CHAPITRE III
COMPLICATIONS QUE PEUT PRODUIRE SUR LES MALADES ET BLESSÉS LE TRANSPORT EN AVION
L'étude des complications qui peuvent survenir dans le transport des malades et des blessés nous servira de base pour la conduite à tenir en présence des différents cas.
TUrFIER écrivait en 1920, dans son Rapport au premier Congrès International de l'Aviation Sanitaire :
« Schématiser en formules de catéchisme les indications de l’aviation sanitaire et la doter des dix commandements médicaux, serait excessivement pratique et simplifierait la tâche des médecins, mais c’est là un desideratum 1rréalisable, notre expérience est trop limitée, les circonstances sont trop différentes, tout ce que nous pouvons tenter, c'est de naviguer au plus près. Il est donc entendu que nos propositions sont essentiellement provisoires, révocables et modifiables, suivant les perfechonnements ultérieurs et l’évolution de l'aviation sanitaire. En étudiant les indications et les contreindications du transport des blessés par avions, nous abordons un chapitre tout nouveau de la pathologie, chapitre qui n'a même jamais été effleuré : Comment un blessé gravement atteint réagit-il au transport aérien, c'est-à-dire à un transport qui amène fatalement des différences notables dans la pression atmosphérique agissant sur les organes ? Cette étude n’est pas faite encore. »
Cela était écrit il y a sept ans ; depuis lors de nombreuses recherches ont été pratiquées, des documents cliniques ont été amenés. Ces documents sont encore épars. Nous avons essayé ici de les condenser pour en extraire des règles de conduite utiles pour l'avion.
Nous nous appuyons sur des données de trois ordres :
10 Les bases physiologiques exposées au chapitre précédent ;
29 Des notions de pathologie générale ;
3° Les documents cliniques acquis jusqu’à ce jour, dont la plupart sont analysés par LEDUC dans sa thèse inaugurale.
- Etant donné que les questions que nous abordons sont encore tout à fait récentes, les conclusions auxquelles nous avons abouti ne peuvent qu'être provisoires ; elles demandent à être vérifiées, corrigées, transformées.
D'autre part, nous envisagerons ici le transport des malades et blessés en temps de paix comme en temps de guerre. Il est bien certain qu'actuellement encore l'Aviation Sanitaire est essentiellement une aviation militaire. Cependant un jour viendra où à cause de ses avantages considérables, ce moyen de transport sera utilisé dans la pratique civile.
Pratiquement on peut diviser les malades pour lesquels se pose la question du transport par avion en deux groupes :
19 Les blessés et les chirurgicaux : Ce serait à la fois des blessés de guerre et de la pratique civile, et les malades pour lesquels s'impose une intervention d'urgence, alors qu'ils sont éloignés de tout centre chirurgical.
20 Les cas médicaux (cardiaques, pulmonaires, nerveux, contagieux), qu'il est nécessaire d’évacuer. Ici la question de l'urgence du transport est moins primordiale.
A. — Transport par avion des blessés et chirurgicaux.
Nous abordons ici le point crucial de la question. Il conviendra de discuter peu à peu les indications et les dangers de l'avion suivant la nature de la blessure. Il est évident qu'on ne trans-
porte pas par avion les blessés légers. « Le transport par avions. est encore un transport dangereux, il présente un risque, mettons que ce risque soit de l’ordre de grandeur du risque mortel que fait courir toute anesthésie générale. De même que le chirurgien n'emploie l'anesthésie générale que s’il ne peut utiliser des procédés moins dangereux, le chirurgien ne conseillera le transport en avion que Si ce mode de locomotion est légitimé par l'importance du service rendu. » (TUFFIER.) Mais comme justement on ne transporte par avion que les blessés graves, les cas urgents, on sera presque toujours en présence d'organismes fragiles, de choqués chez lesquels tout traumatisme, toute complication peuvent être fatals. I1 faudra donc choisir les indications entre les cas extrêmes, le blessé léger qui peut être soigné sur place, et le grand choqué intransportable.
