CHAPITRE XVIII
Nouveaux accroissemens de la monarchie espagnole, par ses découvertes dans le Nouveau-Monde. — Sage politique des Rois catholiques et de leurs successeurs dans les établissemens de leurs colonies.
Le Génois Christophe Colomb, persuadé (ju.e Ton pouvait découvrir un nouveau monde inconnu à l'Europe, jusqu'à l'époque où il vivait, proposa la grande entreprise de sa découverte au gouvernement de sa patrie; et quoique les Génois fussent alors une des nations les plus instruites dans la cosmographie , ils rejetèrent son projet* Il éprouva le même sort en Portugal, autre nation de& plus versets dans l'art de la navigation.
Qui aurait pu penser que ce héros , méprisé par sa patrie et par les Portugais, devait trouver un bon accueil, et protection pour réaliser son grand projet, auprès d'une, fçmme et d'un
moine espagnol? Car ces deux personnes, les moins propres selon les apparences pour connaître et savoir apprécier toute son importance, furent les principaux instrumens dont Dieu se servit pour le* mettre à exécution. Tels sont les hauts et incompréhensibles décrets de la divine Providence.
Colomb <& rendit à là cour des rois catholiqties en Tannée i4o4>etleur proposa son projet. On le transmit à la censure d'une assemblée de cosmographes. Les uns dirent que puisque deptais tant' données depuis la création du * monde, tafnt d'hdrrtmes sàvans n'avaient pas éude obtiens sur lesnouireâtax pays annoncés 'paf Colomb,' il n'était pas presumable qu'il fut à ctet égard plus instruit qtfe'tous ceux qui l'avaiettt{précédé. lyàuttes combattirent le projet par diverses raisons eneôrfc pras frivoles , et tertttfrrèrem leur raj^r** en disant qufln'é- Uait pas hôtodrâfeïe à la^majéslié d'aussi grands rois, d'adopter un pareil projet s¥irr,d*afô$fci faibles fondemens. '•* -
'©*à|>ï^*tet slVis, la *èîrte Dofta Isabet fit^ âitëk £MbKà>' Que k^ grtfntf es dépenses pour îa coîiqué«é deîG^èteUe dimjt elle &*it occupée
mr btà pertièftâknt pas^^eé* fe moment d'en <fei*e # atttitesy n*i& t^ié' jrtis tatfeûé ordormerw« 4 'examiner *te iffonreâta -ém projet. ' • .
Colomb dé*olé de Cette réponse, se décida à |ia^»4r en Angleterre Ou en Frangé',1 pour se rprockreHes secourt nécessaires al exécution de =5011 entreprise. B était sur le* point de s'embar- -tptérà Pa^, lor^uedans^ne cohérence avec le frère Jeas* Perei'qtri avait quelque connaissance de la eosniogï^hie,' il parvint à lui persuader la possibilité' et l'utilité des découvertes qu'il proposait* Le frère Je;an Perett qui avait confère quelquefois *hi teine ; et jouissait auprès d'elle > de quelque feveuf, retint GeJomb en lui donnant de no^velles^sp«rances ad moyen des bom* offices qu'il allait employer en sa&vtuv. Effectivement en vertu de cette recominartda- «0ii an hti>ioitlonrtai do^rtrvewir à la equr, et f»algre>qtikmiuï opposa quefques srotres **b«taclea , ou le*' îurmortta totife à la fin, et le t ^ avril : t 4<?*> '&*' *P** catholiques traitèrent tFwwe «convention pour son premier voyage, sous les elmâitkme (savantes.
IkJe nommèrent 4 amtrâl <fce l'Océan pendant sa» vie , et après samOït/sesaucoesfeeurs^perpé-
tuité, Us le nomijiiaieiiké^ajeinent leur vice*oi et capitaine général <de toute* les îles etpayt qu'il découvrirait, avec la faculté de. proposer " trois personnes aux rois poQr : lie gouvernement de chaque province, pour qu'ils choisissenteeUe qui leur serait la plus agréable. Que de tout l'or, argent, perles, pièces précieuses, épiceries ejt toute autre espèce de marchandises qû£ i on gagnerait dans ces découvertes avec l'aide du trésor royal, ]& dixième .partie appartiendrait à Colomb, ejt les autres neuf aux rois catholique^
d'autres personnes pour les nouvelles découvertes , toutes les fois que Colomb y cohtdbtorait pour la huitième partie de leurs valeur*, il retirerait la huitième . partie de leurs bé- «éfices*.
Ceprcn1iertmtéconveau,C6loinb^amtpxxûr s embarquer à Radod, ouJ'on équipa trois caravelles montées par quatre-vingt-dix hommes, aonsans quelques difficultés; parce que malgré que les naturels dé cette villeret des. [environs eussent du penchant pour la navigation , iils redo&tsàept beaucoup les dangers que celle-là leur offrait. Mais les insinuations desdn ami le frère
Jean Perex, furent . aussi trè* utiles pour les encouragea dans cëttoeutrepriaç,
Après avoir éprouvé raille Contrariétés, C<^ lomb eut la consolation1, le ti octobre de la même année , de découvrir l'île que ses naturels appelaient Ouanaham, à laquelle il donna le nom de Sao Salvador. ( St*-Sauvçur) et dont il prit possession au nom des xoia catholiques. L'équipage, peu de temps auparavant très découragé et en insurrection, à cause des besoins cpx'ù éprouvait déjà, et par la méfiance relativement au bon succès de cette expédition, exalte par. la joie, luideraanda pardon et luipromit avec sentent de lui être fidèle.
Les Indiens stupéfaits de cette nouveauté, crurent que les Espagnols étaient des hommes descendus du ciel; ils s'agenouillaient devant eux, (eur Jpisajent les mains et les pieds, ils leuttfffcûent, et leur donnaient tout ce qu'ils» •possédaient; ils. échangeaient leurs^chqses les plus précieuse contre des objets de verroterie, de laiton, des grelots et autres semblables bagatelles, avec tant de plaisir qu'ils recevaient même et appréciaient comme des reliques les morceaux d'assiettes et fl ecuelles cassées. « Ils al-
Ment 4t Tenâkift,MHt^H€!weiflijpouyxfe» grelot», qui étaient ce qui > leur tfesfcitte pkts>d*plaiéir , et
-*fr*ivé#pt*9 tf^là daw^eHfcpl* letmmt en l'air des tiidmsrttx dk>f j difctttt, ckayuéj abaque , «b qtii>1^-èt drw,^^ èf donne moi un grelot. Un indien amv^ âi^C' u# monceau d'ar pesant idèmi^marc, ëf le tenant'de la main gauche il étendit:k droite, 'et 'lcjwqu'll eût recule gi»élo[t îflâicba Fot et prit la fuite <froyaitf aveir trom-
'pé Te castillan ( f ). Lies» -F&pagnôte donnaient
~lfc item de Rachats r à cette manière' de commercer. * ",% • • '
' ' CWothb'tevhii de son premier voyage après un peu plus de six1 mois, portait avec kii«n
'preuve de* ses découvertes quelques Indiens et
'productions de ses premiers échanges 4tti rachats. H débarqua dansie même port de Palos cToù il était parti. îl fut reçu en proeés^ien et % arvec de grandes acclamations par les hÉMUtts decette ville erdetouttes* celles pa* où iV passait, jusqu'à son armée ^ Bàrcelonne, où se trouvaient lesTois catholiques en t^QÛ. Les
(1) Herrera , Histoire des Indes. Décade 1 , Ut. i, chnp. \$ 1 et lïf^' n', eliap. i tf.
démonstrations de joie <jée lui fit toute cette cour ne furent pas moisis grandes.
