CHAPITRE XXI
État très florissant de la monarchie espagnole dans les commencemens du règne de Philippe IL — Ses ordres pour la statistique de ses États. — Idée de l'étendue du connnerceespagnoL-^-Politiqu«^e Philippe IL— Se» dépenses iminensesdans les guefrescontreles hérétiques. — Révolte des Hollandais,- et grandes pertes qu'il éprouva, pour les soumettre. — Autres pertes dans les guerres contre les Anglais. — Secours qu'il donna aux Français catholiques à l'époque de la Ligue. — Progrès du commerce français dans la Péninsule. — Vaines remontrances des Cortès contre les manufactures françaises. — Démêlé, de Philippe II avec le pape Paul IV.
— Nouveaux efforts de la pour de Rome pour déprimer les droits de la puissance civile.- — Bulle de la Cène. — Négociations pour abolir l'usage des recours de force et de retenue des huiles dans les tribunaux espagnols.
— Attentats d'un nonce du pape. — Ressentiment de Philippe .II. — Exil du nonce, et autres mesures pour la défense de l'autorité royale.' — Agrégation de la monarchie portugaise' à ht couronne d'Espagne. — Nouvelle organisation du Conseil royal. — Grands embarras du trésor dans les dernières années de ce règne.
— Vains projets pour augmenter ses ressources.
Cjb fut à juste titre que Ton donna à Philippe II le surnom de Prudent. « Pjir la sublimité
m de son génie, continuellement en action, dit «Xetî,' par l'étendue de ses lumières, par la s'o- « lidité de son jugement , par- ses travaux et ses « veilles , il avançait plus ses intérêts que ne pou- . « vaient faire les autres rois par des armées nom- « hreuses, parleur puissance et par la force de « leurs bras. C'est delà s^na foitfe qu'on n'a
• point fait difficulté dé -dire qu'après David et
* Salomon, il n'y a poiàt eu sur îa terre de « prince aussi prudent que le fut Philippe II « roi d'Espagne, (i)
Pour preuve de la justice de cet éloge ^ il suffira d'observer que ce roi, ayant hérité, de, la couronne f),Espagnej.aéparéedecetteder«Mpire u^Àllemagne qui avaient été réunies sur la tête de son père, non-seulement il conserva tout le pouvoir et toute la splendeur dont elle avait brillé précédemment, mais encore il les augmenta beaucoup plus par l'acquisition fie tous les domaines du Portugal et des. îles Philippines.
Philippe II connut parfaitement combien il importait aux souverains d'avoir la plus grande connaissance possible du territoire, du nombre
(1) Vk de PMlippe II, part, h , Ht. vi.
et de» mœurs- de leurs sujets r et un de ses plus grands soins fut celui d'acquérir des notions très exactes de leur statistique: c'est pourquoi il donna ses ordres aux gouverneurs tant de la Péninsule et de ses- autres états d'Europe qu'à ceux de- ses colonies, pour qu'Us, lui fis* sent passer k cet effet les renseignemens. les plus circonstanciés»
Dans ce méiuef objet il créa les deux emploi» de chroniqueur ou historien, et celui de CQ6~ mographe des Indes; il enraya en Amérique son médecin le docteur Herrera, qui était un naturaliste de grande réputation, pour qu'il observât, et travaillât à une description de toutes les branches d'histoire naturelle, ouvrage dont le susdit Leti fit un grand éloge, le qualifiant de sans pareil, et ajoutant : « Je ne ctois « pas qu'on puisse refuser à Philippe II la « gloire d'avoir par là grandeur de ce dessein « et la magnificence de l'exécution, effacé « l'honneur qu'Alexandre- le*Grand a acquis « pour avoir donné l'ordre à Aristote d'écrire « un traité de la nature des animaux* » (i) v
(4) Vie de PhiÙppe H, part: i , *t. i& • - '
Ce grand roi ne manqua pas de reconnaître les maux graves que souffraient les Indiens, et il réitéra plusieurs ordres pour y apporter remède, et quelques nouveaux réglemens pour améliorer le gouvernement des colonies. « Les Indiens, disait-il. dans une de ses nouvelles lois , souffrent de grands dommages , outrages et oppressions dans leurs personnes et dans leurs biens, delà part de quelques Espagnols, corrégidors, moines et prêtres, en toute espèce de travaux auxquels ceux-ci les assujétissent pour leur profit; les Indiens, abattus et misérables., n'opposent point de résistance ni de. défense, se v soumettant à toutjce qu'on leur ordonne; et les juges' qui 'devraient les protéger, ou ignorent leur situation (étant cependant obligés de la connaître et d 'y remédier), ou la tolèrent à cause de leurs intérêts particuliers, contre toute raison' chrétienne, et contre toute politique et conservation de nos sujets. Ayant reconnu que les mesures prises jusqu'à présent ne sont point suffisantes pour remédier à -tant de maux, nous chargeons et ordonnons aux vice-rois et aux présidens des provinces que
— aÔ7 —
« par euxMmèmeset avec la coopération de tous «les officiers et? njuges, ils prennent 'des 4n- « formations et punissent les excès et- les ou* « trages que les Indiens souffriraient^ (i)
Par une autre loi du même titre, on dé* clara pour crimes publics les injures, les offenses et les mauvais tràtteméns faits àuac Indiens, et il fut ordonbéde les punir avec plus de rigueur que ceux' faits aux Espagnols. :
En outre de la description du Nouveau- Monde , Philippe H voulait avoir 'aussi une statistique de tous1 ses' domaines^' et, pouf cet effet,* fit intérrb^efc ies-autorités civile* et ecclé«iastkpaes,iSxlr'iai^apulation, tes pro* duits naturels e( industriels , les revenjas^ lé nombre des employés, etc. >> •.. '
On ne connaît, point les résultats de toes mesures ordonnëes par Philippe II , pourj connaître: laKsiatktitpie de sest domaine p il) n'y a point d'entreprise plus difficile >d^nsr les grandes monarchies , surtout dans* celles composées de provinces si ihétérogènes, telle* quêtaient lés provinces dé la monarchie i&*
(l ) Loi 2 , chap. 10 , liv. 10 de la Recopilaciori. "
noie* Les peuples teinéfi&ifcj.*** -général* infceuti<ms du gouyernenienty et craignent •que île' BeuAdables mesures n'aient t&au&e* motifs /jiie celui id'augraenter leurs impôts.; lobs anenie qu'ils sont persuades; de leur utilité, touies les autorités ne mettent pu* te xnétneizèle-, le mkae 4a&œt et h même *> tïAté pour lei succès de pareiUes op^r^ûùq^^ et trdaFent, ou feignent <ale trouver, de très grandes difficultés >à ; 4tâir : : aoooœpUsseroen t. Gestiadnai ,que,, malgré b séy^riW et lès <ordj»8.d£j P^iHpjpôiry leocducidfAJealaj vic^nœi d«Kaple6yiS)e*cuaa d'effectuer le! ijgcensenie&t dteiceaniyainne^ent^iAànEljqw £o- redite' iwies dé papisDoe^ Suffiraient ^as pourllacbever.
Tout ce qui a été écrit <sUip i ancienne, popwlaubivjde l'Espagne, a»; repose; que sur de pores çoirijectorès épuisées; dans un texte, de (KqBrwn i.^a^ietr sur '^Ibintrfâs faits très «qui-
s Afci ne.itbonye ancien document pèsiiif qui puisse induire à croire que/ le nombre de ses habitant s'ikrât. à 5o millions du temps
(ljNot. 21 • ..
d'Octave, ainsi que l'ont écrit quelques auteurs. Il est certain que la Bétkfue, ainsi que quelques peuplades des cotes, étaient très civilisées par leurs communications fréquentes aréc les Carthaginois , les Romains et d'autres étrangers; mais l'intérieur de la Péninsule était rempli de déserts et de sauvages, se nourrissant de glands et d'autres fruits grossiers, «t constamment en guerre avec les étrangers ou entreux (i). Il y avait, sur les bords du Tage seul, trente tribus différentes, aussi sauvages que les bêtes les plus férooes. Une telle barbarie n'était pas compatible ^wee la population supposée de 5o millions dames. Dans un ^tat turbulent, en guerrres continuelles , et vivant dans l'indifférence des plaisirs et des commodités inventées par la société civilisée, il ne peut y avoir de grands stknulahs pour la multiplication des familles. C'est par ces considérations que le judicieux Hume, malgré l'opinion commune sur l'immense population de l'Espagne ro-
[i\ Not. 2a.
raaine, ne crçit pas qu'elle fût plus grande que sa population moderne, (i) >
Les 3o millions d'âmes que d'autres auteurs ont donnés à la Péninsule sous le gouverneraent des Goths et des Sarrazins, ne sont pas moins invraisemblables. Qui ne sait les .dévastations que les Vandales et les autres barbares du nord y commirent lorsqu'ils l'envahirent? On peut consulter, à cet égard, les chroniques d'Idace et de Saint-Isidore (2). On y trouve que la dévastation et le carnage furent si horribles, que les moyens de subsister manquant absolument en Espagne, ses habitans, forcés par la nécessité, se mangeaient les uns les autres, et que les animaux carnassiers, accoutumés à dévorer les cadavres des morts, ruaient et s'acharnaient sur les vivans.
Bien que depuis, les Goths ont parvenu à établir, en Espagne, une monarchie théocratique, elle ne fut point dégagée pour cela, de séditions très fréquentes et de guerres
(1) Discours politiques, dise. 10.
(2) Not. a3. f
2ÔI
civiles, peu compatibles avec la sécurité et l'abondance des moyens de subsister, sans lesquels il ne peut y avoir de population nombreuse.
