‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 15 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Continuation des troubles et des révolutions dans les Etats préservés de la domination des Mahométans.

Si, lorsque la Péninsule était gouvernée par un seul monarque, et quand le clergé jouissait d'une aussi grande prépondérance dans son gouvernement , elle eut à souffrir de tant de desordres , du côté de ses rois de tant de des* pôtisme, et de toutes parts de tant de perfidies dans les vassaux; et de tant de dépravation dans les mceurs des ecclésiastiques et das laïques, que dut-ce être lorsque, à l'invasion des Sarrazins, la Péninsule 6e divisa en plusieurs royaumes , mahométans et chrétiens, tous gouvernés militairement ? Il en fut ce qu'il en est j en pareil cas : les lois sont muettes au milieu des armes.

Dans un tel état le sacerdoce ne pouvait»

pins conserve* la prépondérance dont il jouissait sons la monarchie gothique. Le petit nombre d'évoqués qui restaient libres du joug raabométan, privés de la facilité qu'ils avaient auparavant de sa réunir en conciles nationaux et provinciaux, et de conférer sur les droits de leurs dignités et sur ceux de l'église, ne pouvaient défendre avec autant de fermeté l'ancienne discipline. Les seigneurs usurpèrent avec violence plusieurs droits dont ils ne jouissaient point auparavant ; l'aristocratie sacerdotale fut obligée de céder en quelque manière à l'aristocratie militaire.

Les papes même étaient peu respectés dans ces teiçps de troubles. Que l'on remarque ce Qu'écrivait, en 1022, à Benoît VIII, un abbé du monastère de Roda : « L'année dernière V. S. entendit les plaintes qui lui furent adressées par quelques-uns de nos religieux , sur ce que ce monastère, placé sous la protection immédiate de la sainte église romaine, avait été dévasté par les seigneurs et par leurs vassaux. V. S. leur ordonna sous peine d'excommunication , de nous restituer ce qu'ils nous avaient volé, et de s'abstenir dorénavant de

pareilles vexations; mais, ils ont méprisé vos ordres et votre excommunication, en déclarant qu'ils ne veulent point vous obéir, et en aug* mentant ainsi notre affront et notre confusion, de telle sorte que la plus grande partie du peuple dit maintenant qu'il ne fera aucun cas des excommunications de ses évêques, puisque les seigneurs ne le font de la vôtre; que l'on traite mal les choses sacrées lorsque l'on méprise les excommunications du pape, qui est le prince de tout l'univers ! » (i) < Froila, troisième roi de la nouvelle monarchie espagnole , vit se révolter contre lui les Biscayens, les Navarrois et les Galiciens,* il les soumit, et dans la croyance que son frère Vimarano avait trempé dans ces conspirations, et furieux de l'amour que le peuple portait aux belles qualités de ce prince, il lé fit assassiner; mais les grands irrités de cet horrible fratricide, le vengèrent par le régicide.

Alphonse III , sans égard pour le nom de çmnd qui lui avait été donné à cause de ses

(i) Aguirre, Coliectio maxima conciUorum Hùpankr, ton. iv, p. 3go, - •

nombreuses victoires contre les Maures, fut

dépossédé et enfermé dans un monastère.

Voici comment le père Gharenton rapporte

la 26e révolution de la nouvelle monarchie de

Casùlle :

« Les Normands ayant fait une descente dans la Galice, y commettaient des désordres affreux et emprisonnaient quantité d'habitans. A tous ces maux il en succéda de plus grands encore par le faux zèle de Sisenand, évèque de Saint-Jacques. Cet indigne prélat représenta au roi le danger auquel la cathédrale était exposée, et lui demanda: la permission de la fortifier pour la mettre à l'abri, des insultes de ces pirates. L'ayant obtenue, il fit environner la ville de murailles, et sous prétexte d'avancer les travaux, il exerçait de si grandes tyrannies que les peuples furent contraints de s'en plaindre au roi(D. Sanche), qui lui ordonna de faire cesser les murmures qui s'élevaient contre lui ; mais bien loin de se corriger, il se porta à de nouveaux excès; et pour tout dire en un mot, il en vint à un soulèvement dans les formes. Le roi en étant averti alla en Galice, à la tête d'une artatée,

« prit le coupable, le fit enfermer <fcns une « forteresse, et mit à sa.pJaç^.SaintTftoaend, « évêque^de Mondofiedp, en sorte qu on crut « que la révolution était éteinte ^pour toujours; «i mais Tordre du destin voulait que cette revo- « lution fût la cause fatale de k. mort du roi, « car cinq ans après, ce détestable forfait, »k .« comte D. Gonzalès, gouverneur de Lamrfg°> « de Viseo et de Coimbre, sgit qu'il eût des*ciH « d'usurper la couronne, soit qu'il voulût setxr « lement venger l'opprobre dont l'évêque Sis*- « nand, son parent, avait été souillé par sa de* « position , fit révolter contre le roi les hahitàii* • « des places et pays dont il, avait le gouverne-

* ment, ce qui obligea D. Sanche à entrer en

* Portugal à main année pour châtier les fac- « tieux. A son arrivée, le comte*, trop faible

* pour lui résister, implora la clémence de. son « souverain , et obtint le pardon de son .crime* « mais le traître ne fut pas long-temps sans en « commettre un nouveau^.ineomp«rabkment « plus, énorme, que: celui dont il. venait d'être «absous* Comme il était le plus: fourbe et le « plus dissimulé de tous les hommes, il fit voir «tant de repentir de l'insulte qu'il avait fak«

« au roi , que ce monarque, séduit par ces ap- « parences* "trompeuses -7 lurredoniMt -toute sou « estime, dont il abusa si fort , qu'il empoi- « sonna celui qui) peu. d* jouitf auparavant, « lui avait généreusement accordé k vie. Le roi « sentit d'abord les cruefc effets du poison, et * partit sur-le-champ poar Léon; mais te hui- « tième jour 4e sa m»ehe ilmouret dans le « monastère de Castrela. » (i)

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