D. Ferdinand et ïkma isabel donnèrent bien- -txk avis au pape Alexandre ¥1 de l*helzreuse i&ue de cette entreprise si glorieuse et si utile pour hrpropagatiom de la sainte foi catholique, en bu' observant que pour les nouvelles etécouvertes, ils avaient recommandé particulière» ment à Colomb de ne pas s'appréeher à cent lieues de distance de celles qu avaient faites les Portugais. « Et quoique pour Ha prise depossesswfn^jue l'amiral avait' effectuée de ces nouveaux pays, dit le même Herrera, il y eut de - grandis jurisconsultes qui furent d'opinion qu'il n'était pas nécessaire d'obtenir la 'confirmation ni fe donation du pontife pour posséder avec justice ce nouveau monde, malgré cela les rois catholiques, comme très soumis au St.-Sèègeet comme des princes pieux, ordonnèrent à leur ambassadeur drsuppher S; S. de faire donation aux rois de GastuleetdeLéondecespéysqu'on : avait découverts et de ceux que Fwi découvrirait à f avenir, et d'expedierrsissrbuMeèà cet égard. ( i )
(i)'Ti«Yera.T)eç. i , fit: iî, clmp. 4L
A cette « époque les doctrines du nouveau dtoit canonique sur là suprématie temporelle des papes, et leur domination universelle sur toute la terré , étaient plus communes qu'aujourd'hui; ces doctrines prévalaient 4ans les écoles et dans les tribunaux. Outre cela les portugais fondaient leur droit à la conquête et possession de tout oe qu'ils avaient découvert, sur une bulle de Martin Y confirmée par d'autres papes; et mortifiés d'avoir méprisé l'entreprise proposée par Colomb, ils faisaient en sorte de la paralyser. Dans de telles circonstances , lors même que la grande piété et religion de l'hétoïque^Dona Isabel n'auraient pas autant participé à cette entreprise, qui peut s'empêcher d applaudir à sa politique de vouloir fortifier ses droits par l'approbation et donation pontificales?
Effectivement Alexandre VI expédia , le 4 mars i493y une bulle dans laquelle, après l'indication des premières découvertes de Colomb il disait : « Par l'autorité du Dieu tout puissant à nous accordée au nom de St.-Pierre, et du vicariat de Jésus-Christ, que nous exerçons sur les terres avec toutes leurs seigneuries, fcjtés,
villes, villages , droits, juridictions et toutes leurs dépendances} par la teneur des présentes nous vous donnons, accordons et assignons perpétuellement à vous et aux rois de Gastille et de Léon , vos héritiers et successeurs, et faisons, constituons et désignons à vous et aux susdits vos héritiers et successeur*, seigneurs d'icelles, avec libre, plein et absolu pouvoir, autorité et juridiction, avec déclaration que par nôtre présente donation, concession et désignation, on n'entende ni ne puisse entendre que Ion dépouille ni que Ton doive dépouiller le droit acquis par aucun prince chrétien qui actuellement aurait possédé les susdites îles et terres fermes jusqu'au jour de . la Nativité de N. S. Jésus-Christ. En outre de cela nous vous ordonnons en vertu de sainte obéissance , qu'ainsi que vous le promettez, et nous n'en doutons pas, en raison de votre extrême dévotion et magnanimité royale, que vous ne manquerez pas de le faire , d'envoyer auxdit.es terres-fermes et îles, des hommes bons, craignant Sieu, savans, sages et expérimentés, pour qu'ils instruisent les naturels de ces pays et leurs habitans dans là foi catholique, et leur apprennent les
bonnes mœurs , en mettant dans cet envoi toute
la promptitude convenable, (i)
m Les rois catholiques , plus encouragés par les preuves apportées par Colomb de k richesse du nouveau monde, et par la faveur pontificale* accélérèrent son second voyage. On chargea des préparatifs Jean Rodrigue» de Fonseca archidiacre de Se ville, qui. fut ensuite élevé aux sièges de Palencia et de Burgos. L'archidiacre en raison de la renommée qui accréditait la grande facilité de faite fortune dans le nouveau monde, trouva moins de difficultés pour équiper une escadre de dix-sept navires bien pour* vus de vivres et de marchandises , de semences, d'animaux, d'outils pour divers métiers, et f quinze cents hommes, soldats, artisans et quelques religieux. Tous avaient des ordres sévères de bien traiter les Indien!', et de les attirer par quelques présens, et par la persuasion et L'exemple des bornies œuvres, à la religion catholique. On étendit davantage les facultés de l'amiral Colomb , en lui accordant celles qui étaient né* -cessaires pour donner des terres à ceux qui
(j) Solorzano , Politique indienne , Ji*t x , cbap, 3.
voudraient les peupler , pour nommer des juges dans les nouvelles peuplades , et eh lui confirmant la faveur qui lui avait été accordée par le premier traité, delà- dixième partie de ce qui serait gagné dans le commerce où rachats des marchandises embarquées pour le compte du trésor royal, et â& la huitième partie des profils des pattkujiers, dans les spéculations desquels il aurait pris qtielqu'intérét.
Les répartitions des terres devaient avoir lieu selpn la qualité et le mérite des possesseurs , par ordre de chevaleries , ou de péonies. Une péonie était un sol de cinquante pieds de largeur et cent de longueurpour la construction d'une maison, cent Janègues de terre pour ensemencer du hlé, ou de l'orge ou du maïs; deux tahullas de terre pour jardin potager et pour des plantations d'autres arbres, et celle suffisante pour le pâturage de dix porcs, de vingt vaches , cinq jumens , cent brebis, et vingt chèvres. La chevalerie était un sol de cent pieds de largeur et deux cents de longueur, et 4out le reste danp la proportion de cinq péonies. (i)
(1) Loi i , tit. 13 , Ut. 9, de la RéjCQpilaUpn de* lois des Indes»
H n'était pas nécessaire d'avoir, été soldat pour posséder dés terres d^ns le nouveau monde. Une loi accorda à tous les Espagnols qui voudraient s'y rendre pour le peupler, la propriété des terres qui leur auraient été doninées- en partage, en les cultivant pendant le court espace de quatre ans , et en outre, un certain nombre d'Indiens que les gouverneurs devaient leur recommander ou répartir pour leur service.
., Avant le retour de son premier voyage, Colomb avait construit un petit fort en bois dans l'île Espagnole, où il avait laissé une garnison de quelques Espagnols, en. leur recommandant fortement la bonne intelligence avec les Indien^ : les Espagnols n'étant pas d'accord entr'eux donnèrent lieu aux indigènes de brûler la forteresse et de les mettre tous à mort. Le roi indien Guacagnari n'avait point pris part à ces meurtres, loin de là il avait combattu et avait «té blessé pour défendre les Espagnols. Malgré cela frère Boil moine. catalan, voulait que ce roi fut arrêté et qu'on; lui fît son procès, ce à quoi Colomb ne consentit point - ■ Quoique jColomb jouît du grand plaisir de
continuer ses découvertes et de peupler un .nouveau inonde d'Espagnols catholiques , plusieurs d'entre eux se révoltèrent épuisés par la fatigue des marches, ou affligés par l'influence du climat , ou par la rareté des vivres , ou parce qu'ils ne trouvaient pas de l'or avec la facilité qu'ils lavaient cru. Celui qui en murmurait le plus contre l'amiral était frère Boil, incriminant sa conduite d'inhumaine , quoique d'autres disaient que sa haine provenait de ce que Colomb ne lui donnait pas pour lui et ses domestiques des rations aussi abondantes qu'il l'aurait voulu. Colomb tâcha de l'adoucir en le nommant un de ses conseillers ; mais mal- ' gré cela il ne laissa pas de le haïr et de se Concerter 'avec D. Pedrtf Margarït, autre catalan , pour revenir en Espagne avec d'autres mécontens, et poui* pesrstfader au roi et à la reine « que dans les Indes il n'y avait point d'or, et que tout ce que disait l'amiral étaitmoquerie et exagération. » (i )
En attendant, les Indiens voyant que les Espagnols établis dans leurs pays les maltraitaient,
\\) Herrera , déc. * , JW.2, chap. i&.
et qu'ils n étaient pas immortels comme us IV vaient cru lors 4e leur première apparition, songèrent à les expulser ou à les tuer. Ils se réunirent au nombre de plus de cent mille contre eux, mais ils furent mis en déroute seulement par aoo hommes d'infanterie, vingt chevaux et vingt chiens lévriers, qui, en raison de ce que les Indiens vont tout nus , firent d'eux une horrible boucherie, et ceux qui échappèrent à la mort Curent réduits à l'escla»
vage.
Mais ce qui inquiétait le plus Cok>m)>., c'étaient les fausses idées quq ses ennemis répan? daient contre lui dans la métropole; ce qui le décida à faire un autre voyage en Espagne, lfc»sant en attendant un peu .plus en sfaeié les terres peuplées par des Espagnols, au moyen de quelques forteresses, et pour son lieute* nant et capitaine général son frère D. Bartholomé.
