‹ Considérations sur le gouvernement des Pays-BasChapitre 7 sur 15 · S.KF · texte numérisé non relu

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dessein des ennemys, qui ne peuvent avoir gueres d’efifect, contre celuy qui est apperceu*.

De cette faute est provenue celle qui a causé la ruyne et désolation entière de tout le pays, quia esté d’y soustenir toute la guerre, l’exposant aux dégasts qui y ont fait les armées ennemyes,et celles duroy ; s’estant veu , en un temps, dans la Flandre quattre années, celle de France , celle de Hollande, celle du ducq de Loraine, qu’on appelle à bon droict de la ruyne, et celle du roy, qui l’ont épuisé jusqu’au bout. Et qui doubte qu’il soit meilleur, plus asseuré et moins frayeux de faire la guerre dans le pays ennemy, qu’au sien, et, de piller et gaster les villages et maisons d’autruy, que de voire brasier et désmolir les sienes? Outre qu’il y a bien plus de courage et de résolution à celuy qui entreprend, qu'à celuy qui se défend, estant naturel de craindre celuy qui ne craint point.

On a encore grandement failly, dans la conduitte desdittes guerres, de ne s’ayder du moyen qui a tousjours esté fort utilement praticqué, par tous les bons politicques, qui est que lorsque deux puissances esgales se cbocquent, celle qui a du pire intéresse à sa conservation tous les moindres princes voisins, auxquels il importe que cette balance soit tenue droite, de crainte que l’une prévalant, ils n’en soyent asservis, ce qui faict que par raison d’estat , ils se jettent du costé du plus foible, pour le renforcer et le rendre esgal, d’où dépend leur quiétude et asseu-

‘ Assuré, sur ses gardes ; « Et sont là apercens de gens. « Correspondance de Guillaume te Tacxturne. I, 50. Voir pins haut. I, IG9.

COMBIBéBATIOMS

rance; comme il s’est heureusement négotié durant les guerres entre l’empereur Charles-Quint et François premier, roy de France et leurs successeurs , durant lesquelles le roy d’Angleterre, les Vénétiens et autres potentats d’Italie et d’Allemagne sè sont toujours liguez avecq celuy qui avoit du pire, qu’ils quittoient aussy quand sa fortune revenoit meilleure ; ce qu’on a négligé dans ces guerres, comme on ne devoit, n’y ayant pas de double que les Vénétiens et autres princes d’Italie et encore ceux d’Allemagne ne voyent pas de bon œil la grande prospérité de France, de laquelle ils doivent asseurément prognosticquer leur ruyne ; mesme les Hollandois, s’ils eussent esté sollicitez comme il convenoit, eussent quitté leur alliance, pour se joindre au roy, qui devoit les recevoir à telle condition qu’ils eussent demandé, ayant juste suject d’appréhender le voisinage d’une nation si puissante et si remuante, qui a esté, de tout temps, jugée bonne pour amye, mais non pour voisine*.

Un des plus grands manquemens dans le gouver-

■ Comme les événements ont justifié les idées de l’auteur I — Il a fallu que l’Europe soit troublée pendant soixante ans, par le manque de foi, l'ambition et les conquêtes de Louis XIY, pour que les peuples, dont l'indépendance était sans cesse menacée, s’avisent enfin de s'unir contre ce contempteur des droits les plus légitimes, et forment la grande alliance, qui lui a infiigé les revers, juste punition d’une longue série de fautes, d’excès, de violences et d’iniquités. — De nos jours, conduite par un autre perturbateur du repos public, la France a vaincu, humilié, pillé et ravagé une partie de l’Europe, avant que les puissances se liguent contre elle pour la forcer au calme et à la paix. La fédération allemande vient de lui donner une leçon terrible ; en profltera-t-ellef Les nations comprendront-elles la nécessité de s’entendre pour réprimer les ambitions des conquérants f

SUR LE aOUVERNBMBNT DES PAYS-BAS.

nement de par deçà et qui a causé le plus de mauvais succès de la guerre, a esté le mauvais employ qu’on a fait de l’argent destiné aux affaires secrètes, que les Espagnols nomment gastos secretos^, qui a tousjours esté diverty à toute autre chose, tant pour faire la bourse de ceux à qui il estoit confié, que pour donner des aydes de coste * aux estrangers et autres ; lesquels, estans en prétention d’argent et remarquans qu’il était court ailleurs, ont trouvé cette invention de le demander sur celuy-là, où ils ont trouvé leur compte, uu grand interest des affaires du roy, qui ne peuvent recevoir de quoy que ce soit, plus d’utilité que du bon employ de ces deniers, qui fait avoir connoissance non seulement de ce que fait l’ennemy, mais encore de ses desseins, lesquels estans préveus, on les rend inutils.

