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deux cours pour la liberté du roi prisonnier, tout ce que purent obtenir les Espagnols fut la permission d'introduire leurs draps en France, non pour les vendre dans .ce royaume, mais seulement pour les y faire passer et les introduire dans d'autres lieux, (i)
Quand même l'Espagne , par la supériorité que lui avait donnée le sort des armes n eût pas eu te droit d'exiger dans ce traité quelques conditions avantageuses à son commerce, étaitil rien de plus juste que ses sujets jouissent en France des mêmes droits dont les Français jouissaient en Espagne? Cependant lorsque d'un côté on imposait au roi François Ier les conditions les plus dures, celles de renoncer à ses droits à la possession de quelques états; à des compensations de plusieurs millions de ducats ; à des réconciliations avec ses plus grands ennemis, et autres -sacrifices semblables, dont l'eiorbitance manifestait dès lors l'invraisemblance de leur accomplissement ; dans une affaire aussi intéressante pour l'industrie espagnole, les
(i) On peut voir ce traité dans V Histoire de Xïharles- Quint , par le père SandovaL
Français vaincus étaient plus privilégiés que leurs vainqueurs ! Que prouve cela, si ce n'est que les vainqueurs n étaient pas aussi habiles que les vaincus, en économie politique?
. Voici la description qu'un conseiller de Charles-Quint en Flandres, faisait du commerce de ces provinces avec l'Espagne en 1 545.
. « D'autres nations, disait-il, nous apportent « quelques articles ; mais les Espagnols nous « approvisionnent abondamment de toute es- « pèce de marchandises. Toutes les côtes de » Flandres sont pleines de leurs laines* Il en « entre chaque année de trente-six à quarante « mille balles , chacune d'une valeur de plus « de seize ducats. On fabriqué avec chaque « balle deux pièces et demi de draps qui se vena dent le double de ce qulelles ont coûté, après « avoiroccupe et alimenté journellement plu- « sieurs milliers d'artisans. Ces draps reviennent « en Castille, et: de là se répandent dans les îles « Baléares, la Navarre, l'Aragon, l'Andalousie, « Je Portugal , Barcelpnne f Valence, Lisbonne , « Salamanque, et dans les autres villes de la « Péninsule. IJs nous enrichissent en outre par « l'exportation d'objets de, beaucoup d'autres
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« manufactures, dont no-us abondons, en nous « achetant dmnombrables pièces dé toile et « de linge de table fin et commun, des tapis, « des dentelles, des fils et autres marchandises « de cette espèce. Leur* achats seuls de cire « passent cent mille ducats. Il faut ajouter à « cela la multitude infinie de meubles , de chai- « ses, de miroirs, d'aiguilles, d'épingles, de- « ventails, de' soufflets, de couteaux et d'au- « très armes, dépeignes et antres ustensile» «s inventés pour l'usage et la commodité, et « dont Jls exportent une telle quantité qu'ils * en remplissent quelquefois jusqu'à chiquante « navires. »
C'est ce qu'écrivait le flamand Damhouder dans le panégyrique qu'il fit imprimer en 1 545, dés négocians espagnols établis dans ces provinces, (iy panégyrique que le gouvernement ' Espagnol eût plutôt considéré comme une satyre ignominieuse que comme un éloge, s'il eût bien connu ses intérêts. Mais les idées de la politique espagnole sur les matière» écono-
(1) Damhott<îer , in Laudejp. hispaniede nationis quœ Brugis mercautram exerce*, Declamatiopanegyriea*
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iniques étaient si rares et si équivoques, qpe loin de prévenir le dommage que devait produire à l'industrie nationale l'introduction de tant d'objets des manufactures étrangères , elle cherchait encore à 1 exciter.
Croirait-on qu'un monarque aussi politique que 1 était Charles-Quint, put ordonner que les étrangers qui exporteraient des laines de la Péninsule s obligeraient d'y importer pour chaque douze balles qu'ils en retireraient, deux pièces de drapr et une balle de toile? C'est pourtant ce que ce monarque ordonna par une pragmatique de l'année i55a. (i)
Les Cortès de Tannée 'de i555, connaissant i le tort qui faisait à l'industrie espagnole, la consommation des toiles de Êlahdres et de France , supplièrent Charles - Quint d'ordonner qu'on ensemençât en Hn toutes lés terres communales; que les propriétaires ou leurs fermiers fussent également obligés de cultiver cette semence dans quelques parties de leurs terres; que le principal travail des femmes
(i) Histoire du luxe et des lois somptuaires d'Espagne ,
voL2,chap. 2.