L'amiral eut peu de peine à la cour pour combattre et faire évanouir 4a çaldmnie de ses ennemis* Les rois catholiques, d'accord aveo lui-même, donnèrent de nouveaux ordres et de, nouvelles instructions pour 4ç gouverne-
ment des Indes. Ik permirent qu'à l'île Espagnole appelée depuis Saint-Domingue , il fît passer un certain nombre de soldats, laboureurs, artisans et femmes soudoyés par le trésor royal, les uns avec 600 maravédis de solde par année et une fanèguè de ble par mois, et les autres avec, douze ijiaravédis par jour pour leur nourriture, et en outre que Colomb pût en amener d'autres pour son compte.
Ils lui ordonnèrent d'apporter le plus grand soin à l'encouragement de l'agriculture et à la propagation des bestiaux, et d'aider les laboureurs en leur iaisunt lavaneè de* sommes nécessaires pour leurs labours.
Ils donnèrent l'autorisation pour que tous les sujets de la couronne de CastUle qui voudraient passer aux Indes, sans appointeuaens, jouissent de la troisième partie de. tout l'or qu'ifc extrairaient des mines à leurs frais,, en remettant les autres deux parties aux officiers du roi pour le trésor royal.
H* donnèrent plus d'extension à l'autorité de Colomb pour distribuer à ceux qui établiraient leur domicile dans cette île, des terres, 4tit p?és,
des eaux pour l'arrosement, etc. ; ex on lui accorda pour les frais de cette expédition six millions de maravédis, quoiqu'on ne réalisa point la totalité de cette remise.
Mais la reine catholique, mécontente des in-»trigues au moyen desquelles les deux Catalans, frère Boil etD. Pedro Margarit, avaient cherché à discréditer Colomb, ordonna qu'il' ne fût permis qu'à ses sujets de la couronne de Castille de passer aux Indes. Outre la juste colère de cette souveraine contre ces deux Catalans, à cette époque, et même plusieurs années après, les Castillans considéraient comme étrangers les Espagnols nés dans les états de la couronne ^ d'Aragon.
Ces motifs pour préférer et récompenser lés Castillans avec le monopole du commerce et des profits tirés des Indes , purent être Jouables dans les commencemëns de leur acquisition) patrcç que les Castillans ayant été les seuls ou les principaux instrumens de cette entreprise si glorieuse , ces privilèges et ces récompenses paraissaient leur être dues de justice; mais il est certain aussi qu'ils furent depuis une des causes qui contribuèrent le plus à ce que la monarchie"
espagnole ne retirât pas tout le profit qu'elle aurait pu , des copieuses et. inépuisables . sources des Amériques. Pour leur exploitation , on avait besoin de forts capitaux , et ceux-ci de* vaient devenir rares dans les provinces de la Cas tille, à cause de l'expulsion des juifs. Quoique ceux-ci eussent été expulsés des provinces aragonaises , les naturels de ces provinces et ■particulièrement le» Catalans et les Valenciens étaient encore les plus industrieux de toute la Péninsule* Barcelone le disputait encore à Venise et à Gènes.
Le défaut de communication ou l'exclusion de ces Espagnols du voisinage et du commerce avec les Amériques, fut sans doute une des causes qui firent que les Flamands y les Allemands et d autres étrangers , s'emparèreqt de la plus grande partie de ce trafic.
11 faut ajouter à cela que la Péninsule ayant été pendant une longue suite de siècles divisée en plusieurs royaumes, et ces États ayant des lois, des mœurs et des intérêts très différens, après leur réunion sous l'autorité d'un seul monarque, il paraîtrait que la meilleure politique pouvait dicter l'uniformité tant sous le '
rapport des droits que sous oekri des obligations.
Colomb , recompensé par de nouvelles grâces des rois catholiques, partit pour son troisième voyage eu 1498* Avant son retour en Espagne en 14969 il avait ordonné qu'un certain nombre d'Indiens, au lieu des autres tributs qu'ils étaient dans l'usage de payer à leurs Caciques ou seigneurs, travaillassent à des ouvrages publics, ou au service particulier des Espagnols , «signant à ducpe propriété de, tama, à titre de commanderie ou de fief, un certain nombre cTentreux., en proportion de leur mérite, il croyait qu'ainsi les nouveaux colons au* ment un aiguillent de plus pour Rattacher au pays et pour donner plus d'accroissement à lagritulture, à l'exploitation des mines et autres branches d'industrie , et que par conséquent ils auraient plus de moyens de s enrichir et d'augmenter les, revenus du trésor royal.
D apprit à son retour qu'un des caciques refusant d'effectuer la répartMon de ses sujets destinés à la construction dkine forteresse, avait pris avec eux la fuite vers lés montagnes. D envoya à leur poursuite des soldats
qui arrêtèrent quelques sauvages; et jugeant qu'on pouvait les traiter comme captifs,, il en fit la distribution comme tels , entre quelques Espagnol Ceux-ci l*s reçurent comme esclaves sans le moindre scrupule. Le célèbre père Las Casas lu*-mêm4 , qui depuis acquît une si grande renommée par son *èle ardent dans la défense de la liberté des Indiens, ne laissa pas d'en ad» meture quelques-uns et de les mener en Espagne pour son service.
La ràne catholique, loin d'approuver l'eaclavage de ces Indivis fugitifs avec leur eactque, qui étaient à petf près au nombre de trois cent, en fat très fôcbee , ainsi que dû portage qui en avait été kit, et ordonna de lés mettre tous en liberté et de les returoyer dans leurs foyers, sous peine deKmort contte celui qui en retiei»droit quelqu'un.
Colomb, pan son courage et sa prudencepaafiait péu^peu l'île Espagnole, augmentait ses revenus et civilisait les indigènes , qui vivaient auparavant ou dispersés dans les montagnes, ou logés et nourris nrisérabletoent dans des cabanes ou de petits hameaux, en les engageant et en leur facilitant les moyens de se réunir en
grandes peuplades; au moyen de quoi il croyait qu'outre le plus grand bonheur, tant des Espagnols que des Indiens, les rentes du trésor pourraient dans bien peu d'années augmenter dons cette colonie de ,plus de 60 millions de maravédis (1). Mais tandis qu'il servait les rois catholiques avec la plus grande loyauté, ses -ennemis intriguèrent contre lui à la cour, de manière à obtenir enfin que Ton envoyât un juge dans' cette île pour prendre des informations sur sa conduite et sur ceBe de &es deux frères D. Bartholomé et D. Diego.'
Qui aurait pu penser que le héros qui avait procuré le plus de gloire à. la monarchie espagnole, et qui lui en préparait encore bien davantage, devait être ignominieusement conduit en prisonnier à la métropole ?
H est vrai qu'aussitôt que les rois catholiques apprirent son arrivée en Espagne et la cruauté si outrageante avec laquelle il avait été traité par le juge. Bovadillay ils tâchèrent de réparer par de nouvelles démonstrations de leur bien'-: veiHance, les torts qu'on avait eus envers lui,
(1) Herrcra , déç. 1 , liy. 4 > chap. 7.' '
— iSj —
en lui confirmant leurs bienfait» , en lui en promettant de plus grands et en éloignant le même juge qui l'avait si indignement traité; mais. ils ne' lui rendirent pas pour cela le gouvernement de l'île Espagnole, malgré qu'ils lui conservèrent le titre d'amiral , le droit de faire de nouvelles découvertes, et celui de .réclamer en justice contre les dommages quril avait soufferts par. la persécution de ses ennemis.
Mais comme il était raisonnable de croire que de la procédure instruite par Bovadilla il résulterait des- chargés qui incrimineraient la conduite de l'amiral offensé, la mesure que prirent les rois catholiques, loin d'être digne de censure, dans l'état de doute sur la vérité ou la fausseté de pareilles charges que les accusateurs auraient un grand soin d'appuyer par leurs arguniens , est une de celles qui prouvent le mieux la sagacité et la profonde politique de ces souverains. Le moyen qu'ils prirent fut celui-d'envoyer à l'île Espagnole gour gouverneur D. Nicolas de Ovando , commandeur de Lares dans l'ordre deMontesa, homme impartial et très juste, avec de nouvelles instructions, d'après une desquelles tous les. > indigènes de cette
île devaient être libres, traités comme les Es-r pagnols , et gouvernés par les mêmes lois que ceux-ci
D'après ces mêmes instructions, il fut défend» aux étranger de retourner dans les Indes; on permettait seulement d'habiter cette colonie aux esclaves nègres qui étaient nés sous la domination des chrétiens.