Pour simplifier la question, nous ne parlerons pas des blessés pour lesquels il ne peut exister aucune contre-indication. Il n’y a aucun inconvénient à ce qu’on transporte par avion les fractures, les blessés atteints de vastes délabrements des parties molles, de plaies articulaires. Cependant dans tous les cas, un examen médical sera pratiqué avant le transport, dont le but essentiel sera de rechercher s’il n’existe pas une déficience cardiaque. L
Nous allons envisager successivement la question du transport :
19 des hémorragiques et choqués ; 29 des blessés thoraciques ;
3° des abdominaux ;
4° des traumatismes crâmens.
Nous dirons ensuite un mot de quelques cas spéciaux et plus particulièrement du éransport des gazés, et de celui des blessés atteints de gangrène gazeuze.
19 Transport des hémorragiques et des choqués.
Le groupe des hémorragiques et des choqués est vaste et polymorphe. En effet, il comprend aussi bien les blessés des membres ayant beaucoup saigné mais dont l’hémostase a été prati-
quée, que les grands choqués avec symptômes d’hémorragie interne pour lesquels une intervention d'urgence est indispensable,
Une règle générale doit être énumérée ici : Un choqué doit être traumatisé le moins possible, et tout transport est contre-
indiqué. Néanmoins, en présence d’un syndrome d’anémie aiguë
hémorragique, en présence d’un syndrome de perforation d’un viscère creux, on devra tenter le tout pour le tout et transporter le blessé par avion dans le plus bref délai au centre chirurgical le plus proche. Mais s’il n’y a pas une urgence opératoire absolue, on devra laisser le blessé sur place.
Certains objectent que le symptôme essentiel du choc est l'hypotension, que l'altitude au contraire est hypertensive et que par conséquent de ce côté-là les risques à courir sont minimes. Il n’en demeure pas moins que par des variations successives d'altitude, l'avion produit de continuelles perturbations chez le blessé, que les transbordements, les remous, le froid, sont autant de facteurs qui s'ajoutent aux méfaits de l’altitude, et peuvent être mortels pour le blessé.
Les diverses statistiques publiées à ce sujet, notamment durant la guerre du Maroc, ont montré que le repos absolu demeure pour le choqué une condition indispensable de guérison.
Un point qui mériterait d’être envisagé, est la transfusion du sang pratiquée chez les blessés graves avant le transport en avion. Mais évidemment cela mérite un matériel minimum et un médecin. 1
Dans ce cas la solution qui semble être la meilleure est celle d’un « chirurgien volant ». Dans les cas où le blessé pour lequel une intervention d'urgence est nécessaire ne peut être transporté à cause de la gravité de son état, ce serait le chirurgien qui irait l’opérer sur place. Nous verrons plus loin ce qu'il faut penser de cette méthode de conduite.
20 Transport des blessés thoraciques.
a) DONNÉES PHYSIOPATHOLOGIQUES. — Les deux complications essentielles des plaies thoraciques sont les pneumothorax
et l'hémothorax. D'autre part, en pratique, on envisage cette question différemment suivant qu'il s’agit d'une plaie ouverte ou d’une plaie fermée.
Le pneumothorax peut se comporter de différentes façons en altitude. Il semble théoriquement que la notion de pression pleurale puisse donner la clé du problème. En effet, si on a affaire à un pneumo en hyperpression, Île transport par avion fera courir de graves dangers, l'air pleural augmentant le volume et risquant de produire des compressions médiastinales et de l'emphysème. Au contraire, un pneumo en hypotension ne présenterait aucun danger.
Si c'est une plaie à thorax ouvert, il ne semble pas que l’altitude risque de produire des complications, l'air pleural étant soumis aux mêmes. variations de pression que l'air atmosphérique. l//expérimentation aboutit aux mêmes résultats. Mais il ne faut pas perdre de vue que le blessé thoracique est avant tout un choqué, et son transport ne sera décidé qu’à bon escient, et si une indication opératoire se pose.
Le transport d’un hémothorax est-il dangereux, autrement dit, l'altitude favorise-t-elle l'hémorragie intrapleurale ? Des expériences n'ont pas été pratiquées à ce sujet. Mais logiquement ‘l'altitude ne doit pas augmenter la tendance hémorragique.
