‹ Considérations sur le gouvernement des Pays-BasChapitre 9 sur 15 · SUB LB QOUVBBNEMBNT DBS PAYS-BAS. SU · texte numérisé non relu

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ceux vers lesquels ilseroit envoyé, mais estant alesché par des compliments et courtoisies et trompé parleur dissimulation , il tromperoit son maître, par sa très mauvaise et pernicieuse simplicité, ne luy rapportant rien de véritable et de particulier. Il doit avoir sa maison dressée de gens modestes, et non insolens, ny querelleux, ou scandaleux, qui le mestroient en hasard de recevoir un affront.

n doit prendre une instruction bien ample de peur de desadveu, qu’il suivra de mot à mot, mesme aux affaires où les termes donnent coup, sans promettre d’avant^e. Il s’instruira par la bouche de son prédécesseur, retirant de luy les papiers d’importance, mémoires, et traitez. Il doit tousjours avoir quelqu’un vers son prince, qui fasse ses affaires et luy donne avis de tout. Il doit toujours prévenir les advis qui pourvoient venir d’ailleurs de sa négociation, affiin de ne donner loisir de l’éluder ou la traverser. H doit s’accomoder pour la dépence, et pour gaigner la volonté des peuples, selon ceux vers lesquels il va; aux uns la table gaigne, aux autres la suitte, train et magnificence ; aux autres les présens et aux autres les complimens et harangues, en d’autres la religion.

11 se doit garder de par trop de dihgence et affectation, donner soupçon du suject qu’on peut avoir de sa venue, le descouvrant par trop d’artifice et trop de langage, toutes choses déguisées, affectées ou amplifiées, se rendant suspectes. Il ne traitera de sa commission, avec d’autres, qu’avecq celuy vers lequel il sera envoyé. Encore que son instruction soit fort ample, il est constrainct de faire la guerre à l’œil, changer et obmettre quelque chose portée par sa

CONSIDéRATIOMS

créance, suivant tousjours son instruction, si ce n’est qu'en s’en départant, il vienne mieux à bout de ce qu’il a entrepris. S’il est constrainct de faire quelque chose non contenue en son instruction, il en doit communiquer avecq deux ou trois serviteurs de son maistre, s’il y en a, pour éviter les reproches de l’avoir fait seul, et sans conseil. IL doit garder la dignité de son maistre, sans mespriser, ny offenser celuy vers qui il est envoyé ; il doit estre assidu à la cour, pour descouvrir tout ce qui se passe ; outre l’argent qui sert à descouvrir les secrets des princes, le traitement de table y sort aussy, où on reçoit souvent de bons advis ; mais il les faut péser, en attendre le progrès et l’issue, avant en juger, prenant garde non seulement h ce qui se dit, mais beaucoup plus à ce qui se fait. Il se doit informer discrètement de l’estât présent de la cour ; qui a plus grande autborité, qui la médiocre, qui la moindre; s’acquérant pour amis, s’il peut, les domestiques* et favoris de ceux qui sont authorisez. Il doit estre curieux des nouvelles de tout costé, n’espargnant rien pour les sçavoir des premiers, pour avoir l’occasion de descourir et parler avecq les grands, de choses agréables.

n louera les personnes, moyens, grandeurs, loix et façons du pays, avec mosdestie et discrétion, sans flatterie, sans oubUer d’en faire de mesme, aux occasions, des affaires de son maistre.

S’il se voit empesché en ce qu’il désire, qu’il n’y insiste pas trop vivement, mais il taschera d’y parvenir par d’autres moyens. S’il est obligé de dire, ou

> Les personnes vivant dans la maison (domus), et non pas les valets.

faire chose contre leur oppinion, il se conduira de sorte qu’on croye que c’est à son regret, donnant espérance de choses plus agréables. Si on le charge de porter de mauvaises paroUes, il faira mieux de les donner par escrit.

Si on luy promet à l’advenir, ce qu’il demande, il taschera de le tirer par escrit; et au contraire il taschera de n’obliger ny luy,ny son maistre, que le plus tard et le moins souvent qu’il pourra.

Il ne doit jamais estre menteur, et si on le charge de dire une chose pour l’autre, il s’en faut excuser, s’il se peut ; sinon il la faudra desguiser de quelque prétexte, et le faire rarement. Mais il arrive souvent qu’il mente, sans le penser faire, lorsque son prince en veut tromper un autre, trompe premièrement son ambassadeur, affin que parlant selon qu’il croit estre l’intention de son maistre, ses raisons sont plus vives et hardies, ce qui est dur à un ambassadeur,. voyant qu’on luy fait porter la marotte, pour servir d’instrument de tromperie.

Il ne faut qu’il espère trop, ny aussy qu’il désespère de ceux avecq quiilnégotie, parce que facilement les affaires, affections, et inclinations se changent, selon les occurrences.

