CHAPITRE XV
Coup-d'opil mu- le règne de* Henri lT.^^Politiqne des grands. — Privautés scandaleuses de D. Juan Pacheco avec ce roi,et de D. Bertran de la Cueva avec la reine.— Discorde entre les grands sur la légitimité de Dona Juana, appelée communément la Beltraneja. — Révolte de D. Juan Pacheco et autres grands seigneurs. — Déposition de Henri IV, et proclamation de son frère D. Alonso par les ennemis de k Beltraneja. — Recours à Rome de l'une et l'autre partie y our faire pencher le pape en leur faveur. — Mépris avec lequel les rebelles traitèrent un légat pontifical , parce qu'il ne les protégeait pas. — Mort de l'intrus D. Alonso , et réconciliation des rebelles avec leur roi légitime , sous la condition de nom* mer pour fati succéder sa sosur la princesse Dona Isabelle, .
Auctm roi d'Espagne n'avait commencé son règne sous de$» auspices ptes favorables., Henri IV ayant pénétré avec son armée dans le royaume de Grenade ^ força le roi maure à lui demander une trêve, et à lui payer pen-
dant toutesa durée, douxe mille doubles annuels ; à donner, en outre laJibejté à six cent* captifs chrétiens, ou «il n'en avait pas autant en son pouvoir, à completter ce nombre par un nombre égal de Maures. Peu après les Catalans &étant révoltés contre leur- roi, proclamèrent Henri, et battirent monnaie en son nom. Le roi deNapJes le supplia de d'admettre au nombre de.ses vassaux, la république de Gènes lui fit la mémeprière,celle de Venise lui proposa un traité d'alliance offensif et défensif; et le pajpe Pie II Juien proposa un autre d'une confédération perpétueUe avec le Su-Siège, finalement la France releva la Castille de l'état de sujétion dans lequel Henri II l'avait, placée, et sous lequel les Castillans ne. pouvaient voyager en Angleterre ni les Anglais en Castille, sans la permission du gouvernement Français.
Mais il ne convenait pas aux grands que leurs rois fussent très pûiasans; aussi loin de coopérera sa plus grande gloire, ils 4e réunissaient et se confédéraient très fréquemment pour l'obscurcir. Voici la peinture <jue nous a laissée Gastillo , Chroniste de Henri IV, de la politique des grands de Castijle.
ce
)a ddfojaufté de «as famr o^mA*^ ~ lers allai* touts les jours eroksant, leur peu' d'aJ^cbenwii s affMbliaaakT «t Boa réyafc percer leurs dépeins, leurs intriguas -et leut* « pensées nuisible»* lis afttacpinei* tout <# q*Li « lui fiunwiftjLt deproepère; on ie ^contredisait « ^usleforéie^eqisecesGhoses^taieDt^Ékiès, « peu certaines, tares ruineuse*, de peu <f bon- « ncur et d'aucun profit, et * plus dangereuses « 4 W éfom De sorte qu'ils attiédissaient le « c<Qar d&xoij) *©n«seole»ent po«r les aeetep- « t0rrainpi que le voulait la raison, mais en-
« .pore pour les f*wocp*er ,<eorameil convenait ~
« à uae politique ëldfîée. Ils cherchaient aitrii CQUJÛûUeJJewettt par des formes étudiées * <jLe délais, à perdre les ehôses arrangées et prêtas à *w*r k«r effet, à la hoete et au
« blâme de leur monarque; et ils éloignaient àe Uiioe»x qui lecunaeîitaiéht'aîpéfc ées cœurs
* loyaux, «t c^eeehttieatavëc^ta'e affection ré-
« potable ie fcien .et l accroissement de la cou-
« ronoe royale. » (t)
D. Je*n Padaaco était favori de ce *6i, à ce
(i) Chronique du roi Henri IV, chap. 45.
