CHAPITRE II
Sage pofitkpe des Mfetf»e*cfcn* Itwp coaquét* «t leur goura-ianent de la
Lis cali&s et leur» généraux furent plua sage» que les Gotks , dans leur Conquête de la Péninsule; il savaient que pouf affermir la domination et la rendre plus supportable, il cooyie^t , non de détruire mais de conserver et de protéger tes a»ckne propriétaires , et de respecter surtout leurs droits, leur religion, leurs maaurs et leurs coutumes.
Casiri publia les capitulations convenue* entre le général mahométan Abdalaut et le prince goth Théodomtr, en l'an 71a; par 6es capitulations le général accordait à tous les sujets de ce prince la liberté, la propriété et le libre exercice de la religion catholique , et livrait au prince les villes dOrihueia, Alicante, Lorca et quelques autres lieux, sans autre charge
que la contribution annuelle, pour chaque noble, d'ua aura» , de quatre mesure» de blé et autant d 'avoine, quatre mesure» de vin et deitx de vinaigre, et deux de miel et d'huile, et pour chaque plébéien la moitié de ces redevances, (i)
Dans un autre écrit de l'an 7 34 on voit les obligation* qpkAlbohacem , gouverneur de Coâmbra, imposa anx chrétiens de cette ville, et les droits qu'il leur accorda. Leurs coattibutions devaient être doubles de celle» que payaient les Maures; chaque église était imposée a5 piastres d'argent,, et chaque monastère 5o \ mais il permit aux chrétiens d'être gouyer* nos par an comte de leur nation, qui administrait la justice d'après leurs lois , mais qui ne pouvait appliquer la 'peine de mort sans que ce jugement ne fiât approuvé par l'alcade pu par l'alguasâ maure. Il ordonna aussi que les, chrétiens des petites villes nommeraient eux* mésmes leurs ju£e$, et que si un chrétien blessait ou maltraitait une Mauresque, il serait obligé, s'il était célibataire, d'embrasser la re-
(i) B&liotheca Araètco-EtcurimUmU » t », p* n5.
Kgion de l'outragée, et de 1 épouser, ou condamné à mort s'il était marié. La même peine était portée contre tout chrétien qui entrerait dans une mosquée des Maures , ou blasphémerait Mahomet. Enfin, il était ordonné aux prêtres chrétiens de célébrer leurs mystères à porte close, (i)
Pendant quelques années il y eut assez de changemcns dans le sort des villes conquises , selon que le génie des chefs militaires qui les commandaient était plus ou moins féroce, ou que la résistance avait été plus ou moins obstinée. Abderrame fixa ensuite les contributions au dixième des produits pour les villes qui s'étaient volontairement soumises, et à un cinquième pour celles qui avaient été prises de vive force. (2)
Malgré la haine et le mépris avec lesquels on considère généralement les mahométans,' si on examine leur politique dans cette conquête , on la trouvera moins cruelle et beaucoup plus raisonnable que celle des Goths, et
(1) P. Flores , Espagne sacrée, tom. 10 , trat 33, c 7.
(2) Chronique du Pacense.
même que la politique de beaucoup d'autres nations antiques et modérées, regardées comme éclairées et civilisées; car il était bien moins onéreux pour les propriétaires de payer un ipj ou ao pour cent au plus, de leurs revenus; que d être entièrement dépouillés de leurs bieps, selon l'habitude . des Romains, ou de n'en avoir que la troisième parue, selon la coutume des Goths. > . • *
Cette différenoe dans là manière de traiter et
de- considérer les vaincus, fut ce qui contribua* le. plus à affermir la domination des. mahor inetans en Espagne. Les peuples dégoûtés de la dure oppression du gouvernement des Goths, devaient peu regretter de. se soumettre à un gouvernement plus doux. Tout cède à la fin à l'intérêt personnel. Quelque, attachement que nous portions aux lois:, aux usages et aux coutumes, par l'habitude de: l'éducation 9 fl s'afr faiblit et change lorsque l'esprit, fatigué des maux et des calamités de la guerre, ou mieux éclairé par l'expérience et la comparaison . des faits et des évènemeqs publics, se replie sur lui-même , calcule et se détrompe de beaucoup . de préjugés, qui jusqu'alors lui avaient: paru
des vérités évidentes , ou se résigne fmfin au nouvel état que sa «ésistaace et ses sacrifices n'ont pu enter*
Cette politique des mahométans influa beaucoup sur l'augmentation de la population, de I agriculture et de l'industrie espagnoles dans les .états chrétiens. Les rois , les seigneurs et les ptopriétarres, se dirigeant d'à près les maximes et les préjugés gothiques , méprisaient tout travail qui n'était pas le maniement des armes» Les champs étaient eultivés par des esejaves ou des colons misérables, qui n'avaient d'autre ambition que celle de Retirer delà terre ce qui étaki strictement nécessaire an paiement de leurs ventes et au modique entretien de leurs familles. Telle était, à ces époques, la misère des états chrétiens dans là Péninsule , que c'était un: hix^ et une marque. distinctive de noblesse, même en' Catalogne, province la «tains pauvre de toutes , de toaanger du pain blanc, (i)
Les> Maures, au oontpaire, ouvrant de nouvelles communications dans les ports de la
t (l) Zùeg&ds Oatutègn*, m, %8.