Un des principaux points auxquels il doit prendre garde est de maintenir le rang et dignité de son maistre, avecq les autres ambassadeurs des princes, car les princes ne subsistent que par la grandeur, et oppinion qu’on a d’eulx. H y va du mépris, si leur rang est contesté, et doit l’ambassadeur plustot s’y perdre, que d’en rien quicter. Où il doit le plus de discrétion, est aux rapports à faire de ce qu’il se dit de

COM8IDéBATIOM8

son maistre mal à propos, estant obligé de prévenir tous les advis qu’il en pourroit avoir d'aiUeurs ; si touttesfois la paroUe est eschappée par la colère, ou passion, quand ce seroit mesme par le prince, n’estant dit publicquement, c’est plus sagement faire de se taire, que la dire è son maistre, qui ne voulant et ne pouvant rompre, se sentiroit offensé de tel rapport ; et quelques fois, d’autre part, en se formalisant d’injure, il semble qu’on l’advoue ; mais s’il trouve bon de se taire, il faira entendre combien son maistre se sentiroit offensé s'il le rapportoit, ce qu'il ne fait, pour maintenir l’amitié, si utile aux deux Estats, ajmant mieux manquer à son devoir, que la troubler.

Ce qui offense les princes, et les convie à quelque ressentiment, n’est pas tant l’offense en soy, que l’oppinion qu'ils ont qu’on les a offensez, et que s’ils ne s’en ressentent, ils fairont brescbe à leur réputation et donneront suject à d’autres de les offenser et mespriser. H y a beaucoup de choses que les princes sont bien aises qu’on leur dissimule, mais celles principalement auxquelles ils ne peuvent pourvoir sans incommoder grandement leurs affaires, leur doivent estre tenes et dissimulées.

Il faut que l’ambassadeur prenne garde de n’aviser rien à son maistre, que ce qui est certain, et dont il puisse rendre raison, mettant doüteux ce qui l’est.

Ilestbesoing qu’il ait quelqu’un près de son maistre qui luy fasse de bons offices ; louant son industrie et travail, et faisant valoir sa bonne conduite, et dextérité; l’absence causant diminution d’oppinion, et oubly, si, par artifice, il ne se ramentoit*.

> S'il no 80 rappelait au souvenir.

SUE LE GOUVERNEMENT DBS PATS-BAS.

Il parlera peu, et lorsqu’il le devra faire que ce soit avecq gravité, et d’un discours masle, et non efféminé , mais court et sententieux, et du langage de son pays, ce qui importe au respect de son maistre.

Qu’il porte ses habits selon la mode de son pays.

H ne faut qu'il propose aucune chose, sans charge, quelque spécieux, ou advantageux qu’il soit.

Aux traitez importants, ceulx là sont ridicules qui par de vaines subtilitez veuillent faire preuve de quelque rare suffisance.

C’est un des premiers et essentiels devoirs d’un ambassadeur de joindre le temporisement * aux choses qui semblent les plus pressées ; sçavoir accomoder ses propositions au temps, lieux et personnes, et choisir l’occasion de dire et faire ce qui importe à l’advancement et perfection de sa charge; et de traiter les premiers et plus confidents ministres du prince, vers lequel il est envoyé, avecq beaucoup d’honneur et de respect, affin de les rendre instruments de la conservation de la commune amitié, et sçavoir d’eux, ce qui ne se peut apprendre d’autres.

Comme il est obligé d’escrire de temps en temps au secrétaire de son maistre, tout ce qui se passe en son ambassade, de crainte que ce secrétaire ne lui en donne part aussi sincèrement qu’il est besoing, (ce qui arrive souvent par envie, ou autre passion), il faira bien d’escrire chasque fois à son maître, mais succinctement, afin que s’en faisant esclaircir au long par son secrétaire, il n’y puisse rien altérer de peur qu’il ne soit trouvé menteur. Les ambassadeurs se doivent garder de, en se fiant en la grandeur de ‘ Temporisation ou tempérament.

C0N8IDÉEATI0NS

leur maistre, de traiter impérieusement et avecq trop de résolution les affaires ; ce que les ministres du prince, avecq lequel ils négotient, prennent souvent pour injure, à cause que plus grande est la personne qui fait l’affront, tant plus il est sensible à celui qui le souffre.

C’est un traict d’acortise * à un prince à qui on envoyé un ambassadeur, pour arrester une affaire de laquelle l’accélération luy est fort utile, de donner ordre en tous lieux, par où il doit passer, de le caresserextraordinairement et dans ces caresses degaigner temps, mais un ambassadeur s’en doit aussi garder.