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fût de filer et de tisser de la toile; et pour assurer davantage l'observation de cette Ici, qu'on ne payâtaux corrégidors quele tiers de leurs appointemens jusqu'à ce qu'ils eussent envoyé au Copseil des preuves de lavoir fait observer dans leurs districts respectifs. ( i ) - Il est à remarquer qu'on établissait au commencement de cette supplique, qu'on semait et récoltait une si grande quantité de lin. en Galice, qu'elle pouvait suffire à la fabrication de. toutes les toiles nécessaires. . .
• On ignore si ce projet fut misa exécution. 11 est à croire que le Conseil -pénétre de l'impossibilité de faire exécuter cette loi, et de. l'injustice de forcer qui que ce fut pour l'obliger à' faire un usage déterminé de sa propriété et de son travail y et considérant en ouîre qu'une province produisait déjà volontairement le lin, suffisant à la fabrique des toi|es qui se consommaient dans la Péninsule, ne fit aucun cas de cette demande inconsidérée. -
""Malgré la prépondérance du commerce étranger, les manufactures espagnoles ayant dans
(1) Pet. 126.
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les Amériques un débouché assuré et avantageux, leurs fabriques ne laissèrent pas de prospérer à un tel point , qu'il y avait des négocians qui achetaient leurs produits deux ou trois années à l'avance, ainsi que le dirent les Cortès de i552 dans leur pétition 2i4»
L'Espagne ne devait rien désirer plus, que. de voir ainsi ses fabriques dans un état si florissant, et son commerce en situation de pouvoir acheter à l'avance les produits de ses Ja-* bricans avec l'assurance de ses bénéfices dans le tra£c des marchandises espagnoles avec les Amériques. Le commerce étranger aurait diminué de tout l'accroissement du commercé espagnol, et celui-ci aurait donné aux sujets mille moyens et autant de ressources pour vivre et s'enrichir, et bannir cette oisiveté qui est le vice le plus préjudiciable chez toutes les nations civilisées. D'un autre coté les colonies , dépendant de la métropole beaucoup moins par Ifes emplois et par la force que par le besoin qu'elles avaient de s'y pourvoir d'un grand nombre de marchandises , que la civilisation leur rendait nécessaires , en échange de leur or , d© leur argent et d'autres produits coloniaux, fournissaient un
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moyen de resserrer davantage l'union et la bonne harmonie entre les deux contmens, par des avantages réciproques, et sans aucun besoin de violence pour maintenir la subordination légitime de ces peuples éloignés.
Malgré ces considérations , si faciles à comprendre, les Gortès de 1 5 5a, voyant l'act^ûissenient des prix des comestibles, de» draps, des soies, des maroquins et 'de toutes les autres marchandises du commerce avec les Amériques, demandèrent la prohibition de leur exportation de la Péninsule pour ce continent.
Telle était la confusion des idées d'économie politique, telles étaient les inconséquences de ce temps. D'une part on, voulait que For et l'argent abondassent ; et la convoitise de ces métaux ejciuh le$ Espagnols à entreprendre des voyages longs et^péruleux pour ks arracher aux mines inépuisables de l'Amérique, avec moins de travail, en opprimant les naturels du pays; et de l'autre on déclamait contre l'augmentation du prix des comestible» et des ob-. jets rianufacturés, effet nécessaire de la multiplication de l'argent.
Les Coites de i53a avaient remarqué que
3ooo maravédta de Tannée 1480 valaient autant que i5ooo d'alors, (1) c'est-à-dire, que l'argent avait baissé dans un demi-siècle d'un quintuple de sa valeur, ainsi qu'il arrive généralement aux grains ou aux autres fruits de la terre, lorsqu'il y en a une grande abondance*
Faute de n'avoir pas bien médité sur les causes de ces variations et sur leurs résultats, on commit de grandes erreurs, non -seulement en matières d'économie politique , mais encore sur d'autres branches de la législation.
Dans les anciennes lois criminelles, une grande partie despeines consistait en certaines amendes de sous, ou maravédis. Comme la va* leur de ces monnaies diminuait en proportion de l'augmentation de la richesse nationale le montant' des amendes dut s'augmente* dans la même proportion : en n'observant pas une règle si juste, lés peines pécuniaires perdirent de leur rigueur, en proportion de l'énorme dif* féretace qui existait entre les monnaies en 'circulation au temps de leur promulgation , et les
monnaies postérieures à la découverte des Amériques.