Aux premiers temps de leurs conquêtes dans la Péninsule, les Maures usèrent d'une politique moins atroce que ceHe des barbares du nord ; mais dès qu'ils eurent assuré leur puissance, et qu'ils se furent déclarés indépendans des califes, ils y établirent de nou- , vejles souverainetés , et n'eurent plus autant de considération pour les Chrétiens. L'Espagne fut divisée en plus de trente royaumes différons: Chrétiens et Mahométans furent continuellement .en guerre entr'eux, soit pour cause de religion, soit pour leurs intérêts particuliers.
Une des maximes de la guerre de ces temps, était de ravager et de dépeupler les champs limitrophes, pour que l'ennemi y trouvât plus difficilement des subsistances, et que leurs possessions fussent moins convoitées. C'est ainsi que D. Alonso, premier roi des Asturies , ayant arraché quelques villes de Cas tille au pouvoir des Maures, les brûla toutes et laissa leurs champs déserts
jusqu'au Duero (*) , et que D. Alonso VU «ans sa guerre contre le roi maure Tqafci , fut obligé de traverser pendant quinze jours des pays déserts pour aller à sa rencontre, (a) Déserte, et accablée de tous les maux que
l'état perpétuel de guerre opposait sans cesse à la population, comment l'Espagne aurait -eue pu renfermer alors trente aillions James?
L exagération de cette population est principalement remarquable par les divers récits qu'on trouve darolhistoiredes grandes arméesmises en campagne par les Maures. En 1408 les Maures de Grenade assiégèrent Àlcaudete avec 120,000 fantassins et 7,000 cavaliers ; et en 1 43a ils marchèrent à la rencontre des chrétiens avec 5 ,000 chevaux et aoo mille fantassins.
En se fondant sur cette ^dernière donnée, Macanaz calculait qujela population du royaume de Grenade ne devait pas être moindre de 14*708,705 âmes.
(1) Note a4.
(2). Or en. Alphansi VU*
On ne peut pas douter que la population du royaume de Grenade, ne fût alors considérable. Il s'y était établi beaucoup de familles émigrées de Séville, de Gordoue, de Valence et d'autres provinces conquises par les chrétiens, La situa* bon avantageuse de ses côtes lui facilitait le commerce lucratif de ses produits et de ses manufactures. Q sortait tous les ans de Malaga beaucoup de navires chargés des. produits naturels et manufacturés de ce royaume pour V Afrique et l'Asie, (i)
. . "C'est ainsi qu'il fallut dix ans pour la conquérir, et que quoique les rois catholiques en eussent commence la conquête avec une année de 60 mille hommes, ils furent plusieurs fois sur le point de l'abandonner : que le siège de Baxa seul coula 20,000 hommes aux chrétiens., et que sans l'habile politique qu'eurent ces derniers de fomenter la discorde parmi les familles principales de Grenade, et le pacte solennel qu'Us jurèrent de conserver aux Maures le libre exercice de leur religion et de leurs coutumes,
( 1 ) Zurtta , Annales d'Aragon f lib. xx , cl.ap 76»
Us auraient peut-être été forées d'abandonner cette glorieuse entreprise.
Malgré cela, cependant, le calcul de i4 niil-
< lions d'âmes donnés au royaume de Grenade1, n'était pas moins un calcul exagéré : voici comment . Macanaz l'établissait. Il supposait que
, pour former une armée de 2o5 mille hommes, on prenait un homme sur dix, depuis l'âge de 18 ans jusqu'à l'âge de 5o; que les femmes du même âge formaient les trois quarts du nombre des hommes ; que les individus des deux sexes depuis 5o ans et au delà formaient un autre dixième de la population, et que les enfans Jusqu'à l'âge de 18 ans, étaient trois fois plus nombreux que les adultes, capables de porter les armes: et il déduisait de ces suppositions que la population entière de ce royaume s'élevait au nombre total de 14,708,706 âmes. (1)
U est facile de voir l'arbitraire et la futilité de semblables suppositions. Quand bien même il n'y aurait pas d'exagération dans le nombre des combattans Grenadins, il y aurait encore
(t) Dialogue entre Rutelio et Clantlno , vol. i3 du Sttya-
naireérudit.
erreur, puisque d'après la chronique de D. JuafeU, à laquelle ce calcul se rapporte, il est dit qu'il n'était pas reste mi homme dans la ville de Grenade en état de porter lès armes , ni bon chevalier dans le royaume qui ne fût a cette bataille.
Alvarez Ossorio calculait la popu&jion ancienne de l'Espagne d'une manière encore plus extravagante que celle de Macanaz ; calculant son étendue géographique, et ton ôtant ce que lui semblaient devoir occuper les rivières , les montagnes et les teireins incultes, il y trouvait des parties cultivées suffisantes pour la' subsistance de 78 millions cFhahitMns, d'où il inférait que cette population avait été réellement celle
de FEspagne dans les temps anciens.
Nous ne nous sommes pas occupés de recherches inutiles sur l'ancienne population de FEspagne, dès que nous' manquions, de documens plus certains ou de décisions plus solides que celles qui jusqu'à ce moment ont servi de fondements peur les déterminer. La douceur du climat de la Péninsule, sa situation avantageuse pour la culture des produits les plus précieux, et pour le commerce maritime de ces mêmes produits et de ceux de ses manufactures , la
rendent susceptible d'une population incalculable, et très supérieure à celle qu'elle a eue jusqu'à ce moment; mais il résulte de l'examen impartial de son histoire économique , que même au xvie siècle , qui fut l'époque de sa plus grande puissance, l'Espagne n'avait pas plus de
10 millions et demi d'habitans. Ainsi le pensait Àntillon (i); et le jugement de ce savant géographe espagnol est très respectable.
Cependant Philippe II parvint à avoir un dénombrement du clergé et des employés civils.
11 y avait dans ses domaines 58 archevêchés , 684 évêchés, u,4oo abbayes, 936 chapitres ecclésiastiques, 127,000 paroisses , plus de 7,000 hôpitaux et hospices , a3,ooo confréries , 46,000 couvens de religieux, i3,5oo de religieuse^, 3 12,000 prêtres séculiers, 200,000 ecclésiastiques de moyen ordre, et plus de 4 00,000 religieux.
Les employés civils , nommés par le roi, s'élevaient à 8o,o83 ; ceux nommés par
(1) Géographie physique et politique de V Espagne ef du Portugal, J M.
les vice -rois et les autres autorités civiles à 367,000. (1)
Ses revenus montèrent à vingt-cinq millions de ducats, sans y comprendre les richesses des - Indes , dont en quarante-cinq ans de règne il tira trois cents millions de ducats. (2)
Malgré les graves erreurs commises antérieurement dans le gouvernement économique , l'agriculture et l'industrie étaient, dès les premières années de son règne, dans l'état le plus prospère. Les produits et les manufactures péninsulaires transportés dans les Amériques, donnaient communément aux négocians espagnols, les bénéfices exorbitans de plus de 4 à 5oo pour cent.
On lit dans une relation écrite Tan i549, Par Diego de Ordas, compagnon de Cortex, que la fanègtte de blé qui coûtait à peine une piastre (5 francs) dans la Péninsule, se vendait 70, à la Nouvelle Espagne. L'arrobe d'huile 5o piastres , autant celle de vin, celle d'eau-de-vie 112 piastres, un cheval 3i5,etc. etc.
(1) Leti, VU de Philippe IL (a) Jfc., part. % , Et. 20.
JCes profite s'accrurent encore à mesure que les Européens prirent le goût des f^roduits co- Joniaux, tels que le cacao, le tabac % Je café, J'indigo, la cochenille, les plantes iu/édicipgles^ eto* parce que, dans l'origiue 4?£ étahlis$ej*ens 4w§ les Amériques, les rejtour* se faisaient psçsqttp tous en or ou en Vgenf. Mw ensuite leur plus grande partie fut -compl^t^ en produits du
pays, achetés 4 v^ prâi pt vendus w Europe pour d'autres plus cher*.
Rien n'encourage davantage l'inculture ef les arts, que lecpujement assuré, prompt et avantageux de leurs produits. C'est avec ces stijtnulans, <jue l'on vit se uaultiplier prodir gieuseraent dans la Péninsule, les manufactura de laine et df soie. On coiupt^ à Tolède, *£égprie et dans la Manche i ^7,8^3 fet>ricans de drapa, de tpijes, xle bonnets, de r.u&uis st #u£res articles de ce £fwç. Qp fohriqu&jt annuellement 4 Ségpvie ^$j5oo pièees dg drap*. Seyillf? renfermait 3ofto m&ters ,fc SQ}e;1,d*P$:l$§quelles s'alimentaient fojiùfle/pprsonpes^), Qn
récoltait à Grenade un million de livres de
( 1 ) Mémorial de François Marfinez de la Moja>
rôe. Louis de Marmql rapporte que le» drok» que «eoerak le domaine royal sur les pre> mières tantes Je éet article, avant la rébel» Mon des Mante*, étari^f affermés 181, 5oo du* cfcts d'o*. (1)
On peut se former tttie idée de la vaste
extension du commerce espagnol à cette
époque* par la deseriptiow qu'un savant reK-
gieux noue a laissée de son étut florissant en
'VaniSSà
« Le commercé* dît le pète Mercado, tel qu'il « refait a ujotird'Hili, partie ufièrement dan s €«tte
* province, (celle de Séville) excite mon étota*
* nement, sentiment que je n'ai pas cçufi&nte d'é» « pTmiverpourleschoéesvulgaires-etçonitnunes. « tf es tri grand et si umversel, qu'il faut Wa^bis « un grand jugement et une gmnde intelligence » pour Fexeroer, et même pour l'examiner. Du «- temps-de ne* aïeux , les hommes du commun « avaient seuls cette connaissance , ma» aujoup-
* d'hui le commerce est monté à un tel degré , « qu'il ne faut être rien moins que grossier et
(i) Histoire de la rèbettiart et de ia punition des Maures, lib. 2.
