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CHAPITBE XVII.
Etat pitoyabU de la Gastille 9 lorsque D. Ferdinand et - Dona Isabelle commencèrent à régner. — Sage politique que ces roi* mirent «d usage pour tranquilliser leur royaume , abattre l'orgueil des -grands , et affermi* la monarchie. — Création de la Sainte-Hermandad. — Démolition des châteaux et forteresses des, grands seigneurs. — Révocation de beaucoup de donations des biens de la Couronne , faites sans des motifs suffisons. Agrégation des grandes maîtrises des ordres militaires à la Couronne. — Privation du droit anciennement ac-^ cordé aux grands de souscrire les diplômes royaux.— Nouveau règlement du Conseil et de la magistrature. — Protection accordée aux sciences et aux arts. — Réflexions sur les cause» qui portèrent les Rois Catholiques à créer l'Inquisition et à exiler les juifs. — Coupd'œil sur les cjivers états de prospérité et de malheur des juifs en Espagne.
Depuis D. Rodrigue jusqu'à Ferdinand et Isabelle', c'est-à-dire dans une période de plus de 700 ans , il n'y eut pas, à vrai dire, de mo*
narchie espagnole. La Péninsule était en vingt ou trente royaumes mahométans ou chrétiens , indépendans les uns des antres, et ces dernière étaient gputferaétf arec très peu de lois générales, et beaucoup d'entraves à f exercice de 'l'autorité royale. L*s rois cathobques furent les vrais fondateurs de .lamonarcfcçie espagnole, et lui préparèrent par leur haute politique , l'élévation où elle parvint dan» le xvie siècle.
Quelle énorme différence ne voit-on pas en effet, entre les principes du gouvernement de Henri IV, et ceux fe Ferdinand et d'Isabelle! Sous le sceptre de Henri tout prospéra, autant que pouvait prospérer une monarchie féodale. Les victoires contre les MAures: les ambassades de beaucoup depui$sftneeff éwangirespoursollieîterdes alliances of&nsivesetdéfensiyes avec là GastiMe; l'abondance diitrésor royal pour le paiement été ses obligations^ tout flattait la mtioto, tout lui promettait une paix durable j niais les rois catholiques conptieùcérentÀ régner! au milieu des, désordres inévitables dune guerre civile. Quoique D. Henri eût consenti à ce que sa sœur IsabeHe $uesedât à *a couronne, il se
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rétracta bientôt et déclara de: nouveau Beltcaneja pour fille légitime et héritière de sesétstts, Il mourut dans cette disposition, et laissa son pays plongé dans Ja guerre la plus désastreuse. • > . . t
Dans les guerres civiles, il ne peut y avoir * ni ordre, ni justice', ni bonnes mœurs* On peut se faire une idée de celles de ces temps, par la description que nous a laissée Ferdinand du Pulgar dans sa Chronique des rois catholiques.
« Danfr ces temps de divisions, la justice « était suspendue,< et ne pouvait s'exécuter « contre les malfaiteurs qui dépouillaient /et « tyrannisaient les peuples sur les chemin? , et « généralement dans toutes les parties du . « ' royaume. Le débiteur je dispensait à volonté
- « de payer son créancier*; personne ne reculait
- « devant un crime; personnels croyait devoir * « ' l'obéissance ou ht sujétion à un .supérieur. , <t Une tèHe habitude de désordre s'était iotro-
*' dùite, tant par ta. gu#we présente, que par « les troubles ; et ïea guerrçs passées du roi « ■ Henri, qùeeffr&la&^t$0Rsidéré comme un « insensé^ qui eovninQttait le. moins de yiolen- <i cçs. Les dtoyeas pacifiques n'étaient p^s
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* maîtres de ce qui leur appartenait , et ne pou- « vaient avoir recours à personne contre les « vols, les violences et les autres maux qu'ils « souffraient des gouverneurs des forteresses» « où des autres voleurs ou malfaiteurs, (i)
A cette dépravation et à ce débordement de mœurs, se joignait l'impuissance du trésor pour y remédier , par le tlénûment dans lequel la prodigalité de Henri et les usurpations des grands V avaient laissé. Au commencement du . règne de Ferdinand et d'Isabelle, ses revins ne dépassaient pas trente mille ducats, (a)
La réunion des deux couronnes de Castille et d'Aragon , augmenta la force de ces rois, pour rétablir Tordre public* non pas précisément en suivant les lob et les institutions antiques du royaume , mais en y faisant au contraire de grandes innovations. Ils créèrent la sainte Hermandadj sorte de gendarmerie, au moyen de laquelle ils balayèrent les grands chemins des malfaiteurs. Ils firent démolir la plus grande
(i) Pulgar, Chronique des rois catholiques, part. 2, c. 5i. (2)Zurita , Histoire du roi Ferdinan&4e~€<Uholique , Hr, vf,ch. 26.