point qv oa cwyait çn'll ïàmt tfiaareeUL © «tu autre 0Ô*é D. Jkttmad ate k foeftf était fort amie la *ein*w Le praewÊr a* «il dbejà obtenu k gra^d jparçfâa&fk Villena, qui ne ae donnait wam^pi'à des per*awt<»*ttyakt ;k aoctmd avait été créé aussi comte de LedesuMuDans ne mémo terap&, k joaîtrke de &t*feofu«* «vit a vaquer. Lesdewx £wori* y fffétemlireoi, mais par iï«- (kenee de la *?ekie, k Gueya ltirtint^ et Façi*co foi; rè?<a£fewé de**£te préféreotfu
Le lin»* , faux o» vrai, ^unil qu'Hémâ
était ifnpK&ant, -krsçpie k reme *£ûaaeha
d uœ fifie 9 €* awdgre k* doutes que l'opnaioti
commune préaoataît wrklégilkiûte de «e&sit,
k roi et k Teioe l'ayant arécomroe pomr leur
fifle,ks fortes a*wea£ rewnaii Jeattae mmwiée
Bekttaqa pou* héritière dis k -goiraaae* Nak
laafttcieiix wamprô <te VUJena,, j>ki& de *«$♦
sarômeat <ft»ti*. txm rival , croyant qu'il kti
* serait plus *v?8t0geu$4e pr^okw^rroirintot
D. Aion^o, frère -cadet de Henri; et iâoa.qi»
par «on admette, il e&t<obtaew <k &t£? afioâkar
k D^imAaJÛcin fde k £mw, et.*e fias 6»t*o
carder k wîtriae 4e &t<-feeq»es, fomenta *hi
parti pour détrâfcf? *<m *©i légUiaae- Comiwe
les séditieux connaissaient l'influence de la religion sur le peuple, ils accusèrent le roi d'hérésie pour le déeréditer et le rendre plus odieux, et même envoyèrent un agent à Rome pour le dénoncer au pape en leur nom, et solliciter son excommunication.
Cette tentative ne leur ayant pas réussi, ils déchaînèrent leurs langues et leurs plumes contre la cour de Rome. On ne trouve dans les écrits de ces temps des invectives plus amères contre les papes qu'on en lit dans la chronique de Païen cia, chapelain de l'infant D. Alonso, qui fut l'agent pour cette affaire.
Les rebelles soulevèrent beaucoup de villes contre leur souverain légitime, et frustrés dans leur premier projet, ils eurent l'insolence de représenter à Avila la farce la plus scandaleuse. Ils élevèrent un échafaud au milieu de la place de cette ville, et y. placèrent un mannequin de Henri IV, revêtu des marques distinctives de la royauté; les auteurs principaux de cette trahison y étant ensuite montés, l'archevêque dé Tolède dépouilla la statue de la couronne, le marquis de Villena lui ôta le sceptre, le comte dePlacenelalepée,et les comtes de Benavente
et de Paredea» les autres insignes royales. Ainsi depouilk^ le mannequin fat précipité de Féchafaud , et ils proclamèrent rôi D. Alonso, au grand mécontentement de ceux qui étaient témoin* de cette scène, d après la relation dudit historien Palencisu
Ces paroles sont remarquables en ce quelles démontrent Fignorafrce ou la mauvaise foi des auteurs du discours préliminaire de la constitution de Cadix, qui citèrent cet événement comme une des preuves» le» plu» convaincantes de la souveraineté du peuple; .
La souveraineté du peuple peut se fonder sur des théories abstraite^ phia ou moins probables; mais en lisant avec réflexion et impartialité l'histoire de l'Espagne, on y cherchera vainement des exemples qui puissent l'appuyer; bien loin de là on trouvera au contraire que les Castillans ayant rencontré dans le code des Parties y .x&ke, loi d'après laquelle on pouvait sçiutenir cette doctrine, et voyant que la mauvaise interprétation servait de prétexte aux mé* oontensdu gouvernement pour le combattre et troubler la tranquillité publique, demandèrent à Jean II la déclaration qu'il fit dans les Cortex
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«h dirçirt cppagnol^ lequel é;ai« Wfe *ftfl*fcftt de celai <|»é les ttWhieak lui; cfetofttàeM.' ( *j
HâHci iVy.vendf* fm* tfrfrt dwttfttftrè**, S#jWr* vh àuuilèk l'sutOKpé à&p&pè pôtf*^ tes iKHimettre. « En ce temps, dit te eWbfikité>;Ffr> • UN^av^hffiftftèjni^
« :B«igod ; et delà. & &&}i*& âét » Càttlj*é , éfc % état*' te roi Hetttiy/ qûi-fria*' à^c*»-toW*jIèfc « grands: de sa «cbiflr le ï^Hir a^&'pttttipe', « dans le vain espoïç «fq'éntreteïïàiï ' ce'ffrince , « .qihsiaiiJantTjren des pettéulfeà 'éc^&i&tiques u kncéèstpar l'atttftrfté Al* S*<-P*'ffe, Un foretf- « raitilàs parasane dtt yoi A4ëri*& à taifelfcHrte « ofrébsance envers Henri ;" ce» 4fù8 ^ïôritià #sta « tégat une telle préspmpfc&n , qâ^ft pèïfta pdu- « yoif tant déterminer seloft sa v6Ïôrfte\ «
/* H ooifanamc* aussitôt è aojfceife^te thaïs « 31M0 de Villéha grand Maître dé#fc-Ia^fcs\ « pour qail fie rendît à cernait* jôttr tfÀi*è¥ttta « où il éXttHr dans te monastère . É^elé • là