ZJO
stupide pour s'en occuper. Les négociansont aujourd'hui le commerce \p plus étendu dans toutes les parties de la chrétienté, et même en Barbarie. Ils portent des laines et des huiles en Flandre, et en exportent toute espèce de mercerie, de tapisserie et de librairie. Ils envoient à Florence de la cochenille et des «- cuirs , ils en retirent de For filé, des brocards, des perles et une quantité considérable de tissus. Ils font au Cap-Vert le commerce des nègres, trafic de grand profit etd'ungrandvintérêt. Ils envoient dans toutes les Indes de nombrfeuses cargaisons de toutes sortes d'étoffes, et en rapportent de l'or, de l'argent , des perles, des grains et des cuirs, en innombrables quantités. En outre, et pour assurer leurs chargemens , (qui ont des millions de valeur) ils sont obligés de prendre des assurances à Lisbonne, à Burgos, en France et en Flandre, car leurs cargaisons sont si nombreuses que les assureurs de Séville et de vingt villes comme elle, n€ suffiraient pas pour les assurer. Les négocians de Burgos ont à Séville leurs facteurs, qui chargent en leur nom, assurent les chargeurs, et reçoivent et vendent ce
— aji —
qu'on leur porte de Flandre. Les négocians d'Italie ont également besoin des nôtres pour le même effet; en sorte que nos principaux négocianscommercentaujourd'hui dans toutes les parties du monde , et ont partout des correspondants qui accordent crédit et foi à leurs, lettres et les paient , parce qu'ils ont besoin d'argent partout ; au Cap-Vert pour les noirs; en Flandre pour la mercerie; à Florence pour les étoffes communes; à Tolède et à Ségovie pour les draps ; à Lisbonne pour les articles de GaHcut. Tous dépendent les uns des autres, et tous retirent et tiennent en respect aujourd'hui les Indes , St.-Domingue, Ste.- Marthe, la Terre-Ferme, et le Mexique, comme des lieux où va la plus forte partie de nos marchandises, et d'où vient toute la richesse du monde. » (i) Avec des moyens aussi heureux pour augmenter sans cessela richesse et la prospérité des Espagnols, en leur facilitant les moyens de subsister et de jouir par le travail et l'industrie, qui aurait pu prévoir que la monarchie espa-
(i) Sommaire des trafics et contrats, tib. iv, chaç. 3.
— ÏJ* —
gnole descendrait bientôt à l'état déplorable où elle se vit à la fin de ce même siècle ? Philippe II, ébloui de tant de grandeur, pensa qu'il pou* vait l'augmenter encore en gouvernant ses Etats théocratiquement : et soit parce que ses Etats confinaient aux États de la Fiance sa rivale, ou soit, comme on le craignait alors généralement, qu'il aspirât aussi à la monarchie universelle, Philippe II crut qu'il se rendrait plus absolu dans ses domaines, et plus terrible aux étrangers, en captant la prédilection des Papes et l'influence du clergé.
L'esprit imbu de cette politique, ce monarque -dissipa en pure perte d'immenses trésors dans des guerres et des négociations contre les hé«ré tiques. Sa rigueur et son intolérance religieuse dans les Pays-Bas, produisirent la révolté de la Hollande et de six autres provinces. La guerre entreprise pour les soumettre, dura près de 4o ans, et ne coûta pas moins de i5o millions de ducats, (i)
En outre des grandes dépenses qui furent faites pour soutenir les guerres de Flandre,
(t) Cabrera, Histoire de Philippe II, lib. v, chap. 3.
les rebelles causèrent au commerce espagnol d 'antres pertes innombrables*
En Fan 1674? il* détruisirent deux escadres espagnoles, lune à l'entrée du port de Berg-top* Zoom, et l'autre à la Tue d'Anvers. Cette dernière était forte de 3o vaisseaux de ligne , dent i5 furent pris et conduits dans divers porta de la Zélandè, et les antres forent ou coulée bas ou mis hors d'état de service.
Enorgueillis par leurs victoire» navales, les rebelles acquirent de plus grandes connaissant ces dans la navigation, et tentèrent des entreprises plus difficiles dans les Indes orientales et occidentales, où ils parvinrent à établir de nouvelles colonies qui, rivalisant avec le commerce espagnol, le privèrent d'une grande partie des bénéfices qu'il se procurait antérieurement.
Les pertes causées à l'Espagne par ses guerres contre le* Anglais , ne furent pas moins graves. Combien de trésors ne furent-ils pas engloutis par la mer, dans l'armement de l'escadre que Philippe II équipa en i588, pour la conquête de l'Angleterre, et qui avant le combat, fut nommée F Invincible* On y comptait i34 vais-
seaux, galères, galions, ou autres navires les plus grands et les plus forts qu'on eût vus jus* qu'alors sur les mers, équipés et montés de 2700 canons, 120,00a boulets de 3o livres au moins et beaucoup de 112, 45oo quintaux de poudre et d'autres provisions de guerre et de bouche nécessaires pouf l'attaque et pour la subsistance de 3o,ooo hommes , pendant l'es* pace de six mois : en outre de 3o,ooo ducats quotidiens pour le paiement des équipages. Quelle ne fut pas la perte que causa l'anéantissement d'un armement aussi formidable ! De ces i34 vaisseaux, il n'en revint en Espagne que 5o, et sur les 3o,ooo hommes qui y étaient embarqués, 12 mille périrent ou restèrent prisonniers des Anglais,
Cette perte ne fut pas encore la plus grande que les Anglais causèrent à l'Espagne; sous ce même règne, leur amiral Drake lui fit mille ravages à St.-Domingue, à Carthagèue et dans d'autres parages de l'Amérique. Le comte d'Essex battit devant Cadix, une autre escadre espagnole de 57 vaisseaux et 20 galères; il y opéra un débarquement , saccagea cette ville, et lui fit éprouver un dommage qu'on évalua à 12
millions de ducats. Enfin les Anglais, à l'imitation des Hollandais, s'établirent à la Jamaïque et sur d'autres points de l'Amérique, au non * moins grand détriment du commerce espagnol. Qui pourrait énumérer les secours envoyés à la France par Philippe II, pour soutenir les catholiques dans leur guerre civile contre les protestans?
Les Français surent, bien profiter de cette conjoncture pour jouir dès mines d'or et d'argent espagnoles, sans courir lès risques ou
éprouver les pertes que les Anglais et les Hollandais eurent à souffrir lors des premiers établissement de leurs colonies. Leurs trésors étaient plus près d'eux, ils les avaient dans la Péninsule. En outre des draps qu'ils y introduisaient par la Catalogne, et des étoffes et autres tissus de soie qu'ils conduisaient de Lyon à Se ville, ils faisaient un commerce très lucratif de leur quincaillerie et autres bagatelles. Voici ce qu'en rapportaient à Philippe II, les Gortès de 1593.
« Les Cortès de Valladolid de l'an 48 > £up- « plièrent V. AL de ne plus permettre l'entrée « dans le royaume, des bougies, verres, bijou-
« teries, couteaux et autrts chose* semblables « qui J tenaient du dehors ,jk>ur échanger ces
• articles si inutiles à là vie humaine , contre de «l'or, comme si le» Espagnols étaient de» la* « diens. Mais si cette supplique se basait alors « Sur des objets de Cette qualité et de si peu dé
• taleur, ooiribïen sa reproduction nWeue pas « plus de force aujourd'hui que ces royaumes « perdent de si grande^ sommes d'or et d'argent « par l'introduction dés produit» d'alchimie ^ de « tau» or de France façonné en chaînes, fili» « granes , chapeletà, pierre» finisses, Terres teints « et autres articles qu'ils vendent d'abord à « chers deniers à cause de lulvetttion et de k « nouveauté , et dont ils nous prouvent ensuite
• le peu de valeur par les bas pria: auxquels ils ■ les donnent; c'est ainsi qu'ils fournissent ton- « jours de quoi acheter et dépenser des som- « mes innombrables pour des objets qui ne sont « rien et ne valent rien , et qu'ils retirent par « leur moyen For et l'argent» qu'on va chercher « aux Indes et dans les parties les plus reculées du « monde > et qu'on n'acquiert qu'avec tant de
• travail. Par ces motifs nous supplions Y* M. « de prohiber l'entrée de ces marchandises dans
« le royaume , ni permettre qu'aucun colpo*- « teur français ou étranger les Tende dans des « boutiques ou par les rues, ni colporte ces « inutilités dans le royaumç ; car sous prétexte « d'y vendre de* épingles, des peignes, et des « chapelets, il s'y introduit beaucoup d'espiops, « et on enlève tous les profits aux hahvtans. » (i)
Miilippe II prohiba effectivement rentrée de ces marchandises dans la Péninsule, mais sans «uooès; l!expérience de l'inobservation de ces prohibitions aurait pu )ui -on démon» trer l'inefficacité pour empêcher l'usage de ces bagatelles, que la mode et le caprice avaient reh^u commun, et presque nécessaire. Les Français continuèrent à introduire leur quinr cailleiîe en Espagne» Il eût été bien mieux que les Espagnols l'eussent fabriquée eux-* mêmes, puisqu'elle était si lucrative, plutôt que de consommer celle qui se fabriquait enFrance.
