‹ Considérations sur le torticollis mentalChapitre 17 sur 25 · OBSERVATION V · texte numérisé non relu

OBSERVATION V

(MM. Sicard et Descomps.— Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, t. XX, p: 459-460, année 1907.

M. B..., âgé de 44 ans, a vu son affection débuter au mois de septembre 1995. D'un naturel violent, coléreux, le malade avait eu à celle époque des chagrins, des ennuis graves; la mort de sa femme, survenue quelque temps avant, ne fit qu'augmenter sa tristesse.

À ce moment, son torlicolis était peu accusé et la dév'ation de sa têle à gauche élait légère, quoique déjà permanente. Mais bientôt, progressivement, la dévialion s’exagère et atteint au bout de 2 mois environ son maximum. Mais, des ce moment, celte violente aclion musculaire est corrigée par une réaclion légère: l'apposition de deux doigts de la main gauche do:rrière la tête dans la région occipilale, suffit à faire disparaître le spasme, qui réapparaît dès quele malade fait cesser l’action de sa main gauche. C'est là, dans cel élal, que B... entre dans le service du professeur Brissaud, à l'Hôtel-Dieu, fin 1906. Dès ce moment, ce lorlicolis apparaît indépendant de toute perturbation pyramidale, du moins cliniquement. Les réflexes tendineux sont faibles, Lant aux membres supérieurs qu'aux membres inférieurs, el cela d’une façon symétrique. Il n'exisle pas de signe de Babinski, ni de flexion unilatérale de la cuisse el du bassin. Les pupilles réagissent bien etle liquide céphalorachidien est normal.

Mais à ce moment une modification survient et au Lorlicolis permanent viennent s'ajouter par instant des secousses spasmodiques qui projeltent violemment la lête en arrière, en extension forcée.

Sur l'insistance du malade, on applique une minerve plâtrée.

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L'appareil est gardé Lrois semaines. Lorsqu'on l'enlève, la position vicieuse primilive réapparaîl aussitôt.

On tente alors, après mise à nu de la branche externe du spinal, l'injection d'alcool à 99% dans le tronc de ce nerf. Après cette intervention, une amélioration réelle paraît se dessiner. Elle persiste pendant environ 3 semaines. Mais au bout de ce temps les phénomènes spasmodiques se révèlent plus intenses que par le passé, el au torticolis primilif fait place un « rétrocolis » permanent avec contractions paroxystiques très rapprochées des muscles de la nuque, projetant violemment la tête en arrière. Nous refusons de donner notre consentement à une nouvelle intervention chirurgicale que sollicite le malade. B... quitte alors l'Hôtel-Dieu et entre à l'hôpilal Boucicaut, où sur les instances du malade et pour essayer de remédier à cette lamentable silualion le chirurgien propose la seclion des muscles de la nuque. La nouvelle opération est pratiquée et l'on sectionne la porlion occipilale du trapèze, le splénius, les grands complexus, les petits complexus, les obliques inférieurs.

Deux mois après, soil en seplembre 1907, B..., entre de nouveau à l’Hôtel-Dieu dans le service de M. Brissaud. Il vient nous faire part de ses mécomptes opératoires. Le malheureux, balafré et couturé, n'a retiré aucun bénéfice de la dernière intervention sanglante. L'épaule droite surélevée, 1l présente toujours le même rélrocolis avec une légère dévialion de la tète à gauche. Mais, en outre, la tête privée de l'aide puissante des muscles de la nuque tend continuellement à tomber en arrière el les efforts incessants que fait le malade pour la retenir lui causent un supplice épouvantable et conlinuel.

L'état des réflexes tendineux est resté le même; en effet, les réflexes brachiaux, rotuliens sont très faibles, les achilléens à peu près nuls. Un examen soigneux et méthodique ne décèle aucune perturbation du faisceau pyramidal. Depuis le retour du malade à l'Hôtel-Dieu nous essayons la psychothérapie et les exercices de gymnastique comprenant tous les mouvements de l'extrémité céphalique selon la méthode de notre maître Brissaud. Les résultats, sans être bien remarquables, sont déjà appréciables etle mieux est manifeste. Arriverons-nous à guérir complèlement le malade ? Nous n'osons l'espérer, surlout après les brèches irréparables des

chirurgiens ! Nous ne désespérons pourtant pas, « car, comme le dit M. Brissaud, ici patience et longueur de temps font plus que force interventions ni que rage opéraloire. »

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