‹ Considérations Sur Le Traitement Général De La Phthisie PulmonaireChapitre 18 sur 27 · IV.— DE L'HYGIÈNE SPÉCIALE AU PTHISIQUE · texte numérisé non relu

IV.— DE L'HYGIÈNE SPÉCIALE AU PTHISIQUE

Il ne suffira pas au tuberculeux de vivre sous un climat favorable. Son médecin lui donnera quelques conseils hygiéniques pour son in- Stallation et son régime de vie. Le milieu doit être curateur : il le sera d'autant plus qu'étant salubre, il sera agréable au malade qui y trouvera une vie facile. De nombreux éléments tendent à ce résultat. La maison est à la campagne, à mi-coteau ou sur une éminence.

Les terrains ondulés, pittoresques, variés, plantés d'arbres, sont

préférables aux régions plates etnues. Les productions du sol infiuencent beaucoup l’ensemble. Le sol où l’élément calcaire domine est celui qui convient le mieux pour fixer la demeure du phtisique. Les terrains argileux sont imperméables. Ils ne laissent pas écouler les eaux qui forment alors des mares croupissantes d’où s’échappent des miasmes malsains. Si la terre est brune, rouge foncée, la réflexion de la lumière est peu ‘intense; les objets sont mal éclairés. La flore aussi est sombre, ni gaie, ni odorante. L’atmosphère paraït lourde. L'homme ne se sent pàs à l'aise dans ce milieu.

Au contraire, les terrains sablonneux, siliceux, mélangés d’un tiers ou de demi-calcaire, à teinte claire, réflètent davantage la lumière. Ils laissent facilement les eaux de pluie s’infiltrer dans les profondeurs souvent rocheuses. Sur ce sol poussent de préférence les conifères, les grands arbres, les labiées au parfum fort et subtil, les graminées en

abondance, etc. Il y à beaucoup de fleurs brillantes et odorantes. La nature est plus brillante, plus animée.

Le voisinage des bois modifie la nature d'une région au point de vue de l'hygiène. Les arbres atténuent la violence des vents, arrêtent les poussières qu'ils emportent avec eux : ils filtrent, pour ainsi dire, cet air agité. Le jour, les arbres purifient l'atmosphère en dégageant une grande quantité d'oxygène et d'ozone par la perspiration des feuilles. La nuit, l'évaporation lente des feuilles rend à l'air en partie l’eau - que les racines ont puisé dans le sol. Pour ce motif, les matinées sont toujours fraiches à la campagne.

Pour éviter l'humidité, l'habitation devra être bien dégagée, éloinée de 500 à 1,000 mètres de la forêt ou des allées touffues. Il faut autant que possible n’habiter ni dans les lieux trop bas, qui sont humides et insalubres, ni sur les hauteurs où l'air raréfié prédispose aux congestions et où on est plus exposé aux vents el au froid.

En France, les maisons doivent être bâties sur cave. Les fenêtres doivent donner au sud ou légèrement sud-ouest, de façon à avoir le plus de soleil et de lumière le jour. Elles doivent être larges, doubles, les montants doivent descendre jusqu’au niveau du sol des pièces, de façon à ce que, lorsqu'elles sont ouvertes, les appartements soient bien ventilés. Dans le Midi, les contrevents à persiennes sont préférables aux contrevents pleins.

Les chambres doivent être spacieuses, tapissées au vernis de couleurs claires. La chambre à coucher du phtisique doit être exposée au midi, au premier étage. Les fenêtres doivent être laissées ouvertes toute la journée, à moins de pluie ou d'orage. Elle doit être pourvue d'une cheminée ouverte, sans écran, qui fera appel d'air avec la fenêtre. Le lit devra être établi sur un des côtés de la chambre, à l'abri des courants d'air, il sera élevé d’un mètre environ, composé d’un sommier élastique. Le lit ne sera ni trop long, ni trop large, garni de plusieurs couvertures de laine légères, superposées. Il faut éviter les lits trop moelleux, garnis de plumes, surchargés de couvertures épaisses ou d’oreillers encombrants ; le malade est alors exposé à transpi-

