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règle générale, dans la race de Cro-Magnon et dans les races qui en descendent à l’Age de la pierre polie, aux tibias aplatis correspondent des péronés cannelés,. sans qu’on puisse dire, dans l’état actuel de nos connaissances, s’il y a proportion exacte entre ces deux caractères.
2° INFLUENCE DU sexe. — Recherchons maintenant l’influence du sexe sur la solénie. Il semble, pour la solénie, comme pour la platycnémie, que l’influence du sexe soit indifférente. La solénie existe aussi bien chez la femme que chez l’homme, et la vieille femme citée plus haut en est un bel exemple. À propos de la platyenémie, Manouvrier avait noté qu’elle était moins fréquente et moins prononcée sur les tibias féminins et sur les tibias très volumineux. Rodriguez, au contraire, dans sa thèse, conclut à la plus grande fréquence relative d’une platyenémie accentuée chez la femme dans la race française. La femme boschimane, conrue sous le nom impropre de Vénus hottentote, présente une platycenémie très accusée (57,03 d’après Rodriguez) associée à une platymérie extrême avec effacement de la ligne âpre. Nous devons donc noter, à cause de l’intérêt qu’elle présente pour notre étude, que la solénie, tout comme la platyenémie, peut exister dans l’un comme dans l’autre sexe, sans qu’il soit encore possible de préciser avec certitude dans quel sexe elles sont le plus marquées.
3° INFLUENCE DE L’AGE. — Îl est intéressant de rechercher aussi quelle peut être l’influence de l’âge sur la solénie, d’autant plus intéressant même que Broca s’est appuyé sur l’âge avancé du vieillard de Cro-Magnon pour expliquer les cannelures du péroné ou plutôt la saillie très marquée de la crête interosseuse. « Chez les vieillards robustes = sexe masculin, dit-il, on observe habituellement, au
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lieu de cette atrophie du squelette une tendance manifeste à l’ossification des fibres ligamenteuses, tendineüuses ou aponévrotiques qui s’insèrent directement sur les os. J’ai eu bien des fois, lorsque j'étais chirurgien de l’hospice de la vieillesse, l’occasion d'étudier ces effets, d’ailleurs bien connus, de ce que tous les anatomistes nomment l’ossification sénile » (1). Et plus loin, toujours à propos du péroné: « Si les crêtes longitudinales qui le parcourent sont plus saillantes que d’habitude, c’est que le sujet était très robuste et très vieux ». Je ne puis m'empêcher de m'élever contre cette interprétation de l’illustre anthropologiste, pour plusieurs raisons: d’abord parce qu’il suffit de considérer un péroné très profondément cannelé pour se rendre compte que la gouttière n’est pas due à la saillie exagérée d’un bord, maïs à l’excavation d’une face, et qu’il y a plutôt perte de substance par creusement de la diaphyse que saillie exagérée d’une crête (voir pl. IE, fig. 3). Une autre raison, plus importante encore, c’est qu’on peut trouver des péronés cannelés chez de jeunes sujets, comme l’adolescent de la grotte des Enfants. Je dois faire remarquer aussi que le péroné le plus profondément cannelé qui soit connu, décrit par Hamy sur le squelette de Laugerie, appartient à un sujet que cet auteur déclare non encore adulte. Il semble done que la solénie puisse exister dès l’adolescence et ne soit nullement un earactère de sénilité. Existe-t-elle toutefois dès l’enfance? Il-ne le semble pas. Tous les péronés d’enfant que j’ai eu l’occasion d’observer au Muséum de Toulouse se rapprochaïient du type cylindrique et rappejaient, par conséquent, la forme décrite par Marangoni chez
(1) Cette ossification sénile de la crête interosseuse est bien visible au quart supérieur de la diaphyse des deux péronés du: squelette n° 287 du Conservatoire de Montpellier.
les nègres, ou celle que j’ai eu l’occasion d'observer chez les anthropoïdes et chez les singes. La platycnémie, de même, ne paraît pas exister chez les sujets tout jeunes, pas plus dans l’espèce humaine que chez l’anthropoïde. J'ai trouvé, sur des tibias d’enfants, de la grotte de Verdier, les indices de 112, 94, 71, parmi une série dont les adultes offraient une platyenémie légère, il est vrai.