Mais ni les guerres continuelles et dispendieux ses àpxe Philippe II entreprit contre les hérétiques, contre les Turcs, et contpe les Maures de Qre&ade, ni le commence étranger , ni les «mi*
grations dans les Amériques, ne furent les causes les plus radicales de la faiblesse et de la décadence de la monarchie espagnple. Les émigrations augmentèrent la population dans le vaste continent américain ; et une augmentation de la population américaine, augmentant la consommation des produits des manufactures espagnoles , excitait l'agriculture et l'industrie de la métropole; car c'est un principe élémentaire *de politique que la population et la richesse d'un pays s'augmentent à proportion des moyens de subsistance et des jouissances de ses habitans.
Pour ajouter aux maux de l'Espagne, les papes s'unirent plus d'une fois contre elle avec ses plus grands' ennemis, lorsqu'elle combattait les hérétiques avec tant d'ardeur. Clément VII coopéra à la ligue contre Charles- Quint : Paul IV fit aussi la guerre à Philippe II.
Charles V, ainsi que son fils , se plaignirent souvent des papes, parce qu'étant les souverains qui faisaient le plus de sacrifices pour l'exaltation et la propagation de la sainte foi catholique, ils étaient moins considérés et moins
favorisés à la cour de Rome que le souverain de France et autres qui ne se faisaient point scrupule de se confédérer. avec les Turcs et les hérétiques, pour combattre et ruiner la monarchie espagnole.
Voyez la lettre que Philippe II écrivit de Bruxelles, en i556, à sa sœur dona Juana, gouvernante de la Péninsule pendant son absence.
« Depuis ce que j'écrivis sur le procédé du Pontife (Paul IV), et de l'avis reçu de Rome, on a compris de nouveau qu'il yeut -excommunier l'empereur et moi, et mettre un in-, terdit et cessation a Dwinis sur nos royaumes et états. Ayant fait part de cet incident a des hommes docte» et graves, ils ont été d'avis que ce serait non-seulement par force, mais encore sans aucun fondement , étant si justifiés de notre côté , et que Sa Sainteté procède, dans nos affaires, avec une rancune et une passion remarquables; mais que nous ne serions point obligés d'observer ce qu'elle ordonnerait à cet égard, en raison du grand scandale qu'il y aurait à nous déclarer coupables ne l'étant pas , en quoi nous pécherions gravement. C'est pourquoi il a été décidé que
je ne dois point m' abstenir de ce que les excommunies ont coutume de se priver, malt gré que les censures arrivent ou quelqu'une d'elles, comme je ne doute pas qu'elles viendront, selon l'intention de Sa {Sainteté; car, ayant éloigné de ce royaume les sectes , l'ayant soumis à l'obéissance de l'Eglise, et ayant aggravé constamment-la punition des hérétiques, sans aucune des contradictions que l'on remarque en Angleterre, il a voulu et veut clairement le détruire et l'altérer sans aucun respect pour ce qu'il doit à sa dignité. Et je suis, assuré qu'il viendrait à bout de ses pré-» tentions ai nous y consentions, parce qu'il a dçjà révoqué toutes les légations que le car* dînai Polo avait dans 0e royawnâ , d'où il est résulté un ai grand fct&t, Et par tous pç* motifs et autres très suffrafts qui existent; afin de prévenir le mal à temps, p£ur plus grande précaution et pour la sati^facûofi dfis personnes, il a été fait, au nom de S, M. et du mien, une récusation, protestation et supplication très en règle, dont je voudrai* envoyer la copie par ce courrier; mais la rédaction en étant longue et devant passer par la
France, on n'a pu le faire; mais le courrier qui partira feâentèt par mer la portera. J'écrirai alors aux priais, aux grande» vittes, aux titrivetfsités et au* chefs des ordres de ces roy tftOnés, afin Qu'ils soient instruits de ce qui de passe , et leur ordonnerai qu'ils né se soumettent point à l'interdit, ni à k cessation, r\i >zto& atttfes censure», parce que tomes sonft et seront sans- aucune valeur, nulles, injustes, sans fondement? car, j'ai pris dès avis sur ce que je dois et puis faire, et pour né pas an remt là, coordonner, conformément à de que ûam avons écrit; qu'on prenne, daiâ les pores de met et aux entrées par terre, toutes les précautions y et qu'on observe là plus exacte surveillance, pour que l'on ne puisse point putobev ces interdits et censures , calr pour ce qui edfc de ce pays, cm y prendr kfe mètms précautions; que loh fasae un grand et exemplaire châtiment sur les ■ pèrséiinte qui les porteraient r car il n'est pkrs tempis de dissimuler* Si l'ont ne parvenait .point à en empêcher l'introduction (comme cela pouvi»&t arriver) r et qu'A y eût quelqu'un qui voulût faire usage de ces censures, qu'on
prenne garde à ce que Ton n'en fasse aucun cas, parce que je suis détermine à en agir ainsi arec si grande raison. et justice, comme également dans les royaumes d'Aragon, sur quoi on leur écrira alors de conformité. On a appris ensuite que dans la bulle qu'on publie le jeudi de la Cène, on a ajouté que le pontife excommuniait tous ceux qui auraient pris ou posséderaient dés terres de TÉglise, quoiqu'ils fussent rois- ou empereurs; île sorte que chaque jour on peut attendre un plus grand mal; ainsi, à plus forte raison on doit faire ce qui est ordonné plus haut, relativement à ces choses, et Ton donnera avis de ceci- à Sa Majesté l'empereur. » (i)
Avant de déclarer la guerre à Paul IV, Philippe II consulta divers docteurs pour l'acquit de sa conscience, et parmi eux le père Melchior Cano, l'un des plus doctes théologiens de ce siècle. Celui-ci lui assura qu'il pouvait non-seulement la faire légitimement, mais il lui dit encore ces paroles remarquables :
« Si Votre Majesté daigne m'écouter, elle
(r) Cabrera , liv. n , chap. 6.
«pourra, quelque jour, après avoir cesse « cette guerre , nous défendre de la guerre « cachée et occulte qu'on fait aux royaumes de « Y. M. , car elle n'a pas moins de justes ' « titres pour se défendre de Tune que de lau- « tre; Y. M. en a même davantage pour se « défendre de cette dernière, caria guerre oc- « culte, sous le voile de la paix, est perpétuelle et « plus préjudiciable que lesguerres ouvertes.» (i)
Cette guerre occulte, dissimulée etbeaucoup plus destructive que la guerre des armes, était la guerre de plume et d'opinions. C'était la liberté d'écrire et de déclamer contre les droits de la puissance civile ; c'étaient les censures, les persécutions et tes châtimens de ses défenseurs ; c'étaient les récompenses des mitres, de prébendes et de toges accordées aux plus fanatiques décrétalistes, pendant que la haine * le mépris et l'infamie, étaient le partage de la critique et de la philosophie*
Malgré la prépondérance du nouveau droit canonique, prépondérance due aux causes
(1) Dam son Avis sur la question de savoir si les princes catholiques peuvent faire la guerre aux papes*
éjjk indiquées y la nation espagnole ne laissait pas de réclamer contre beaucoup d'abus de l'autorité ecclésiastique, ni de croire que la puissance nécessaire pour les réprimer, n'existât dans ses souverains. On a déjà rapporte quelques exemples de la fermeté que les Gortès et les rois employèrent pour s'opposer à. quelques-uns de ces abus.
Dans le droit canonique, on attribue aux papes la suprématie temporelle sur tçus les rois ; (i) la propriété universelle de toute la terre; (2) et dans une décrétale on dit que la puissance civile émane de la puissance pontificale , comme la lumière de la lune émane du soleil. (3)
De telles doctrines sont .très opposées au droit public espagnol , c'est pourquoi les rois et la nation espagnole ont résisté conslàun-. ment à leur observation, ainsi qu'on l'a rapporté dans les chapitres précédent Même les fondateurs de l'inquisition , instituée pour la conservation de la. foi catholique dans sa plus grande pureté, s'opposèrent vigoureu-
(1) NoW^ô.
(a) JNate aâ»
(3, Note 37. -
sèment à l'étendue exorbitante que Ton voulait donner à la puissance pontificale et épisc opale, par une semblable jurisprudence*
Mais, si, même avant cette fondation, le droit canonique avait déjà une influence incalculable dans le gouvernement et dans les tribunaux espagnols, combien sa prépondérance ne dutelle pas augmenter par la nouvelle institution du saint-office, composé de juges ecclésiastiques et de ministres et qualificateurs théologiens et canonistes généralement imbus de ses doctrines?
On peut se former quelque idée de cette prépondérance par les diverses plaintes présentées par les Cor tes postérieures à l'époque de cette fondation, contre les fréquens abus des autorites ecclésiastiques. « On fait savoir à Votitè Majesté, disaient les Gortès de Madrid de i52&, que dans les audiences ecclésiastiques, les séculiers sont maltraités, et eux, pour ne pas Têtre, se soumettent quelquefois à leur juridiction. Nous supplions Votre Majesté que des regidors *bu quelquautre personne assistent aux procès, afin qu'on ne fasse là d'offenses à personne. » (Pétition 67.)
« Outre cela, disaient ces mêmes Cortès, oi> fait savoir àVptre Majesté que les juges ecclésiastiques, comme cela est public dans ces royaumes, avec toutes les formes et toutes les ruses possibles , cherchent à étendre Jèur juridiction, usurpant et diminuant la juridiction royale. » ( i)
Pottr contenir de tels abus les Cortès proposèrent plusieurs moyens. Elles demandèrent qu il fût ordonné aux corrégidors d'envoyer au Conseil des renseignemens annuels, pour informer si les évêques ou leurs vicaires s'entremettaient daps les affaires relatives à la juridiction royale (2). Que les plaideurs portassent leurs plaintes devant les tribunaux ordinaires des mêmes corrégidors contre les violences des juges ecclésiastiques (3). Que les droits des procès suivis devant les audiences ecclésiastiques fussent réglés d'après les tarifs des tribunaux civils (4). Qu'il fût nommé des juges particuliers pour les- interdits et excommunications, afin d'arrêter la fréquence avec laquelle
(1) Cortès de Madrid , de i5a8 , pétition 16»
(2) Idem, pétition 19.
