‹ Considérations sur les anomalies des dents humainesChapitre 13 sur 18 · ANOMALIES PARTIELLES · texte numérisé non relu

ANOMALIES PARTIELLES

Tantôt la dent est simplement déviée, c’est-à-dire que la racine occupant sa place normale, la couronne seule présente une direction vicieuse ; tantôt, au contraire, le déplacement est complet.

Voici un certain nombre de dents présentant une direction anormale, soit par vice de forme de la couronne ou des racines (fig. 5) :

Fig. 5.

A. Déviations simples , sur dents. — Les déviations simples peuvent avoir lieu en avant, en arrière, latétéralement et par torsion. Il suffit d’un léger défaut de résistance entre les lèvres qui maintiennent les dents en avant, et la langue qui les soutient en arrière, pour quelles abandonnent leur direction naturelle. Ne voiton pas en effet, chez presque toutes les personnes affectées de bec-de-lièvre, les dents qui correspondent à cette perte de substance des lèvres se déjeter en avant, et ne sait-on pas que l’opération en vertu de la-

quelle guérit cette maladie suffit pour redresser les dents ?

Fig. 6. — Maxillaire très-proéminent possédant deux incisives représentées dans la figure 5.

Si nous étudions maintenant les causes sous l’influence desquelles se forment ces déviations variées, nous trouvons qu’une maladie organique du bord alvéolaire peut quelquefois les occasionner; mais leur cause la plus habituelle se rencontre : dans le défaut de parallélisme des deux mâchoires, c’est-à-dire que les dents s’entre-croisant et faisant effort l’une sur l’autre, la plus faible cède et est déjetée; dans le manque de rapport convenable entre le volume des dents et l’espace qu’elles doivent occuper. Une autre cause les produit encore : ainsi la persistance des dents de lait qui, au lieu de tomber, restent à leur place; la dent permanente n’ayant pas trouvé de place pour se loger, soit en avant ou en arrière de l’arcade dentaire, et plus souvent dans le premier sens que dans le second, se trouve placée en dessus ou en dessous des dents de lait et forme une double rangée de dents.

En un mot, c’est ce qui constitue ce que l’on appelle surdent , et que les auteurs regardent comme une anomalie de nombre par excès.

Fig. 7. — Trois incisives de la première dentition occupant la place des quatre de remplacement, dont deux grandes incisives placées sur la face antérieure, et deux petites sur le bord alvéolaire postérieur.

Quelle est la cause de cette irrégularité, ou si l’on veut, pourquoi les dents de lait ne tombent-elles pas et continuent-elles d’occuper la place que devraient prendre à un certain âge les dents permanentes? On ne peut guère expliquer ce phénomène que par un vice de position du bulbe de ces dernières; mal placé lui-même, il donne à la dent la direction vicieuse qu’il possède, c’està-dire la force de sortir en avant ou en arrière, suivant le sens dans lequel est tournée son extrémité libre. Dès lors la dent nouvelle, ne rencontrant plus l’alvéole et la racine de la dent de lait ne peut exercer sur ces parties la compression qui détermine leur usure, et par suite leur ébranlement et leur chute. La dent reste donc en place pendant que l’autre s’échappe en avant ou en arrière d’elle.

Hunter et Tomes pensent au contraire que la pression mécanique a peu ou pas d’influence sur la chute des dents temporaires, et ce dernier auteur a même décrit un organe qui aurait pour fonction spéciale de résorber la racine. « G’est une membrane de peu d’épaisseur, intimement appliquée sur la partie de la racine qui est en voie de résorption, pénétrant dans la lacune que présente cette surface. Cette membrane est composée de cellules particulières dont chacune est constituée par plusieurs cellules plus petites, variant en nombre depuis deux ou trois jusqu’à quatorze ou quinze;

leur forme est généralement ovoïde ou sphérique. On comprend qu’en ce sens un arrêt de résorption laissant la racine de la dent de lait dans son intégrité, gêne l’évolution de la dent permanente et la fasse dévier. »

En supposant l’existence de cette membrane, nous devons admettre une pression de la couronne de la dent permanente sur la racine delà dent de lait; effectivement, en examinant avec soin les racines de dents résorbées, on remarque que la résorption existe toujours à l’endroit continuellement en contact avec la couronne de la dent permanente.

Les canines sont très-sujettes à être mal implantées; elles ont fait le sujet d’une thèse très-intéressante dont je citerai tout à l’heure une observation. On voit souvent les canines faire une saillie disgracieuse en avant du bord alvéolaire, entre la première petite molaire et l’incisive latérale. Quand cette saillie a lieu des deux côtés, l’alvéole dentaire, interrompue brusquement à angle droit, prend la forme carrée de la mâchoire de

certains animaux carnassiers, surtout quand ce sont les canines d’en bas.

Fig. 8. — Maxillaire supérieur n’ayant jamais eu de grandes incisives.

Proéminence des deux canines.

Les canines, comme toutes les autres dents, peuvent être couchées sur la face antérieure du bord alvéolaire, et la couronne venant à rencontrer la dent voisine, celle-ci se trouve déjetée suivant le sens de la pression ou bien suivant le mouvement qui lui est imprimé; elle s’appuie sur la dent latérale et la chasse à son tour dans une direction quelconque.

Fig. 9. — Une canine du côté droit placée sur le bord alvéolaire antérieur,

ayant chassé les deux incisives.

La difformité est encore le principal inconvénient dans les cas de ce genre, et quelquefois avec le temps elle se complique. Ainsi, lorsque la dent déviée se

trouve disposée de façon à ne rencontrer sur la mâchoire opposée aucune dent qui l’arrête, elle pousse et s’allonge plus qu’à l’ordinaire, chevauche désagréablement, et si c’est en arrière peut blesser ou irriter douloureusement la langue pendant la mastication. D’autres fois, ce chevauchement a pour résultat de forcer la dent correspondante de l’autre mâchoire à s’incliner en sens inverse.

Supposez, par exemple, que l’une des canines inférieures, anormalement placée en avant, prenne un excès de longueur et vienne appuyer sur la canine supérieure; celle-ci, incessamment pressée, se dirigera en arrière. Dès lors l’anomalie d’arrangement, qui jusque-là était simple, deviendra double, et on comprend que si le vice de conformation est multiple, c’est-à-dire a porté primitivement sur plusieurs dents, la difformité sera plus considérable.

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