Il est quelques fois fort à propos qu’un ambassadeur, qui suit un prince, dans une expédition que son maistre a promy de seconder, et ne peut si tost effectuer, ayt aucuns blancs signez, pour, par ce moyen, pouvoir monstrer, au besoing, les lettres de son maistre, qu’il pourra forger selon que l’occasion le requérera, et dans icelles la continuation de sa bonne volonté, et les diligences qu’il fait, le tout selon qu’il jugera le meilleur, pour maintenir sa créance.

n est fort dangereux de laisser passer, par des villes frontières et suspectes, des ambassadeurs ou ministres des princes qui les convoitent, à cause qu’ils y font tousjours des praticques préjudiciables au maistre, et quand on voit aller beaucoup d’ambassadeurs, il faut croire qu’il y a quelque négoce soubs main ; ce ri’est pas honte à un prince d’estre soupçonneux et d’avoir l’œil sur ceux qui vont et viennent de la part des ennemys, ou amys dissimulez;

> Acortise, acte de complaisance ou de bienveillance.

SUR LE GOUVERNEMENT DBS PATS-BAS. Sll

au contraire c’est grande honte d’estre trompé et de perdre, par sa faute. On doit tousjours bien traiter, et recueillir honorablement les ambassadeurs et ceux qui viennent de la part des princes voisins, et estrangers, mais il faut ordonner des gens sages, et seures pour les accompagner, pour sçavoir ceux qui viennent vers eulx. Il les faut tost ouyr, et dépescber, estant chose mauvaise de tenir les ennemys chez soy; et mesme durant la guerre, on ne doit rompre aucune practicque ou ouverture de paix, mais les entretenir, et ouyr tous les messagers, et néantmoins prendre de plus près garde à eux, et à ceux qui vont vers eux, et pour un qu’ils envoyent, en envoyer deux, car on ne peut avoir des meilleurs espies; et encore que votre ennemy s’en enorgeuillisse , il n’importe, vous en avez leprouffit et l’honneur, y ayant tousjours quelque amy qui descouvre quelque chose.

Quand un ambassadeur fait une ouverture qu’ou ne veut achever , et en laquelle cependant on veut entretenir le prince avecq lequel on traitte, on ne doit plus renvoyer le mesme, mais un autre. Que si on luy demande quelque chose de cette première ouverture, il ne sçache que repondre, et entre temps on gaigne temps et on romp une saison de mal faire. Un ambassadeur d’un petit prince, quand il va à la cour d’une autre beaucoup plus grand, s’il se veste' à la façon de cette cour, il s’y rendra fort agréable.

Un prince ne doit jamais envoyer pour ambassadeur, un qui peut avoir quelque interest pour le service de celuy vers lequel il est envoyé, d’autant qu’il

• Se vêtit.

CONSJDÉBATIONS

est, en ce cas, fort aisé à débaucher et il nuira merveilleusement à son maistre.

Je me suis eslargy aux conditions que doit avoir et observer un ambassadeur, au suject du doyen Caron delet, qu’on ne devoit, en aucune façon employer en cette charge, qui requiert un homme tout faict, et d’une expérience consommée , qu’il n’avoit point, estant encore assez jeune, sans avoir eu aucun employ d’importance ; par dessus quoy , il estoit d’un naturel extrêmement ambitieux, qui est une qualité toute contraire à un ambassadeur, laquelle est tou sj ours fort dangereuse, quand il a à faire à un prince puissant, qui a de quoy contenter cette passion ; et il ne devoit estfe employé, en un temps auquel il venoit tout freschement d’estre descheu de la prétention qu’il avoit à l’évesché de Saint-Omer. Il estoit tout plein de dépit qui est le père de la vengeance, de laquelle on luÿ mettoit une puissante occasion en main ; et surtout, on devoit considérer qu’il avoit à traiter avecq le cardinal de Richelieu, qui entre autres qualitez, ès quelles il excelloit, avoit celle-là particulière, (qui est une des meilleures et plus utiles qu’un prince ou ses ministres peuvent avoir,) d’avoir la grâce de gaigner un homme qui puisse servir à scài maistre, ou luy nuyre ; ayant un tel charme à ses discours, qu’il estoffoit de tant de raisons, les accompagnant d’humilité, affabilité et surtout de libéralité qu’il falloit estre fort ferré, pour ne tomber et s’en pouvoir dépêtrer, ce que n’ayant sceu le dit Carondelet, il fut pris, et au lieu de bien conduire les affaires si importantes de son maistre, il les embrouilla et ruina entièrement.

8UB LB OOUVBRNEUENT DES PAYS-BAS

Cependant que le marquis de la Viefville, après avoir négotié en Angleterre, comme j’ay dit cydessus, avoit fait le mesme en Hollande, pour la tresve, si heureusement, que le prince d’Orange en avoit rendu gr&ce à la royne-mère, de la part des Estats, lesquels, en un conseil dressé exprès pour ce suject, avoient donné audit seigneur prince et à autres, à ce députez, un pouvoir suffisant pour en conférer avecq la personne que la dite royne dénommeroit, le tout à la participation de Son Altèze*, après que les instructions nécessaires, pour cette affaire, eussent esté vues et approuvées par elle, et par le conseil d’Estat de Sa Majesté.

n avoit fait les mesmes devoirs vers Florence, Savoye, et Allemagne, et vers les roys de Suède, et de Danemarcq, et avoit levé, à ses frais, trois mille hommes de pied et cinq cents chevaux ; mais comme ce grand dessein fut connu au dit cardinal , par le moyen du dit Carondelet, il résolut de s’y opposer de toute sa puissance, et d’employer tout son esprit pour l’empescher de réussir, et pour ne juger rien plus à propos que la mort du dit marquis , qu’il sçavoit gouverner toute cette machine, il mit sa vie à cinquante mille patacons, pour celuy qui la luy osteroit; ce que toutefois Dieu ne permit.