(3) Cortès de Madrid, de i5a8, pétition 117.
(4) Cortès de la Corogne , de i5ao , pétition 21.
on les fulminait sans de justes motifs (1). Que les procureurs du roi dans le Conseil et dans les chancelleries fussent chargés de la défense de la juridiction royale , et que les frais nécessaires pour ces procédures fussent payés sur les fonds publics.
Par ces pétitions et beaucoup d'autres des Cortès, on peut reconnaître que malgré que la nation espagnole ait toujours été la plus catholique, la plus soumise au St. Siège et aux autres ministres de l'autel , elle n'a pas laissé pour cela de connaître les abus de la religion, de réclamer contre eux, et de solliciter leur réforme.
Quels rois ont fait de plus grands sacrifices pour se rendreN agréables au clergé catholique que Charles -Quint et son fils Philippe II? Qui a combattu davantage les hérésies, que ces deux monarques? Malgré cela ils ne laissèrent pas de reconnaître que quoique les dogmes de la foi soient invariables, la discipline ecclésiastique ne lest pas autant ; que celle-ci peut s'altérer, et avoir besoin de quelques réformes en différens temps ; et que les ministres de l'autel
(1) Cortim de Tolède, de i5a5 > pétition xi.
peuvent abuser et ont abusé souvent de leur ministère sacré. Charles-Quint fut celui qui contribua davantage à la célébration du saint concile de Trente, dans lequel on décréta plusieurs canons de reformatione. Ces deux rois étant si catholiques , ne regardèrent pas comme une offense au Saint Siège ni à là religion, de faire la guerre à Clément YII et à Paul IV, parce qu'ils savaient que, malgré que les souverains pontifes sont les vicaires de Jésus-Christ, ils n'en sont pas moins hommes pour cela, et qu'ils agissent quelquefois par les intérêts particuliers de leurs familles et par d'autre» vues temporelles.
Ces deux monarques ne regardèrent pas non plus comme une offense envers la religion, d'affermir parade nouvelles lois , la pratiqué du barreau relativement aux recours de force et dé rétention de buttes, semblables aux appels comme a" abus usités en France, et qui dans la monarchie espagnole ont été et sont encore tes phts fortes barrières dé la puissance civile contre les abus de la puissance ecclésiastique.
En Tannée i525, Charles-Quint expédia la loi 5, titre, 6, livre i*r du nouveau recueil, par
laquelle il fut défendu d'apporter de Rome des bulles de provisions de prébendes, bénéfices ni aumôneries des églises appartenant au patronat royal; d'intenter des procès à ceux qui N étaient nommés par le roi, ou de leur imposer des pensions sur de pareils biens ecclésiastiques; et il fut ordonné que personne n'osât publiquement ou secrètement, par des moyens directs ou indirects , impétrer , présenter ni intimer de telles bulles sous les peines graves prononcées dans 'cette loi.
« Considérant, dit une autre loi, expédiée dans cette même année, que tant par droit, qu'en vertu d'une coutume immémoriale, il nous appartient de réprimer, les forces dont les juges ecclésiastiques et d'autres personnes font usage dans les causes dont ils connaissent, en n'accordant point les appels qui en sont légitimement interjetés, nous ordonnons à nos présidens et juges de nos audiences de Yalladolid et Grenade, que lorsque quelqu'un se présenterait devant eux, se plaignant qu'on né lui accorde point l'appel qu'il interjette avec justice contre quelque juge ecclésiastique, qu'ils donnent nos lettres .dans la
fôtine accoutumée dans notre conseil poùt qu'il accorde l'appel; et ai le juge ecclésiastique ne l'accordait pàS, qu'ils ordonnant d'é% Voquer'aux Susdites "àùdièfrces 4e procès eccté-
sîastique originairement, et qtfèce prècês éVô-
•Çtté, ils l'examinent sans délai; 'et s'ils réfâôhnétfe- , Paient ifttè l'appel en fftt légitimement interjeté, s'opp'ofcant'àîà foi*ce, ils *pou*votent à de que ledit Juge 1 accorde, &¥m que ?èfc partfès puissent Selon Wr ton dî*ôit , devant qtA et comme elles devront, Vétttàftrfè lfe'#&oSé& dSils TeW où ^Bès iïevàieift 'êtte; et * pkr dé procès » l'tyjtél tfe tpzi a&feittpfih être JàiWè et îégfcimè- 'ijfetft! interjeté; qu^s le Tfeméttéft de stfté Éru juge 'écdésWstf^u'è', àvéfc èoMètanôttion aux frais si cielà ïeur Ratait convAiSiMè', pour qu'il ^Vodède et i*dïie justice.:., (i)
ta cour de Moitié fedùftfâft im^eiiim**it éè^^cdux^ét mit 'eh usagfepWsiears tofc^èhs yomklboftVieitB partie de là îëguMiàti %s$*gtole.fcfleTa&ait publier tous lès èfote, le jtfur dû vfëttai 'safrit, la THÎlle aftiëlSe Nfte là àbte.
ftà'ns Ws pïdmidrs 'terilps , an la* ïutafàait
(1) Loi â6 , titre 5 , liv. 2 de la Récopilàtiân,
— *9* — seulement «entre les hérétiques, les schismatiques , ks falsificateurs4e lettres apostoliques, les pirates, les incendiaires et autres semblables criminels, Adrien VI fut 2e premier qui introduisit dans cette bulle quelques expressions contre la juridiction royale; ses successeurs y donnèrent plus d'ex tension, jusqu'à ce qu enfin-, ils lancèrent des anathçmes contre les vecours de Jbrcéet de rétention des bulles, (i)
Saint Pie V, ayant été élevé au S. Siège en 1 an/nee i566, il fit les plus grands efforts pour abolir au du moins pour modérer cette coutune. « Le ttrès religieux Pie Y, dit Cabrera, tâchait de restituer, à ce qu'il disait , à la juridiction ecclésiastique son ancienne autorité et élévation , et à cet égard il élevait des différends et entamait des négociations avec la cou- «mne d'Espagne.
« Il voyait avec douleur que, ses bulles dans le royaume de Naples fussent présentées au conseil du roi, pour avpir son approbation , et pour être exéeutées^etdl s'offensa de ce qu ayant
(î) Histoire légale de la Bulle de la Cène, par Lopez, conseiller. de CattUle.
envoyé un évêque pour visiter les églises, le duc d'Alcàla ne l'admit qu'après qu'on lui eut donné Vexequatur dans le conseil, et de ce qu'on ne recevait pas ceux qu'il députa , afin de faire punir les personnes qui empêcheraient le libre exercice du saint office de l'inquisition, les ministres du roi alléguant que c'était pour éviter les émeutes qui eurent lieu relativement à cette permission du temps du vice-roi D. Pedro de Tolèdo. Le pontife insistait pour qu'on obéît , et que l'on ne craignît pas le nom d'inquisition , parce que si Naples le contredisait, conformément aux saints canons et aux bulles pontificales, il la déclarerait déchue de ses privilèges, de son rang de cité , archevêché et métropole. Mais Pie V ne fut ni craint, ni obéi. » (i) .
La cour deRome voyant que la bulle, in Cœna Domini* n'avait pas suffi non plus pour l'abolition d'une telle pratique en Espagne, proposa à son gouvernement de réformer au moins, en quelque sorte, l'intervention des juges laïques en pareille matière ? en mettant à la place , des rotes ou tribunaux composés d'ecclésiastiques
(iy Histoire de Philippe II, lif. vu , chap. 12.
nommés par les rois et approuvés parles papes, qui ne s'occuperaient que d'examiner et de ré., soudre tous les cas de ces recours. Pie V enr voya à cet effet en Espagne son neveu le cardinal Alexandrin; mais comme il lui fut démontré que ce moyen ne serait pas suffisant pour remédier au mal, il revint à Rome en 1572, lorsque déjà son oncle était mort.
. Grégoire XIII renouvela la publication de la bulle de la Cène , avec les restrictions mises par «ses prédécesseurs à la puissance royale. Philippe II, en ayant eu connaissance, ordonna à D. Louis de Reqùesens , son ambassadeur à Rome, de faire des réclamations sur ce point. Le même ordre fut donné au marquis de Na* , vas successeur de Reqùesens , dans son ambassade en 1578, et pour persuader aux Romains Ja justice de la pratique dés recours de force, Philippe envoya près la cour de Rome son habile conseiller Francisco de Vargaç, Celui-ci, eut de longues contestations avec les deux fameux jurisconsultes Azpilcueta et Mandosio. Le premier, quoique espagnol, et ayant précédemment approuvé dans ses œuvres la pratique légale de sa nation, changea d'opinion
ensuite, et jugea un concordat nécessaire avec le St. -Siège pour sa continuation. Mondosio tint ferme pour réfuter , ce qui décida le pape à envoyer en Espagne l'évêque de Plaisance pour traher de nouveau ce différend, (x)
Dans Tannée i5$2, le Conseil royal ayant ordonné à l'évêque de Calahorra de faire une visite de son chapitre , les chanoines s'y oppo* sèrent, protégés par le nonce, qui ordonna d'afficher trois édits aux portes de la cathédrale} et autant à celles de l'église de Logrono. Un de ces édits contenait la bulle de la Cène; un autre là déposition de Févêque, la confiscation d& ses biens , et l'application des rentes de la mitre vacante à la chatobre apostolique; et le troi* sîème l'excommunication du corrégidor de LogroSo, d'un antre juge- et des officiers qui étaient intervenus dans le séquestre des biens de quelques chanoines et autres ecclésiastiques. Tous ces procédés si scandaleux sont constatés dans la lettre , que par ce motif, Philippe II
(1) P. Henriquez, de Clavibus Ecclesiœ, cap. i3.— Retes, in Responsione adApologiam P. Gabrielis Vazquez contra jïidices seculares* , . : .