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partie des oh&teaux et forteresses de beaucoup de seigneurs et de chevaliers , qui n étant pins nécessaires pour la défense du royaume, ne servaient qu'à donner asile aux criminel*, fls annulèrent beaucoup d'aliénations de bourgs, alcavalas et autres biens de la couronne, faites
pour des services supposes ou exagérés. Us réunirent aussi à la couronne les maîtrise* des ordres militaire*, qui antérieurement étaient autant de principautés. Ils dépouillèrent les grands, du 4roit dontife avaient joui jusqu'alors d!étre conseillers nés des rois , et de souscrire les prrvi-' lèges; ils donnèrent une nouvelleïbrme àl'ancien Conseil , en le composant en grande partie de jurisconsultes , attachés par leurs principes et leurs opinions à la mdnàrchie absolue, et prescrivirent aussi à la magistrature de nouvelles- ordonnances et des nouveaux régïèrnens pour une phi* prompte et plus juste administration de la justice. Ils comprirent l'imperfection des codes antiques, et chargèrent les jurisconsultes fc» plus accrédités d'en confectionner de plus méthodiques. Ils protégèrent les savans et encouragèrent l'instruction, littéraire de la noblesse. Un autre moyen dont les^rois catholiques se
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servirent pour affermir davantage leur autorité, fat l'établissement de l'Inquisition. La politique de leurs prédécesseurs sur la tolérance accordée aux juifs avait été très diverse. Sisebut leur ordonna de- se convertir tous auchrfe tourisme, mais St«*Isidore désapprouva cet ordre en le qualifiant d'imprudent (i). Le quatrième concile Toiédan, présidé par ce savant et saint évèque, pensait de la. même manière. «A regard des juife \ dit le 5y* canon, de ce concile, le saint synode ordonne qu'cfn ne forcera per* sonne pour se convertir , parce que Dieu a pitié de celui qui lui plaît, et endurcitcelui qu'il repousse» On ne doit point les sauver par force, à l'eaception, de ceux qui sont vraiement convertis, pour quela justice soit équitable, parce qu'ainsi que le premier homme se perdit pour avoir librement obéi au serpent, de même celui qui se crok convaincu en sa conscience, se sauvepar la grâce divine. On doit donc exhorter les pêcheur^ à se convertir sincèrement, mais nonlesy obliger par la force, » (2)
(r)Hotrrô; (a) Wôt. 17.
Malgré cette doctrine si chrétienne, tout le clergé n'approuvait pas la tolérance envers les juifs : le sixième concile Tolédan , persuada à Chin tilk de ne pas permettre d'autre culte que le culte catholique, et décréta que sessuccesspurs à l'époque de leur couronnement, promettraient l'intolérance de tous les autres. Cependant malgré le décret de ce concile les juifs continuèrent à vivre dans la Péninsule.