Dans ie^Fuero royal , publié par Âlonso X en 12 54, on prohibait lès appels des justices ordinaires dans les procès qui ne passaient pas dix maravédis; mais alors ces dix raaravédis valaient au moins "autant quç mille réaux d'aujourd'hui. Dans une ordonnance du même roi, où sont fixés les prix de tous les comestibles , le meilleur boeuf était taxé cinq maravédis, et un bon taureau ne devait pas passer quatre ; on achèterait difficilement aujourd'hui une bonne paire de boeufs ou de taureaux à moins de mille réaux»
Dans les premiers réglemens du Conseil royal il était ordonné de ne pris admettre d'appels des sentences dés tribunaux, à moins que les appelant ne consignassent i5oo doubles, qu'ils perdaient si leurs sentences étaient confirmées par le Conseil. Si ces amendes avaient été augmentées dans la proportion indiquée, elles auraient au moins été décuplées, et certes alors les appels auraient été bien rares, car il ft'eût pas été si facile aux plaideurs déconsigner i5ooo doubles que d'en déposer i5oo. Ceci
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n ayant pas été pratiqué, les appels se multiplièrent au point qu'il fallut créer dans le Cpnsèil une chambre particulière pour en connaître. Cette chambre conserve encore" la dénominatioirqu'elle prit de Chambre des i5oo. • " \
Les erreurs commises par ce gouvernement dans la législation agraire, ne furent pas nïbrns remarquables. - ^
Les églises pouvant acquérir des biens-fonds, et leur aliénation étant prohibée, le clergé dut naturellement accumuler d'immenses trésors.
Mais les substitutions ecclésiastiques qu'on nomme aujourd'hui amortissement^ n'étaient pas aussi préjudiciables à Tétât civil dans les premiers siècles que dans les siècles po stérieurs .
Les terres qui passaient dans le domaine des églises, n'étaient pas exemptes des contributions royales, et le caractère sacerdotal n'exemptait pas non plus ceux qui en étaient revêtus, du sacrifice de leurs biens et de leurs personnes, lorsque l'exigeaient la défense et la conservation de la monarchie.
« Les Espagnols , dit la loi 2, tit. i3, part. a* «mus par leur loyauté, jugèrent convenable « et voulurent que tous fussent soigneuide la
« garde de leur roi, et bien qu'il y en ait qui « soient commis jx la garde de son corps , les « autres ne sont pas exempts pour cela de le « garder aussi, chacun selon son état et son « pouvoir. Car de même que le roi doit garder « tous sgs s/uets par la justice et leurs droits, « ainsi les sujets sont tenus de le garder à leur « tour avec loyauté et sincérité, sans qu'aucun «puisse s'excuser en disant qu'il n'est pas « commis à cette garde.
« Et pourtant, dit la loi 3 du même titre , « tous doivent courir aux armes , sans corn- « mandement du roi (si sa personne est en dan- * ger); car dans un cas aussi extraordinaire « les anciens faisaient des levées dont per- « sonne ne pouvait s'exempter 9 même ceux qui * « étaient dans la parenté ou là familiarité du « roi , ni par privilège qu'ils en auraient reçu% ni « même en vertu d'un, ordre , à moins qu'il ne « Jût m faveur dwi homme cloître ou de ceux « qui disaient les offices , tous doivent marcher « poYir servir de leurs mains, de leurs compa- « gnies ou de leurs biens. »
L'observation de ces lois et de ces coutumes faisait que l'état ne se trouvait pas très léze
par l'amortissement ; mais dès que la nouvelle jurisprudence ultramontaine eut commencé à altérer l'ancienne législation /espagnole, on sentit la nécessite d'en arrêter le» progrès. Alphonse VII prohiba les donations , les ventes, les aliénation* de biens royaux aux monastè* res qui n'auraient pas eu des privilèges particuliers, pour pouvoir les acquérir, (i)
Âlonso VIII ajouta quelques considérations pour réitérer la même prohibition, dans le code de Baeza, qui depuis servit 4e règle aux Andalousie*,
« Personne, y est-il dit, ne peut veadre ni « donner dçs biens-fonds à des moines ou à des « hommes qui ont des ordres, parce que leur * règle leur défendant de rien donner ou vendre « à des séculiers, votre loi et vos coutumes « vous font la mêmcdéfiense. \
« Celui qui entre 4*n* les ordres, emporte « avec lui un cinquième de ses meubles et pas « davantage; et les biens-fojids qqi lui restent « appartiennent aux héritier^, car il n'est nilé- « gai ni convenant 4e déshériter les siens, et de
(l)l..aet3Atit. x,UU *4« Fiett*Cî*k«*eCartiIle.
