‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 37 sur 48 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Décadence de la monarchie espagnole au dix-septième siècle. — Multiplication excessive des couvens, chapel* lenies , et d'autres œuvres pieuses sous le règne de Philippe III.— Augmentation de la corruption des mœurs dans ce même temps. — Paix avec lès Hollandais. — Expulsion des Mauresques de (Grenade. — Dommages que causa leur proscription. — Rapport du Conseil de Castille sur les malheurs que souffrait la monarchie espagnole, et sur leurs remèdes.

Sx Von ne jugeait de la prospérité deà na-

tions que d'après leurs exercices religieux, jamais l'Espagne n'aurait été plus heureuse que sous le lègue 4e PkilippelD. « A cette âpatpke^ « dit Gonzalez Davila, on vit se réveiller dans « ces royavme* , la fréquentation cfes sacre- « mens, la lecture des bons livres , les actes de « dévotion > l'amour de Dieu et là réforme des « vices, à ce point, qu'il me semblait en la « considérant , .que , l'Espagne revenait à ces « temps de l'âge d'or de St»-Jérôme, lorsque « dans sa lettre à Lucille l'Andalou, il lui di- «.sait qu'en Espagne on communiait tous les « jours, et on jeûnait tous les samedis. » (i)

A aucune autre époque, il n'y eut dans la Péninsule autant de fondations de couvens , de cbapellenjyes et autres œuvres de piété que sous c» règne. Le duc de L^rme, premier mmtetre de ce roi, fonda à h» seul sept coweti*, dtfux côflegiaîés et d>ûkf es ûîuttes pfeuses. (2)

Il y Avait dans l'éyêché de Calahorra, dixhuit gûtte chapaUenies (3.)> et dans larchevêche

(1) Grandeur de Madrid , cap. u

(2) Y*fi«* , Mémoires pour ïhUtoire de Efuiifpe //£

(3) Cabrera , Histoire de Philippe IL

de Séville plu* de tjuarorae mille. Il y avait Aâftè lattethédrale de Séville , dix dignitaires , qtiàtâtnte chànoines , viftgt racioneros majeurs , vingt de seconde classe, et beaucoup d'autres desservait* subalternes. H y avait en outre dans ladite ville une autre église collégiale arec un abbé 5 dix chaftoiflei èl deux tarés ; vingt-huit paroisse^, quarante-cinq couveni de moines, et di*4itrit de rëGgiéuse** Outre ee «grand nom ' fere d£ ministres de l'autel* il y avait d'autres ressource* immense» destinée» £ soulager la misère des pauvres* Ou comptait dans ce royaume qùatre^vingt*<tix hôpitaux. Les rentes de* autres iiombretifte» oeuvres pieuses y passaient de 6ào mille ducats annuels, (i)

Malgré tant de dévotibft, jamais les fiiours de f Espagne nia furent Aussi relâchées qu'alors, 4Ë faut en croire U6n~0eakment phisieurs écrivains contemporains y mais encore les diverses lois qui furent promulguée», dàttS le but de leur réforme. « L'impudicl* 4 té, disait Cespedesy stst tellement répato- « due parmi nous, que bien que nos mœurs

(4) Rodrigo Car* , Antiquité* de Sèpilîè, lik. n , cap. iO.

« soient très anciennement dépravées, .elles nfc « furent jamais affaiblies par un {dus grand «'débordement de vices, que dans le teiqps « actuel » (i)

Cabrera disait que sut les 18,000 prêtres de l'évêché ' de Calaho*ra , la plus grande partie étaient des vagabons, et tellement vicieux que Temploi de geôlier de la prison correction-, nelle ecclésiastique, rendait i5oo ducats, et les. amendes auxquelles ils étaient condamnés, trois, ou quatre ipille ducats, et que de tels prêtres ne servaient qu'à diminuer la population et à faire peser plus de charge sur les laïques. (2)

Quelle preuve plus grande peut-on donner que toutes ces dévotions n'émanaient pas du véritable esprit de la morale évangélique, que l'exemple du cardinal duc de Lerme P. Quoiqu'il fût le fondateur de tant de couvens et autres œuvres pieuses, il ne laissa pas pour cela d'augmenter les rentes de sa maison , de trente mille ducats , dont il jouissait ayant sa faveur , jusqu'à deux cent cinquante mille (3). Philippè-lç-Bon

(1) Histoire de Philippe IV, par Cespedes.

