‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 32 sur 48 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Nouveaux désordres après la mort de la reine Dona Isabelle. — Vexations des courtisans flamands cfe . PbUipp«-le-Bel et de Charles-Quint. — Guerre des Couroneros. — Dernier état des Cortès.

Paa la mort de la reine Dona JsabeUe en 1 5o4 laPémnsule se vit de nouveau agitée et tourmentée par de nouvelles convulsions. Sa fille et héritière Dona Juana se trouvait en Flandre* mariée avec Philippe-le-Bel , héritier de ces provinces , acquisition au moyen de laquelle la monarchie espagnole allait s'agrandir beaucoup plus, sous le gouvernement de son fils Charles Ier, qui fut appelé plus communément Charles*Quîat , depuis qu'il fut empereur d'Allemagne , eiuquième de ce nom.

Ferdinand-Je-Catholique, veuf de Dona Isabelle, tâchait de différer le départ de ses fils pour l'Espagne , afin de continuer par lui seul

le gouvernement de ce. royaume; jusqu'à ce qu'enfin il fut obligé de le leur céder, et de se contenter de ses états d'Aragon et de l'Italie , dont il était propriétaire, et de quelques legs que la feue reine lui avait faits dans son testament.

Pour le plus grand malheur de la monarchie espagnole , sa nouvelle reine Dona Juana devint folle. Son mari D. Philippe voulut que l'on déclarât légalement sa folie, afin de gouverner par lui seul; et il avait déjà gagné quelques grands pour qu'ils coopérassent à cette déclaration , mais les Cortès de i5o6 n'y consentirent point; elles proclamèrent son épouse propriétaire de ces royaumes, ainsi que son fils le prince D. Carlos né à Gand, eh l'année i5oo.

Les courtisans de PhiHppe-le-Bel, flamands pour la plus grande partie, loin de chercher à gagner l'affection des Castillans , les exaspéraient beaucoup plus, en déplaçant les cérré-> gidors et vendant publiquement les places.

- Par l'effet de ces vexations, on. avait déjà organisé une conspiration contre le gouverne- .nient» L'archevêque de Séville, le duc de MéT

dina-Sidonia, les comtes de Urena et de Cabra et le marquis de Priego s'étaient coalisés, sous le prétexte de mettre en liberté la reine Dona Juana, qui était en prison par ordre de son mari. Mais ta mort prématurée de ce roi survenue en 1 5o6 , arrêta les progrès de cette conspiration. Il y eut divers partis relativement à la régence, qui devait être établie, jusqu'à l'arrivée du nouveau souverain. Celui qui nomma D.Ferdinand-le-Catholique en qualité de tuteur de son petit-fils, prévalut, et D. Ferdinand étant mort' peu après, Adrieu.d'Utrecht, doyen île Louvain, précepteur de D. Carlos, et le cardinal Gisneros furent nommés gouverneurs du royaume.

•Les grands furent très mortifiés de se voir exclure de la régence ,- et commandés par un moine et par * un prêtre étranger; c'est pourquoi ils cherchèrent à faire valoir une loi^des Paradas, qui statuait sur le mode de gouverner le royaume pendant la minorité des rois. Cis* neros les contint au moyen de sa politique; mais les circonstances critiques où se trouvait la monarchie espagnole, par la folie de sa reine, l'absence et le bas âge du prince héri»

tier, et les insupportables escroqueries et vexations des Flamands, ne pouvaient pas manquer de produire d'autres grandes commotions.

La noblesse obéissait mal aux deux gouverneurs, et le tiers-état, sous le prétexte de ses Fueros et coutumes, projetait aussi d'étendre autant que possible sa liberté et son ancienne représentation aux Cortès nationales.

L'un des moyens imaginés par Cisnerospour soumettre les nobles fut d'armer le tiers-état^ en publiant une ordonnance militaire, par -laquelle il était ordonné que dans chaque commune il y eut un certain nombre de fantassins et de cavaliers en proportion de sa population : elle accorda aussi diverses exemptions et firan* chises aux. soldats enrôlés, et on avait soin d'exagérer les avantages de cet établissement.

Les nobles aperçurent bientôt le véritable but de cette ordonnance; en conséquence ils ne négligèrent pas d'alarmer le peuple en exagérant les maux très graves qui devaient résulter d'une -semblable innovation , qui multipliant le nombre des personnes exemptes des contributions publiques, et protégeant l'oisiveté , aurait pour but d'augmenter l'oppres-

'•-r- '99 ~ sion de leur liberté par la violation des fueros des ailles et des cités. -

Les suggestions des nobles produisirent leur effet* Malgré que quelques communes admirent la nouvelle ordonnance militaire, la plu* part s'y opposèrent, et principalement la ville de Valladolid où résidait la^cour, et dont la province arma trente mille hommes pour combattre cette ordonnance, et commit divers attentats, qui, quoique, pour le moment, n'en produisirent pas déplus grands, laissèrent les esprits disposés à la guerre civile qui éclata un peu plus tard.

L'histoire des Cortès de Santiago de Tannée i Sao, et de la guerre qu'on appela des Commu* nautés, produite par une conséquence de ces Çortès, rapportée avec la plus grande exactitude par le père Sandoval, donne une idée bien claire de l'esprit public de ce temps-

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