écrivit $p Lisbpnn,e au cardipal Granvela, prp-, sidçnt du, Cppspil d'Italie, par la main de son» secrétaire d'état, D* Gabriel çleSayas, à laquelle, il ajouta 4e la tienne, le po^t-fcriptum^uham :. «Ces actions dix. nonce pt du, collecteur, sout tellement violentes, que je prois qu'il, doit, en résulter de graves inconvéniens,' Et il e$t trè$ rpm#*guable que, pflr.ce que J'pn voit <|Uje jp su# le seul gui re$peofp le «Saint-, Siège apos|pJiqttp, que me$ royaumes ont pour lui la plus ftaute vénération > et que j'engage Jes royaumes éj^angers à' en agjjc 4$ même, au lieu de m'en avoir de la reconnais-; |a*pe, pomme *>n le devrait, qn en prç$t$ pjou? vqulpir usurper mon fiutçritp, qui ^ si nécës&ajfe et cûnyenafyle a,u gpryicp $e Efeeu et «lu bpn gauver^njLeiu; $çg ftfupV?* qu'il a Confies à $na gardp. Et cp que l'on %# à l'égard de ceux qui agissent d'ixqe maniprp opposée à la mienne, est J>je^ contraire à ces mêmes actes viplens. C'est ppu^quoifl^ep ait • possible que l'on m'obligeât à su^?re une autre route, sans me séparer de ;ce qup mon devoir me prescris Je,$ai£ fbr>t bien qup. jft.njç dois point . tolérer que <&$ proses ajllen); ^f
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en ayant ; je vous certifie qu'elles me fatiguentbeau coup, et poussent à bout ma patience, pour grande qu'elle soit; et si on met à exécution de telles mesures, il pourrait arriver que tous eussent lieu de s'en repentir, car, dans ces cas, on ne garde point les considérations que l'on a dans d'autres circonstances. Je vois que si les Pays-Bas appartenaient à un autre, ils auraient fait des mer* veilles, pour que la religion n'y fût point anéantie; mais comme j'en suis le souverain, je crois qu'ils veulent les faire passer pour perdus, afin que je les perde moi- même» Je voudrais et pourrais dire beaucoup d'autres choses sur ce ton , mais il est minuit , * et je suis très fatigué; ces affaires augmentent encore beaucoup ma fatigue; et pour vous qui comprenez bien tout également, il suffît de ce que je viens de dire; c'est pourquoi je ne puis à présent répondre, «x>nime je le voudrais, à quelques dépêches que j'ai reçues de vous. Moi le roi. »
Philippe II, voyant Tobstinationdu nonce dans ses procédés contrfe l'autorité royale , le fit appeler, et lui dit que, puisqu'il ne voulait
pas 5e conformer à ce qui était raisonnable $ et que ses contradictions tenaient de l'entêtement, et marquaient son mépris pour les tribunaux, qu'il eût a s'en aller. Il lui fit mettre une voiture de ses remises, à la porte, il fut chassé de la cour, accompagné de Don Diegue de Cordova, et les alcades de la cour disposèrent le même "jour le départ de ses équipages et de toute sa suite. Le roi écrivit à Grégoire XIII j de lui envoyer un autre notice qui eût plus de considération pour sa dignité. Le pape, loin d'avoir témoigné 1© moindre ressentiment , lui en envoya un autre plus modéré, (i)
Malgré le courroux et les ihetïaces de Philippe II, les tentatives de la cour de Rome continuèrent contre cette partie si intéressante du droit public espagnol. « Il m'a été représenté, dit une de ses 'lois, promulguée « en i593, que nous appartenant comme roi «et maître naturel, par droit et coutume « immémoriale d'ôter ou d'augmenter le pou- « voir qu'ont les juges ecclésiastiques de ces
(1) Cabrera, liv. xin , chap. 12. .
* royaumes dans les causes dont ^ls connais- « sent, remède dont nous avons toujours use « pour ceux qui ont soitffert de ce pouvoir y « en envoyant à notre Conseil et aux chancel- « leries les pouvoirs nécessaires à cet effet , « on a remarqué que depuis peu de temps , « les nonces de S. S. font des démarches « extraordinaires de concert avec l'état eç- < olésiasftique , pour qu'qn riçpç pas 4$ PC « remède, en faisant publier, dans les chaires « et autres lieux, que ceux qui çn font usage, « encourent les censures prononcées dgfis le «chapitre XVI de la bulle in Cœua (h^ii^i; « et que sur la demande du procureur de la « chambre apostolique, on colporte de Rome des
* monitoires pour traduire personnellement « ceux qui font us&ge ducjit recours, et les « condamner à diverses peines. Il fcn ré^Jte que « par crainte de ces peines et quoique pp,- « primés par les juges ecclésiastiques, ils n'q- « sent pas en faire usage, ce qui est trçès « préjudiciable à l'autorité royale et 3 Ja préé? «minence dé la couronne de ces royaufpes, « puisque le recours de la force est le plus « important et le plus .nécessaire quTelle^ilisse
« avoir pour te bien , la tranquillité et le boA ^ gouvernement deTÉtat, qui, sans hjf, ferait « troublé, et d'où résulteraient de grands « scandales et de graves iaconvéniens; noua « ordonnons à notre Conseil, aux chan~ « eelleries et aux tribunaux, d'avoir le plu* « grand soin de rendre la justice aux parties « qui auront recours à eux par voie deforce% « conformément aux droits et aux cou- « tûmes immémoriales, lois et pragmatiques « de ces royaumes , et qu'ils détient en. « leur conséquence ceux qui y contreviens « draiént. » (i)
Mais de quoi servait cette prohibition de la bulle de la Gène, ni le prompt çhàtimenj; du nonce , ni ces menaces d'autres, mesures plus rigoureuses, quand, d'un Autre côté, Phihppe II voyait avec indifférence ensei? gner les doctrines les plus contraires à ,1a. souveraineté, par les' déerétalistes et les tbéor logions ? Cette guerre de plume e& d'opinions^ dans laquelle te clergé «on servait l'avantage incontestable d'avoir l'inquisition de son QVt*é9
[i) L. 8o,ttt. 5, lib. 2, lUcopilation.
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et de tenir ainsi les jurisconsultes et les écrivains de la couronne, dans la crainte perpétuelle que leurs doctrines, quoique très légales , fussent qualifiées d'hérésie ; cette guerre enfin, augmentant continuellement le nombre et la richesse du clergé, influa davantage encore sur la dépopulation, la ruine des arts et du commerce et sur la pauvreté des peuples.
Dans l'année i58i > la monarchie espagnole acquit une nouvelle splendeur et beaucoup plus de forces qu'elle n'en avait auparavant. A Don Sébastien, roi de Portugal , mort malheureusement en Afrique, avait succédé son frère Don Henri; quoiqu'il fût déjà très vieux, prêtre , archevêque , cardinal et inquisiteur général , il desirait se marier et avoir un successeur; c'est pourquoi il sollicitait une dispense pontificale de ces empéchemens de mariage, et ne l'ayant point obtenue, don Antonio, prieur de Ocrato, autre ecclésiastique, ordonné diacre, aspirait à la succession de cette couronne.
Philippe II, croyant avoir plus de droits que Don Antonio, le prince de Bragance et
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quelques autres qui pouvaient prétendre à cette couronne , pour en hériter sans effusion de sang , fit quelques démarches auprès de D6n Henri, afin qu'il le désignât pour son successeur ; et pour faire valoir davantage la justice de sa cause, il fit approcher sa grande armée vers les frontières de ce royaume.
Don Henri mourut sans avoir fait - cette déclaration, et le peuple portugais, qui haïssait à la mort les Castillans, proclama Don Antonio pour son roi. Les plus empressés à le faire couronner étaient les moines. « Les plus patriotes, dit Cabrera, pour animer la multitude, se servaient du nouveau et dangereux exemple des sermons des religieux, et de leurs conseils dans la confession , démonr trant que les premiers qui se. prononceraient auraient le plus d'honneur. Ceux qui annonçaient l'Évangile se mêlant ainsi des affaires profanes, et les ministres de paix entre Dieu et les hommes s'occupant de guerre , beaucoup d'entr eux s'armèrent , au détriment des bonnes mœurs. Leurs prédicateurs disaient que l'on pouvaij; considérer cette guerre comme
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sautée, et que celui qui y mourrait imk droit zm CM. » (ï)
Mais le prieur ayant été mis en déroute et en faite, ces Amtonim (c'est ainsi qu'on appelait ses partisans) furent obligés de se soumettre, et Philippe II rut Tecoo&iu et proclamé solennellement roi de Portugal, dans les Cor tes de Tomar, par les trois états du royaume , après qu'il «eut juré de conserver les lois , coutumes , privilèges et libertés accordés par ses prédécesseurs. Pour gagner davantage l'affection des Portugais, il leur promit 'que Ton ne réusrôait les Cortès que dans le royaume de Portugal; que, ne potfvam y résider continuellement à cause des soins nécessaires au gouvernement de ses autrès royaumes, leur vice-roi serait toujours tin Portugais ou quelque personne de la famille royale; que tous les emplois supérieurs et inférieurs , évêchés -, commanderas et pïéltëndes seraient également accordés à des Portugais; qu'il aurait, dans sa cour, un Conseil particulier, composé de trois Portugais, pour
(l, Cabrera , liv. xn , chap. 12 et 27.