Malgré que toutes les instructions données à Ovando paraissaient très justes, celui-ci reconnut bientôt qu'elles n'étaient pas toutes des plus convenables pour la prospérité de cette colonie, ni pour celle de la métropole. Il remarqua que la liberté indéfinie des indigènes, loin d'être utile pour fortifier leur union avec les Espagnols, les éloignait davantage de communiquer avec eux. Qfce malgré qu on leur payât les journées de leur travail, ils le méprisaient, et qu'ils s'abandonnaient au vagabondage et à tous les vices qui sont la suite de l'oisiveté , et qu'avec ce sys* tème on trouvait des difficultés beaucoup plus grandes pour les attirer à la connaissance et à la pratique de la doctrine chrétienne.
Dans le gouvernement des peuples, les théories qui paraissent les plus belles et les plus
justes, ne sont pas toujours les plus convenables pour leur bonheur, à moins .que l'on ne considère comme une félicité le droit de vivre connue les bétes féroces, ou comme les sauvages. Orandû ayant soumis ces remarques aux rois catholiques, ils lui répondirent qu'ils désiraient la conversion des Indiens à la sainte foi catho* tique ; qu'elle pourrait s'opérer beaucoup mieux par leur communication avec les Castillans , et en s aidant mutuellement pour que l'île fut travaillée et. peuplée , que sea produits se multipliassent et que l'or fût recueilli pour enrichir davantage les Castillans f c'est pour* quoi ils ordonnaient que l'on obligeât les Indiens à communiquer avec les Castillans et à travailler à la construction de leurs maisons et édifices publics; à extraire de l'or et autres métaux des mines, et à la culture des terres des -nouveaux propriétaires. Qu'on leur payât le prix de leurs journées lorsqu'ils Ira* vaincraient, selon la qualité des personnes et l'importance de leurs travaux. Que' chaque cacique eût sous ses ordres un certain nombre d'Indiens, avec l'obligation de les occuper où on le leur ordonnerait. Que les jours de fête
ils se réunissent pour entendre la messe et apprendre la doctrine chrétienne, dans les lieux désignés pour de semblables exercices religieux . Mais que dans tous leurs services ils fussent considérés non comme dés esclaves, m&is comme des personnes libres , traités aussi bien et de même que les Espagnols.
En exécution de cet ordre, Ovando fit une nouvelle répartition des Indiens entre les Castillahs , en - donnant aux uns cinquante , et aux autres cent indigènes , selon leur mérite, ou la bienveillance, ou la faveur dont ils jouissaient auprès de lui. Cette distribution et ce service des Indiens s'appela commanderiez et leurs maîtres encomenderos.
En attendant, on discutait en Espagne plusieurs questions', relativement au système colonial ; et les rois catholiques ordonnèrent à Ovando en i5o3, dé tâcher d'exciter les Indiens à se réunir en des hameaux ou villages, afin que leur civilisation et leur conversion à la religion catholique fussent moins difficiles; de leur distribuer des terres en propriété, de manière à ce qu'ils s'intéressassent davantage à leur conservation et à l'amélioration de
leur culture; qu'outre les terres appartenant aux habitons, on en destinât d'autres pour des pâturages et pour les dépenses publiques ; que dans chaque peuplade il fût établi un juge pour la meilleure administration de la justice, et pour veiller à ce que personne ne se servit des Indiens contre leur volonté, et sans leur payer les journées qui seraient justement évaluées ; qu'il tâchât de les engager à se vêtir et à couvrir la nudité à laquelle ils étaient accoutumés ; que Ton construisît une église dans chaque peuplade, et que l'on y établît un prêtre pour dire la messe, et y faire les autres exercices du culte divin, apprendre aux enfans à lire et à écrire,et la doctrine chrétienne , et porter sur des registres les noms de tous les habitans de leur paroisse; que le gouverneur veillât à ce que les caciques n opprimassent pas leurs sujets, £u'il corrigeât leur ivrognerie et beaucoup de superstitions auxquelles ils étaient habitués dans leurs fêtes , et qu'^L ne leur en permît point d'autres que celles désignées par l~Église; que Ton construisît des hôpitaux pour la guérçson des malades., tant Indiens qu'Espagnols:* qu'on leur apprit et persuadât l'obligation de
payer la dîme à l'Eglise et tas contributions au roi; que l'on favorisât les mariages entre les Indiens et les Espagnols. . ...
On ordonna également au gouverneur et aux officiers du trésor royal, de faire construire dans File une maison de oontoerce , où devraient être déposées toutes les marchandises qui seraient remises pour le compté du toi, afin de favoriser autant que possible leur négociation. Que l'on discutât les moyens les plus convenables pour améliorer l'explofcation des mines ; s'il serait à propos d'en charger les Espagnols, et de quelle matière ; s'il ne valait pas. mieux que le& exploitations fussent opérées en entier pour le compte du roi, en remplaçant les tributs que devraient payer les Indiens par un travail personnel dans les mines pendant un certain temps ;*>u s'il était préférable que les Indiens les exploitassent pkmr leur propre compte , en payant au trésor royal une partie de For qu'ils en extsai- v raient.
En i5o3 on établit la fameuse Casa de Cet* trétaeion^on maison de commerce de Se ville, et les rois catholiques ordonnèrent à leurs of-
ficte?s de les infohner s'il serait ptus convenable que les découvertes et le oommerce avec les Indes continuassent à être faits pour leur compte, ou de les donner par entreprise aux personnes <jfci les solliciteraient. La préférence accordée à ee second système, fnt ce qui -eut le plus d'influence dans la rapide et étonnante acquisition du nouveau* monde.
Déjà eu i499» Alonso de Oxeda, protégé par ;Kons0ca , , quoique sans permission formelle des rois caiholiquee* .avait armé à ses frais â Sérille: quatre navires , avec lesquels il avait (ait de nouveHes découvertes , associé avec un marchand jioi^miAj»éricVespnce, de qui ees contrées prirent ensuite le nom d'Amérique, avec aussi peu de fondement que le prouve bien clairement le Chroniqueur Alonso
. Pans la même aminée i5oi, on publia un iéçv& royal , par lequel on peranettait à tous ceux qui voudraient {aire de nouvelles découvertes^* Jes elfôetp*ar# en donnant caution et sous die ogj-$aj*r*s «ïondifoons. (i)
En iconseqqeRee <da <*etfce futorisatinfa jéné-
(i) Herrera , cUc. i , Ht. 3 5 , chap. 12.
raie pour fa jre de nouvelles découvertes et pour .établir des peuplades dans le nouveau monde, plusieurs capitalistes se présentèrent successivement au gouvernement pour se charger de ces entreprises, sous des conditions plus ou moins avantageuses, selon leur aptitude pour le négoce, ou suivant la faveur dont ils jouissaient à la cour.
Un des entrepreneurs les plus célèbres, fut Diego Velasquez. Cet homme avait été dômes* tique deD. Bartholomé Colomb , qui l' éleva au grade de capitaine, et lui confia la commission de peupler l'île de Cuba, en le nommant gouverneur de cette colonie, emploi dans lequel il fut confirmé par Charles V, en 1617, avec la circonstance que cet einploi fut inamovible et indépendant de l'amiral.
Autorisé par cette nouvelle faveur, il envoya en cour son chapelain Benito Martin , pour solliciter d'autres grâces, et particulièrement l'autorisation de faire à ses frais de nouvelles découvertes. On la lui accorda effectivement, sous diverses conditions , qui prouvent bien la sage politique du gouvernement espagnol dans l'acquisition du nouveau monde et dans Téta-
blissement de ses colonies. 0h lui donna, le titre d'Adelantado (sorte de gouverneur de province), pour les terres qu'il avait découvertes et peuplées déjà, ainsi »que pour ceÛes qu'il découvrirait à l'avenir, en se conformant aux instructions, qui lui seraient données pour leur administration, et pour le bon traitement, pacification et conversion des Indiens à la religion catholique. Qu'il pourrait jouir de la cinquième partie de tous les profits appartenant au roi, pour toute sa vie et celle d'un héritier» Qu'ayant peuplé et pacifié quatre- îles, il jouirait de la vingtième partie de toutes les rentes royales de celle qu'il choisirait, perpétuellement pour lui et ses héritiers. Que de tout le linge,' armes et provisions de vivres qu'il emporterait de la Gastille pour ces pays , il ne payerait aucun droit pendant toute sa vie. On lui fit dona? tion de certaines terres et d'une, portion deporcs que le trésor royal possédait à la Havane, pour l'aider dans les frais de ses expéditions. On lui alloua 3oo- maravédis dappoihtemens. On* l'exempta de plusieurs droits appartenant au roi. sur les fontes de l'or. Qu'on aurait égard à* ses services pour mettre à sa disposition lesi
UeUteaances des forteresses nécessaires pour la. garde dés terres qui seraient découvertes. Qu'on demanderait au Pape une buUe pour que les Castillans qui raoùiradent dans cette entreprise fussent absous de famé et de peine; Que les fondateurs des nouvelles colonies ne payeraient au roi de For de leurs mines que lé dixième les deux premières années, et ensuite la neuvième partie jusqua oe qu'ils parvinssent à la cinquième année. Que dans cfhaque ^navire employé à cette navigation, le roi payerait un prêtre", et les médecins, chirurgiens, pharmaciens ainsi que les médkamens. Qu'on ordonnerait de lui fournir vingt arquebuses ou mousquetons de deux arrobes. 'Qu'il pourrait emporter pour dix ans des marchandises , des vivres et autres choses sans payer aucun droii Qu'il pourrait tirer de l'île Espagnole et d'autres les personnes qui voudraient raccompagner volontairement dans ses expéditions.