Il semble done que si la solénie n’existe pas chez le jeune enfant, elle apparaît du moins dans l’adolescence et ne peut point, par suite, être considérée comme un caractère de sénilité explicable par l’ossification de la crête osseuse.
4° LES THÉORIES DE LA PLATYCNÉMIE ET LEUR APPLICATION A LA SOLÉNIE. — Si les interprétations fournies pour expliquer la platyenémie sont justes, il semble en toute logique qu’elles soient applicables au péroné. Nous allons done essayer de schématiser brièvement les interprétations fournies pour expliquer l’aplatissement du tibia.
a) Théorie atavique. — Broca considéra, en 1868, la platycnémie, de même que la largeur excessive de la branche de mâchoire et la courbure sous-coronoïdienne du cubitus comme des caractères simiens dans une race ( qui, par quelques-uns de ses traits, atteignait les degrés les plus élevés et les plus nobles de la morphologie humaine, et qui par d’autres traits descendait même au-desous des types anthropologiques les plus inférieurs de l’époque actuelle. IL ajouta, dans sa discussion avec Prüner-Bey, à son interprétation première, l’idée que l’aplatissement du tibia devait être lié à des conditions fonctionnelles, idée qui fut le germe des belles recherches de Manouvrier et qui vient effacer ja conception d’un reliquat atavique.
b) Théorie pathologique. — Nous ne eiterons que pour mémoire l’opinion de Prüner-Bey qui voulut considérer
comme des déformations rachitiques, les particularités ostéologiques présentées par le vieillard de Cro-Magnon. Elle a été facilement réfutée par Broca, et pare toutes les découvertes ultérieures.
c) Théorie ethnique, — Pour Topinard (1885), le tibia aplati, comme le fémur à colonne, aurait une valeur ethnique. Ces caractères (ne sont pas individuels et ne dépendent pas des milieux et du genre de vie, mais sont des caractères de race. C’est dans leur degré de fréquence et non dans leur constance qu'est la caractéristique de ces races ».
d) Théorie mécanique. — Pour Hirsch (1895) et Aitken (1905), l’aplatissement du tibia serait de cause mécanique et résulterait de l’adaptation à la force qui tend à le plier sagittalement, force qui se manifesterait chez les coureurs, les sauteurs et les danseurs.
e) T'héorie fonctionnelle. — C’est Broca qui émit, en 1868, l’idée que l’aplatissement du tibia était en rapport avec la puissance relative des muscles de la jambe. « La forme triangulaire de la moitié supérieure des tibias s’observe surtout chez les peuples qui ont le mollet bien développé ». Il semble done, si Broca n’a point commis un lapsus, comme le pense Manouvrier, qu’il considère la platycnémie comme en rapport avec le faible développement dn mollet. Hovelacque et Hervé considèrent aussi la platycnémie comme la conséquence du peu de développement des. muscles de la jambe. Les recherches de Kuhff (1891) et'de. Manouvrier tendent à démontrer le contraire. Les nègres, qui ont le tibia eurycnémique, ont le mollet peu développé. Manouvrier, dont les magistrales études sur la platycnémie sont Justement classiques, interprète l’aplatissement du tibia comme le résultat de l’hypertrophie du musele tibial postérieur. Pour lui la platycnémie n’est pas un 2aractère de race, mais peut se retrouver dans les races pri-
mitives les plus diverses. Elle correspond à l’élargissement considérable de la surface d'insertion du muscle tibial postérieur et au redressement de cette surface dans le sens antéro-postérieur, disposition plus avantageuse pour ce muscle et se produisant sous l’influence de sa suractivité. C’est la fonction inverse du muscle qui produit ou entretient chez l’homme la platycnémie, c’est-à-dire l’immobilisation de la jambe dans les mouvements ou la masse du corps tend à la renverser en avant, fonction qui s’exerce * surtout dans la marche sur des terrains accidentés ou difficiles. La question de race ne jouerait le rôle qu’en ce qu’elle indique le genre de vie des individus. Manouvrier considère la platycnémie comme un caractère de même signification que la saillie de la ligne âpre du fémur avec laquelle elle coexiste et qui est pour lui un caractère de supériorité évolutive développé sous l’influence de l’attitude bipède.