Les juifs dispersés sur tout le globe , méprisés et opprimés partout, apprirent par leurs calamités, à chercher leur subsistance, et les moyens de s'enrichir par l'industrie et le commerce.
Pendant que les seigneurs européens et leurs va&aux savaient à peine lire et écrire, et ne connaissaient que la chasse et les combats. les juifs appliqués à l'étude des sciences , aux arts, et particulièrement au commerce, s'enrichissaient parleur habileté, et trouvaient facilement des protecteurs dans les cours et dans les villes.
- Au xie siècle il y • avait déjà en Espagne* beaucoup d'Hébreux auteurs d'ouvrages de commerce. Rabi Samuel en écrivit un, ayant pour titre Achats et Ventes. R. Yzachack tra-
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duisit de l'arabe un autre ouvrage du même titre. R. Bar Baruch fit un traité de jurisprudence, intitulé Journal des Commerçons. D. Joseph Rodriguez, de Castro publia à la fin du siècle passé la Bibliothèque des écrivains Rabbins Espagnols , dans laquelle on trouve des notices très curieuses sur la littérature des juifs»
Dans ce même xiç siècle, lesjuifs de Gastille étaient déjà si riches, que le Cid, manquant de moyens pour faire la conquête de Valence , ce forent eux qui lui prêtèrent les fonds néces-» saires pour les frais de cette grande entreprise.
La puissance des juifs castillans s'augmenta beaucoup plus encore dans le xne • siècle. Àlonso VIII, épris de la belle juive Jlacbel, leur accorda par sa protection toutes les grâces et les privilèges qu'ils lui demandèrent. Tous les écrivains ne rapportent pas de la même manière l'histoire de cette nouvelle Esther; mais on ne peut douter que D. Alonso , nonseulement égala les droits des juifs aux droits des chrétiens de son royaume , mais qu'il leur concéda encore le droit de nommer des. juges de leur religion , au tribunal desquels devaient se présenter les chrétiens qui avaient des pro-r
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ces contre eus. Ainsi le prouve le code queoé prince donna à la ville de Cuenea, ou il tenait sa cour. *
Enorgueillis de la haute faveur que ce soi leur accordait, les juifs en abusaient très scandaleusement dans le commerce, qui était leur occupation la plus- générale.' Les lois du Fuero JuzgOy copiées sur les lois romaines, ne permettaient d'exiger d'autre usure pour les emprunts que celle de douze pour cent par an, et les juifs ne se contentaient * plu» de ieent pour cent» Alonso VIII fit insérer dans le code de Cuenea qu'ils ne pourraient exiger une usure plus considérable; ( i )
Quelle politique! les lois craies détendaient aux Espagnols chrétiens une phis forte usure que celle dedotue pour cent, cette usure même était prohibée absolument par les lois ecclesias- , trqiies;et on tolérait aux juifs l'énorme usure de eëot pour cent! Avec de tels privilèges, et un tel monopole pour le commerce de l'argent, comment les juifs ne se seraient-Us pas exor~ bitamntent enrichis? et comment avec leurs
(i)'Not. 18.
richesse* et leuir finesse dans la direction de* aalres affaires, n auraient-ils paseu beaucoup de pouvoir à la cour, et dans le gouvernement?
La fortune des juif» ne fut pas aussi prospère bois de l'Espagne j car dans le même temps que le roi de Castille les favorisait de cette sorte dans ses états, Philippe* Auguste les bannissait de h France , et confisquait leurs bien».