Ce que luy fit tourner ses pensées et artifices à chercher quelque moyen de semer de la division entre la royne et Monsieur, et entre tous leurs serviteurs, comme estant les plus propres, pour faire évanouir tous leurs desseins, ce que pour effectuer, il

I L'infante Isabelle.

practicqua le père Chanteloue', qu’il sçavoit gouverner ladite royne, et monsieur de Puyloren*, lequel avoit en la main toutes les volontez de Monsieur; lesquels il gaigna par l’espoir qu’il leur donna de contenter leur ambition, de laquelle il sçavoit qu’ils estoient agitez ; et par leur moyen il rendit suspect auprès de la royne, le dit marquis de la Viefville, de sorte que toutes les négotiations qu’il avoit commencé en Angleterre, Hollande, Savoye, Florence et Allemagne demeurèrent en arrière, et on se contenta de faire escrire des petits livres contre le cardinal®, à quoy monsieur de S‘-Germain, qui pour

> Le père Chanteloube était le confesseur et le confident de la reine-mère ; on lui attribuait des projets d'attentats contre la personne du cardinal de Richelieu, vrais ou supposés. Sismondi, XVI, 119, 141, 149, 157.

* Antoine de Lâge, steur de Puy-Laurens, avait été élevé avec Monsieur, comme enfant d'honneur et lui portait une affection dévouée et chevaleresque. La haine qui existait entre lui et le père Chanteloube, contribua é brouiller la reine-mére avec son fils et favorisa les desseins du cardinal. Il se laissa gagner par les promesses de celui-ci ; après son retour en France, é la suite de Monsieur, il épousa mademoiselle de Pont-Château, fille d'un cousin de Richelieu ; la terre d'Aiguillon, achetée pour lui, fut érigée en duché-pairie, sous le nom de Puy-Laurens ; mais comme il entrait au Louvre avec Monsieur, le 14 février 1635, il fut arrêté et conduit à Vincennes, où il mourut peu de temps après d'une fièvre pourprée. Sismondi, XVI, 10, 155, 157 ; Capefigue, IV, 122; Tallbmant des Réaux, II, 170, 171.

3 •• Les pièces qu'on imprimoit â Bruxelles contre lui, le cha-

• grinoient terriblement. 11 en eut un tel dépit que cela ne con-

• tribua pas peu é faire déclarer la guerre à l'Espagne. » Tallk- MANT DES Réaux, 11, 171. — Voilâ Comment, â cette époque, messieurs les réfugiés français payaient l'hospitalité bénévole des Belges ; et de nos Jours, sous prétexte de liberté de la presse, d'autres français s’efforcent de soulever contre nous les colères de l'Allemagne et ne J agent pas dignes d’un remerciement les soins généreux prodigués é leurs blessés en 1870 !

SUR LB aOirVBBNKMBNT DES PAYS-BAS. 321

récompense a eu la prévosté de Harlebecq, presta sa plume*, qui ne servirent de rien, que pour donner suject au cardinal, (lequel arresté aux choses, mesprisait les parolles), de faire voir au roy de France que la royne et Monsieur descrioient son gouvernement et hlessoient sa réputation, qui estant ce que^ les roys ont de plus cher, le disposoit à leur vouloir plus de mal.

De ceste practique sortit encore cette utilité au dit cardinal, d’estre informé de tout ce qui se passoit chez la dite royne et Monsieur; de quoy il estoit adverty si précisément, que le sieur des Hayes* ayant esté envoyé de la part de la royne en Allemagne, fut attendu, pris, et tué, joignant une rivière, par ceux qu’iceluy cardinal y avoit envoyé, qui l’attendirent, et l’attrappèrent à point nommé. Et quoyque la royne fût advertie que son secrétaire, nommé Le Secq®, avoit les ciffres du père Chanteloue, et que luy avecq Besançon'* et Turpin ses confidens, conféroient de

^ Le véritable nom de cet écrivain était De Monrgues ; après la mort du cardinal, il retourna AParis, bien renté. Tallbmant des Réadx, II, 167.