Péninsule, arec l'Afrique et fAsie, attirant sans cesse et de tous cote» des colons et des artisan* utiles , ne dédaignant pas d'être cultivateurs de leurs terres , étudiant les Sciences naturelles et les appliquant à l'agriculture, portèrent celle-ci à l'état florissant dont on trouve encore des vestiges dans les délicieuses campagnes de Valence y de Murcie et de Grenade. Us augmentèrent dans leurs nouveaux domaines l'abondance des produits, la richesse et la civilisation , qui leur étaient inconnues de* puis la domination des Romains; et le&uadalqirivir mabométan devint la source abondante d'où hs sciences et les arts utiles qui se conservaient en Asie se propagèrent en Europe (1).
La parue de l'Espagne gouvernée par les Maures s'identifia tellement; et avec tant de promptitude T avec les dominateurs, que dès le milieu du ix* siècle un chrétien, habitant de Cor doue, nommé Alvaro, écrivait ces paroles : « Quel est le chrétien laïque, disait-il, qui en- • tende aujourd'hui les Saintes Ecritures et les « œuvres des Saints-Pères en latin , et qui aime
(i) Cassrii, Bibl. Arab.-Escurial ; Andres, De VOrigine+ des Progrès et de Y Etat actuel de fouie la littérature.
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«l'Evangile? Les jeunes chrétiens les plus dïs- « tin gués par leur figure, leurs manières, leur « éducation , instruits dans l'idiome arabe , li- « sent avec avidité les livres des chaldéens et « les traduisent dans cette langue , pendant a qu'ils ignorent les simples sources des scien- « ces ecclésiastiques ! O douleur! les chrétiens « ignorent leur propre langue et le latin , de «telle sorte , qu'on trouverait à peine dans « tout le clergé un homme sur mille qui sache « écrire une lettré de pure politesse , quand on « en voit un nombre infini qui explique avec « érudition desphçases chaldéennes. »(i)
Les Espagnols , qui oht toujours été si fermes et si conslans dans la religion catholique, et qui, lors de l'établissement du nouveau gouvernement, avaient maintenu leur foi avec tant de fidélité,- que beaucoup d'entre eux souffrirent le martyre pour avoir publiquement blasphème Mahomet, laissèrent attiédir leur zèle, et renièrent depuis la religion de leurs pères. « On «en voit beaucoup, dit Saînt-Eulogio , qui, « refusant de fuir , de souffrir et de se cacher «avec nous, prévariquent , apostasient, détes-
(i) Indiculus luminosus.
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« tent le Crucifix , et se livrant à l'impiété, cour- « bent leur tête sous le joug des démons, blasophêment, murmurent, et pervertissent les « chrétiens. H en est beaucoup d'autres aussi « qui, naguères dans de bons sentimens, pré- «chaient les victoires des martyrs, applaudis- « saient à leur constance, célébraient leurs tro- « phées , exaltaient leurs tourmens , et qui main- « tenant , soit prêtres ou laïques , changent « d opinion et de jugement, et qualifient d'ini* « prudence cela même qu'ils regardaient avant « comme la plus'grande félicité. » (i)
C'est ainsi que la sagesse des gouvernemens peut varier et transformer. même le génie, les inclinations et les coutumes les plus enracinées des peuples. Ainsi, malgré la grande différence des mœurs des Goths et des Arabes-, les Espagnols embrassèrent ces dernières en grande partie/ Ainsi les Maures doitainèrent la Péninsule plus de 700 ans; et Vils rie -s étaient point désunis et divisés en petits états ennçjnis les uns des autres , peut-être que leurs bannières y flotteraient encore. .
. (1) In Memoriali*
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