. Yelasquez encouragé parles (fispositions de ee traité , prépara une flotte pour ses nouvelle^ découvertes. Fernand Cortex arvait été son seoré taire; et, connaissant ses taiens, il le nomma capitaine général de cette flotte: mais irai-
gnant bîeitfBt que Gorfcez ne l'employât plutôt à son profit et à sa gloire qu'à celle de son chef, il révoqua sa nomination , lui ôta ses pouvoirs et voulut même le faire arrêter, la prudence de ce héros , non-sèulement fit échouer les mesures qui forent prises pour sdn arrestation, mais encore il sut conserver la flotte de Velasquéz, l'intéreséer dans son parti et l'augmenter avec de nouvelles forces* Toutes celles qu'il rthirat n'excédaiebt pas onze bàtimens dont le plut grand, était de cent tonneaux.
Tous les équipages et armes embarqués dans ces navires consistaient en S08 soldats, 110 pi* lotes et mariniers; x6 chevaux et jumens; 3a ar* balétriers; i3 fitsiliers ;. 10 pièces d'artillerie de bronze; quatre fauconneaux avec les provisions de poudre, halles et vivres nécessaires pour quelque temps' (1). Un seul navire 'de haut- bord de ceux qu'on voit aujourd'hui est d'une plus grande capacité et renfermé plus de forcés que toute cette escadre, avec laquelle les Castillans conquirent un territoire six fois plus étendu que toute la Péninsule, peuplé , non de
(i) Herrera , dec. 2 , li*. 11 ,th«p. 6.
sauvages comme l'île Espagnole, mais au contraire , gouverné par un empereur qui avait sous ses ordres 100 grandes cites , 3ooo seigneurs d'autres peuplades, résidant dans une4 capitale de plus de 60 mille maisons et palais , territoire dans lequel il y avait en outre une république ou confédération de diverses nations indépendantes de l'empereur, aussi civilisées, et non moins courageuses ni moins industrieuses que quelques-unes de celles d'Errope.'
La conquête du Pérou , due à un autre espagnol, ne fut pas moins extraordinaire. En Tannée 1529, François Pizarre sollicita l'autorisation pour de nouvelles découvertes à ses frais, et on la lui accorda sous les conditions qu'on peut lire dans l'histoire de Herretsi. (1) •
Les compagnons- avec lesquels Pizarre entre-, prit la conquête du Pérou f n'excédaient pas a5o. Il éprouva de grandes peines dans cette expédition, par la perversité de quelques soldats. Un- grand- nombre des autres desirait déjà s'en retourner, mais la constance, le courage et la
(1) Hen-era, dec. 4, liv. 8, «hap. 5*
— ify —
prudence de ce héros surmontèrent tous letf
obstacles, jusqu'à ce que enfin il fit prisonnier
l'empereur péruvien Atahualpa : il ordonna de
' le mettre à mort, et ajouta à la couronne d'Es-
pagne cette nouvelle pierre non moins pré-**
cieuse que celle du Mexique.
Le portugais Magallanès, méprisé dans sa pa~
trie, immortalisa sa renommée par la découverte du fameux détroit connu sous son nom, due à un autre traité fait avec Charles V.
Une autre faveur que les traitans étaient dans l'usage de stipuler, était qu'eux et leurs compagnons qui se distingueraient le plus dans leurs entreprises, s'ils étaient roturiers, jouiraient à l'avenir du privilège de la noblesse; et que s'ils étaient nobles, on augmenterait pour eux cet honneur en leur accordant le litre de chevaliers de l'éjperott dosé.
Les Espagnol* excités parle triple aiguillon; de la religion, de l'intërêt-et d§ l'honneur, purent poursuivre l'entreprise la plus étonnante que l'on connaisse dans l'histoire du genre humain, telle que le fut celle de la découverte et de l'acquisition d'un nouveau monde, presque aussi étendu et non moins fertile pi moins utile
pour tes progrès de l'esprit humùn, que le monda ancien*
La sage politique 4u gouraf neifcent espagnol dans l'organisation de se* colonies n'est pa* moins admirable. Dans les commencemens de ses établissemens, il y eut quelques doutes sur la politique dont on devait faire usage envers les Indiens. La reine catholique désira toujours leur liberté, et que pour leur conversion au christianisme et leur civilisation, on n'usât poiqt de la force ni des moyens violens, et elle ordonna même ceci danâ son testaient. Mais après sa mort il s'éleva de grands doutes et de grandes disputes relativement à la manière dont, ils. devaient, être traités. . . .
Ceux qui étaient intéresses à. se servir des Iridisps dans leurs, maisons, dans leurs, mines et dans leurs métairies, exagéraient leur incapacité, allégua^ plusieurs raisons pour persuader qu'ils flé pouffent êttle gouvernés qq ea les tenant dans m* esclavage perpétuel, et quel? ques-uns même voulaient prouver qu'ils étaient serît, a natura.
D'autres au contraire, parmi lesquels se distinguaient lé plus les pèrea dominicains , défon-
paient et prêchaient avec le pliis grand zèitf en faveur de leur liberté et de leur boa traitement. Mais en i5i3 Ferdinand ordonna de leur dire que, lors de la répartition des Indiens, un grand nombre de théologiens et jurisconsultes: se réunirent aux conseillers, et qu'en vue de> la donation apostolique et par d'autres motift, ils avaient convenu, en présence de l'archevêque de Séville, que Ton devait répartir lis In*, cbens , et que cela était conforme au droit divin et humain; que s'il pouvait y avoir quelque cas de conscience, le roi en demeurait responsablejaânsi que ceux qui le lui avaient conseillé, et non pas oeu* qui avaient chez eux des In* diens : qu'ainsi à l'avenir les pares dominicains pourraient être plus modérés dans des cas. . semblables, et agir avec plus de douceur, (i) On rendit dès ordonnances pour, soulager le triste sort des Indiens, mais loin de réfanpei? l'usage des répartitions, les courtisai en sollicitèrent et en obtinrent d'autres, ^vec la faculté de les posséder ef den jomr par 1 entremise de. leur» agens. Ge Fbnseoa qui, étant archidiacre
(1) Herrcrt , déc. i y. Ht. îa , ehap. *4*
de Seville, avait prépare la seconde expédition', élevé déjà à l'évéché de Pàlencia et au ministère des finances, n eut point dé scrupule' de solliciter et d obtenir une répartition die huit' cents Indiens. Le commandeur Lope de Conchillos, secrétaire d'État, en obtint tt»e de 1 100; Hernando de Vega 200; et de cette sorte d'autres courtisans, plus ou moins , selon la faveur dont ils jouissaient à la cour.
Malgré Tordre donné par Ferdinand-le-Gatholiquepour que les pères dominicains eussent à se modérer dans leurs déclamations contreles oppresseurs des Indiens, leur zèle ne se refroidit pas, et ils me laissèrent pas d'inspirer leurs principes à d'autres bons Espagnols. Un de ceux-ci fut le licencié Las-Gasas, né à Se-ville, et compagnon de Colomb; ce licenciéayant profité d'une des répartitions, conçut bientôt des scrupules sur la moralité de cette mesure politique , et il y renonça. .
Le gouvernement de Charles-Quint fut pli*s. humain envers les Indiens que le précédent:; instruit du dèfe du licencié Las-Casas dans la; défense de <ïes indigènes, il le nomma leur protecteur avec cent piastres d'appointemens.
Un des moyens que proposa ce protecteur pour le soulagement de ses cliens, fut d'envoyer aux Indes beaucoup d'esclaves nègres qui pourraient servir plus efficacement les Es* pagnols dans les rudes travaux des mines et de lacainpagne.