* Voici comment l'auteur des Mémoires de Gaston, duc d’Orléans, an» 1633, raconte la mort de cet agent de la reine-mère :

« Et le sieur des Hayes, qui avoit été arrêté en Allemagne, allant • négocier avec l'empereur et avec le duc de Bavière, de la part •• de la reine-mère et de Son Altesse, fut amené A Béziers, où il •• ne trouva pas une fin plus heureuse. <• Ce fait suivit la défaite de Monsieur et du duc de Montmorency, près de Castelnaudary, le 1" septembre 1632. Mémoires de Richelieu, III, 597 Éd. de Michaud et Poujoulat.

3 Lessée, suivant Capbfiovb, Richelieu, Mazarin et la Fronde, IV, 121; mais Le Sec, d'après les Mémoires de Gaston,duc d’Orléans, 600 ; Mémoires de Richelieu, II, 520.

^ Besançon avait été secrétaire duconnétabledeLesdiguières;

CONSIDiBAnONS

nuict avec Hubert, secrétaire de l’ambassadeur de France, résident à Bruxelles, elle le dissimula, soit qu’elle ne le crusse, soit qu’elle ne sceusse à qui se fier, ou bien qu’elle ne fussé marrie de ce traité, dans lequel elle espéroit trouver quelque occasion de la réconciliation avecq le roy, son filz, qu’elle méditoit dez lors.

n trouva encore moyen de diviser d'affection et de sentimens tous les autres qui estoient au service, ou approcboient la dite royne et Monsieur, de façon que ne se fiant les uns aux autres, ils se faisoient les plus mauvais offices qu’ils pouvoient ; ainsi le president Lecogneux, cbancellier de Monsieur^, et son secrétaire Monsigot‘, furent reculez de ses bonnes

il s’attacha ensuite à Qaston d’Orléans, et figure au nombre des personnes retirées A Bruxelles à la suite de Marie de Médicis.et qu'elle y entretenait à l’aide des subsides du roi d’Espagne. C’était un rimeur satirique ; il a publié, en 1619, la Satyre du temps, à Théophile. Tallbuant dks IÙadx, I, 160; III, 82; Capefioub, IV, 121.

> Grâce A une charge de président A mortier au parlemmit de Paris, A un don de 100,000 écus et A la promesse du chapeau de cardinal, Lecoigneux s’était donné A Richelieu; mais cette promesse n’ayant pas été tenue, il se jeta dans le parti de la reinemôre et de Gaston d’Orléans, qu'il suivit dans les Pays-Bas. Il s’attacha particuliérement A la reine, passa avec elle en Angleterre, et ne rentra en France qu'aprôs la mort de Richelieu et celle do roi. Déclaré criminel de lèse-m^esté, il avait été dépouillé de sa charge, qui avait été donnée an s' de Bonnelle, fils du surintendant Bullion. 11 la récupéra par un accord avec de Bonnelle. Tallem ant des Réadx consacre un assez long article A ce personnage singulier. V, 61,74. Mémoires de Oaston,duc d'Orléans.

s De Monsigot avait été secrétaire du connétable de Lnynes, puis maître A la chambre des comptes ; il obtint la charge de secrétaire des commandements de Monsieur, A la fin de 1628.

SÜB LK GOOVBBNKMBNT DBS PAYS-BAS. 823

grâces, par la trame du père Chauteloue, lequel se servit de monsieur de Puy Loren pour faire cette affaire, comme le dit Puy Loren avoit employé le dit Chanteloue pour escarter des volontés de la royne le marquis de la Vief ville.

De quoy non content le dit Chanteloue, il fit tant vers la royne, que non seulement il la désunit de Monsieur, mais encore il la dégousta entièrement des ministres d’Espagne ; de façon qu’estant ainsy trahie d’aucuns des siens, aliénée des autres et nullement satisfaicte des estrangers et ne trouvant personne qui lui diroit la vérité, elle se trouva si malcontente en son exil, qu’elle résolut, à quel prix que ce fût, d’en sortir, si elle pouvoit; ce qui la réduisit à tels termes que de s’humilier devant son plus grand ennemy, le cardinal, auquel elle escrivit, avec des souhmissions indignes de sa grandeur*; le priant de réconciliation et de pouvoir retourner en France, par son moyen, sans toutesfois avoir rien gaigné que d’estre tenue de luy en plus de mépris, ces esprits orgueilleux ayant cela de propre, que plus on s’abaisse vers eux, plus il s’eslèvent, et plus on sefleschit,plus ils se roidissent, n’y ayant que la générosité, et le courage qui les fassent plier.

Monsieur ne fut pas mieux mené ; car outre qu’il fut séparé de la royne, sa mère, sa maison se trouva encore divisée en deux bandes, de la première desquelles monsieur de Puys-Loren, qui possédoit

Il fut déclaré criminel de lése-majesté pour avoir suivi le duc d’Orléans. Sismondi, XVI, 134. Mémoires de Oaston, duc d’Orléans, 378.

‘ Sismondi, XVI, 149.