« donner des meubles et des biens - fonds aux « moines. »
On trouve aussi ces mêmes clauses dafis le code donné par ce roi à la ville de Cuenca.
La prohibition faite aux laïques, d'aliéner leurs biens-fonds aux églises et aux monastères, fut générale dans toute l'Espagne, ainsi que le démontra le comte de Campomanes, dans <son traité de V amortissement.
Mais les lois qui n'ont pas l'appui des opinions religieuses sont toujours faibles ou impraticables , et bien que les lois civiles prohibassent de telles aliénations, les lois canoniques^ la piété et la dévotion des fidèles lés regardaient comme justes et méritoires.
Parmi les magistrats, les uns étaient imbus des doctrines ultramontaines, et les autres, quoique très royalistes, craignaient de lutter contre elles , à cause de lUur immense prépondérance sur l'opinion publique.
* * La longue expérience de l'inefficacité de ces lois dans le rojraume de CastiBè,; porta les Cortès dès le commencement du xvie siècle à réclamer plusieurs fois leur observation.
• * C'est ainsi, disaient les Cortès de Valla-
« dolid de i5a3, que d'après ce que les églises « et les monastères achètent ou reçoivent en « donations ou testamens, ils posséderaient en « peu d'années la plus grande partie des biens « du royaume. C'est pourquoi nous supplions « \t M. qu'elle donne des ordres , et s'il est be- « soin, que notre Saint Père le pape soit supplié « de ne pas permettre que les terres, les patri- « moines et les biens royaux s'aliènent aux « égUses ni aux monastères, et que personne « ne puisse les Tendre; et s'ils les possédaient « à titre lucratif, qu'ils fussent obligés de les « Tendre à des laïques ou des séculiers. — A cela « nous répondons qu'il en soit ainsi , et qu'on « prenne à cet égard les mesures nécessaires* « nous avons déjà écrit au Saint Père pour qu'il « veuille confirmer ces dispositions. »
Le Conseil décréta les mesures provoquées par cette supplique, mais sans autre fruit que celui qu'avaient déjà produit les lois d'où elles émanaient , ainsi qu'il est prouvé par une autre supplique des Cortès de Tplède%desi525.
Le royaume, croyant que linohservationdes mesures du Conseil pouvait venir de la douceur des peines quelles prononçaient contre
les déEnquans, demanda, par l'organe des Cortes de Madrid de i5a8, quelles fussent plus sévères, tant contre les laïques qui feraient de ell es ventes ou de telles donations , que contre les ecclésiastiques qui les accepteraient. Les Cortès de Madrid de ï534 firent' la même prière, en y ajoutant d'accorder au*x parens des vendeurs ou des donateurs, le privilège de retrait. Les Cortès de Yalladolid de i548 reproduisirent cetf suppliques, et les étendirent aux biens des confréries, demandant que les actes de tels contrats fussent déclarés nuls. Mais la réponse à* toutes ces demandes fut qu'on avait déjà écrit à sa Sainteté, et qu'on donnerait des ordres à l'ambassadeur à Rome pour activer auprès du St.-Siège, la confirmation de ce qui avait été t'ordonne par ces décrets. ' «
^Les Cortès de Madrid de 1573 demandèrent que dans la vente des terres communales ou incultes, on insérât au moins la condition qu'on ne pourrait les aliéner à des églises , à des monastères ou à des collèges. On leur' ré* ' pondit aussi qu'il ne dbnvénait pas de faire des innovations.
Les anciennes lois espagnoles^ s'opposaient
pas moins à l'amortissement ciril qu'à l'amortissement ecclésiastique. Jusqu'au xni€ siècle , on ne trouve aucune trace de majorât» dans toute la Péninsule. Le législateur du code appelé Partidas, fut le premier qui introduisit en Casûtte cette nouvelle institution. Mais quoi» que ces lois permissent déjà aux propriétaires d'imposer à leurs héritiers l'inaliénation de leurs biens, ils ne purent malgré cela pendant lés deux siècles suivans, fonder des majorât» sans un privilège particulier du roi, jusqu'à ce que par les lois de TorOj publiées en i5o5, on accorda à tous les propriétaires la faculté de substituer leurs biens, s'ils n'avaient pas d'enfans, et même dans ce cas, d'instituer un majorât sur l'un d'eux , du tiers des biens, avec la prohibition de l'aliénation.