Quelques écrivains modernes ont démenri ce fait ou ce conseil, et l'ont taxé d'injurieux à la bonne réputation de ce digne SéviUan. «Le méprisable et peu digne de foi Paw, disait Llorente, et malheureusement les estimables Raynal et Robertson, qui vinrent après, sans un examen préalable imputèrent au vénérable évéque Las-Casas d'avoir été Fauteur du commerce des esclaves hoirs africains en Amérique pour soulager «les Indiens et les délivrer de l'esclavage.»
Mais si Las- Casas ne fut point le premier auteur du commerce des nègres dans les colonies espagnoles, on ne peut pas révoquer en doute qu'il fut un de ceux qui fomentèrent davantage sa propagation.
Avant les découvertes de Colomb , le trafic des nègres était déjà bien connu et très usité en Espagne. Les Portugais faisaient ce com-
merce en achetant les nègres en Afrique , se servant d'état, et revendant à d'autres nations ceux dont ils n'avaient pas besoin* - Une des instructions données au gouverneur de Vile Espagnole, Nicolas Ovando, fut qu'il fît en sorte d'y introduire beaucoup d'esclaves nègres. En effet on y en importa Une si' grande quantité, que le même Ovando supplia lès rois catholiques qu'il ne lui en fat pas envoyé davantage, parce qu'ils s'enfuyaient facilement de chez leurs maîtres pour vivre parmi les Indiens , ôt apprenaient à ceux-ci de très mauvaises habitude*, (i)
Les pères dominicains, qui étaient les défenseurs les plus zélés de la liberté et du ban traitement des Indiens, déclamaient sans cesse, au contraire, que Ton cherchât les moyens d'en* voyer beaucoup de nègres de Guinée , parce que le travail tFun nègre était plus utile que celui de quatre Indiens, (a)
L'avantage du travail des nègres pourle*. ploitation des mines et des métairies, était très
(i) Herrera , dec. i , liv. 4> chap. 12 , et E?. 5 , thap. 12. (2) Lir. 4 t th*p. 5.
bien reconnu, cft dîi en fol encore plu* fcoa* vaincu lorsque Vase© Nunefc dé Gamà ayant résolu de construire qUattfé bricks en *5rô, manquant dé charrettes et d'animaux pour le transport du bois nécessaire, fut obligé de se servir non-seulement d'Indiens et d'esclaves nègres , mais' encore de quelques espagnols. On remarqua quebèaucoup d'Indiens étaient morts par suite de cette fatigue: il ne petit aucun nègre toi aucun Castillan. (1)
Cette différence était très naturelle. Les Indiens accoutumés à la vie sauvage, dont les exercices les plus communs sont de manger, dormir et se reposer, ne pouvaient "pas être aussi forts ni aussi laborieux que les esclaves nègres , habitués aux plus rudes travaux auxquels leurs maîtres les forçaient de se livrer.
Malgré ces expériences, comme le système colonial n'était pas ericore bien consolidé, et qu'il y avait des opinion* £our et contre le Commerce des nègres , on défendit delui deléttr Introduction dans lés Amériques. Mais ayant réfléchi bientôt que cette prohibition sefaftt
(1) Herrera , àéc* 2 , liv. a, cïiap. xa.
plus nuisible qu utile, parce que le nombre des Indiens diminuait malgré les mesures adoptées par le gouvernement pour améliorer leur sort , et que les nègres étaient plus forts et plus à propos pour l'exploitation des mines et des métairies ; on estima que Ton pouvait tirer un plus grand profit, tant pour les Espagnols que pour le trésor royal, et pour les Indiens eux-mêmes, en autorisant ce trafic moyennant quelque contribution sur; chaque esclave nègre qui serait importé dans . les colonie*.,
Le licencié. Las-Casas était très, lié avec les
pères dominicains dont il prit ensuite l'habit. La nouvelle niesure adoptée par, le ^gouvernement était très conforme à la doctrine de ces religieux; ainsi ayarçt réfléchi surj'insuffisance d'autres moyens pour le soulagement de -ses cliens, il adopta au£si, cette mesure et provoqua la multiplication des esclaves nègres dans Jes colonies espagnoles, ()« Le, licencié ;Bartholonié <ip Las-Gasa5,.dit Herrcra, voyant >gue $es idé^ trpu^ai^nt, partout y dçs dif%i}}tçs , ejt que ses opinions, malgré la grande familiarité qu'il avait acquise et son puissant .crédit auprès
du grand chancelier, ne pouvaient être mites à exécution, songea à' d'autres expédiens, en faisant en sorte que l'on. donnât des Nègres. aux Castillans qui vivaient avec les Indiœs, afin qu'au moyen de ces nègres les Indiens fussent plus soulages dans lés travaux dès métairies et dans ceux des mines, (i)
là philanthropie, véritable ou affectée. de M. Llorente, et de quelques autres savans de ce siècle, considère comme une injtsre faite à Las-Casas un des mérites, qui font le plus d'hon-» neûr à sa bonne renommée. Maintenant; .le commerce des nègres est détesté avec raison, comme doit l'être tout esclavage parmi les nations civilisées-, chez lesquelles prévalent Jes idées de la phis saine tnorèle* Mais qui; ignore que Y esclavage a été dans, d autre» temps une partie de ce que Ton appelle Droit des Gqm? Et celui qui sait que dans la république ft>- . maine, et à Ifëpoque de la plus grande pureté de ses- mœurs, Jès pères, avaient le droit de vendre leurs errions jusqu'à tsài» fois, sera-t-il
(i) Herrefa , déc. a, lir.'A» chftp. 8 et 30.,
scandalisé de ce que les barbares Africains se vendent les uns aux autres?
Dans l'année 1619 l'audience royale représenta au roi quelques mesurés pour la conservation et la plus grande utilité des îles découvertes ; elle lui proposa qu'il n'y avait pas de meilleur moyen pour parvenir àce but que celui d'y envoyer beaucoup de nègres , en indiquant les précautions qui devraient être prises pour que tieux*ci ne pussent pas se révolter, et que pour accélérer davantage leur multiplication on pourrait faire quelque traité avec le roi de Portugal. (1)
En 1 5a3, Laurent Garoebod, flamand* etgraod maréchal du palais de Charles -Quint, obtint le privilège d'envoyer 4000 nègres aux Indes,' Les procureurs de oes pays se plaignirent de ce privilège, lequel, en vertu des raisons qu'ils alléguèrent, fut révoqué ; et on ordonna que dans l'île Espagnole il pût être importé i5oo hommes et femmes par moitié, dans la Fer* itandina 3oo; et les restaus jusqu'à 4000^ darts les îles de San#Juan,la Jamaïque et la Castille
(1) Herrera , àêc, Q.+ Ito. 5 , chap» 3.
d'or, en observant qu'attendu qu'il y avait déjà dans ces îles plus de nègres que d'Espagnols, et qu'ils commençaient à devenir insolens envers leurs maîtres , personne ne pût en avoir sans être bien muni d'armes pour se défendre conjr'eux datts le cas de révolte, et de manière à ee qu'il y eût toiqours deux tiers de chrétiens.
En i5a8 on fit un traité avec Henry Ciguer et Jérôme Sayller, allemands, pour qu'ils conduisissent aux Indes 4ooo esclaves nègres, (i)
Par ce motif beaucoup d'Allemands s'établirent dans quelques peuplades., et abusant de la faveur dont ils jouissaient à la cour, donnèrent .lieu & beaucoup de plaintes contre leur conduite, parée que npn-seulement ils remplissaient mal les Obligations de leijr traité en y conduisant les nègres les .plus vicieux et les plus indoksfs, mais encore parce qu'ils s'étaient emparés de tout le commence, et avaient arrêté celui des vivres et autres provisions nécessaires pour la subsistance. Àmbroise Alfin-
(1) Hcrrcra , dec. .4 » &*• 4 * c^P* * * i : ** !**• 7» ^P' 6-
ger fut gouverneur et tyran de la province de Venezuela- La politique des Espagnols relativement au commerce avec les étrangers ne fut pas toujours uniforme. Dans leurs premiers réglemens, ce commerce leur fut prohibé à tous» et même les natifs des provinces qui formaient ce qu'on dénommait la couronne d'Aragon furent réputés étrangers et exclus de la population et du trafic avec le nouveau monde.