CONSIDÉBÀTIONS

entièrement son maistre, estoit le chef; et estant gaigné du cardinal, il practiqua le retour en France ' ; la seconde estoit encore séparée en deux partis, l’un desquels estoit tenu par monsieur de Fargis* et sa femme, et l’autre par monsieur de Coudroy*, qui avoit pour assistons plusieurs des parens de Puy- Loren. Celle de Fargis estoit en une inimitié irréconciliable avecq la royne, la princesse de Falsbourg^,

' L’abbé d’Elbène, dont le père était capitaine-lieutenant des chevau-légers du duc d’Oriéans, fut l’habile négociateur de cette pratique. Capbfiguk, IV, 122.

s Du Fargis d’Angennes, qui rempiit une mission en Espagne, avait épousé mademoiselle de la Rochepot, dame d’atours de la reine Anne d'Autriche. La conduite légère et les intrigues de cette dame l’avaient fait renvoyer de la cour. Tallehant des Réaux, 11, 237. .>

® Henri d’Escoubleau, marquis du Coudray-Montpensier. Mémoires de Gaston d'Orléans, 600 ; Mémoires de Mademoiselle de Montpensier,\, 253. 254, 260, 334.

^ Henriette de Lorraine, sœur du duc Charles et de Marguerite, deuxième femme de Gaston d'Orléans, avait épousé Louis, prince de Phalsbourg et de Lixein, fils naturel de Louis de Lorraine, cardinal de Guise, archevêque de Rheims. Elle était veuve depuis le 4 décembre 1631, et Puy-Laurens, favori du duc d’Orléans, s’était flatté de l’espoir de l’épouser. Un roman devenu t très rare, intitulé ; La princesse de Phalsltourg, Cologne, Pierre Marteau, 1688, petit in-12 de 126 p. (à Liège), donne le récit des amours de la princesse et de la mort du prince de Phalsbourg. Durant le second séjour de Puy-Laurens en Belgique, il s’éprit d’Anne-Charlotte de Croy-Chimay-Arenberg, fille d’Alexandrede Ligne-Croy-Arenberg et de Madeleine d’Egmont, et oublia ses amours de Lorraine. La princesse de Phalsbourg conçut contre lui une haine mortelle ; au mois de mars 1634, elle s’échappa de Nancy et se rendit & Bruxelles, où elle s’occupa activement do faire confirmer le mariage de sasœuretdesevengerdel’infldële. Tallehant des Réadx, II, 170. Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, I, 33, 255, 258; II, 430, 431; Sismondi, XVI, 113. Mémoires de Gaston d'Orléans, 599.

SUB LB aOUTBBNEMBNT BBS PATS-BAS.

madame de Bè ^ la duchesse d’Ogoan*, contre toute cette maison, celle de Coudroy n’avoit autre désir que de destruire celle de Fargis.

Pour tant mieux fomenter les divisions qui lui estoient si utiles, le cardinal trouva bon de se servir du père Champagne , qui avoit naguères esté con« demné à estre pendu, en France, pour avoir enlevé une religieuse; de quoi il l’avoit fait délivrer, pour l’avoir trouvé capable de conduire ses menées près de la dite roine, vers laquelle il l’envoya, avecq des instructions secrètes, quoyqu’en apparence, il fit semblant de s’estre sauvé de la prison, en laquelle il protestoit d’avoir esté mis innocent, se retirant à Bruxelles ; où il ne fut citost arrivé, qu’il employa toutes ses industries, pour avoir accès particulier chez la royne; comme il eut et peu après une non petitte part en sa faveur, par le moyen du dit père Chanteloue, auquel il se joignit. Et pour tant mieux couvrir son jeu et l’intelligence d’iceluy cardinal, avecq le dit père Chanteloue, il fit prendre son nepveu et le loger dans la Bastille, où toute-sfois il n’eut autre mal, soubs prétexte d’estre criminel, pour la communication qu’il avoit avecq son oncle, qu’on publioit coulpable de lèze-majesté.

1 La comtesse de Belin ou la princesse d'Ëpinoy, qui prenait peut-être le nom de la belle terre de BU, située sur l'Escaut et appartenant & son mari. Ce fût Marie de Médicis qui avertit le prince des poursuites dirigées contre lui, en 1634 ; sa seconde femme était Ernestine d'Arenberg, fille de Charles d’Arenberg et d’Anne de Croy et sœur du duc d'Aerschot, impliqué, comme le prince, dans la conspiration des nobles de 1632.

* Ita duchesse d’Ognano était la seule dame qui figurât parmi les personnes formant la suite de Marie de Médicis â Bruxelles et qu'elle entretenait. CAPRFians, IV, 121.

Les deux pères Chanteloue et Champagne embrouillèrent si fort la maison de la dite royne, qu’à la fin reconnoissant le peu de fidélité qu’il y avoit en la 'plus part de ceux qui la servoient, elle fut contrainte d’en chasser plusieurs, si comme les sieurs de Turpin, Besançon, La Martelaye, La Benardière‘, Chaudehonne*, Roches®, le comte de Maure^ (qui estoit frère du premier gentilhomme de la chambre du roy de France) et Chantemerle®, proche parent de monsieur Boutelier®, qui estoit créature du dit cardinal.

