ARGUMENTS DES PARTISANS REFUTES PAR M. MIRAULT
1° De l'opération immédiate.
Les chairs sont plus vasculaires.
Après l'opération, l’enfant ne crie pas, est étranger à la crainte.
L’opération est facile.
L’enfant sera empêché plus facilement de téter, n’en ayant pas l’habitude.
La cicatrice sera moins apparente.
Rapprochement de la voûte palatine.
Allaitement plus facile.
Cela n’a point de valeur réelle.
Objecte la sensation pénible du bandage, la douleur des aiguilles, des fils qui entament la peau, le renouvellement de l’appareil i?).
Pas toujours: de plus, il y a à craindre l’hémorrhagie.
La privation de nourriture est dangereuse (!).
Ce n’est pas prouvé.
Admis.
2° De l’opération dans le cours de la première année.
Favorise en outre le dévelop- Ceux qu’il a opérés étaient trèspement de l'intelligence. intelligents.
(Velpeau).
3° Quant à l'opération faite entre trois et cinq ans à laquelle il paraît se rattacher, voici les avantages qu’il lui attribue :
1° La raison des enfants vient en aide à l’opérateur ;
2° La possibilité pour eux d’avaler des liquides sans faire de mouvements des lèvres;
3° La mollesse et la sécabilité n’existent plus, pour ainsi dire ;
4° Les tissus sont plus extensibles.
Quelques lignes plus bas, il reconnaît néanmoins qu’il faut guérir le plus tôt possible une difformité qui entrave plus ou moins l’exercice de fonctions importantes et peut-être le développement régulier de l’intelligence.
Nous ne ferons pas une besogne qui est déjà faite, en réfutant ces arguments, disons seulement qu’ils ne nous semblent guère justifier les conclusions de leur auteur et l’ostracisme dont il a frappé l’opération immédiate.
Nous avons voulu consulter l’article bec-de-lièvre du nouveau Diction, de Médec. et de Chirurg. pratiques, dernier article fait sur la matière, et en voyant bon nombre de pages consacrées à l'âge où il convient d'opérer, nous croyions trouver des documents capables de nous éclairer sur cette question; mais, nous l’avouerons, notre espoir a été déçu. La valeur de l’accumulation de tableaux qu’on y voit nous a paru quelque peu
problématique. Rapporter tant de cas (169) pour prouver qu’on a obienu des succès en opérant à tout âge et pour ne prouver que cela, franchement c’est trop d’efforts pour démontrer une chose qui, nous le croyons du moins, n’a pas besoin de démonstration. L’auteur semble l’avoir compris, et de plus il ajoute: « ces résultats trop satisfaisants ne sont pas l’expression de la vérité... la plupart des chirurgiens ont surtout publié les succès qu’ils avaient obtenus et plus rarement leurs revers. »
Si nous consultons plus loin ses idées personnelles à propos du bec-de-lièvre compliqué, il nous semble qu’avec la prudence dont l’auteur paraît rempli, peutêtre même à cause de cette prudence, il nous laisse un peu trop flotter dans le vague. Nous avons trouvé son opinion accompagnée de tant de restrictions, que, voulant y chercher une ligne de conduite, nous avons éprouvé le besoin d’en faire un tableau synoptique qui nous permit de les envisager plus facilement. Si cette manière sauvegarde celui qui donne le conseil, elle ne nous paraît guère de nature à éclairer suffisamment celui qui le demande.
Avant de quitter cette question, rappelons quelques points en faveur de l’opération précoce :
1° Le manuel opératoire est plus facile, de l’aveu même de M. Michon ;
2° L’alimentation n’est pas du tout une difficulté et (sans citer les faits de P. Dubois), il est même étonnant de voir comment on parvient à faire prendre de grands verres de lait à des enfants qui viennent d’être
opérés, même à ceux qui n’ont qu’un ou deux jours : appliquer une cuiller assez avant dans la bouche sur le dos de la langue et verser sans discontinuer le liquide dans cette cuiller, d’où il coule directement dans le pharynx sans ressortir par les ouvertures nasales, tel est le moyen employé par les Mères du service de chirurgie à l’hôpital des Enfants.
3° Le rapprochement des parties palatines est singulièrement aidé par l’opération précoce.
Pour que, depuis longtemps, on l’ait dit et qu’on en ait fait un argument en faveur de l’opération immédiate, il faut qu’on en ait été frappé. Les preuves telles que les demande M. Denonvilliers ne sont pas faciles à fournir; outre qu’il n’est pas toujours aisé de retrouver des opérés au bout de quinze ou vingt ans, il serait encore difficile d’établir une comparaison entre l’état qu’ils présenteraient et celui qu’ils eussent présenté s’ils n’eussent pas été opérés. On ne peut guère faire cette étude comparative qu’à un point de vue général, et on arrive alors à avoir des éléments suffisants de conviction en suivant sur plusieurs sujets la marche ordinaire de la fissure et après l’opération et sans opération. La conviction (de l’influence de l’opération précoce) s’accroît encore aux témoignages de nombreux auteurs, et de quelques parents observateurs qui nous l’ont fait remarquer d’eux-mêmes, et, comme le dit Bouisson : «N’est-il pas admis, du reste..., que les efforts compressifs exercés par la lèvre ramenée aux conditions d’intégrité, s’opposent non-seulement aux
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progrès de l’épatement nasal (voy. Obser. XIV) et de l’écartement médio-palatin, mais influent sur le rapprochement des moitiés séparées de l’apophyse palatine, ainsi que sur la rétropulsion des os intermaxillaires, dont les connexions sont ainsi régularisées ,
que le développement normal de la lèvre est complété plus régulièrement et que la coalescence artificielle, rapprochée de l’époque de la coalescence naturelle, influe sur la nutrition de la lèvre et des parties voisines, et les rapproche du type normal de la physionomie , type qui s’altère d’une manière invariable et conserve, chez l’adulte, le cachet de la monstruosité, lorsque l’opération a été faite d’une manière tardive. »
En résumé, terminons ce chapitre en déclarant que la question d’âge est, pour ainsi dire, secondaire pour nous, que nous portant pour l’opération faite immédiatement après la naissance, nous subordonnons encore le choix de l’époque au choix des bonnes conditions dans lesquelles doit se trouver l’opéré, et nous dirons avecM. Giraldès : l’opération pratiquée dans de bonnes conditions réussit dans l’immense majorité des cas, dans de mauvaises conditions est souvent suivie di insuccès (1).
(1) Les savants auteurs du Compendium de chirurgie , tout en ne se rattachant pas à l’opération immédiate, insistent beaucoup sur la nécessité de ces bonnes conditions, pour assurer le succès. (T. III, p. 523, 1852-61.)