Mon ami, H. Vallois, dans un excellent travail, a contribué à renforcer la théorie de Manouvrier et a montré que le tibia aplati correspond à l’hypertrophie d’un des jambiers, . du postérieur dans la platycnémie de l’homme et des anthropoïdes, de l’antérieur dans l’aplatissement du tibia de la plupart des Singes et des Lémuriens. La déformation du tibia serait due, dans tous les cas, à l’hypertrophie musculaire explicable par le genre de vie.
f) Théorie transformiste. — A. Bloch, en 1899, à émis une interprétation toute différente. Pour lui, la platycnémie serait indépendante de l’action musculaire. Ce serait une forme aplatie du tibia, variété de la forme normale. Il la compare à la dolichocéphalie, forme allongée du crâne, opposée à la brachycéphalie. A. Bloch note l’existence de tibias triangulaires chez les anthropoïdes, même chez les espèces normalement platycnémiques. « Chez l’homme,
même dans les races les plus platyenémiques, on rencontre toujours un certain nombre d’individus dont les uns ont le tibia plus aplati, dont les autres ne l’ont pas du tout. Il y a de nombreuses formes intermédiaires qui relient les deux extrêmes, en vertu du phénomène toujours actif de la variation et indépendant de toute espèce de mélange. C’est ainsi que dans les races les plus dolichocéphales, il y a toujours une proportion plus ou moins forte de mésaticéphales ». La ligne âpre du fémur, les cannelures du péroné, la déformation du cubitus comme la platycenémie s’expliqueraient par les effets de la variation corrélative qui s’exerce sur tout l’ensemble de l’organisme, la platycnémie n’étant qu’une des nombreuses manifestations de ce genre de variation. ; ; LS DER
° Drscussron. — Voyons parmi les théories que nous venons d’énumérer, celles que nous pourrons appliquer à l’interprétation de la solénie.
a) Théorie de la sénilité: — I, A AT CO de Broca considérant les cannelures du péroné, comme un indice de sémilité a été discutée plus haut et ne paraît pas devoir être conservée, la solénie ayant été rencontrée chez des sujets relativement jeunes.
b) Théorie atavique. — Cette théorie serait mañnifestement fausse et ne saurait être admise. Marangoni, dans l’étude qu’il a faite des péronés d’anthropoides, a montré que les cannelures étaient toujours peu marquées. J’ai eu moi-même l’occasion d’observer que le type cylindroïde était fréquent chez les anthropoïdes et chez les autres singes que j'ai pu examiner aux Musées de Toulouse et de Montpellier. Chez Troglodites niger, j'ai vu que la face externe du péroné était nettement convexe, la face interne aplatie avec quelques rugosités répondant à la facette des
extenseurs. La forme générale de la diaphyse est cylindrique. Chez Gorilla gina, J'ai trouvé un péroné robuste à bord antérieur, mieux marqué, mais la face interne et la face externe sont convexes transversalement, et la forme générale de la diaphyse reste cylindroïde. De même chez Gorilla mahierna. Chez Simia saltyrus, Gibbon Hooloch, j'ai retrouvé des types comparables. Donc, si la platycnémie pouvait à la rigueur être considérée comme un caracètre atavique, il n’en est rien pour la solénie du péroné qui paraît être un caractère nettement humain.
c) Théorie pathologique. — De même que pour le tibia, l’opinion de Pruner-Béy ne peut être retenue et Broca a montré qu’il n’y avait rien de rachitique dans le péroné du vieillard de Cro-Magnon.
d) Théorie mécanique. — La théorie mécanique, peu plau- -Sible en ce qui concerne le tibia, est entièrement applicable au péroné dont les caractères sont tout différents, et qui ne présente pas d’aplatissement transversal, bien au contraire.
e) Théorie fonctionnelle. — La théorie de Manouvrier, de toutes les explications de la platycnémie, est la plus séduisante pour l’anatomiste. C’est celle qui semble le mieux expliquer les faits et pas mal de constatations viennent la corroborer : par exemple, l’absence de platycnémie chez les nègres dont le mollet est peu développé, son absence aussi chez le jeune enfant dont les muscles n’ont pas. encore eu le temps d’agir sur la morphogénie de l’os, l’inégalité de la platycnémie aux deux tibias, ete.
