.
Nous allons rappeler simplement les grandes lignes de la technique de la biopsie.
Lorsqu’au cours d'examen rectoscopique un point nous paraît suspect, si les conditions le permettent, un prélèvement devra être fait à ce niveau. Mais il faudra suivre certaines règles:
a) le choix du point de prélèvement : si la lésion est vaste, faire plusieurs prélèvements, en pleine Zone cancéreuse. Si la lésion est limitée, faire porter le prélèvement à la limite des parties saines et des parties malades. Enfin, si l’on a affaire à une ulcération, faire le prélèvement sur le bord.
b) Mode de prélèvement : pas dé préparation spéciale. Comme matériel, la pince coupante de Brunnings facile à manier, peu encombrante, peu traumatisante, car elle n’atteint que les plans superficiels ; de là vient un de ses défauts, elle laisse intacte les couches profondes, sièges des éléments caractéristiques.
c) Précautions après le prélèvement :: généralement il ne se produit aucun incident Le saignement est de peu d'importance.
d) Manipulation du fragment : elle est délicate car il est difficile de l’orienter. Celui-ci est envoyé au laboratoire.
e) L'examen: il ne faut pas lui demander plus qu'il ne peut donner; il est des cas favorables, où l'élément caractéristique est découvert. Dans nos observations la biopsie nous à toujours donné un résultat positif. Ce n’est que dans certains cas de dégénérescence de polype qu'elle peut donner un résultat négatif, les transformations s’effectuant d’abord profondément, et la biopsie n'ayant prélevé qu’un fragment superficiel sain.
Dans quelques cas, il n’en est pas ainsi, le prélèvement pouvant être défcetueux. C’est ainsi que dans l'observation 32 il a fallu trois biopsies pour obtenir un résultat. La première nous à induit même en erreur en raison de son résultat négatif, la seconde était douteuse et la troisième seule nous a donné une certitude.
Là aussi ce mode d'examen doit être concilié avec la clinique, et si celle-ci nous fait penser à un néoplasme, il ne faut pas craindre à renouveler les prélèvements.
Et pourtant, même avec des conditions techniques pleinement satisfaites 1l est parfois difficile de conclure.
Dans l’ensemble, les caractères histologiques de ces tumeurs sont bien connus et nous ne nous proposons pas de les étudier. Néanmoins, nous rappellerons un fait qui, d’après OCHSENHIRT, a son importance: plus le cancer est malin, moins est marquée la différenciation de ses éléments et moins il y a de cellules à sécrétion muqueuse. Le nombre de ces cellules dans le cancer est inversément proportionnel au degré de malignité.
En résumé la biopsie rectale à une grosse valeur. Elle constitue un complément utile de toutes les autres méthodes d'exploration, et souvent, elle seule pourra nous donner un diagnostic précis et rapide. Malgré les difficultés de prélèvement elle doit généralement être pratiquée car elle est inoffensive et simple.