OBSERVATION X
(MM. E. de Massary et J.-P. Tessier. — Revue neurologique de 1904, n° 24, 30 décembre.)
RASE Licolis dont elle souffre depuis deux mois el demi. C'est exactement
femme de 32 ans, entrée à l'hôpital Laennec pour un tor-
le 15 septembre que cette malade ressen‘il pour la premiere fois une vive douleur au niveau des altaches supérieures du muscle trapèze du côté gauche ; elle se friclionna avec des subslances diverses, mais sans succès, el cons'ala que sa Lêle oscillait peu à peu vers la gauche sans pouvoir la retenir; le véritable Lorlicolis ful conslilué en trois semaines.
Acluellement le torticolis est permanent, c'est-à-dire que jamais la Lèle n'est dans une siluation normale; mais il y a cependant des périodes de calme et des périodes de contracture. Pendant la période de calme, la pointe du menton est tournée à droite et en haut, l'occiput attiré en bas et à gauche; les muscles de la région cervicale gauche, le trapèze parliculièrement, sont en lension et agilés de contractions légères et rapides ; ces secousses se sentent else voient même parfaitement. C'est pendant ces périodes de calme que la malade peut, elle-même, avec ses doigts de la main gauche seulement, appuyés sur la région occipitale, reporter sa tèle à peu près dans l'axe normal; dès l'apposilion des doigts sur l'occiput, les muscles cervicaux se délendent.
De Lemps en temps, plus ou moins rapprochés suivant le degré d'émotivilé de la malade, éclatent les accès de contracture : le menton se porte alors au maximum en dehors, c’est-à-dire en haut et à droite, l'occiput est attiré violemment en bas et à gauche ; en même temps apparaissent des douleurs vives au niveau des inserlions musculaires sur l'occipital, surtout au niveau des inserlions du trapèze, dans un point bien localisé, que la malade désigne du doigt ; des craquements sont perçus, mais non douloureux ; les muscles sont contraclurés à l'excès. La malade présente alors tous les symplômes de l’anxiélé la plus vive. Pendant ces vérilables crises, le sublerfuge employé par la malade pour maintenir sa tête, le ges!e antagonisle, est insuffisant ; les deux mains sont appliquées de chaque côté de la face sans parvenir Loulefois à corriger efficacement la situation vicieuse de la tête.
Tel est le torlicolis dont souffre notre malade, il conslilue toute. la maladie ; celte malade est nerveuse, cela est évident, irritable, vive de caractère; elle a des colères subites qu'elle oublie quelques instants après ; mais ce n'est pas une hyslérique, aucun stigmate ne permet de le soupçonner; ce n'est pas non plus une aliénée, car elle n'a aucune idée de perséculion, aucune idée mélancolique, aucune tendance hypocondriaque, ete. Mais un fait est à noter : il y a un certain nombre d'années (de cinq à dix) notre malade connut une coulurière qui avait un torlicolis maintenu par un appareil ; ce Lorlicolis l'avait beaucoup frappée et ce souvenir la hantait; depuis deux ans même elle y pensait davantage, car elle avait ellemême un «pelil tremblement de la tête qu'on ne voyait qu'en y
RCE
porlantallention ». Nul doute que ce souvenir, quelque peu obsédant, n'ait aidé la douleur éprouvée dans la nuque le 15 septembre dernier pour installer le lorticolis actuel ; mais est-il seul en cause?
Si notre malade n'a aucune affection organique du système nerveux, il faut cependant relever chez elle un hyperexcitabililé réflexe considérable: les réflexes roluliens, les réflexes de l'avantbras, les réflexes du bras, à droile el à gauche, sont accrus à tel point que l'absence de elonus semble paradoxale ; le réflexe massé- Lerin lui-même rappelle celui de la selérose latérale amyotrophique ; quant aux orteils, ils sont immobiles ; l'exeilalion cutanée planlaire ne détermine aucun mouvement, Les réflexes iriens sont normaux à la iumière el à l'accommodalion ; mais la pupille droite est un peu plus grande que la gauche eLovalaire (à noter incidemment que la syphilis ne peut être démontrée),