(2) Cabrera , Histoire de Philippe II, liv. n , cliap. 10. ,.. (3; Yanes, ibid» -, «

parvint enfin à connaître les manœuvres par lesquelles son miûîstre s'était enrichi aussi scandaleusement , et quoique fort tard, il lecarta, d'auprès de lui; et Philippe IV, ayant compris qu'un de ces moyens avait été le monopole sur le commerce du blé, au grand détriment du trésor royal , ordonna de rembourser audit trésor plus de soixante- douze mille ducats de rente auxquels on évaluait ces dommages, (i)

D, Rodrigo Galderon qui* dé pagÇ de ce ministre, était deterft* grand seigneur > et marquis de Sept Eglises, fut condamné à mort et décapité sur une placé de Madrid* " Malgré la publicité des lois somptuaires, au moyen desquelles on s'efforça de contenir le luxe , il s'augmenta considérablement sous

le règne de Philippe III , pour les meubles , les équipages, le nombre des valets et la versatilité des modes, ainsi qu'on peut en juger par la lecture des lois et des écrits» de ce temps. (2) -•'..<

f (1) Cpspedes, Histoire de Philippe IV, liv. n, chap. io* (a; Moncada , Restauration politique de l'Espagne. ,

Corot» oa 94 peut famw 4* 1* pww* et de 1* sjfottfé A» 1» menil* çfer&yençe, il faut croire que ri la freqmntaUQ* de* aacremens

et ta autre» *<4ta de dévoti>a » vantés par

Davil*, dan* ta Espag?**, étaient certains, l'hypocrisie (levait y avoir un« grande parc

Après quarante ans d'une guerre continuette avec ta Hollandais , le gouyeroejment de Philippe III, oûmraença enfin à sentir l'impossibilité de les soumettre, et se détermina* en i6og> à çonclur? une trèyeqw, pw dç fcwnps. après, fut euivie de lat paix ef de U reconnaissance . absolue 4^ l^r «ddeptndaiKse.

Qui pourrait croire qu' en même temps que 1? gouvernement espagnol se réconciliait avec les refeelta et ta hérétiques Hollandais ses ennçqûs ta plus degrés , tt bannissait de la Péninsule, non rotins, dp 4oQfow> sujets, tous xtftisans,Qu l^ourçup* ? t#U étaient ta Maures de Greaads et dâ Vatafce. ta motif de cette «gpulsiort si dépjpr^bte gt §k fa&k à l'agriwi-

ture et à l'industrie espagnole, fut leur obstination à conserver beaucoup de coutumes et d'usages mahométans , et l'accusation d'entretenir des intelligences secrètes avec le Grand-Turc.

ta <onduite observée envers 1*t Maures d<* Grenade fot peu conforme aux traités* en vertu desquels la plu* grande partie de ces petpieg s'étaient souitiie* Us avaient alors atîpulé la conservation de leurs lois » de leur liberté ftt la pç$s£*sion de tpute* leur» propriétés, (i)

En dépit des capitulations et des ordres par* tkwUers q*e h vvm JUakeUeawit donnés pour

que a& nouveaux sujets lussent traités avec humanité» tes ecclésiastiques , loin 4e ^.conformer aux juste* désirs de k rouie, usèrent 4 une politique très différente, ce qui donna JUeu à j'ejgif&ération des Grenadins et à beaucoup de séditions, «On en attribua la ûu*te,

•. dit Zurita , pu ?£le désordonné des prélats, et « particulièrement à ï archevêque de Tolèd* • ( Cisaeros ) qui dévia du <?be«*u que le* sain ts » débets avaient twncé pour la conversion ded « infidèles/ en procédant aveal» plus graftde

« rigueur et la plus grande âpreté contre ceux « qui' se refusaient à être instruits dans notre

(i)Pulgar, Ofawiguf d*4 roi* QQtJhçUqm** <*»p, "o et iuht.

