‹ Considérations sur le traitement chirurgical des thrombophlébites du sinus latéral et de la veine jugulaire interne et ses indicationsChapitre 15 sur 40 · LE POULS · texte numérisé non relu

LE POULS

Le pouls subit les variations de la température et devient très rapide au moment des frissons, pour retrouver son rythme normal quelques heures plus tard. Il peut être également influencé, plus souvent même que la température, par une complication endocranienne. Il est irrégulièrement variable au cours de méningites; il peut être ralenti par un abcès cérébral venant se surajouter à la thrombo-phlébite.

ABCÈS MÉTASTATIQUES.

Les abcès métastatiques peuvent révéler d’une façon précoce une septicémie d’origine veineuse.

Luc indiquait que les métastases pouvaient se produire, soit au cours d'une thrombo-phlébite classique à manifestations locales ou générales, soit au cours d’une septicémie sans thrombose.

Les premières, conséquences d’une pyémie, sont surtout pulmonaires ou pleuro-pulmonaires, avec transformation purulente en général mortelles. Celles propres à la septicémie siégeraient dans le territoire de la grande circulation : articulations, muscles, tissu cellulaire sous-cutané.

Récemment, Bonnet-Roy a tenté de démontrer que certaines métastases seraient plutôt favorables à l’évolution de la thrombo-phlébite et contribueraient à la guérison spontanée sans le secours d’un traitement local. Elles joueraient le rôle de véritables abcès de fixation. Il est certain qu'il y a de nombreuses observations dans lesquelles on note la succession de métastases qui ont évolué vers la guérison sans intervention. Bonnet-Roy cite le cas d’un de ses opérés qui, au cours d’une infection veineuse, malgré la ligature de la jugulaire, fit plusieurs embolies pulmonaires. La septicémie, qui dura 20 jours, ne céda qu'après l'évolution d’un abcès périjugulaire et la suppuration de deux'injections d'huile camphrée.

Il semble cependant qu'on ne puisse trop compter sur l’heureuse action d'un abcès métastatique. Il serait imprudent de s'abstenir en croyant l'infection « fixée » par la métastase.

Souvent, elle ne fait que continuer d'évoluer. Il n’est même pas toujours vrai que la métastase soit d’un bon pronostic, comme l’a indiqué Sébileau. Voici l'observation d’une de nos malades qui fut emportée très rapidement par une forme particulièrement rapide de la thrombo-phlébite, au cours de laquelle, cependant, se produisirent deux localisations articulaires.

OBsERvATION IIT (résumée).

I S.., 60 ans, entre à l'Hôpital du Tondu le 1% décembre 1925 pour un écoulement de l'oreille droite et pour une douleur de la région mastoïdienne.

Il y à huit jours, la malade a été prise de douleurs lancinantes dans l'oreille droite.

L’écoulement est purulent, pus fétide très abondant.

La région mastoïdienne est tuméfiée. A la pression, on constate de l’œdème. La pression profonde détermine de la douleur à la pointe.

15 décembre : Malgré le traitement médical, l’écoulement persiste aussi abondant, de même que la douleur mastoïdienne.

Intervention (Prof. Portmann). — Pus sous pression au premier coup de gouge. La mastoïde est très malade. Le sinus est à nu sur 3 centimètres environ. Sa paroi est fongueuse, saigne facilement. Grosses lésions de la zone sous-antrale profonde.

21 décémbre : Frissons avec température à 40 degrés. Le frisson a duré vingt minutes. Hémoculture négative.

23 décembre : Grande fétidité de la plaie. On voit battre le sinus sous un exsudat purulent. Applications de Dakin.

29 décembre : Frisson très prolongé, avec température à 40 degrés. Hémoculture négative.

31 décembre : Amélioration de l’état général et local. Température, 38 degrés.

4% janvier 1926 : Dans la matinée, l’amélioration se maintient, mais l'après-midi se produit une série de frissons intenses avec température à 40°8. Le sinus présente quelques battements à la partie supérieure. Hémoculture négative.

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Intervention (Prof. Portmann). — Chloroforme.

On ouvre le sinus dont la paroi blanche, épaisse, fongueuse, bat d’une façon assez nette.

Issue d’un flot de sang. À l’aide d’un tamponnement, on vérifie que ce flot de sang vient des deux extrémités proximale et distale.

L'écoulement sanguin, étant aussi abondant du côté du sinus transverse que du côté du golfe, fait éliminer l’idée d’une thrombophlébite oblitérante.

On tamponne très fortement l'ouverture du sinus, qui saigne abondamment, à l’aide de gaze iodoformée. Suture des plans superficiels.

2 janvier : Sérum glucosé rectal.

Dans l’après-midi, la malade accuse un violent point de côté à la base droite avec dyspnée. Matité de la base droite. Râles humides.

4 janvier : Phénomènes pulmonaires peu marqués. La malade souîfre du genou droit, qui est tuméfié.

5 janvier : Le genou droit est toujours gonflé et douloureux. Le poignet droit est œdématié, rouge. Frisson dans l’après-midi.

6 janvier : Le poignet droit, le coude droit, sont très augmentés de volume. La peau est tendue et rouge. Température, 39 degrés. Pouls, 130.

Décès le 7 janvier, d’embolie pulmonaire.

Par contre, la métastase ne doit pas toujours être une contre-indication à l'acte opératoire. Les complications purulentes pleuro-pulmonaires diagnostiquées au cours d’une thrombophlébite enlèvent sans doute tout espoir dans l'intervention.

Au contraire, un abcès qui siège sur le territoire de la grande circulation : arthrite, phlegmon des gaines synoviales, phlegmon périnéphritique, etc., ne doit pas être un obstacle à l’acton chirurgicale. Son apparition n'est que la manifestation d'une septico-pyohémie grave, justifiant le plus souvent l'urgence d’une intervention. L'observation suivante, publiée par Rouget dans les Annales des maladies de l'oreille, en 1912, en est un exemple frappant.

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