‹ Considérations sur le torticollis mentalChapitre 4 sur 25 · PATHOGÉNIE · texte numérisé non relu

PATHOGÉNIE

La pathogénie du torticolis mental est encore bien obscure, et nombreuses sont les différentes théories cherchant à expliquer cette maladie. Nous allons exposer d'abord les principales opinions des différents auteurs ; puis ensuite nous rechercherons celle qui semble se rapprocher le plus de la vérité.

C'est M. le professeur Brissaud, qui le premier a cherché à expliquer la pathogénie du torticolis mental. Voici comment il s'exprime dans ses Leçons sur les maladies nerveuses (1895, p. 912) :

«Le spasme est un phénomène simple, exclusivement réflexe el par conséquent d'origine spinale, tandis que le lice est un acte automatique, coordonné et par conséquent d'origine corlcale.

Rien ne peut empêcher le spasme, acte réflexe. Peut-on arrêter le bol alimentaire à son entrée dans le pharynx ? Non, où du moins c’est au prix de tels efforts qu'on bouleverse tout le fonctionnement de la déglutition.

Dans le tic, au contraire, acte cérébral cortical, la volonté intervient, où peut intervenir. Il y a un état de conscience, où de subconscience tel que le sujet, averti,

peutse maîtriser. L'inhibition est done possible, et c'est parce que le phénomène est cortical, que les troubles qui le constituent sont fonctionnels. Or il n'y a guère de tiqueurs qui ne puissent, par instants, s'empêcher de tiquer, pourvu que leur volonté soit momentanément assez puissante, [ei l'état mental a toujours une large participation.

« Le tic est une maladie psychique, dit Charcot: il y a des tics de la pensée qui se traduisent par des tics du corps. » Mais la volonté est le dernier juge. Sollicitée violemment quand l’image cérébrale du mouvement est intense, elle peut inversement s'opposer à sa réalisation. »

Et plus loin, il s'exprime ainsi :

« Peut-on toujours vouloir ? Les tiqueurs, dont l’intervention volontaire pourrait empêcher la convulsion, sont par malheur de ceux chez lesquels la volonté est le plus débile, des cérébraux, des faibles. Ils réussissent à la rigueur à se maîtriser pendant quelque temps, mais bientôt la lutte devient impossible, 11 leur faut céder à l'habitude ; plus la résistance a duré, plus le besoin de tiquer se montre impérieux. »

Et enfin 1l termine ainsi sa leçon :

« Ilest, par exemple, une variété de tics bien commune, et cependant à mon avis singulhèrement négligée par les classiques, qui consiste dans un spasme clonique des rotaleurs de la téle. Il me semble qu'on pourrait appeler ce lie, le torticolis mental. Iei, sans aucun doute, l’état morbide n'est pas dans les muscles ni dans Îles nerfs, il est dans l'esprit même. »

Pour M. E. Noguès (de Toulouse), il faudrait rechercher la pathogénie dans l'obsession. Voilà, en effet, comment il s'exprime au Congrès de Grenoble (1-7 août

« L’obsession est, comme l'avait vu Morel, un état morbide foncièrement émotif. Il en est de même pour les lies qui ont les mêmes caractères émotionnels, et il ne faut pas voir seulement dans les liqueurs des mentaux, mais aussi et surtout des émotifs, et dans leurs accès moteurs non seulement des accès par idées et avec idées, mais aussi des accès par émotion et avec émotion.

L'état mental des obsédés est exactement celui des liqueurs.

On peut comparer la symptomalologie des deux syndromes. Dans l’un comme dans l’autre, l'irrésisibilité est la même. Dans le tic comme dans lobsession, notamment dans l’obsession impulsive, il y a tendance au dédoublement de la personnalité, c'est-à-dire à la création d’une synthèse mentale secondaire, d'un second moi agissant automatiquement à côté de l’autre.

Qui dit obsession dit lutte : de même qu'il y a révolte de lobsédé contre l'idée qu'il ne peut chasser, il y à révolte du liqueur contre le mouvement normal qu'il ne peut empêcher. Cette lutte, cette révolle, s’'accompagnent d'anxiété dans les deux cas el se terminent par un senliment de salisfaction, de délente physique et morale, ou plus justement, comme disent MM. Pitres et Regis, d'apaisement conséculif.

PA L’obsession peut donner naissance au tic. Cette situalion peut se présenter sous deux formes distinctes. Ou bien le sujet est atteint de la peur de tiquer, de l’obsession phobique d'un tic ou des tics, et sous l'influence de celte obsession impulsive il arrrive parfois à céder et à üquer. Où bien l’obsédé fait des mouvements pour se préserver de ses obsessions et lutter contre elles ; ce sont des moyens de défense.

Dans la première forme, on a affaire à une véritable

Lier

phobie des ties se manifestant à la façon d'une obsession impulsive. Chez la plupart des tiqueurs il en est bien ainsi. La peur de tiquer joue un rôle important dans la genèse de leurs lies, ceux-ci se produisant surtout au momentoüils ont peur et parce qu'ils ont peur de liquer…

… Le moyen de défense, procédé libérateur, truc, etc., occupe une place importante dans le tableau clinique de l'obsession et du tic. Il n'y a pour ainsi dire pas d'obsédé qui n'ait ses trucs, ses procédés de défense contre son obsession. De même bien des tiqueurs ont leur procédé défensif correcteur qui consiste en une attitude, en un mouvement quelconque destiné à empêcher le tic...

… I semble donc en définitive que le tic, constitué par deux éléments, un phénomène moteur subordonné à un trouble mental, est un syndrome comparable et assimilable à une obsession, et plus spécialement à une obsession impulsive.

À propos d’une observation, le professeur Grasset s'exprime ainsi (Î) :

« Tout acte automatique coordonné n'est pas nécessairement d’origine corticale. La déviation conjuguée de la tête el des yeux, que je vous ai déjà rapprochée du spasme actuel, peut être d’origine corticale, mais elle peut être aussi d'origine bulbaire. Il ÿ a incontestablement des actes bulbaires coordonnés et automatiques.

Il y a même des actes spéciaux qui sont coordonnés et automatiques. On peut marcher avec sa moelle où tout au moins avec ses centres bulbo-médullaires, la corticalité étant distraite, c'est-à-dire occupée à toute autre espèce

(1) Tic du colporteur, par P. Grasset (Iconographie de la Salpétrière, 1897, p. 227).

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