Ou ne peut énumérerks dommages que les inajorats causèrent au fisc, à l'agriculture, et même à la morale publique.
Ils privèrent le fisc des droits incalculables qu'aurait produit la multiplication continuelle des Tentes de ces biens, s'ils n'avaient pas été substitués.
La conversion des possesseurs de ces biens >
de propriétaires eh usufruitiers , ' attiédit considérablement le plus grand stimulant de l'industrie et du travail, qui est la liberté de disposer de ses produits. Comment en effet, le possesseur d'un majorât, sachant que celui-ci devait passer à sa mort entre les mains d'une personne étrangère, où peut-être, au fils le moins reconnaissant, aurait-il fait des dépenses en plantations d'arbres ou autres travaux utiles pour le rendre plus productif, ainsi que l'aurait fait le propriétaire qui en eût librement disposé?
En outre de cela, 1 accumulation sur une seule personne de plusieurs majorats situés dans des lieux très éloignés les uns des autres rend impossible de les soigner par soi-même, et oblige à se servir d administrateurs qui en général ne sont pas aussi actifs, et dont les salaires diminuent d'autant les profits.
Mais si les majorats causent des dommages politiques aussi grave* , ceux qui en résultent pour la morale publique sont pluls graves en* core. Le principal fondement des mœurs est dans l'éducation domestique. Elus .l'autorité paternelle sera grande , plus il y aura d'ordre
dans les familles, et par conséquent dans l'état.. . Les principaux ressorts de Tordre social sont la récompensent le châtiment. Le père qui pourra disposer librement de ses biens et favoriser ses enfans les plus soumis, n'en sera-t-il pas plus respecté que le possesseur d'un majorât, dont un seul enfant doit nécessairement hériter, et souvent le plus inepte et le plus ingrat ? Et n'estil pas positif encore que l'héritier de ces sortes de biens, entouré de valets et d'amis qui lui disent que l'étude ou une profession décente lui sont inutiles pour vivre avec aisance, a moins de stimulant pour cultiver son esprit, chérir ses parens, et désirer leur longue vie?
Ajoutons à cela que les possesseurs de majora ts, quelque minces et insuffisans qu'ils soient pour les faire vivre avec aisance, se croyant tous nobles, et jugeant leur noblesse incompatible avec les professions mécaniques, s'abandonnent facilement à la fainéantise, au vagabondage , à l'ivrognerie et à tous les autres vices qui sont la conséquence du manque d'autres moyens honnêtes pour subsister.
Cependant, malgré cesinconvéniens $i graves des majoratsj etparticulièrement des majorats de
peu d'importance , on leur dut en Espagne de ne pas voir se réaliser ce que redoutaient les Cortès de VaUadolid en i5a3, l'absorption de la plus^ grande partie des biens du royaume par les églises et les couvens.
Si les majorats ont causé des maux très graves à l'agriculture et aux mœurs espagnoles; d'un autre côté, ces mêmes majorats érigés, soit par une vanité ridicule, soit par le désir respectable de conserver dans les familles de leurs fonda* teurs, la mémoire des services rendus fà l'état par leurs' ancêtres , ont* délivré quelquefois le pays de l'esclavage du clergé. & le code de Toro n'eût pas amplifié la faculté de substituer les biens immeubles , beaucoup de descendans des familles les plus illustres seraient actuellement victimes d'une piété aveugle, verraient les récompenses de la valeur et des vertu* de leurs ancêtres aglomérées dans les églises et les couvens, et se trouveraient dans la dure nécessité de demander l'aumône à la porte des ecclésiastiques.
Aux erreurs d'économie politique qui ont été signalées, et qui empêchèrent la monarchie espagnole délirer de la Péninsule et de ses co-
kmiès tout F avantage qu'elle aurait pu en tirer se joignirent encore les immenses dépenses et les sacrifices d'hommes et d'argent qui furent soufferts sous ce règne. Les nations sont comme les individus dont elles se composent; quelque fortes et riches qu'elles soient , leurs fatigue et leurs dépenses les affaiblissent et les appauvrissent à l'excès. Soit par ambition ou par nécessité de se défendre contre ses ennemis, Gharles-Quint s'engagea dans des guerres continuelles, tant avec les Français, qu'avec les mahométans et les hérétiques , et par un plus grand malheur surtout, quelquefois avec les chefs suprêmes de cette même sainte Eglise, dont la propagation était un des principaux ressorts de sa morale et de sa politique. Ce prince triompha presque toujours de sçs ennemis , mais ses triomphes ne furent pas toujours exempts d'amertume.