Il est bien certain d’ailleurs qu'on ne transporte pas tous les hémothorax. Un principe essentiel du traitement des hémothorax est de mettre le blessé au repos absolu. Dans la suite, si l’épanchement augmente et s'accompagne des troubles dyspnéiques, on pourra pratiquer une ponction évacuatrice où une intervention d’hémostase. S'il n'y à pas d’aggravation, l’abstention est la règle. Par conséquent, on ne transportera par avion que ceux pour lesquels une intervention chirurgicale a été décidée.
Un autre point important de la question est de.savoir comment se comporteront les échanges pulmonaires d'un blessé thoracique. En effet, nous avons vu dans la partie physiologique de ce travail, que chez un individu sain l’hémostase se fait d'autant plus difficilement que l'altitude prise par l'avion est plus grande. Et l’on peut se demander comment se fera l’héma-
tose d’un blessé thoracique chez lequel le champ pulmonaire est non seulement réduit, mais encore soumis à des .compressions liquides ou gazeuzes plus ou moins fortes. On doit conclure de là que ie port du masque à O?, utile chez tout blessé transporté par avion, devient pour les blessés thoraciques une nécessité absolue.
b) DOCUMENTS CLINIQUES. — Les observations dont nous nous servons sont celles que LEDUC a consignées dans sa thèse inaugurale. I1 y a là 39 cas de thoraciques transportés par avion, dont certaines observations sont étudiées à fond et présentent par là même une valeur considérable.
Nous n’étudierons pas ces cas en détail, voulant faire ici surtout un travail de synthèse, Nous extrayons du travail de LEpuc les points suivants : |
— La règle admise actuellement par la direction du Service de Santé, est de n’autoriser le transport des blessés thoraciques qu'après douze jours d’apyrexie ou l'absence d’hémothorax.
Sur 39 transports, 7 décès. Dans aucun cas, le décès ne peut être mis sur le compte de l’altitude.
CONDUITE A TENIR. — a) Les plaies pénétrantes de petites dimensions, à thorax fermé, qui n’occupent ni la région précordiale ni la région de la base du thorax, non compliquées, ne devront pas être transportées, car la première thérapeutique indiquée est le repos le plus absolu.
b) Les plaies pénétrantes compliquées d’emphysème souscutané ou médiastinal ne devront pas être transportées. S'il y a indication à intervenir d'urgence, c’est un des rares cas où le chirurgien doit venir au blessé.
c) Il est dangereux de transporter par avion les pneumothorax sous pression. Si une intervention est nécessaire et impossible à pratiquer sur place, on devra pratiquer avant le départ une ponction évacuatrice et l'avion devra voler à très faible altitude.
d) Les plaies pénétrantes avec hémorragies extérieures peuvent être transportées, après hémostase élémentaire et pansement aseptique compressif.
ie a
e) Les plaies à thorax ouvert ne seront transportées que si une intervention est vraiment indispensable. Autant que possible, on tâchera de traiter le choc avant le départ.
f) Les plaies du cœur devront être transportées d'urgence, avec des soins extrêmes. Le pronostic en est très sombre.
3° Transport des abdominaux.
a) DONNÉES PHYSIOPATHOLOGIQUES. — Nous avons déjà vu, . dans l'étude de la physiologie de l'altitude, qu'un des effets de l'ascension est la distention des gaz intestinaux. Ce fait, qui est sans importance chez un individu sain, devient d’une importance extrême pour le transport des blessés du tube digestif.
BEHAGUE, GARSAUX, Ch. RICHE fils, pratiquent sur des lapins l'expérience suivante. Ils réalisent des petites plaies sut l'intestin des lapins et les soumettent ensuite à des dépressions barométriques assez importantes. IIS remarquent que, tandis qu'à une pression atmosphérique normale, un peu de sérosité à peine filtrait du tube digestif dans le péritoine, à une dépression importante il y avait issue des gaz et des matières fécales dans la cavité péritonéale. En outre, l'intestin était rougeâtre et ses vaisseaux fortement congestionnés. Il semble qu’en présence d’une plaie du tractus digestif, deux cas puissent être considérés.