En i5a3, cette prohibition s étendit à celle de porter aux Indes des marchandises étrangères. Mais comme dans les çommenceraens du règne •de Charles-Quint l'influence de quelques ministres flamands prévalut dans son gouvernement, il fut dérogé quelquefois à cette prohibition. En i5a8 on accorda la permission pour que tous les étrangers qui voudraient s établir dans quelques peuplades pussent y demeurer (i). Nous avons déjà parlé de l'autorité que s'arrogèrent les Allemands à Venezuela.
Maison i534 on ordonna de nouveau qu'aucun étranger ne pût demeurer dans les Indes,
(i) Herrera , idée. 4 1 Hy< *> > chà^P* * ' ' -
sans une autorisation spéciale du gouvernement, et que tous ceux qui s'étaient établis dans ce continent eussent à en sortir, (i)
Une autre loi de Philippe II contre le commerce des Indes avec les étrangers , à quelque nation qu'ils appartinssent , fut encore plus sévère : elle prohiba de leur vendre de l'or, de l'argent , des perlés, des pierres précieuses et autres produits, ainsi que toute espèce de marchandises. (Loi 8, tit. i3. Liv. 3 du Recueil des Lois des Jndes.)
Les' rois d'Espagne organisèrent peu-à-peu le système colonial, en rendant le gouvernement du nouveau monde aussi uniforme que possible avec celui de la métropole, et en donnant les ordres les plus prudens pour sa conservation , sa. tranquillité , et pour le plus grand, avantage de la monarchie espagnole. Le Recueil des Lois des Indçs est rempli d'ordonnances les plus humaines et les plus sages pour assurer la liberté des Indiens et leur prospérité,
«- Pour qu'ils ne reçoivent pas de dommage «en leur faisant payer plus d'impôts qu'ils ne
« peuvent bonnement le faire, et pour qu'ils « jouissent de toute commodité , nous ohar- « geons , disait Charles-Quint, nos vice-» pois, « présidons et audiences, et nous leur ordon- « nons que. chacun dans son district fasse taxer « les impôts , et que les commissaires qui seront « nommés pour cette opération, se conforment à « Tordre et à la forme qui suivent.
« En premier lieu, que les préposés à la taxe « assistent à une messe solennelle du St.*Es~ « prit pour qu'il éclaire leur entendement afin « qu'ils opèrent la taxe bien et avec justice, et « que, la messe terminée, ils promettent et pré* « tent serment entre les mains du prêtre celé- « brant, qu'ils la feront bien et fidèlement t « sans haine ni faveur; ensuite ils visiteront en « personne "toutes les peuplades de leurs pro- « vinces qui devront être taxées, et qui sont « recommandées en notre nom , ou pour re- « commander les explorateurs et le nombre de « fondateurs et indigènes de chaque peuplade, « et de la qualité du terrein qu'ils possèdent, « et s'informeront de ce qu'ils étaient en usage « de payer auparavant à leurs caciques et autres qui les commandaient et gouvernaient,
« et dé même de ce. que à l'époque de la t»e « ils payeraient à nous ou à .leur titulaires de a coromanderies, et de ce qu'ils devront payer « en justice à l'avenir, en leur lisant de quoi
* subsister, doter et entretenir leurs en&ns, et « des réserves pour se traiter dans leurs mala~
• dies et subvenir à d'autres besoins ordinaires, « de manière à ce qu'ils payent moins que 4 pendant leur idolâtrie , observant en tout « point ce qui est ordonné à cet égard»
■ « Après s'être bien informés de ce qu'ils « pourront en justice et cojmmodement payer
* en raison de notre souveraineté, Us déclarer « roht, établiront et modéreront la taxe* d'à* « près ces données, selon Dieu et leurs oon§- « ciences , faisant attention à ce que les conuv « buables ne souffrent point de dommage,. et « à ce que les impôts soient modérés, de^ ma?
• nière à ce qu'il leur reste toujours de quoi
• subvenir aux besoins sus-éuoncés et autres
* semblables, de sorte qu'ils puissent vivre « tranquilles et à leur aise, et qu'ils s' enrichis* « sent plutôt que de slappauvrir ; car il n'est pas « juste que , puisqu'ils se sont soumis è notre
■ autorité, Us soient plus inak*ai*és que nos
* autres sujets. (Loi ai, tjt. 5, liv. € du Recueil « des Lois des Indes.) ^
Les fondateurs des colonies dû nouveau monde, ne sont-ils pas dignes de la reconnaissauce et des éloges de tout le monde ancien? Qui est capable de calculer les avantages qui ont résulté pour la religion, les mœurs, les sciences et l'industrie de tous 'les. européens, des étabjissemens des colonies espagnoles dans les Amériques?
Malgré cela, il n'a pas manqué d'écrivains obstinés à décréditer les espagnols et à obscurcir leur gloire si justement acquise. AdriemTur* nebo disait que tout ce que Ton raconte de la fertilité et des richesse» du nouveau monde, est faux. Éscâliger assurait que rien ne vient sur ce sol, qui ait été ni puisse être de quelque avantage:- au monde ancien; mai» qu'au contraire , il lui a été bien nuisible, parce que dan» ce dernier on élève des chevaux, des chameaux, des boeufs et d autres beaux animaux très utiles, et dans" l'autre des singés, et des bétonnes qui diffèrent peu des brutes. fiocalini, n'osant pas nier' quelques choses excellentes du monde Nouveau, disait que ces avantages
étaient halancésipar le mal vénérien , en admet-tant que' celui-ci était venu d'Amérique. Ztf traité que le père Làs-Casas écrivit pour la défense des Indiens fut réimprimé en quatre langues ; en latin sous le titre de Crudelitates Hispanorum in Indus patràtœ ; et. en italien > sous, celui de // suplice schiauo iniiàno. (i) , « Beaucoup d'écrivains, dit Robertson, ont regardé ^dépopulation de l'Amérique comme la suite d'un plan non moins réfléchi qu'atroce. Les Espagnols K disent-ils, convaincus qu'il leur serait impossible d'occuper les vastes régions qu'ils avaient découvertes , et.de maintenir leur autorité sur des nations infiniment plus nombreuses que leurs conquérant résolurent pour conserver l'Amérique d'en exterminer les habi tans, et de faire lin désert du nouveau monde, plutôt que tfen perdre la possession. Pour l'honneur de l'humanité^ nous pouvoiis observer que jamais aucun gouvernement n'a formé un si détestable projet. J^es rois d'Espagne, loin d'adopter un tel système de; destruction , furent continueitemejft Occupés
<te la conservation de leurs nouveaux sujets. Le désir d étendre la foi chrétienne et déporter la connaissance de la vérité et des cénsaktiDBS à des peuples privés des lumières de la religion , fut le principal motif des encouragement qu'Isabelle donna à l'expédition de Colomb. Apre» la découverte, elle s occupa de l'exécution de ses pieux desseins, et montrale plus grand zèle , non-seulement pour faire instruire les Indiens, mais encore pour assurer un traitement doux à cette race d'hommes paisibles devenus sts sujets. Ses successeurs adoptèrent les mêmes idées. Ils firent à ce sujet de nombreux réglemens conçus avec sagesse et dictés par l'humanité. Quand leurs possessions dans le nouveau monde devinrent assez étendues pour leur faire eraindre ^e ne pouvoir y maintenir leur autorité, l'esprit de leurs lois fut aussi doux qu'il f avait été lorsqu'ils ne possédaient que les îles* Leur sollicitude pour protéger les Indien* semble même s'être augmentée à mesure que leurs conquêtes se sont étendues*
« MâisTavidité des particuliers était trop Vm* lente pour pouvoir être contenue par le pou* voir des lois. Des aventuriers audacieux1 et
murpientés du désir de s'enrichir prompte* nient r pkoésà tfne si grande distante du centre de F smtoxité, peu accoutumé* à la subordination même dans le service militaire , et* encore nunnaan respect pomr rputorit^ civile/toujburs fjtifaèe dans; «rie cotante tosâssante , méprisaient ou éludait un» les régleoiens par lesquels 0* voulait tféptbwer leurs exactions e* leur tyrannie. Le gouvernement espagnol donnfeiit sans 4>toêë >dé ttoifltèttux édits pour enipdcfter i'oppre^icm degjfiid&iis. Lés colons comptant sur l'impuni*^ (I une si g¥ttide distance', continuaient de les traiter êomme esclaves, les govH vernerers eu^mèmes €ft les autres officiers employé» dans les Colonies , souvent aussi avides et àtt&i indigents cftie les aventuriers atutqtiel* Tb commandaient , t*&r> disposé* à adapter -les fcf&^filé&ses que tes conquérant sifeiient «ut tafrltfliet!*, ^enrageaient ou toléraient Uop^ prettiëto'à* lieu de l'arrêtèi-.