« sainte foi catholique, et en chargeant du soin « saint et charitable de leur conversion , « des ministres trop rigoureux qui faisaient « renfermer les récalcitrans dans de dures pri- « sons , où ils étaient maltraités et tourmentés « jusqu'à ce qu'ils fussent contraints à de- « mander le baptême » (i)

L'avarice des juges et l'insolence de leurs agens , disait Pedraza, rebutaient les mauresques (a), par les préjudices qu'ils leur causaient , sous prétexte' d'exécuter les lois.- Les ministres de l'église n'étaient pas de meilleure condition : ce fut ainsi que les Maures achevé* rent de perdre la dévotion et la patience qu'on voulait leur donner. (3)

Il résulta de ce faux zèle et de cette politique imprudente, que la plus grande partie <Jes Maures grenadins émigrèrent de la Péninsule; ceux qui restèrent se soulevèrent très fréquemment, et du temps de Philippe II ils se révol-

(1) Histoire du roi Ferdinand-le-Catkolique , lib. ut , chap. 44 et 45.

(2) On appelait ainsi les Maures baptisés.

(3) Pedraza , Histoire de Grenade, part, iv, chap. 80.

tèrent et proclamèrent un roi de leur nation. Philippe fut forcé pour les soumettre de faire marcher uneannée, et cette gueire affaiblit cette province, de sorte que de 4oo villes qu'elle avait auparavant , il ne lui en resta plus que 260, toutes pauvres et misérables (1), et bien qu'il parvint à les soumettre * ce ne fut qu'au prix de sacrifices immenses* Mais comme en même temps on ne calma point les rigueurs exercées contre eux, ils continuèrent à-eonspirer contre l'état, et tentèrent même de s'appuyer d'une invasion de troupes mahométanes , en sorte que les jugeant incorrigibles * Philippe III ordonna leur entière expulsion 1 ce qui produisit la sortie de la Péninsule de plus de 400,000.

D'après Navarete , le nombre total des Maures et de* Juifs chassés de la Péninsule , s'éleva à 5 millions d'âmes (2). Gomment pouvait •on suppléer à la perte de tant d'Espagnols , la plupart cultivateurs , artisans et commercans? Gomment pouvait-on éviter que les Flamands,

( 1) Nunez de Prado , Relation authentique des revenus et de la population du royaume de "Grenade. (a) Conservation des monarchies , dise. 7.

lesGénois, les Français et d'autres étrangers, exportassent dans leurs pays presque tout l'or et l'argent des Amériques, quelques lois et quelques précautions qu'on mît en usage pour leur prohiber tout commerce avec oe vaste continent? Comment la Péninsule, privée de tant de bras utiles, pouvait -elle fournir àes colonies des objets manufacturés, nécessaires à leur immense consommation?

Navareie voulut venger sa nation des inveo tives dont ces proscriptions étaient le nuQtif : il reconnaissait cependant et faisait remarquer qu'elles avaient été une erreur de son gouvernement « Je crois, disaîfrtl, que ai «vaut que « les juifs et les mauresques eussent été cn- « traînes au désespoir qui leur inspira tant de « mauvaises pensées , on eût -cherché le moyeu « de les faire participer à quelque considération, « au lieu de les noter d'infamie, il eût étépoa-

• sible de les faire entrer par k porle de Hum* m neur dans le temple de la vertu, et dans l'o- « béissance de l'église catholique , sans que la « mauvaise opinion qu'on avait d'eux les eût « excités au crime; car, ce qui éloigne de l'af-

* feclion, c'est l'ignominie, et la honte, ainsi

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