10 Il s’agit d'un « abdomen ouvert ». (Nous employons un terme non classique, mais bien significatif, par comparaison avec une plaie à thorax ouvert ; nous disons qu'il y a abdomen ouvert lorsqu'il existe dans la paroi abdominale une brèche assez large pour qu'il y ait équilibre de pression entre la cavité péritonéale et l’air ambiant.) Dans ce cas, il n’y aura pas davantage d’issue de matières fécales en altitude que sur terre, car dans tous les cas, la pression intra-abdominale et la pression atmosphérique sont égales.
29 I] s’agit d’un abdomen « fermé ». Ce sont les conditions de BEHAGUE, GARSAUX, Ch. RICHET fils. Ici au contraire, l'issue des matières fécales dans le péritoine sera d’autant plus importante que l'altitude sera plus forte. LEDUC fait à ce sujet une
remarque intéressante : « Dés lors qu'il y a perforation digestive, dit-11, 4 y a toujours ensemencement du péritoine, même s’il n'y a pas de variation d'altitude. En effet, s’il s'agit d'une plaie, l’ensemencement est réalisé d'emblée par la balle ou la lame du poignard après la traversée de l'intestin ; en outre, le moindre mouvement, la vespiration même, suffisent à déterminer dans l'abdomen des variahions de pression provoquant une issue de liquides ou de matières 1nteshinales dans le péritoine. Il paraît donc probable que le transport en avion, dans ce cas, provoque l'issue dans le péritoine d'une plus grande quantité de matières septiques que si l’on avait utilisé la vote terrestre, mais le pronostic n'est guère influencé, car 11 dépend davantage de la virulence des germes que de l'abondance de l'inoculation. » Ce point de vue nous paraît en partie juste, mais il n’en demeure pas moins que l'importance de l’inoculation péritonéale est un facteur très important du pronostic ultérieur.
Une question très importante que nous allons envisager maintenant, concerne l’évolution des hémorragies abdominales en altitude. Nous n'avons en vue ici que des hémorragies intrapéritonéales, nous réservant d'étudier les hémorragies intestinales au chapitre des affections médicales.
Les hémorragies intrapéritonéales comprennent des plaies vasculaires et des plaies des viscères pleins (foie, rate). II semble que l'altitude, par le double mécanisme de l'hypertension artérielle et de la vaso-dilatation capillaire, aggrave les hémorragies abdominales. C’est du moins ce’ que tendent à prouver les expériences de BÉHAGUE, GARSAUX, et Ch. RICHET fils : « Ce sont surtout les plaies abdominales qui au cours des dépressions même légères, saignent abondamment. Chaque fois que nous avons soumrs un animal laparatomisé à une dépression, nous avons constaté une vaso-dilatation des vaisseaux de l'intestin, qui se sont remis à saigner. » Par conséquent, si d'un côté, par la rapidité du transport, l'avion permet d'opérer plus précocement une perforation intestinale ou une hémorragie, intrapéritonéale, et si d’un autre côté il fait courir des risques sérieux, les indications seront donc ici faites de cas d’espèce.
b) DOCUMENTS CLINIQUES. — LEDUC réunit 29 cas de plaies pénétrantes de l'abdomen et 3 cas de plaies thorax-abdominales transportés par avion. 11 a obtenu une mortalité globale de 58194: Cette statistique semble à première vue assez mauvaise. Cependant, si l’on songe que tous ces blessés étaient des blessés graves, qui seraient certainement morts si on n’était pas intervenu, le résultat paraît moins décevant. D'ailleurs, les statistiques de la grande guerre concernant les plaies pénétrantes de l'abdomen opérées après transport par avion, sont les suivantes :
RouvirLois : Mortalité de 70 % sur 181 cas.
QUENIN : » » 60219. SUTUI32 Cas.
I1 semble que la mortalité est d'autant plus élevée que l’altitude utilisée a été plus grande.