Combien ne dut pas souffrir l'âme de ce monarque, à la vue de la déroute déplorable d'une armée de terre et de plus de soixante galères que les mahométans détruisirent en sa pré* sènce devant Alger, en partie avec leurs forces, et en -partie aidés par une tempête -furieuse ?
Combien par les dégâts faits dans ses domaines, par l'empereur des Turcs Soliman, et par Barberousse, Dragut et d'autres corsaires?
% Les démêlés de Charles-Quint avec les papes, malgré le respect qu'il avait pour le Saint-Siège, ne contribuèrent pas peu à la décadence de l'Espagne, comme on pourrait' le démontrer, non pas d'après les témoignages des écrivains étrangers ennemis de la religion catholique , ou de l'Espagne , mais par les feits rapportés par les Espagnols les plus religieux et les plus dévoués à leur patrie, entr autres le père Sandoval, bénédictin, historiographe de Philippe III, et évéquë de Pampelune.
« La translation du roi de France en Espagne, disait ce savant religieux et évêque, fit une grande peine auj>ape et aux Vénitiens, qui s'imaginaient que l'empereur voulait retenir, toujours ce roi en prison, et s'emparer de la. monarchie d'Europe; la puissance de l'empereur leur était déjà extrêmement odieuse, chacun craignant de perdre ce qu'il possédait, car avec de telles charges, les princes du monde jouissent de la souveraineté et des états. Le cœur du pape (Clément VII) de même que
ceux de tous lés princes et républiques ou états d'Italie étant en proie à ce soupçon, à cette jalousie ou à cette crainte, ils furent facilement d'accord pour s'opposer au César fet pour le mettre dans l'embarras, (i)
La peur engagea . le pape à proposer et à réaliser une ligue contre Charles V, qui fut appelée Clémentine, du nom de son auteur principal. Le père Sandoval dit que le souverain pontife faisait ces choses non en qualité de vicaire de Jésus-Christ , mais bien en sa qualité de Jules de Médicis; distinction très catholique et très juste pour mettre à couvert les respects dus en tout temps au Saint-Siège, et applicable à beaucoup d'autres cas , où les papes ont agi plutôt par des buts ou des intérêts particuliers à leurs familles et à leur état temporel , qu'en qualité de bons pasteurs de l'Église.
Sans cette distinction , la liberté avec laquelle ce savant religieux raconta et censura la conduite du pape susdit, et celle de ses successeurs Paul III et Paul IV serait très scandaleuse.
Malgré les malheurs que le pape Clément VII
(1) Histoire de V empereur Charles F, Mr. *3 , $ 23.
éprouva dans sa guerre contre l'Espagne, il se lia après la paix avec François Ier, rivai dé Charles Y, et conclut le mariage d'une de ses pièces arec le duc d'Orléans,, fils puîné dt ce prince, en s'engageant à l'aider à conquérir le, duché de Milan, et le royaume de Naples , ce qui, selon le pèreSandofval(i),c0/tfrf£iftzâ abrér\ geï les. jours de P empereur.
On trouve dans cette même histoire la lettre que D. Diègue de Mendoza, gouverneur de Sienne, écrivit à Charles V y l'année i&43> % l'occasion de la vente de cet état et de celui dé Milan qu'on était sur le point de faire au pape Paul III : dans cette lettre on lit .ce qui suit.