Ces divisions et défiances les uns des autres allèrent tousjours augmentans, et principalement depuis que fut tiré un coup de carabine après le dit seigneur de Puy Loren, en montant les dégrez, pour entrer en la grande sale du palais, duquel il fut blessé ; de quoy il soupçonna lesdits pères Chanteloue’ et Champagne, et d’y avoir employé un certain Clausel®, confident du ducq d’Elbeuf®, lequel avoit eu peu

> De la Benardière. Mémoires de Richelieu, II, 524.

* Sur MM. d’Aiguebonne et de Chandebonne, voyez Tallb- HANT DBS RÉAUX, IV, 112.

s Des Roches, Mémoires de Richelieu, 11,524.

A Le comte de Maure, frère du marquis de Mortemart, avait été envoyé par la reine auprès du roi d'Espagne, pour solliciter des secours d’argent, destinés à entretenir les personnes qui l’avaient suivie en exil. Capefigub, IV, 121.

s De Chantemêle. Mémoires de Richelieu, II, 526.

« Claude le Bouthillier devint, par la faveur de Richelieu, secrétaire d’Ëtat, puis surintendant dos finances.

7 Monsieur appelait cet attentat une Chantelouhade. Mémoires de Gaston éC Orléans, 602.

8 U Clausel A cause qu’il étoit de la faction du père Chante- • loube et du duo d'Elbœuf. « Mémoires de Gaston d'Orléans,

8 Charles de Lorraine, duc d'Elbœuf, avait été condamné, avec

SUB LE GOUVBBNBUENT DES PAYS-BAS

auparavant querelle avecq ledit Puy Loren ; ce qui fit que tous se résolurent de retourner en France, et d’y faire leur appointement. En quoy monsieur de Fargis les prévint tous, ayant esté persuadé à ce, par sa femme, laquelle le cardinal avoit gaigné, par la promesse de la faire rentrer en sa place de dame d’honneur de la royne de France; suivit peu à peu après Puy Loren, lequel estant enivré de la promesse que luy avoit fait le cardinal, de luy donner une de ses nièpces en mariage, avec dot de cent mille écus, et le duché d’Aiguillon, pour le faire ducq et pair de France, mais avecq condition que s’il mouroit sans enfans, tout retourneroit à sa femme ^ il résolut de s’en aller, et disposa Monsieur à en faire de mesme. De quoy il prit occasion, feignant d’aller à la chasse, comme il faisoit quelquefois, et s’enfuit, sans dire adieu h ses hostes, qui l’avoient si bien receu et traité, et quoyque le marquis d’Aytona * fût informé, quelque temps auparavant, et encore le

Puy-Laureug et Le Coudray*Montpen8ier,à la peine de mort, par contumace, conune compilées de la révolte du duc d'Orléans. Le chapitre de l'Ordre du St-Esprit, tenu A Fontainebleau, le 15 mai 1633, dégrada de l'Ordre le duc d'Elbœnf et le marquis de la VieuvUle; cependant ils continuèrent à en porter les insignes. Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, I, 7, 370.

' Capepiouk, Richelieu, Maxarva et la Fronde, IV, 122, 123.

‘ L'infante Isabelle était morte dans la nuit du 30 novembre 1633, don Francisco de Moncada, marquis d'Aytona, comte d'Ossona, vicomte de Cabreras et de Baas, grand sénéchal d’Arragon, du conseil d'Etat de S. M., et son ambassadeur extraordinaire aux Pays-Bas, (Actes des États-Généraux de 163S, 190), était A la tête du comité, composé de sept membres, délégués, en vertu d'une commission royale, par les conseils collatéraux et chargé de régir provisoirement le pays. MM. HKNKEet Wau- TKR8, Histoire de Bruxelles, II, 52, 57.

mesme jour qu'elle se fît il n’en voulut faire autre semblant, sinon dè le suivre, après qu’il fut party, jusques à Namur d’où ne l’ayant sceu attrapper, il lui escrivit une lettre de compliment, luy témoignant le regret qu’il avoit de n’avoir sceu son partement, pour avoir l’honneur de luy faire compagnie et le faire recevoir, honorer et traiter partout où il -viendroit à passer, dans le pays du roy, duquel il avoit ordre d’ainsy le faire, aussi bien à sa sortie, comme il avoit esté faict à son entrée et séjour.

Et quoi qu’on dise de la retraicte du dit Monsieur, elle n’a apporté aucun détriment à l’Espagne, laquelle ne pouvoit avoir aucun advantage de son plus long séjour au Pays-bas, où elle estoit obligée de le défrayer; non plus que des desseins qu’il avoit ores qu’on les eut mis en exécution, d’autant qu’il estoit convenu, avecq lui, que l’armée qu’il devoit mettre en pied, pour entrer de nouveau en France, devoit estre levée et payée aux frais d’Espagne;. et nonobstant elle devoit estre composée et commandée toute de François, sans qu’aucun de ceux qu’on y pourroit prendre, deusse appartenir à l’Espagne, tant elle fut folle, à son ordinaire, de contribuer aux affaires d’autruy de la dépense, sans utilité.