« Enfin, beaucoup de ces blessés ont été sauvés, qui seraient certainement morts si l'intervention avait été retardée encore faute de moyen de transport aussi rapide. Les statistiques auraient été encore plus mauvaises si l'on n'avait pas utilisé l'avion. Nous pensons donc, aussi bien dans la pratique civile que dans les évacuahons de guerre, qu'une aggravation légère non pas certaine, mais possible, est de bien peu de poids en regard du bénéfice d'une intervention précoce qui n'est possible que par l'aviation. » (LEDUC.)
c) CONDUITE A TENIR. — Nous avons vu que s’il n’y a pas de grand danger d’aggraver par le transport aérien une perforation, il n’en est pas de même d’une hémorragie. Malheureusement, en présence d’une plaie pénétrante de l'abdomen, il est impossible de faire un diagnostic précis. D'une part on ne peut, en présence d’une plaie pénétrante, affirmer s’il y a ou non hémorragie abdominale ; d'autre part s’il y a hémorragie, il y a aussi le plus souvent des plaies intestinales. Enfin, dans tous les cas, l’intervention est assez minutieuse et mérite une installation chirurgicaie complète. En conséquence, on doit transporter le blessé au chirurgien dans tous les cas de plaie pénétrante de l'abdomen.
Un traitement antichoc sera pratiqué avant le départ, et durant
le vol of observera une altitude aussi basse que possible, Trois cas sont à considérer :
10 Lésion viscérale certaine et état général relativement bon : transport immédiat.
29 Lésion viscérale certaine mais état général très grave : transport différé. On fait d’abord un traitement du choc, on réchauffe le blessé, on utilise les tonicardiaques, les injections sous-cutanées et intraveineuses de sérum physiologique, au besoin une transfusion sanguine ; parfois, au bout de quelques heures, le blessé devient transportable et opérable.
39 Lésion viscérale douteuse : Ne pas transporter mais surveiller de très près le malade. S'il ne se produit rien de nouveau, ne pas utiliser l'avion avant quinze jours ; il serait bien regrettable en effet qu'un tel voyage intempestif détermine une péritonite par chute d’une escharre formée au niveau d’un point contus de l'intestin. À
4° Transport des blessés du crâne.
d) DONNÉES PHYSIOPATHOLOGIQUES. — .Nous avons vu au chapitre de la physiologie en altitude que le IL. €. R. subit une hypertension qui est d'autant plus importante que l'altitude est plus grande. Nous avons vu aussi que cette hypertension peut être utilement combattue par des inhalations . d'oxygène. Mais si l'altitude est trop élevée, elle ne peut être entièrement supprimée.
- Un point qui mérite d’être mis à Jour consiste à savoir si l'apparition des hernies encéphaliques n'est pas favorisée par le transport en altitude des blessés présentant des brêches crâniennes. Dans la production d’une hernie encéphalique, deux facteurs paraissent prédominants : l'infection d’une part, l'hypertension intracrânienne de l’autre. Or l’hypertension intracrà-
nienne étant augmentée par l'altitude, il est logique de se deman- der si les lésions céphaliques ne sont pas plus fréquentes après
le transport aérien qu'après tout autre mode de transport. Les données expérimentales manquent complètement sur ce sujet.
b) DOCUMENTS CLINIQUES. — Les documents cliniques permettent d’avoir une idée assez précise sur la question des hernies encéphaliques. Le Médecin-Capitaine MEVER, qui a reçu par avion un grand nombre de blessés du crâne, trouve un nombre considérable de hernies cérébrales ; il lui semble que ces hernies seraient plus prononcées après transport en avion : mais il déclare qu’il ne s’agit que d’une impression d'ensemble rétrospective, et qu'il ne peut donner ni statistiques, ni faits précis.
LEDUC, étudiant un certain nombre d'observations détaillées, note 7 méningo-encéphalites avec hernie du cerveau.
Le même auteur, faisant la synthèse de 45 cas de blessés du crâne transportés par avion, a observé les faits suivants :
Sur quatre blessés opérés sur place de leurs blessures et amenés par avion très tôt, le lendemain ou le surlendemain, quatre morts ;
Sur treize blessés transportés avant l'intervention, il y a eu onze guérisons. Il semble donc qu’on ne doive absolument pas transporter les blessés du crâne qui ont été opérés.