* Personne n'ignore qu'il faut attribuer au « pape seul vos dangers passés et vos nalheuss « présens, puisqu'il avait excité contre vous k « Français et par conséquent ks Titres, dans «- lebut de vous engager dans là lutte, et de vous * mener là où vous êtes. Voyant maintena^ « qu'au lieu de lui faine éprouver votre vanr « geance, vous le ménagez, et que plutôt que « de l'offenser, vous aires pour lui de bitfses
(1) Htêtou* de V empereur Qhari**V, fib. to*
1 — àM —
Jfcômplairfaîïcci, qui pourra Vous èlâtfftic^PPow à rait-on craindre dé wus* Mïe dtë tort, puis- « que l'on y trouve dif profit P d&vôtts offenser,
* puis'àue "ePdst atirisi* qrfoâ a votre estime et « votre bienveillance' P Aîuski* 'il aïrive qu'en
* suivant cet ' exemple \ rbnc ne ifliércnëi géné- «' râlèment'>iqufà''vmi^ jfladérl rfanW'4k tffoêmejnéJ! ^césské, et à' j*rdfiter de votre inij^éV^ttice^ i ainsi qu'on le fit scJu^D.'Bferirï^uë 'I^-rtt dfe « Castille. ÏPn'ést pa^^èsWn'aeaî^è^febitett
* ceK est dançereihÉpcnir'uW prince. ïftiisftftfë « de ce temps-ïà le £r6ùVe assez. ATotre majesté « K sait aussi paï sa propre éxp&ièhcêf, car
* c'est ainsi <jue voua avez été jirîVé W^HfrU »<• tàge que les grande <ïe(^'stil^é^^sèd£nt:raaiA,- « tenant. ' >] ''■ ' } •'- "j: »■': ^^-li-, ;
« Quel prince, ou ptatôësqudJtib'mri&e ^ëus V a-t-ïloffeinlsé plus que ItnPaucàrn asStfrëh^ëhtf*
* et tout^ienconsïderé^îFe^Wô^dê'déUtè « tiùètous vos m'alfeewàsewttiven^s de -Iacbëi<- « suasiôn' et dé 1 adressiez du Rfàhsçèfis ; et que « par conséquent le mal que vous 6f alignez de « la partdes:Ttircs)nî,U plàs ffalitré- source. V>
Le père Sandoval dit qu'il avait supprimé plusieurs âlitrèl 'expressions contré le' 'pape ,
tant de fatigue et tant Ae sacrifices dispendieux.
* . Châties Y, .courbé sous le poids de sea in&- -àombrables dépenses, consulta son cottsdU d'état en i5fi6, sur les moyens d'acquérir les fonds. nécessaires pour soutenir la dignité de fia couronne. Voici jfexpositian que lui fit à «et égard le fameux dned'AH»*»... .
- , " «. Puisque 5a Majestéa un si pressant besoin « d'argent pour exécuter toutce qu nfampour k le bien de la cause commune,? et quelle ai> x tend que nous lui ouvrions les moyens les « plus efficaces pour èa amasser sans charger
* davantage îses peuplés,, il est bien juste que «' nous les lui fournissions comme l'exigé le vëkt « queiMra*âevàhs avoir pour le service de S. M*; ^ et»H ne sera pas difficile de le faire si nous «muons assez de feiw^eté et i de courage pour « prendie les expédions qui <se présentant»
n Considérons donc de grâce, et faisons tnû-
* rexnent réflexion que ies 'Sujet» de S. IL Sont « de deux ordres > ecclésiastiques et séculiers;
* ceuboci sont véTitiblentent épuisés, tant les « .nobles que lçs Dotnriexs. Tout au cop traire « lès 'ecclésiastiques mrrait tranquillement et k « Jenraisèf tou dam les monastères, ou dans leurs
•* maisons, ou dans les dépendance* de-ktars « églises, et possèdent des revenus immenses « qui absorbent presque tout le patrimoine « royal.
« H faut Tenir $ Sire, au tronc et à la racine « de l'arbre, Que Y. M* ooosidère , tant pour ses « intérêts propres que pour ceux des peuples « dont elle est l'amour et les délices , que dans « ses seuls royaumes d'Espagne , les eocléàias- « tiques possèdent pour plu* de deux millions « de ducats en fonds de terres, soit comtes, « bajtonnies, fiefs seigneuriaux' aytfht leurs tas* « eaux et leurs sujets, avantage dont jouissent, « nea* seulement les évêques, les chapitres * et autres classes de prêtres , mais encore les « religieux et les moines même, pendant qua « peme il restée Y. M. impériale un pouce de « terre pour gratifier le grand nombre de ses fidèles capitaines qui emploient sans cesse « leurs biens, leurs sueurs, et leur sang même, « pour son service et pour sa gloire»
«/Mais que sert aux ecclésiastiques d'avoir « des sujets, et d'être de si grands seigneurs ? à «les rendre fiers et superbes, qualités incom- « patibles avec 1 état sacré ou ils sont engagés ;
« état qui ne doit respirer que modestie et qu'hu- « milité, et qui doit être exempt des troubles « de la vanité, et du faste du siècle, qui sont in- • séparables de ceux qui gouvernent les peuples.
« Qu'on ôte d'entre les mains des prêtres et « des moines tant de baronnies , tant de fiefs , « et qu'on les réunisse au domaine de V. M, « afin de pouvoir, par cette augmentation si con- « sidérable et des richesses si immenses, non- « seulement combattre, mais aussi abattre les « ennemis de l'Église. « (i)
Le père Sandoval omit dans son histoire de faire mention de cet avis, mais il publia la censure qu'en firent quatre théologiens, alléguant diverses raisons pour prouver que Charles V ne, pouvait pas en bonne conscience demander au pape autorisation pour de pareilles ventes, ni S. S. l'accorder, et que malgré qu'on la demandât, et qu'elle fût accordée, ces ventes ne se^ raient point licites.