Recherchons si cette théorie classique est applicable au péroné. Si oui, elle s’en trouvera solidement confirmée.
Hamy considère que la grande profondeur des gouttières longitudinales et la saillie de la crête interosseuse sont placées sous l’influence des actions musculaires. Il semble bien en effet qu’il en est ainsi. Si nous analysons les particulari-
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tés que nous avons relevées sur ies péronés cannelés, nous constaterons qu’elles peuvent être interprétées comme la résultante d’actions musculaires correspondant à des mus cles péroniers très développés. Ce qui frappe surtorit dans le péroné cannelé, c’est l’élargissement de la surface d'’insertion des muscles qui s’insèrent sur les faces, non plus par aplatissement de la diaphyse, comme pour le tihia, mais” par creusement en gouttières de ces faces.
Comment interpréter ée phénomène de creusement de l’os? Pour Cruveilhier et M. Sée (1877), il existe un rapport entre la puissance d’un muscle et la surface d’excavation osseuse, par exemple pour le muscle tibial antérieur. Mais comme le fait fort justement remarquer F. Regnault, il ne faudrait pas y voir une cause finale, en disant que le muscle creuse l’os pour augmenter sa surface d’insertion, car des muscles puissants peuvent s’insérer sur des surfaces minimes.
Pour Papillault, le creusement de l’os par les muscles est dû à la lutte entre le tissu musculaire et osseux, lié à l’activité des échanges. Les fibres musculaires dont les échanges sont plus intenses appauvrissent le périoste et l’os ne présente à ce niveau qu’un accroissement faible ou nul, l’os cédant devant les cellules musculaires, non par suite de leur pression, mais de leur surcroît d’activité. F. Regnault, dans une étude fort judicieuse, a montré que l’excavation de l’os est due plutôt à l’application d’un musele parallèlement à la surface osseuse. Pour lui, ce ne sont pas les fibres d’insertion qui creusent l’o$, mais les nombreuses fibres musculaires qui les recouvrent. Par leur contraction, elles exercent une pression dans la loge ostéo-aponévrotique qui les renferme. De cette facon, il s’explique que plus un muscle est puissant, plus la surface excavée est large et profonde. Le professeur Verneau, dans la discussion, émit l’opinion
Ho Pe que la pression ne peut tout expliquer, pas plus que la traction, et qu’il faut indiquer d’autres modalités que ces processus mécaniques.
Il est difficile de prendre parti dans une discussion aussi délicate. L’excavation est poussée si loin dans le péroné dit angulaire qu’elle est difficilement explicable par action rnuseulaire de contact. Il est fort possible que des processus mécaniques où phagocytaires, encore mal connus, jouent un rôle dans le creusement de l’os. Nous devons, pour l’instant, nous passer de toute explication, admettre le rapport établi par Cruveilhier et considérer que les gouttières du péroné sont en relatiôn avec un développement considérable des museles péroniers, en faisant toutefois cette réserve que les péronés les plus robustes ne sont pas toujours ceux qui possèdent le plus haut degré de solénie.
La gouttière la plus profonde, nous l’avons vu, est celle qui occupe la face externe, et elle est surtout développée dans la partie haute de cette face correspondant à l’insertion du long péronier latéral. Or, ce muscle est le congénère du jambier postérieur dans son action inverse d’extension du pied. Il se trouve être son antagoniste pour les autres actions d’abduction-et de rotation. Le développement excessif de la gouttière du long péronier latéral est donc corrélatif de l’élargissement de la surface d’insertion du jambier postérieur. J’estime donc que le creusement de la face externe du péroné peut recevoir une explication exactement superposable à celle que Manouvrier a fournie pour l’aplatissement du tibia. Ce creusement est dû à la suractivité du musele long péronier latéral qui augmente aïnsi sa surface d'insertion et cette suractivité a pour cause la marche sur les terrains accidentés et difficiles chez un peuple chasseur.