Sur ces 45 cas de traumatismes du crâne transportés par avion, il y a eu 19 morts ; or parmi ces 19 cas, quinze fois l'avion sanitaire a atteint ou dépassé 2.000 m. d'altitude.
C) CONDUITE A TENIR. — LEDUC estime qu'il faut constamment observer les règles suivantes :
10 Ne pas transporter s’il n'y a pas nécessité d’une intervention chirurgicale urgente.
29 Ne pas transporter non seulement les intransportables, mais aussi les inopérables, ce qui est particulièrement fréquent dans ce cas.
3° Si on décide le transport, le faire le plus tôt possible et avant toute intervention.
RE
‘ 4° Ne pas hésiter à utiliser les inhalations d'oxygène à partir de quelques centaines de mètres d'altitude.
5° Tout blessé du crâne qui a été opéré sur place, doit être désormais considéré comme intransportable, pendant 3 où 4 semaines.
Lorsqu'un fracturé de la base du crâne présente des signes d'hypertension intracrânienne, cela ne semble pas suffisant pour contre-indiquer l'avion d’une façon absolue. Certaines précautions sont nécessaires. On devra lutter contre l'hypertension intra-crânienne par une ponction lombaire et des injections intra-veineuses de sulfate de magnésie ; en outre l’inhalation d'O? sera mise en œuvre dès le départ.
En présence d’une hernie cérébrale traumatique, il vaut même mieux ne pas utiliser l'avion, parce que, d’une part la blessure date déjà de plusieurs jours et le délai optimum pour le transport est déjà passé ; d'autre part, une nouvelle augmentation de la pression intracrânienne peut aggraver la situation et on ne peut alors lutter contre elle par la ponction lombaire, qui risquerait dans ce cas de provoquer « une méningite diffuse par affaissement brusque de la hernie ou par rupture de l’abcès cérébral dans le ventricule latéral ou les espaces arachnoïdiens » (LECÈNE).
5° Transport des gazés.
Nous avons volontairement rattaché ce chapitre — qui est cependant un chapitre essentiellement médical — à celui du transport des blessés, parce qu'il concerne uniquement la pratique du temps de guerre. Les gaz de combat comprennent des gaz irritants, vésicants et suffocants. Les deux premiers ne présentent pas d'intérêt ici, car le transport par avion de ces sortes de gazés ne présente aucun inconvénient.
I1 n'en est pas de même pour les gazés par gaz suffocants. En effet, chez ces derniers, le grand danger est représenté par l'œdème aigu du poumon. Or l'altitude, par ses deux facteurs, manque d'O? d’une part, hypertension artérielle de l’autre, pré-
dispose nettement à l’œdème aigu. En conséquence, le transport par avion sera proscrit chez les gazés par gaz suffocants. Si cependant, pour üne raison quelconque, le transport par avion s'avère indispensable, on devra avant le départ pratiquer une saignée abondante et des injections de tonicardiaques, et durant tout le voyage des inhalations d'oxygène.
6° Transport des blessés atteints de gangrène gazeuze.
En présence d’une gangrène gazeuze d’un membre, la thérapeutique chirurgicale classique est l'amputation. Cependant en temps de guerre, l'outillage nécessaire et le chirurgien peuvent manquer, et il est alors nécessaire de transporter d'extrême urgence le blessé dans un centre chirurgical. Or.en altitude, les gaz de la gangrène ont tendance à prendre de l'expansion, d’où aggravation rapide du processus. Par conséquent, on fera tout pour l'intervention sur place. Si cela est impossible, un garrot serré sera placé au-dessus du niveau de la gangrène, pour limmiter son extension.
B. — Transport des malades par avion.
Cette partie de notre travail intéresse également la pratique civile et la médecine de guerre. Au premier abord, cette question peut paraître d’un intérêt secondaire, car elle pose rarement des cas d'urgence. Cependant, comme nous comprendrons dans cette étude les cas médico-chirurgicaux, tels les syndromes abdominaux aigus pour lesquels peut se poser la question d’une intervention chirurgicale, elle devient en réalité fort importante.