« D fté &ttt donc; pas knptfter la désoltrkm du tiottveati monde à urié faute Af -là eottf tfEspagne», «âki considérer eonmie tttt effet de S* I^lMque»:€fc fat ttihiqtiemént-rotivntge des 4mq*ér*tlè et des premiers ddtoft* «espagnols
qui, par des hjesure&iiista imprudentes qui'injustes, ont empêché les effets «salutaires des lois et déshonoré leur patrie aux yeux île la
postérité, . '/: : i,I> O.' \» :. i.f .i«.'
« C'est avec plais d'injusiâee, encore que beau çou^;4'écxiyains ont attribuée l'^priti d'intolérance de la religion romaine^ lac destruction de&liVmçricâins, et onff accusé .les ectJémsti* <jues,e4p4gnols d'avoir excité Içurs compatriotes à j$a$sacçer ces peuples in^ocensjjcômrae des i4oJàtres et des en n qrnis dt^BtouH Les premiers n^issionnakes de i;^néilique^ quoique simples et sans lettre^ é%&ytf\% , d^es bommefe pieux» Us éppu^èrent de bpançhé we l^^ause des Indien^, et 'défendirent ce peuple "contre les calomnies dxxnt s'efforçaient de lç -noircir les Conquérant qui le représentaient comme incapable- det se former jamais à la vie socialç,^de,çQmp¥en4?é les principes de la :çeligioa;, ^ cpinpieu^e espèce imparfaite d'honi/ftesf q£eja[i¥#ujfi: avait marqués dijisceau.de ^ -servi tu de^fi-e?) que j'ai 4it,4ur|2% con^a^;r^,^^nnaixes espagnols »pour 1# dé&çsç ^arprptgction du p&Ur pçau opmm^ à kur^spinfc, lea ^n^fflu^up point <fc>vufl< djigne 4$:kH*r$ Jbwtim$.\Jj{k1k*
— tfe - ■
rent des ministres, de paix pour Je» Indien*, «t s'efforcèrent toujours d'ajracher là verge de fer des mains de leurs oppresseurs. C'est, à leur puissante médiationxfue les Américains durent les yégleméns qui tendaient àadoiicir la rigueur deleursçrt. (i)
L'importance et l'influence que les. colonies espagnoksont^aespendantiking^teinp^dans la prospérité de l'Europe , sont maintenant plus connues que dans d'autres temps.
« Si le nombre, la variété y l'étendue et la richesse, des propriétés coloniales suffisaient pour en constituer Inutilité à l'jégaird d'une métropole , dit M. de Pradt ., quelle est celle qui pourrait entrer en comparaison avec l'Es* pagne? Quelle est celle <Jui aurait à s'enofv gueillir plus ou autant qu'elle de, régner sur d'aussi vastes contrées, de commander à. des peuples plus nombreux ou plus diyers^de posséder, comme elfe feit, les sources de l'or, des métaux riches ou utiles, dê^ç la dis* pensatriceldes signes qui, partout, aliineu^nt et paient tous les genres d'industrie} de ma-
(\}RUtoir* de? Amérique t&y*^ . c .„
• nière que le monde entier ai l'air de traftaitte*
• pour l'Espagne et d'attendre d'elle rôti sa- « laire. (i)
* L'Espagne est le eoaduit, le Canal, et pour « ainsi dire l'aqueduc de l'or de l' Amérique « vers toutes les parties de TEiurepe et d* « monde. U n'y a pas un seul de ses habitais, « pas une seule de ses tetattcns^ pas *»ft seul de « ses revenus particuliers ou publies qui ne « soit affecté par tout ce qui ae passe en Aîné « rùjue.^a)
Aux innombrables sbmmes dot, d'argent et autres produits 4tfec lesquels les Espagnols ont enrichi l'Europe par le. moyen dir 'kntàicD* lonies, ou doit ajouter d'autres bien» enopre plus redomma&dables , tels que les ûoujreUpa connaissances scientifiques au aroyen desquelle» 3s ont étendu et éelaiaé la sphère de l'esprit humain: quels progràa n'a* t*on pas fait dans la cosmographie, la Motogfe et ancres science* naturelles, depuis l'heurettsé époque de lefca- Mistfémetit des colonies espagnole»! :•, .,
(1) Des Colonies, tom. i , chap. 6, (2) Ibid., tom. a , drap, aa-
Si les bienfaits procurés parla* Espagnols m mondé ancien par le moyen de leur* colonie» surpassent tout éloge et sont dignes d'un éter* nel souvenir, ceux que les colonie» ont reçus de leurs fondateurs , ne l'ont pas été moine*' Xa soumission des Indien* à la monarchie espagnole leur coûta beaucoup de sang et beaucoup- de sacrifices. Mais quelles colonie» , quels Etats,' quelles monarchies ni quelles républi* que*, ont été fonde* san$ guerres, san* violences et sans de grandes injustices? Que Ton jette un eeup-d'etil sur les origines et les viob* situdes de tous les Etats anciens et moderne*** même les plus civilisés.
En comparant le* maux soufferts par le* ancêtres des colores actuels aux bienfait» que leurs deseendans ont vécu* de leurs nouveaux maître*, personne ne pourra manquer de xë* connaître les avantages des dernier*, lors même -qu'on 4e faisait une idée trop avantageuse dm premiers. Outre le bien inappréciable de les avoir tirés dé l'abîme profond dé l'idolâtrie, et de te» avoir convertis à la véritable religion, qui feu* porta et leur apprit l'usage du fcr, métal beaucoup* phi s^uute -que ïot et l'argent
pour mille besoins et commodités de la vie ? qui a introduit dans le nouveau monde le blé et autres semences nourrissantes, le vin, l'huile , le sucre, les oranges et autres fruitsdélicieux , les chevaux , les boeufs , les moutons , et beaucoup d'autres animaux très utiles pour l'agriculture, pour le vêtement et le transport des fardeaux que les habitans portaient auparavant sur leurs épaules % Enfin qui leur apprit à lire et à écrire, et qui les a, civilisés à. tel point qu'ils ont pu entrer en concurrence avec les nations les plus, avancées de l'Europe?
Ne pouvant pas nier ce bienfait et d'autres rendus au genre humain par les. Espagnols j M. A. en rendant compte dans la Revue Encyclopédique du voyage fait au Chir li , au Pérou et au Mexique par le capitaine; Hall , dans les années 1820, !j8%i:,e$ ;z$22, voyage dans lequel eet Anglais a indin que les, institutions; salutaires et, les ét^bfeettens d utilité publique dont l'Amérique .est redevable À l'Espagne , jcherq^ i 4miaugr leur mérite en disant. « Il n& pa* même ajouté *:(>pe qu'il aurait. pi^&ir^ ep« $pn$çâçft€fe ).que
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« tout cela , l'Espagne Ta fait dans son propre « intérêt, et non dans celui des colonies. » Revue Encyclopédique. Décembre i8a5.
Si cette censure n est pas un, déliré, de quel nom faudra-t-il la qualifier? Quel homme, et moins encore quelle nation a-t-il jamais existé dans le monde qui agisse plutôt pour l'intérêt d'autrui que pour son propre intérêt? Lorsque les Romains subjuguèrent les Gaules et l'Espagne, fut-ce pour rendre ces nations .plus heureuses , ou pour augmenter eux-mêmes leur pouvoir et leur grandeur? Lorsque les barbares du nord détruisirent l'empire Romain, et fondèrent sur ses ruines d'autres monarchies , fut-ce pour améliorer le sort de ses anciens habitans? Lorsque dans ces derniers temps la France aida les colons américains , sujets des Anglais, à assurer leur indépendance de la métropole, fut-ce par amour pour le nouveau gouvernement républicain établi dans les États-Unis ? Et quand les Anglais aidèrent les Espagnols à expulser de la Péninsule les troupes de Bonaparte , fut-ce pour affermir la constitution de Cadix ?
Si Ton peut faire quelque reproche à la po-
litique espagnole dans le gouvernement de ses colonies , ce ne sera que celui de ne pas en avoir retiré tout le profit qu'elle aurait pu, en faveur des Espagnols, et d'avoir donné Keu à ce que l'on pût lui appliquer ces vers de Virgile :
Sic vos, non vobia, mellificatis, apes ; Sic to&, non vobis, fertis aratra , bores.