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Après la gouttière externe, nous avons vu que c’est la gouttière interne qui est le plus développée. Or, ce creusement de la face interne est surtout marqué dans la partie haute de cette face, correspondant à l’insertion des fibres externes du jambier postérieur, de ce même muscle dont l’hypertrophie est la cause de la platyenémie pour Manouvrier.
La face postérieure s’est montrée à nous élargie et aplatie dans sa partie haute, légèrement creusée en gouttière dans la partie moyenne, au lieu de présenter la forme con- .vexe qu’on lui trouve le plus souvent dans les péronés ac- | tuels. L’élargissement de la partie haute est en rapport avec l’augmentation de la surface d'insertion du soléaire, le creusement de la partie moyenne avec l’augmentätion de la surface d’insertion du long fléchisseur du gros orteil. Or, le soléaire est un muscle extenseur qui agit puissamment dans la marche et le saut; et le long fléchisseur du gros orteil est un musele qui est secondairement extenseur.
Nous avons observé quelquefois aussi un creusement en vraie gouttière de la facette qui répond à l’extenseur propre du gros orteil, à l’extenseur commun des orteils, et au péronier antérieur qui sont les fléchisseurs et rotateurs du pied. Ce développement n’a rien qui doive nous étonner dans une race à muscles puissants.
Nous constatons donc ce fait frappant que les trois gouttières principales du péroné sont en rapport avec un développement considérable des muscles extenseurs du pied sur la jambe, et que la solénie peut s’expliquer, comme la platycenémie, par la suractivité des muscles extenseurs, utilisés dans le saut et dans la marche. Ces museles s’hypertrophiant, demandent de plus larges surfaces d’insertion qui se trouvent réalisées par le creusement en gouttière de la face où ils prennent leurs attaches,
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La théorie de Manouvrier se trouve done confirmée d'’éclatante façon par l'interprétation logique que nous venons de donner de la solénie.
Toutefois, recherchant avant tout la vérité, je ne voudrais pas passer sous silence certaines difficultés qui viennent affaiblir la thèse de Manouvrier, cependant si pleine d’attrait, et que l’interprétation que nous venons de donner de la solénie semble, au premier abord, étayer sérieusement. Il faut en effet noter ce fait que la platycnémie se rencontre fréquemment à un degré, élevé chez la femme, pourtant moins musclée que l’homme. Rodriguez a établi par une étude très fouillée, que, contrairement à l’assertion de Manouvrier, le tibia est plus aplati chez la femme que chez l’homme dans les groupes blanes et nègres, et que, chez les Japonais, il est plus aplati dans l’enfance qu’à l’âge adulte. Or, ces constatations viennent à l’encontre de la théorie classique. Fait plus grave encore, il est facile | d’observer, sur des séries que les tibias les plus puissants et présentant les empreintes musculaires les plus fortes, ne sont pas toujours les plus aplatis, contrairement à ce qui devrait être. Manouvrier l’a d’ailleurs reconnu pour les tibias très volumineux. Maïs il y a plus: beaucoup de peuplades préhistoriques ou actuelles, dont le genre de vie est certainement comparable à celui des chasseurs de renne de la race de Cro-Magnon, possèdent un tibia euryenémique et un péroné prismatique ou cylindroïde. Il est frappant, par exemple que les nègres aient un tibia triangulaire et un péroné arrondi. De même, pour les races préhistoriques, il est étonnant de trouver un tibia triangulaire dans la race de Neanderthal, dans celle de Grimaldi, dans les races brachycéphales dont la musculature devait être au moins aussi puissante que dans la race de Cro-Magnon, et dont les mœurs devaient être assez voisines. Parmi les peuples ac-