Puy Loren ne fut sitost en France, qu’il y receut

1 8 octobre 1634. Capepïgüe, IV, 123; Bazin, III, 175 et suiv.

* La princesse de Phalsbourg s’était doutée la première des projets de Monsieur; elle s’empressa d’en informer le marquis d’Aytona, qui était à Namur; le prince se rendit auprès de lui, protesta qu’il n’avait aucune intention de départ, puis revint à Bruxelles, où il simula un accès de goutte, pendant que ses serviteurs affidés faisaient les préparatifs do son départ. Bazin, III, 177. Mémoires de Gaston^ duc d'Orléans^ 603.

SUB LE GOUVBBNEMBNT DBS PATS-BAS.

l’effect de la promesse que le cardinal lui avoit faict, sans qu’il se donnasse garde du serpent qni estoit sous cette roche, et du Tenin qu’il portoit en saqueue, jusques à ce qu’il fut atteint. On lui donna ladite duché d’ Aiguillon, on le fit ducq et pair de France, on traita son mariage avecq la nièpce du cardinal ' , lequel promit les cent mille escus, le tout avecq cette stipulation de retour concertée, on l’esponsa Mais avant de consommer le mariage, on lui fit accroire qu’il avoit mangé le lard, et souhs un tel prétexte qui ne manque jamais aux grands, lorsqu’ils veuillent ruiner les petits, on le prit prisonnier ®, et peu après, on le fit mourir en prison, et ensuite de la stipulation, on donna à la vefve les cent mille écus et ladite duché d’ Aiguillon ; avecq quoy elle trouva encore un mary, qui a esté le comte de Harcourt, de la maison de Lorraine, soubmettant ainsi la grandeur de sa naissance à la faveur et argent ■*.

La royne-mère demeura très mal satisfaite de ce si soudain départ de son filz, et en grande confusion de se voir abandonnée de la plus part de ses serviteurs.

• Marguerite Philippe du Cambout, fille de Charles du Cambout, baron de Pont-Château, et de Philippe de Bruges, sa première femme, était nièce, à la mode de Bretagne, c'est â dire cousine issue de germain du cardinal de Richelieu.

* 28 novembre 1634. Mémoires de Mademoiselle de Montpensier, 1, 11.

® Puy-Laurens fut arrêté au Louvre, le 4 février 1635. Mémoires d'André d'Omersson. 332, v<>.

Henri de Lorraine, né le 20 mars 1601, comte de Harcourt et d’Armagnac, grand écuyer de France, mort le 25 juillet 1066. Bazin, Histoire de France sous Louis XIII, III, 181, 182 ; Tal- LEMANT DES RÉAUX, II, 170, 171 ; MoRSRi, Lorraine, branche des comtes d'A rmagnac.

et encore d’estre mal avecq les ministres d’Espagne, par les artifices desdits pères Chanteloue et Champagne; ce qui la dégousta si avant du séjour de Bruxelles que d’en vouloir sortir, et encore du pays, mais pour ne le faire tout-à-coup et un peu de meilleure grâce que Monsieur, elle demanda de pouvoir aller demeurer en Anvers, soubs couleur que l’air de Bruxelles n’est oit propre pour sa santé, mais en effect pour estre plus proche des Hollandois, et avoir plus de liberté, et estre moins observée, pour traiter avecq eux, et par leur moyen avecq l’Angleterre, pour sortir de ce pays, et s’y ^ retirer, par la Hollande, comme peu après elle fit* ; où estant, elle ne receut le contentement qu’elle . s’estoit proposé, éprouvant que comme un corps malade ne reçoit aucun soulagement par le changement de lieu, de mesme une âme qui porte ses passions avecq soi, en souffre la mesme tyrannie partout où elle se trouve ; pour estre content, il se faut séquestrer et ravoir de soy, et en bannissant l’oppinion, remettre la domination intérieure ès mains de la raison. Elle ne fut sitost arrivée en Angleterre, que la guerre s’y esmeut entre le roy et le parlement dudit royaume; où s’estant entremise pour les accommoder, elle fut non seulement suspecte à une des

* En Angleterre.

2 Elle quitta Bruxelles le 10 août 1638, feignant d’aller prendre les eaux à Spa ; arrivée à Salnt-Trond, elle changea brusquement de chemin et se dirigea vers Bois-le-Duc ; elle fut reçue avec tous les honneurs souverains par le prince d’Orange et les villes de Hollande ; le besoin d’argent la força à partir pour l’Angleterre ; elle débarqua à Londres le 5 novembre. Bazin, IV 50 et suiv.

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