Vexpéditiôh dek àffifàirtft dans la langue de ce "pays; cjfhe le côtamerce arec les Indes continuerait sot» fè toênte système q*t te régissait alors; quaû sfarrpltts, il supprimerait les ports ~&bs £oûr dôttner £ïùs de facilité au commercé inférieur avec kC Pénrtwute.... A toutes ces $râ<tefs, ai'rtsi qu'à plusieurs -autres, il ajouta sk îpatfoïe ée revewi* et de résider dans ce
* royatrtee , le plus long+tetrtps qu'il le pourrait.
Plat toi ciel <jue Philippe II eût transféré et été partit toujoms sa ecnir à Lisbonne ! Etant ééjà traître de toute la Péninsule , de la totalité -âë$ Amériques et de beaucoup d'Etats eti Italie et en Fkhdtes, 'eombien n'aurait pas été plus ' cd*faënablè la résidence ordinaire -de sa cour
• danffsuue cité populeuse-, riche et située à Ferafcôucfhiir'è dfctfc la mer d-une des rivières les plus
. considérables d'Espagne, qu'à Madrid, petite Ville siiiuëe antnltieu d un bois et d'un terrèin ;s*ér8ë, 'satfs une ^mête navigable, et privée de totîte s#rt« êe facilités pour le transport des convertibles ^t dèurées nécessaires à la subsistance et aux commodités de ses habitons? Outre cela , la cour'fkée à Lisbonne , k con-
" iôilrrence dé» Espagnols Saris une capitale plus
exercée au commerce maritime, aurait excité lès ministres , les conseillers et tous les Espar gnols à s'instruire dans les spéculations et entreprises commerciales , qui sont le plus grand aiguillon de l'industrie et de la richesse, des nations. Comment en pareil cas, ^orgueilleuse Londres aurait-elle pu rivaliser avec Lisbonne?
De plus on serait parvenu par ce moyen, sinon à éteindre entièrement , du moins à attiédir et amortir la haine invétérée des Portugais contre les Castillans, en mêlant le sang portugais au sang espagnol, en encourageant les mariages des familles les unes avec les autres, en donnant lès emplois hors de Portugal aux naturels de ce royaume, et réciproquement ceux de ce royaume aux naturels de la Péninsule. Ainsi se serait formée insensiblement une seule nation, dans laquelle il n'y aurait eu d'autre différence que celle des vestiges de quelquesunes de ses coutumes, et institutions anciennes, comme celles qui existaient et existent encore entre les coutumes des autres provinces vde la Péninsule.
Le seul avantage que Madrid avait sur lisbonne, était sa situation au centre de la Pénin-
suie. Mais comme la monarchie espagnole à ladite époque, n'était point limitée au territoire espagnol , et qu'elle s étendait au contraire aux immenses contrés des Amériques et des Indes, aux territoires d'Italie et de Flandres' le centre de cette monarchie aurait dû être plsicé dans l'endroit où ses communications étaient les plus faciles et les plus promptes par le moyen de la navigation, tel que l'était celui de quelque porjt de mer»
La translation de la cour de Madrid à Lisbonne n'eût pas été alors fort difficile, puisque sa mutation de Valladolid, (où avait résidé celle de Charles V, ) à Madrid était très récente ? et . qu'on n'y avait point encore bâti les maisons , églises , çouvens et autres édifices , qu'on y construisit postérieurement,
Pour-n'avo\r ppint mis à exécution cette mesure , l'Espagne loin d'avoir retiré les avantages qu'elle aurait pu d'une si riche acquisition, se vit pendant long-temps dans l'obligation d'eni voyer'à Lisbonne six cent mille ducats annuels
pour la solde de ses troupes., (i)
ri) Cabrera , lib. i3, chap. 6.
Si la cour delà monarchie espagnole -eût été transférée à Lisbonne, certainement le Portugal n'en ont pas été démembré de nouveau , comme c«4a arma sous le règne de PhihppelY^ et si à cette grande mesure <m eût ajouté l'exécution du magnifique projet relatif à la communication et à la navigation de tomes les rivières4 de la Péninsule , dont la possibilité fut démon* tréedans la môme année i$8i, par l'ingénieur Antonel'.i, dans un mémoire présenté à Phi* lippe II lui - même , combien l'état actuel de cette monarchie ne serait-il pas différent?
Philippe II fut aussi l'auteur de la dernière organisation du Conseil royaL, communément appelé Conseil de Castille. Dans les premiers siècles de la monarchie espagnole, tous les grands et les évéques, étaient conseillers-nés lies rois, bien que ceux-ci. ^eussent encore un autre conseil privé , composé de quekjues personnes de leur plus grande confiance. Le consefl'privé d' Alphonse XI, lorsqu'il commença «&- régner, se composait -de >son majordome, deux gentilshommes., un abbé^et un juif. (1)
(1) Chronique du roi Alphonse XL
En l'an j3$> jjeap, Vr ci;4a u# nouveau. ,Cqnsèil de quatre .é^ques, q^ajtre chevaliprs et quaure xâfcoyens. £# r^y^uine applaudit £.ce jiouyjeJ étahttsseme&t , rn^is dans ,1a crajnje ^ue les grands -n'y ;obtu&ssenj; Jiftp . ,de prçppndéV rance ,1e soi lut ,su|>pUé d# les .éloigner c|e ce .nouveau corps, tem jie ,se frasai^ pas à accorder cette demande, m^qs il d&lfrjt^qu/jl n'accorderait passes emplois ^n/^onsji^ration de la noblesse, mais ^eMlemejtten çQnsj4ér#- .tdoja des jotérites. personnels, et il ,coîifçi2 4<*s emplois destinés aux xâfcQyçns àjquatre jurjs- 43oposultes dont la science et l'aptitude j)qur l'expédition des affaires, pourirô&it balancer rirrfli^enoe xles hœt autres , évêqu£$ et nobles.
Ce nouveau Consejf continua donc ainsi arec quelques légères variations, jusqu'à ce que, dans les Cortès jde. Tolède de i48o , Ferdinand jet Isabelle, .tout en conservant. le même nombre. de juimstass , ordonnèrent que le Conseil serait .compose de .huit ou neuf .jurisconsultes .et de .trois jqu quatre ,çhevaEers.
»En i5;»6, GhariesrQiunt.crea un aqtre Conseil appelé Conseil d'état; mais.quoique celui-ci
fût compose de grands et de ministres de la plus haute réputation , et des plus hautes dignités, pour traiter les affaires et entretenir les relations avec les puissances étrangères, le Conseil de Castille conserva toujours la plus grande autorité dans le gouvernement intérieur de la Péninsule et dans l'administration suprême de la justice,
Philippe II y ajouta quatre places auxquelles il nomma des hommes lettrés, et donna de nouvelles instructions à la Chambre de Castille, composée de quelques-uns des conseillers les plus distingués , ou par leur ancienneté ou par leurs services.
Si la jurisprudence était toujours ce que signifie ce mot, et ce qu'elle doit être, quel plus grand bonheur la monarchie* espagnole pçurraitrelle désirer, ni de quelle plus grande félicité pourrait-elle jouir, que celle de se voir gouvernée par un roi catholique, assisté et conseillé par un corps de savans bien instruits des droits et obligations de tous les citoyens, et très exercés dans l'administration de la justice? Mais la jurisprudence que Ton enseignait alors n était pas la science de ce qui est juste et bon,
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mais bien un chaos confus, ou ainsi que le disait un des plus savans conseillers espagnols , le Sr Vazquez Menchaca, une mer agitée par les tempêtes et les ouragans d'une infinité d'opinions très opposées.
On a déjà vu le déplorable portrait que fit du barreau de son temps, le frère Martinez de Burgos. Les rois catholiques songèrent à contenir cette démangeaison de subtiliser et de » corrompre le sens véritable des lois , en ordon~ nant que dans les tribunaux on n'alléguât ni ne suivît d autres opinions que celles de Bartole et Balde, en matières civiles, et celles de Jean Andres et del'Abad en matières ecclésiastiques. Ils furent bientôt détrompés et convaincus que cette loi, publiée jp^mt empêcher la prolixité et la multitude des opinions des docteurs y avaitproduit déplus grands maux et plus d'inconvéniens ; c'est pourquoi elle fut révoquée en i5o5,de sorte que l'abus de confondre et de corrompre de plus en plus la jurisprudence par de nouvelles interprétations ou paradoxes , ainsi que les appelait Vazquez Menchaca , continua. Ce même Vazquez se glorifiait d'avoir inventé plus de sept cents paradoxes en matières de lois à Salamanque, et
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den avoir ajouté ww infinité d'autres 4an& ses ouvrages, (i)
De cette rarnqttioAidé Ja jurisprudence, par la manie d'inventer de nouvelles apurions et des interprétations subtiles des lois civiles et canoniques, qui étaient les seules cpjie .Tçrl ?enfieignât dans les écoles, suivit la conséquence -naturelle de l'oubli et du mépris des Jois nationales, et même la sotte croyance que Ton -devaitpréférer àoes dernjère&lesloip étrangères, ainsi que le fit observer le même Conseil de •Castille, dans un arrêt de Tannée 171 3, inséré dans la récopilation des Autos acçrdadçs.
Cette nouvelle «organisation ,du Conseil royal ne laissa pas de trouver quelques censeurs. Louis Cabrera, auteur de l'histoire de Philippe II , fit remarquer lesinçonvéniens de l'accumulation du pouvoir législatif, administratif et judiciaire dans un corps coniposé de:rainistres, tous jurisconsultes, disait-il, très diffi-
cultueux en matière de politique, et gui .par habitude regardaient CQi&fne erreur , tout ce qui n'était pas fait ou ordonné par eux. (a)
(xyDeSuccessionumcreatione, iTepart.,lir.ier, Préface. (2 Felipe II \tfiy de EspaAa , itb, 1 , cap .-8*
Les Certes de Madrid de iS63^ demandèrent à Philippe le rétablissement dans le Conseil, des trois plaees qui y avaient été destinées pour les chevaliers par les rois catholiques. Sa- réponse fut qu'il t'avait ordonné comme cela était convenable ; mais il éprouva bien promptement lui-même, les fâcheux résultats de cette nouvelle organisation.