Nous ne ferons pas ici une riche et fastidieuse énumération, pour signaler successivement quels sont les cas qui nous paraïissent relever du transport aérien et ceux pour lesquels il est contre-indiqué. Nous passerons sous silence toutes les affections pouvant subir un transport par avion sans qu’il y ait le moindre inconvénient. Nous nous occuperons uniquement des cas pour
lesquels l'avion s'avère nocif, et de ceux pour lesquels l'indication est discutable.
19° Transport des cardiaques.
C’est volontairement que nous mettons les affections cardiaques avant toutes les autres car pour elles, les contre-indications se présentent à peu près absolues. Il nous paraît un peu artificiel de vouloir indiquer quels sont parmi les syndromes cardiaques ceux pour lesquels l’avion est le plus dangereux. Car l'expérience a montré sur ce point des faits paradoxaux. C’est ainsi que l’on a pu voir des insuffisants cardiaques notoires supporter assez bien un voyage en avion, et au contraire des sujets apparemment sains être victimes au cours d’un vol de syncopes mortelles. I1 semble cependant que ce soient surtout. les hypertendus et les endocarditiques qui sont les plus menacés Les hypertendus font souvent au cours du vol des accidents d'œdème aigu du poumon déclanchés par l'hypertension que surajoute l'altitude et par l’anoxémie partielle. Les sujets présentant de vieilles lésions endocarditiques rhumatismales apparemment cicatrisées, rétrécissement mitral surtout, sont du point de vue cardiaque en équilibre instable, et la décompression brutale, amenant un collapsus cardiaque aigu, peut survenir au cours du vol. Au contraire, il semble que les hypotendus soient parmi les cardiovasculaires ceux qui supportent le mieux l'avion.
Par conséquent, la prudence la plus absolue sera nécessaire pour le transport des cardiaques. Et en outre on devra systématiquement ausculter le cœur et prendre la tension artérielle de tout malade à transporter par avion. On évitera ainsi nombre de complications souvent mortelles.
Si cependant il est indispensable de transporter par avion pour une intervention, un blessé où un malade qui par ailleurs est un insuffisant cardiaque, une thérapeutique préventive d’accidents devra être mise en œuvre. Chez les hypertendus et les hyposystoliques cardiaques, une saignée de moyenne abondance suivie d’une injection tonicardiaque (ouabaïne intrayeineuse de
ones
préférence) sera pratiquée immédiatement avant le départ ; et durant tout le vol le malade sera muni d’un masque d’inhalation d'oxygène.
20 Transport des malades atteints d'affection respiratoire.
D'une façon générale le transport par avion de tout pulmonaire, aigu ou chronique, doit être évité. Cependant certaines indications méritent d’être discutées.
Le transport des malades atteints de dyspnée paroxystique, surtout celles d’origine laryngée, pose des cas d'urgence. Ce sont par exemple le croup, l'œdème du larynx, les phlegmons rétropharyngés, les corps étrangers des voies respiratoires. Dans tous ces cas, une intervention ou une thérapeutique spécialisée est nécessaire (trachéotomie, tubage, bronchoscopie). Ces malades peuvent être transportés par avion, moyennant les précautions que nous avons maintes fois signalées : assurer une hématose suffisante par l’inhalation d'oxygène dès le départ, soutenir le cœur par les tonicardiaques habituels, éviter les grandes alti- -tudes. La rapidité du transport devient ici une nécessité qui prime tout. |
Le transport par avion des tuberculeux pulmonaires, surtout les porteurs de pneumothorax artificiel a été longuement discuté, et l'accord est loin d’être fait. Les dangers que présente un pneumothorax en altitude sont surtout l’'emphysème médiastinal et la compression médiastinale. La notion qui doit permettre .ou défendre le transport aérien est la pression intrapleurale. Un pneumothorax présente d'autant plus de danger que sa pression est plus élevée. Une mesure de prudence consiste à décomprimer le « Pneumo » avant le vol. D'ailleurs ces malades ne seront transportés par avion que si la nécessité en est absolue.
Les malades porteurs d’épanchements pleuraux pourront sans inconvénient être transportés par avion, à condition que l’épanchement ne soit pas trop abondant et la dyspnée trop importante. L'oxygénation et les tonicardiaques sont indispensables.