CHAPITRE Il. — DIAGNOSTIC
1° Diagnostics positifs:
Nous avons vu les erreurs et leurs causes, nous avons vu les symptômes, tardifs et précoces, en particulier ceux sur lesquels la confiance peut ou non être établie, les procédés d’exploration avec leurs qualités ou leurs défauts.
Ce qu'il faut faire découle de ces constatations. Il faut: 1° Penser au cancer pour aussi minimes que soient les signes.
2° Faire des examens corrects et suivant l’ordre chronologique indiqué.
Au début, les signes sont peu nombreux; relativement discrets et bénins, de sorte qu’ils ne seront pas, du moins au premier abord, considérés comme suffisamment sérieux pour provoquer
des examens approfondis. C’est 1à, nous l’avons vu, une première faute dont les conséquences peuvent être graves.
Donc, lorsqu'un malade aux environs de la cinquantaine, se plaindra de douleurs apparaissant dans le quart inférieur de l'abdomen, sans antécédents intestinaux, il ne faudra pas lui prescrire un traitement symptomatique en lui administrant un purgatif ou un calmant. L’interrogatoire devra tout d’abord être très serré, essayant de préciser l’époque d’apparition des premiers troubles, ce qui sera parfois difficile chez le malade où les garde-robes sont paresseuses. Il faudra aussi faire des examens de selles à plusieurs reprises.
De même lorsqu'un malade se présentera avec de petites crises d'obstruction il ne faudra pas attendre que les crises deviennent subintrantes, mais pratiquer l'examen radiographique qui permettra de limiter la tumeur, et de nous renseigner sur sa forme, sur son étendue.
Donc ces symptômes ayant fait penser au cancer, les examens seront faits, non pas dans l’ordre où ils sont pratiqués actuellement, mais dans celui que nous avons indiqué, toucher rectal, rectoscopie avec biopsie et enfin examen radiographique. De tous ces procédés la rectoscopie est le pivot.
Mais en pratique cela est assez difficile à réaliser pour le praticien ordinaire ou pour celui de campagne par exemple. Il
re.) Muni
procédera un peu différemment. La présence des premiers symptomes, peu nets et peu caractéristiques, lui font poser un diagnostic simple tel que celui d’entérite, de colite, ou d’hémorroïdes et un traitement approprié est ordonné. Cette façon de faire peut-être raisonnable et compréhensible, à la condition qu'il ne persiste pas dans son diagnostic. Lorsque après une période Ge traitement d’une quinzaine de jours, les signes persisteront ou se seront très peu amendés, il devra alors demander l'examen complet que nous avons indiqué.
Mais nous allons voir quelles sont les raisons qui le poussent à agir ainsi et quels sont les diagnostics qui successivement seront éliminés. C’est donc le diagnostic différentiel qu'il nous faut envisager maintenant.
2° Diagnostic différentiel: Celui-ci se pose dans des condidiions différentes suivant les périodes: s
A) Voici d'abord les malwles venant consulter pour un trouble de la défécation, apparu plus ou moins récemment et constitué par une des trois formes décrites.
En face de ces cas toute une série d’affections doit être éliminée,
a) C'est tout d’abord, la constipation chronique qui a tendance à devenir plus accentuée, à cette époque de la vie: elle nous rassure cependant par sa longue évolution. L'examen rectoscopique lèvera les doutes.
b) Ou bien ce sera la diarrhée qui fera penser à une entérite banale, mais elle est par trop souvent invoquée.
.c) les hémorroïdes seront mises en cause et expliqueront facilement le sang éliminé en assez grande quantité.
d) les polypes sont ce qu'il y a de plus difficile à différencier. Ils présentent, en effet, à peu près les mêmes symptômes: syndrome rectal avec pertes de sang qui provoqueront chez le malade une anémie importante: tous symptômes qui ont tendance à les faire confondre avec un néoplasme.
La transformation cancéreuse de l'un d'eux n’est d’ailleurs pas rare comme nous avons pu le constater dans l'observation 2. Dans ce cas la rectoscopie seule fait le diagnostic, et montre la bénignité de la lésion, un prélèvement confirmant le diagnostic.
HSE
Ces derniers diagnostics différentiels sont surtout des diagnostics cliniques mais nous aurons aussi les diagnostics différentiels rectoscopiques à faire comme nous l’avons déjà indiaqué dans le chapitre de la rectoscopie. :
Il se fera d’abord: avec les sténoses recto-colites non cancéreuses, dont la lumière est généralement centrale et qui permettent le passage du rectoscope malgré l’induration du tissu. | É
Avec la polypose déjà citée plus haut.
Aavec l’amibiase intestinale chronique. Diognostic parfois très difficile par suite de certaines formes tumorales, qui feront longtemps hésiter et même ne seront pas reconnues en raison de la négativité de la biopsie. Un doute plane toujours : le prélevement n’aura-t-il pas été fait en dehors de la zone néoplasique, sur sa périphérie par exemple ? Ce sera seulement l’nfluence du traitement joint à l'examen des selles, qui permettra d'éliminer l'élément néoplasique. Nous allons présenter trois cbservations où l'on verra qu’il est important de connaître ces formes pseudo-cancéreuses que peut revêtir l’amibiase et que les examens actuellement pratiqués ne DEN nous faire soupçonner.
L'existence. d’une imprégnation amibienne antérieure ne doit pas écarter absolument l’idée de néo-plasme, cär il peut y avoir association des deux puisque l’amibiase fait souvent le lit au cancer. Nous résumons partiellement trois observations déjà publiées par M. le Professeur BAUMEL au congrès du Maroc de.
te obs. — M. L.. L.…., 48 ans, Capitaine au long cours, a fait la guerre à Salonique, commande le port de Dakar. Vu en Mai 1930. RCE di
Première rectoscopie: difficile. Le tube pénètre à peine jusqu'à 15 cm. de l’anus. Il est impossible de pousser plus avant. Ulcérations nombreuses presque confluentes et en moyenne de la grosseur d'une piète de 50 centimes. Ces ulcérations sont sanieuses, saignent au moindre contact.
La muqueuse est cartonnée, adhérente aux plans sous-jacents.