C'est ainsi qu'il disait, dans une certaine instruction donnée à son président don Diego de Covarrubias : « Ayez soin des affaires du « royaume. Lés procès sont l'accessoire, «t « non la propre affaire du Conseil ; je crains « qu'il ne s'occupe davantage de l'accessoire « que du principal. Vous qui y serez présent, « vous verrez si les choses se passent ainsi, « et s'il convient de donner ■des" ordres pour y « porter remède. Avisez-moi de ce qu'il con- « viendra de faire, parce que je veux que dans «les affaires dux gouvernement, on apporte «plus de soin qu'on ne Fa «fait jusqu'à pré- « sent. »
Mais Philippe II pouvait-il «éviter ce qu'il eràignait tant? Et comment ses conseillers, purement légistes ou canonistes,, auraient-ils
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pu ne pas s'occuper davantage des procès que des matières de gouvernement? Manquant
généralement de connaissances, autres que celles qu'ils avaient apprises dans les universités ou dans les chancelleries et les audiences des provinces; quand ou comment auraient-ils pu acquérir la science de l'état politique de la Péninsule et de ses colonies, les moyens d'activer son agriculture, son commerce et son industrie, les besoins des corrections et des réformes dans ses lois ou ses institutions civiles et religieuses, et autres telles matières, sans une étude préalable de la bonne philosophie , de l'histoire et de la politique économique?
Voyez le portrait qu'un des plus savans conseillers de Charles IV fit de soi-même. «Le temps, disait le comte de la Canada, m'a con* vaincu, par des expériences répétées, de mon ignorance sur les matières les plus importantes pour l'administration de la justice, et principalement sur les matières du gouvernement public , malgré que j aye acquis , dans l'université de Salamanque, les connaissances les plus exactes du droit civil et canonique,
que j'ai professé pendant quelques années ; et bien que j'aie défendu les actes littéraires, soit en chaire ou autre part , comme je l'ai fait pour les prébendes de quelques cathédrales de ces royaumes. Cependant, ni l'instruction de ces études préliminaires, ni celle que j'ai acquise dans la pratique et l'exercice de dixsept années, comme avocat près les tribunaux de la eour, n'ont pu me suffire pour remplir, comme il convenait , les graves obligations des fonctions par lesquelles S. M. a daigné honorer mon faible mérite dans les emplois successifs d'alcade du palais et de la eour, membre du conseil des finances, du conseil et de la chambre de Castille et du gouvernement de ces tribunaux. » (i)
Si les connaissances politiques de ce fameux jurisconsulte étaient si retrécies, lorsqu'il fut promu aux hautes dignités de conseiller des finances et de conseiller de Castille , à la fin du 18e siècle, époque à laquelle la jurisprudence espagnole avait déjà acquis
(1) Instituciones praciicas de îosjuicios civiles, part, j , cap. a,n. 1.
quelques lumières de 'plus, quelles devaient être les connaissances des conseillers des siècles antérieurs, qui n'étaient presque tous que des Bartholistes?
Ce qu'il y a de certain, c'est que la monarchie espagnole, ayant commencé le 16e siècle avec toute la prospérité et la splendeur d'un siècle d'or, vit,jen I5J5, Philippe II écrire, à son trésorier Garnica, une lettre tracée en entier de sa main, dans laquelle il lui disait qu'il ne voyait pas la veille comment il vivrait le lendemain (i). On vit ce prince, accablé de dettes, faire banqueroute (2) , et, dès l'année i5g3, son royaume dans le déplorable état qu'un autre trésorier de ses rentes lui exposait en ces termes :
« En me voyant, lui disait Falle, de la Cerdaf « sans aucun mérite personnel , honoré et « fovorisç de Votre Majesté, je voudrais, en « reconnaissance de ses bienfaits, avoir le ta- « lent et l'éloquence nécessaires pour pénétrer.
(1) Théâtre des Grandeur* de Madrid, par Gonzalez DaYila.
(2) Cabrera , Histoire de Philippe-JI, lir. x , chap. 26.
m au vif le cœur de V. M. de la vérité simple «t et sincère sur l'affaiblissement actuel de ses vastes royaumes, la misère et la désolation de ses peuples, indices certains de troubles et de difficultés à venir : non que j'aie Tin- . tention d'inquiéter Y. M.; car, lorsque la prudence humaine ne peut remédier au mal, c'est un aussi grand crime d'affliger lé prince qui l'éprouve en abreuvant son âme d'amertume sans consolations, que de vouloir, lorsque le péril est imminent , le pallier par de douces paroles, en appelant grandeur, fermeté et stabilité, ce qui n'est de tous côtés que tempêtes et périls. Dans l'état présentée la monarchie de Y> M. il est facile de voir s'il y a du danger, et s'il convient ou non d'y appliquer un remède. Qu'est devenu le beau patrimoine de la puissante Castule et de tous ses royaumes? Ne le voyons-nous pas submergé , et ne voyonsnous pas son puissant monarque assujéti à de si pénibles tribulations , qu'il est affaissé sous le poids et la gravité de ses engagemens , comme .sous le poids des usures intolérables et des obligations pour le soutien
« et l'entretien de 1 église universelle? Si nous « demandons au peuple quelle est sa force « et sa richesse, nous le trouvons épuisé, « exposé à des malheurs et à de grands tra- « vaux , et implorant , d'une voix faible et « débile, le remède à tant de fatigues. » (i)
En Tan i595, un conseiller des finances présenta au roi divers projets pour faire des ressources. Philippe II les fit soumettre à l'examen d'une commission pour en consulter la convenance.
Il résulta de cet examen que tous les produits des commanderies des ordres militaires, étaient consignés pour dix ans à la compagnie des riches négocians allemands : que dans les dix mois antérieurs on avait vendu 200 mille ducats de droits de rente viagère : que tout l'or venu par les dernières flottes des Indes et celui à venir par les trois autres qu'on attendait, était déjà consommé, et qu'enfin, on avait aussi dépensé toutes les rentes de cette année , celles de la suivante , et partie de celles de l'année 1697.
(1) Louis Valle de la Gerda , De la Libération du trésor royal, etc. , etc.
Quels moyens, pense-t-on que cette commission proposa pour remédier à des maux si graves? Elle posa en principe que le moyen principal de bénéficier et d augmenter le revenu royal, était d'enrichir les sujets. Excellente maxime, sans doute; mais voyons par quelles mesures on projeta d'y parvenir.
On proposa de vendre les vassaux, les ju*ridictions, la noblesse et autres privilèges, toutes choses, disait la commission, qui ne. diminueraient point le «trésor royal, et doiït on pouvait retirer de fortes sommes. Nouveau moyen, certes, -d'enrichir les vassaux que de les vendre aux riches, et d'augmenter le trésor en augmentant le nombre des classes privilégiées, et en diminuant celles des contribuaWes!
On décida de vendre à moindre' prix que les prix ordinaires les droits nommés akavalas et tercîas. ^ x
Ualcavala était un droit royal de «10 p. o/o sur les ventes des produits et des .marchandises. Les tercîas étaient la partie des dîmes ecclésiastiques sécularisée par faveur particulière des papes. ,
Aliéner ainsi ces droits de la couronne à vils prix pour en enrichir le domaine de personnes intéressées à les rendre plus onéreux, était encore un moyen fort sage d'augmenter la richesse nationale!
On détermina encore de renouveler les lois somptuaires sur la simplicité des vêtemens, des bijoux, des meubles et autres objets superflus des manufactures, et'on prohiba l'invention de nouvelles étoffes de soie, et l'emploi de l'or ,' de l'argent et des broderies dans les habits, les lks, les tentures, les sièges, les voitures et .autres objets du service profane, (i)
Quelle politique immorale et stupide! Immorale, car le principe fondamental des bonnes mœurs est le travail honnête, comme la source la plus féconde des vices est l'oisiveté. Qui excite davantage le travail estimable des laboureurs et des artisans , que le débit assuré et avantageux des produits de l'agriculture et de l'industrie? Que de familles périraient de
(i) Bibliothèque espagnole èconomico-poUtique , tom. 1
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faim et de misère, si les riches ne dépensaient que le strict nécessaire pour l'entretien et l'abri? Ainsi , toute loi qui empêche ou engourdit le travail et l'emploi des moyens qui «exercent l'industrie, loin d'enrichir «ne nation, l'appauvrit et la met dans l'impossibilité de payer les contributions publiques. Les lois somptuaires et les autres mesures proposées par cette commission à Philippe II, furent à-la- ^ fois mesquines, impraticables, impolitiques et très préjudiciables à une vaste monarchie , qui avait' des relations indispensables avec les autres nations civilisées et avec ses immenses colonies, (i)
L'exécution du projet proposé par l'ingénieur Antoneli en i58i (2), sur la navigation de ses principales rivières, aurait été bien autrement utile à l'Espagne; bien plus encore celle d'un autre projet sur la création d'une banque nationale, présentée par l'avocat fia-
(1) Voir mon Histoire du luxe et des lois somptuaires d'Espagne , imprimée à Madrid en 1788.
(2) Tome irr de la Bibliothèque espagnole économico-politique.
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mand Pedro Doudegherste (i), et davantage enfin, la translation de la cour à Lisbonne, dès la conquête du Portugal!
(i) Tome VT de la Bibliothèque espagnole èconomicqpolitique.