rer, ce qui débilite et prédispose aux refroidissements ; dans un lit trop moelleux, les diverses parties du corps reposent inégalement. La chambre doit être dépourvue de tapis, de rideaux, de tentures, enfin, des superfluités habituelles, qui ne sont que des ramassis à poussières. La température de la chambre, la nuit, serait mieux de 15 à 20°. A moins que la maison ne soit chauflée à l'air chaud, il est bien difficile d'obtenir une température constante ; les poêles sont bannis de la chambre à coucher. Mais si le phtisique a la poitrine et les épaules bien couvertes, surtout s’il a les pieds chauds, il n'a pas à redouter une température de 12° et même au-dessous. On demande avec juste raison une aération continue; le renouvellement d’air se fera suffisamment par la cheminée. Dans le midi de la France, en Algérie surtout, les cheminées ont plutôt cet usage que celui de chauffer l’appartement, la nuit. ;

On recommande beaucoup aujourd’hui l’aération continue, en laissant les fenêtres ouvertes jour et nuit. Cette aération est obtenue proeressivement en ouvrant, d’abord, la porte donnant sur un corridor ; puis en entr'ouvrant les persiennes, les fenêtres, enfin les rideaux. Ces préceptes sont applicables dans le Nord, où ils ont été d’ailleurs préconisés, ou dans les pays d'altitude. Là, lair est sec, la température entre le jour et la nuit ne présente pas de grandes variations. Mais ces préceptes, pour des raisons inverses, peuvent être d'une application dangereuse dans les climats maritimes, à Nice et surtout en Algérie. On peut cependant les employer, mais avec une grande prudence. Il faut, dans tous les cas, éviter que l’air frais du dehors n’ar-

rive directement sur le malade. Dans ce but, on pourrait utiliser les.

moustiquaires des pays chauds, en toile fine, fixés sur un rectangle élevé encadrant le lit, comme les cadres en fer qui entourent les lits dans les hôpitaux de Paris.

I est très important que le phtisique évite en tout temps les causes de refroidissement, surtout le froid aux pieds. Le malade ne doit pas sortir quand il pleut ou que l’air est humide, froid, par exemple au crépuscule, au commencement de la nuit. Mais il se trouvera bien d’une

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courte promenade matinale. Il doit porter des vêtements chauds en laine, de la flanelle sur le tronc, les épaules et les membres. On doit peu se servir des éloffes de lin ou de chanvre, qui s'imprèsnent facilement d'humidité. La laine et la soie conduisent moins bien la chaleur, aussi se sert-on de draps, de filés de laine pour confectionner les habits d'hiver. On sait en outre que les tisssus lâches conduisent mieux la chaleur que les tissus serrés, que les couleurs foncées absorbent la chaleur avec plus d'intensité que les couleurs claires, et inver- Due De là l’habitude hygiénique de porter des vêtements clairs en été, foncés en hiver. |

Pour les phtisiques surtout, les vêtements ne doivent pas gêner, mais être faits de façon à maintenir, soutenir sans serrer, surtout à la ceinture et au cou.

La flanelle, appliquée directement sur la peau, principalement en été, évite les refroidissements causés par l'évaporation trop rapide de la sueur : On doit porter la flanelle jour et nuit.

Le malade, dans ses promenades, doit avoir à sa disposition un vêtement supplémentaire pour les instants de repos et pour le cas d’un changement brusque de température.

Bouchardat recommande dans la phtisie, comme dans les autres maladies chroniques, quand la réparation est suffisante, d'animer le plus possible la dépense, mais toujours en rapport avec les forces. On provoque ce résultat par la gymnastique et l'hydrothérapie.

Il est de règle de ne pas surmener l’économie; mais inversement le repos absolu, la vie sédentaire, amènent l’atrophie des tissus et des organes. Le mouvement est la manifestation évidente de la vie. Il faut un exercice modéré dans la journée, dans l'intervalle des repas.

La gymnastique respiratoire combat l'inertie fonctionnelle des poumons. Elle favorise l'augmentation de la capacité respiratoire en même temps que l'hématose pulmonaire et l'équilibration de toutes les forces de l'organisme. La circulation, l’innervation, les sécrétions, sont amé-

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