‹ Considérations sur les anomalies des dents humainesChapitre 14 sur 18 · QUATRIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME OBSERVATION

Anomalie de direction de la canine supérieure droite en vue d'éruption tardive . — « Au mois de juin 1876, Mme H..., âgée de trente-cinq ans, vint nous demander un appareil prothétique pour remplacer deux dents : la canine supérieure droite, qui n’a jamais pris sa place dans la rangée dentaire de sa voisine; l’incisive latérale, qui est tombée il y a quelques mois, non cariée.

(1) Perrolaz, Déviation des dents canines. Thèse, Argenteuil,

<( Toutes les autres pièces du système dentaire se trouvent en parfait état, sauf cependant l’incisive médiane supérieure droite, qui est assez ébranlée.

« Sans plus nous inquiéter de l’état de la bouche de Mme H..., nous prenons les dispositions voulues pour faire confectionner son appareil ; mais avec une certaine surprise nous constatons sur l’empreinte, derrière l’incisive centrale supérieure droite, une dépression trèsaccentuée qui nous révèle chez Mme H... l’existence en ce point d’une saillie conique assez considérable; et en effet, en examinant soigneusement la bouche, nous y voyons très-nettement une pointe de dent qui fait saillie d’un demi-centimètre hors de la gencive, et dont l’extrémité arc-boute sur la face postérieure de l’incisive centrale.

ce Notre attention une fois attirée sur ce point, nous interrogeons Mme H..., et avec les renseignements que nous avons recueillis nous pouvons rétablir l’histoire des faits qui se sont passés de ce côté de sa bouche, et dont voici le récit :

ce II y a environ deux ans que la petite incisive qui manque commença à devenir douloureuse. Mrae H..., sans en souffrir beaucoup cependant, la vit se dévier en avant et s’ébranler progressivement de pins en plus. Au mois de mars de cette année, elle était devenue tellement mobile qu’elle gênait considérablement la mastication; aussi fut-elle extraite parle sujet lui-même, dont l’intervention se borna à la tirer légèrement

avec les doigts seulement. Mme H... fut fort inquiétée de voir sa racine tronquée, croyant à la rétention du som-

met au fond de l’alvéole. La fermeture rapide de celui-ci et la cicatrisation de la gencive vinrent cependant dissiper cette crainte.

<c Mais aussitôt après cette extraction l’incisive centrale droite, qui déjà n’était plus aussi solide que les autres, devenait plus mobile, en même temps quelle se projetait en avant et causait quelques douleurs sourdes. Mme ÏI... avait déjà la triste perspective de la perte de cette dent, lorsqu’au bout d’une vingtaine de jours les douleurs disparurent; la mobilité diminua légèrement, et la projection cessa de s’accroître. Depuis lors, c’està-dire depuis deux mois et demi, cet état de choses est resté stationnaire. La saillie anormale que nous avons constatée derrière l’arcade dentaire a toujours passé inaperçue à la malade, qui ne s’est rendu bien compte que du moment où nous l’avons signalée à son attention. L’explication de ces faits est la suivante :

cc II y a deux ans, la dent canine, qui n’avait pas occupé sa place sur l’arcade dentaire, en a commencé son éruption. Au lieu de prendre sa place et de suivre sa direction normale, elle a poussé horizontalement en dedans ; elle a rencontré sur son chemin la racine de l’incisive latérale qu’elle a même pressée, bousculée au point d’en amener la chute. Ce n’est qu’après avoir franchi cet obstacle que l’extrémité de la couronne a pu se dégager de la gencive au point où nous l’avons signalée. L’incisive centrale aurait été également bousculée et serait tombée actuellement, si la dent canine n’était arrivée à son entier développement. De ce que son état ne s’est pas aggravé depuis deux mois et demi, nous

déduirons qu’il restera désormais stationnaire. Nous supposons en effet que la racine de la canine a acquis sa longueur définitive, et que l’organe dentaire a pris la place qu’il doit toujours occuper; celui-ci se trouve donc enfoui dans l’épaisseur de la mâchoire supérieure, suivant une déviation figurée par une ligne allant de la face antérieure de la première petite molaire au milieu de la face postérieure de l’incisive centrale. Il est en outre incliné sur son axe. La partie que nous en voyons suffit, en effet, non seulement pour nous apprendre que c’est la face postérieure des autres dents; c’est même grâce à cette position que la saillie est peu appréciable et a dû passer inaperçue. »

Nous pouvons placer encore parmi les anomalies de direction partielle différents cas, ceux par exemple dans lesquels les dents, au lieu de se diriger verticalement, se portent en avant ou en arrière. Tantôt ce vice de conformation occupe une seule dent ou bien deux, trois ou quatre au plus; tantôt, au contraire, il appartient à l’une des arcades tout entière ou aux deux arcades à la fois.

Il peut arriver, en effet, que les enfants, après l’achèvement de la seconde dentition, aient toutes les dents de devant de la mâchoire inférieure dirigées un peu de bas en haut et d’arrière en avant ; dès lors le bord libre de l’arcade dentaire inférieure, au lieu de rencontrer celui de l’arcade supérieure, se porte en avant et déborde cette dernière. Il en résulte cette expression désagréable de la physionomie que l’on désigne vulgairement sous le nom de menton de galoche. Il est vrai que cette dénomination s’applique aussi à des cas dans lesquels les

dents inférieures, quoique bien dirigées, débordent encore l’arcade dentaire supérieure par suite d’un vice de conformation appartenant, non plus aux dents ellesmêmes, mais à l’os maxillaire, qui s’est développé dans le sens antéro-postérieur. Nous y reviendrons plus loin aux anomalies générales.

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