(i) ÉlàMfik, SsMdf'M^qUr H briUqv& *tittdhdi*hné
« Méjerada, voisin delà rille (fOlmédo, où le « Grand-Maître Tint en effet avec Févêque de
• Goria et le connétable son frère, ainsi que «*D. Diego de Quinones, comte de Luna^ en " présence desquels le légat commença son dis-
• cours, en leur disant avoir le pouvoir défaire tout ce qu'il voudrait dans le royaume ,parV autorité pontificale h lui donnée; ce qui irrita le Ôrand- Maître m point qu'il répondit arec beaucoup de colère, que ceux qui avaient dit au St.+Père qu'il avait le pouvoir de disposer des choses temporelles dans les royaumes de Castille y Pavaient trompé. Que lui et les grands du rcyamme pouvaient très bien déposer le roi , par tte justes causes , et investir de ses droits quiconque leur conviendrait pour le bien des* dits rofawites, qtf Henri ri f avait su posséder et emeeremems garder ; que si d'un autre côté le pape pntcédkut contrairement a ce droit, û en résulterait sans dotitc de plus grands inconvéniens pour lui que pour F Espagne; qu*il appartenait au pape de diminuer les scandales et non de les augmenter; qtfil convenait au légat d'avancer des choses vraies , et non fausses , et qu'il parafatek fret ingrat auùc libéralités dont les
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royaumes de Castille et ' de Lion avaient usé envers lui^ si pour récompense il efierchait h en amener la chute*
« Le légat, naturellement craintif, ditPalencia, « répondit à ce discours du Grand-Maître avec « beaucoup de douceur. On convint d'un « pourparler pour certain jour à Montejo delà « Yega, où le légat, les archevêques de To- « lède, de Séville, D. Alphonse Henry, fils « aîné de l'amiral D. Fadrique, et beaucoup « d'autres nobles, qui suivaient D, Alphonse, « se rendirent le 1 3e jour de décembre de la- « dite année. Ainsi réunis, et aprè* quelques « paroles échangées, les licenciés Juan de « Alcocer, et Alphonse Manuel de Madrigal, « démontrèrent les maux à venir au nom de « tous, et comme ils commençaient à les signa- « 1er avec beaucoup de légèreté , le légat piqua '< sa mule et s enfuit, en prononçant quelques « paroles menaçantes , auxquelles tous les as- « sistans répondirent d'une voix haute, nous en « appelons! nous en appelons! ce que voyant « les gens à cheval qui se trouvaient là, sans « - connaître la cause de la fuite du légat , se mia rent à courir après 4u*i et fe ramenèrent.
« L'archevêque et le Grand-Maître prirent sa « défense, ce qui lui fit changer toute son ar- 5 rogance en douceur, et l'empêcha d'oser re- « tourner à Médina. Il resta avec le marquis
* avec qui il rut à Arevalo, où et de concert
* avec l'archevêque de Tolède, il travailla à « soumettre à l'autorité du roi Alphonse, la ■ ville de Séville et de Ségovie. » (i)
Telle était la conduite des grands et des évêques de ce temps.' Quand il leur convenait de rendre leurs souverains odieux, ils exaltaient l'autorité épiscopale et pontificale, et exagéraient les suppositions des griefs contre les imimfnités, franchises et libertés du clergé? mais, lorsqu'on s'opposait à leurs intérêts et à leurs vues politiques, ils désobéissaient aux bulles, et méprisaient les armes spirituelles des censures ecclésiastiques.
Cette légation du pape ne remédia à rien ; au contraire le parti de l'intrus prenait plus de consistance, lorsque la divine Providence permit que peu de mois après il mourût de
(i) Palencia , Chronique eu très Hktstre prince Henri IV,
màkàUffy ou àë poison , comme on le crut gë-
Par os motif tes rebelle* rartnrent sous Fobtéksance du roi Henri , mais Ce fut en le forçant, hftigté kl ledennatsaance formelle qnil âTM faite 4e la légitimité de sa filïe Dona luafft} et la proclamation qu'en avaient faite les Cortès comme héritière de k couronne, de consentir à mettre à sa place sa sœur Isabelle, ce qtïi produisît de nouteaux troubles dans tout; le royaume.
Ce léger aperçu du règne de Henri IV, montre aases quel était le vrai esprit du gouveenemeAt) et les coutumes de GastHle dans les siècles *rv et xv, et combien était fondé ce qae disait un écrivain de ce temps,
« Quoique le vieil adage crie , « La loi veut ce que veut le Roi ; « L'adage n'est que menterie ; « Où «ont les grands, là sont les lois. » (i)
(i) Fernan Gomez de Ciudad Real , Centon èphtolaire.
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