Pour excuser cette proscription , et beaucoup d'autres que les juif* eurent à souffrir en France , qû répandit le bruit qu'Us commet* taxant mille outrages contre la religion chrétienne, qu'ils altéraient les livres originaux des saintes Ecritures, qu'ils se moquaient des images de Jésus-Chpsft et de la vierge Marie, qu'ils enlevaient des etifans chrétiens peur les martyriser eu retraçant sur eux la passion dé Notre Sauveur; qu'ils eicitaient les chrétiens a embrasser le judaïsme, et autres crimes semblables. Pour les rendre et plus odieux etphis ridicules, on leur attribuait encore le défaut personnel de sentir mauvais, et d'avoir une queue au dos* •
Il peut bien arriver que quelques juifs, soit par motifs de vengeance contre leurs persécu-
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teurs, ou fanatisés par l'esprit de leur secte commissent quelques-uns de ees crimes; mais le docteur Barroso portugais, qui après avoir exercé la médecine plusieurs années à lisbonne, se fit circoncire à Venise au xvn* siècle, lésa tous niés, en alléguant diverses raisons pour prouver qu'ils étaient tout-à-fait calomnieux.
« Les calomnies et les faussetés , dit-il , qu'on « inventa dans toiis les siècles contre les juifs, « ont été si nombreuses, que si le Seigneur ne «les avait protégés d'une main puissante, « d'après la parole de son prophète, ne crains « rien y je suis avec toi \ ils seraient entièrement « anéantis , et leur nom n'existerait plus dans « la mémoire des hommes. Mais c'est par ce « qu'on les voit séparés des nations, avec deè « rites et des lois différentes, dans un état de « bassesse et d'humiliation, èrrans et abat- « tus dans le monde, sans faveur ni bras hu- « main pour les protéger, que tout le monde « les poursuit et les maltraite, et s'unit pour « affliger ceux qui déjà sont affligés, (i)
Ce qu'il y a de certain, c'est que ce même
(c) Excelencias de los Hebreos , Amsterdam , an. 1679.
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Philippe- Auguste, qui les avait bannis de France, et avait confisqué leurs biens, $ou* prétexte qu'ils sacrifiaient tous les ans un chrétien . en commémoration des Pâques, et qu'ils se servaient des calices et des. vases sacrés mis en gage pour sûreté de paiement de leurs usures, les réadmit, peu de temps après dansées .états. Sept fois les juifs furent chassés de France, et autant de fois ils y furent rappelés; preuve manifeste que de telles expulsions étaient moins ordonnées par les prétextes qu'on alléguait, que par J'aYarice et par le fanatisme.
lies ïnêm& plaintes et les mêmes préjugés se manifestèrent également en Espagne contre les juifs. Alonso le Sage exprima dans une loi des Paradas, qu'ayant appris que les juifs dérobaient des enfans pour les crucifier le vendredi saint, et qu'ils excitaient les chrétiens à embrasser le judaïsme, il décernait en punition de ces crânes, la .peine de mort contre leurs auteurs : il modéra le taux de l'usure, en le réduisant à 33 j pour §,(i), et émit plusieurs lois pour réprimef leur pouvoir et leur ajrg-
(c) Dan* le Fuer^r%oL
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gance; mais ni lui, ni se$ successeurs n'eurent la pensée de les expulser du royaume; lom de cela , ils leur confirmèrent l'inappréciable privilège d'être jugés par des juges nommés par leurs rabbins, et conformément à leurs lois, et quoiqu'il leur fût défendu d'étendre leur juridiction sur les chrétiens, ils n'en obtinrent pas htoitts les plus hautes dignités. D. AlonZo le $ége eut lui-même pour trésorier général D.Gag dék Malea, pendant que D. Jendano l'était de Don Jaime !•*, roi d'Aragon ; et lorsque Alonso XI commença son règne , l'un des cinq ministresjde son conseil privé étaitle j^iif IX Juçaf. (i)
Les lois dites del Estih^ publiée* ira commencement du XIVe siècle, conservaient enr \core aux juife le privilège qui leur permettait de fairejuger leurs causes criminelles et civiles par leurs alcades et leurs rabbins,» cétoformément à lents lois. «
Mais lés canons du concile général de Vienne
■ contre les jiiifs, reproduits par le concile pro-
vineialdeZamorade i3^ï 3, Altèrent u«egrawde