En quoy on a si lourdement manqué, que l’ennemy a tousjours esté en campagne et attacqué quelques places, avant qu’on sceusse qu’il s’assembloit ; d’où est venue en partie laruyne du pays, le tout par avarice de ceux qui ont pillé l’argent à ce destiné. Lesquels cependant, pour tromper le roy et couvrir cet infâme larcin, tascboient de sçavoir des gouverneurs particuliers des villes, (lesquels ont quelque petite nipe à employer à ces affaires secrètes,) ce qu’ils avoient appris de la conduite des ennemys, pour s’en prévaloir vers le prince, ou son beutenant général, et luy faire croire qu’ils l’avoient appris au moyen de cet argent; quoyque ce que lesdits gouverneurs peuvent apprendre soit fort peu de chose, et

' Dépenses secrètes.

* A yuda de Costa, gratiflcation.

CONSIDéBATIONS

seulement ce qui se passe et se dit publicquement par les rues, pour la petite dépence qu’ils font ; de laquelle encore ils grattent quelque chose, sans l’employer entièrement, là où avecq l’argent que le roy remet exprès dans le Pays-Bas, pour ce suject, j’entends d’estre au moins de vingt mille escus par mois, on pourrait sçavoir tout ce qui se résoud dans le cabinet des roys. Il n’y a pas d’argent mieux employé que celuy pour avoir des bons espions, pour sçavoir ce que faict l’ennemy et ses desseins, qui est ce qu’importe le plus à la guerre, et d’où arrivent, le plus souvent, les victoires; et au contraire lorsqu’ils sont ignorez, on en reçoit le plus de dommage. Mais pour en estre bien servy, il en faut avoir plusieurs , qui ne se connoissent, de crainte qu’ils ne s’accordent ; il faut les traiter fort libéralement, n’y ayant rien qui les retienne que l’argent, qui les fait estre fidèles à quiplus leur donne. Et comme on doit avoir ce soing d’avoir des espions, il se faut persuader que l’ennemy l’a aussy, et se tenir asseuré qu’il en entretient dans l’armée du roy, qu’on ne peut tous descouvrir, pour grande diligence qu’on y apporte; c’est pourquoy on doit estre fort secret dans ces entreprises, ce qu’ayant esté négligé jusques icy, les a souvent rendu inutiles, estant fort à propos de faire courir des bruicts tous contraires au dessein qu’on a, pour amuser l’ennemy, et pouvoir mieux réussir.

C’est encore un argent parfaitement bien employé, quand on gaigne un ministre, ou autre personne de considération du party contraire; et encore qu’il ne réussisse toujours, pour avoir affaire à des traistres, qui peuvent aussy bien trahir le prince qui leur donne.

SUB LE aOUVBENBMBNT DES PAYS-BAS.

queceluy qu’ils servent, il réussit toutesfois souvent, estant certain que celuy qui prend, se vend soit que l’argent l’oblige, soit que la honte de l’avoir pris le retienne de mancquer h sa promesse , ou que la crainte d’estre descouvert, le rende suspect à celuy qu’il sert, et à celuy qui donne, qui le perdrait vers l’un et l’autre, d’où il est constraint nécessairement de se tenir à celuy qui le corrompt, s’estant en son cœur rendu irréconciliable à celuy qu’il s’est résolu de trahir ; joint que principalement peu de gens de qualité se laissent corrompre pour de l’argent seulement, n’est qu’ils soient portez par quelque hayne, mespris, ou désir de vengeance, ou qu’ils ayent de l’affection à celuy qui les corrompt, à quoy on doit particulièrement avoir l’œil ouvert , pour sçavoir mesnager les passions et se servir de ces occasions, n’y ayant que les esprits lasches, ou gens du tout nécessiteux, qui se laissent gaigner par avarice.

Et comme c’est sans doubte de la prudence et bonne conduitte d’un prince, de rechercher dans l’estât de son voisin des amitiez, des dévotions, et des volontez, c’est aussy de la justice du prince qui descouvre les meschants de les corriger, et en faire une si sévère et exemplaire punition, que personne n’ose s’entremettre de cette si infâme, et vilaine marchandise.

CONSIDÉKAnONS SüB LE GOUVERNEMENT, ETC. 2S7

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