‹ Considérations sur le torticollis mentalChapitre 19 sur 25 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Thèse de P.-A. Montaigne, Lille)

D. M., 27 ans. — Père fortement alcoolique, mère morte en couche. Un frère et deux sœurs bien portants. Personne dans sa famille ou chez ses collatéraux n'aurait jamais présenté quoi que ce soit de névropathique.

Elle-même très nerveuse, très impressionnable, n'a jamais eu de convulsions dans sa jeunesse ni de crise de nerfs. Elle a été atteinte d’une pneumonie droile à l’âge de dix-sept ans, elle est sujette aux névralgies faciales, aux migraines, aux épistaxis abondants. Elle jouit d'une mémoire excellente. Il y a un peu plus de deux ans, elle remarqua quelques mouvements involontaires de la narine gauche, consistant en mouvement de froncement qui durèrent environ dix-huit mois et disparurent ensuite complètement.

Etat actuel. — On constate une dépression faciale droile assez prononcée. Il n'y a pas de diplopie, ni de dichromatopsie, ni de rétrécissement du champ visuel. On trouve sur quelques points de l'avant-bras des zones où la sensibilité est diminuée. L'anesthésie pharyngée est complè'e, mais il n’y a pas de points hystérogènes douloureux. Il y a un peu de tremblement des mains et surtout des doigts. Il n'y en a point aux membres inférieurs, le réflexe rotulien gauche est exagéré.

PS ur

Le fait principal est que depuis sepl ans, à la suite d'une frayeur causée par la vue d’un incendie, elle perdit complètement la voix pendant trois semaines, puis l’aphonie disparut peu à peu. C'est à partir de ce moment qu'elle s'aperçoit que sa têle a une tendance invincible à s'incliner à droite et subit en même temps un mouvement de rotation qui porte le menton à mi-chemin entre l'épaule gauche et le sternum. En outre, elle subit un mouvement d'oscillation continuel. Si elle essaie de la ramener volontairement à l'état normal, le menton revient à sa place et l'inclinaison sur l'épaule disparait, landis que le mouvement d'oscillation ne fait que s'accentuer ; elle ne parvient à corriger complèlement son attitude vicieuse qu'en s'aidant de l'index gauche, et cela elle le fait facilement sans douleur, sans déployer aucune force, et elle peut maintenir ainsi la tête aussi longtemps qu'elle le veut. Si nous essayons de la ramener nous-même à l’élat normal, nous éprouvons au contraire une assez grande résislance et nous sommes obligé, pour arriver au but, de déployer une force de beaucoup supérieure à celle qu'elle déploie elle-même.

La nuit, cet état persiste et elle est loujours obligée de rester couchée, la tête appuyée sur le côté gauche. En outre, elle ajoute que, lorsqu'elle aperçoit quelqu'un dont la tête est animée de tremblement, son élat ne fail que s’accentuer et elle est obligée, pour y remédier, de chercher à l’éviter du regard.

La région du cou est le siège habituel de douleurs sourdes qui s'irradient tout le long du trapèze droit et du sterno-cléido-mastoïdien droit. Ces douleurs augmentent à l'occasion de mouvements volontaires mettant ces mêmes museles en contraction.

Les divers traitements auxquels s'est soumise la malade jusqu'à présent et qui ont consisté uniquement en administration de bromure et en application de drap mouillé n’ont amené aucun changement dans son élal: elle prétend même qu'ils l'ont aggravé. Elle se soumet alo®s au traitement par le massage, l'électricité statique, et surtout elle s'applique à la rééducation des mouvements. Ceci fait avec une persévérance remarquable pendant deux mois, amène une amélioralion notable ; la malade parvient à maintenir la tête complètement droite pendant une grande partie de la journée et les mouvements oscillaloires oni considérablement diminué d'amplitude. Ils ne sont vérilablement apparents qu'à l'occasion d'une

émotion ou d'une contrariété. Malheureusement vers la fin du mois de mai, à la suite d’un accident survenu subitement dans sa famille (elle venait d'apprendre par dépêche qu'on allait couper la jambe de sa belle-sœur), elle éprouve une Lelle émotion que le lendemain la rechute élait complète. De plus, ayant été alteinte quelque temps auparavant de troubles gastriques qu'elle attribue à ce que «la maladie du cou s’est portée sur l'estomac », elle veut cesser lout traitement. Néanmoins elle cède aux instances qui lui sont faites, et, au bout de quinze jours, l'amélioration était de nouveau évidente. Actuellement, le mouvement de rotation a presque complètement disparu : le mouvement d'oscillalion seul persiste encore, mais il est notablement diminué el n’est guère perceptible qu'à l'occasion d'une émotion.

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