« La première raison, disaient-ils, est que le « pape n'avait point la propriété sur ces biens « des églises ; qu'elle appartient aux prélats et
(1) Leti , Vie de Charles-Quint, part. ▼ 5 lib. 1
« aux mêmes églises; c'est pourquoi sans le « consentement des propriétaires véritables, on « ne peut justifier la permission pour cette « vente, et il est constant qu' elle s'effectuerait « contre leur volonté. »
Que les légistes et les magistrats espagnols eussent contesté le pouvoir des papes sur les biens ecclésiastiques, cela n'eût point dû étonner ) parce que malgré la doctrine énoncée dans les Décrétâtes, les lois les plus fondamentales du droit espagnol le repoussaient,' ou le restreignaient. Mais que des théologiens aussi savans que Tétaient ceux qui signèrent ladite censure , voulussent persuader que de telles ventes effectuées et approuvées par l'autorité et la puissance pontificale ne seraient pas légitimes en conscience, c'est quelque chose de plus re-
marquable.
Lorsque les bulles des papes étaient. favorables aux intérêts temporels du clergé , les théologiens exaltaient et amplifiaient à l'infini l'autorité pQntificale ; mais lorsqu'il était question dans ses bulles, d'imposer quelque charge à ce clergé, ou d'opérer quelque réforme dans sa discipline , les théologiens ne laissaient pas
quelquefois de déprimer cette autorité, et de s'opposer à l'exécution des réformes. Soas ce arôme règne, le pape ayant envoyé des réformateurs à Tordre de saint<-Benoît, les moines ne voulurent pas les recevoir, et malgré les efforts du nonce de -S» S. et ceux du gouvernement pour faire exécuter la réforme , les moines 4â paralysèrent, (t)
Le clergé espagnol étant à-la-fois si riche et si privilégié, les ministres des autels étant -exempts du service militaire et de beaucoup -d'autres charges et contributions pesantes dont les séculiers étaient grevés , il était naturel que ceux-ci désirassent et sollicitassent les ordres ^sacrés, moins par vocation divine et dans un Véritable esprit religieux, que pour leur avantage temporel. Les laboureurs et les artisans savaient que leurs enfans, en arrosant de leurs sueurs leurs -champs ou leurs atehers, gagneraient à peine le nécessaire pour une misérable existence , pendant qu'à peu de frais As pouvaient les faire entrer dans des couvens et des églises , où ils seraient exempts au moins du
(1) Cabrera , Histofia de Felipe II, 1. n , chap. 9.
service «dliuiîre et des autres charges publiques , où ite jowraient de l'immunité et de Findépe»dance des juges «mis, où ils trouveraient one subsistance, sinon splendide, du moins plus saine que celle de leurs maisons, des Tétemem plusdéeens pour se montrer partout sans honte. Si on ajoute à tous ces avantages, la faculté de parvenir aux canonicats, aux prélatutes, aux plus hautes dignités au moyen desquelles ils pouvaient aider et anoblir leurs familles, trouvera-t-on étonnant qu'en vue de tous ces biens, les pères de familles cherchassent par l'éducation à porter leurs enfans vers l'état ecclésiastique régulier ou séculier ?
Quoique la France manquât de mines d'or et d'argent , et d'autres grands moyens dont l'Espagne jouissait , elle était réellement plus riche que sa rivale, parce qu'elle était plus industrieuse et plus instruite en économie politique.
On a déjà vu qu'étant vaincue, et son roi prisonnier à Madrid, la France dans le traité pour son rachat, avait seulement consenti à l'entrée des draps catalans sur son territoire , mais pour passer en d'autres lieux, et non pour y. être vendus. On verra bientôt les autres grands avan-
tages qu'avaient les Français dans leur commerce avec les Espagnols, et comment ils étaient réellement plus riches qu'eux. C'est ainsi que les deux monarques s'étan t réconciliés, Charles V étonné de l'abondance et de la délicatesse des mets qui lui furent servis dans un festin que lui donna François Ier, à Marseille, s'écria : « En France tout abonde jen Espagne tout manque. » (i)
(1) Leti , Vie de V empereur Charles+Quint, paît, n, lir. 4.
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