‹ Considérations sur les causes de la grandeur et de la décadence de la monarchie espagnoleChapitre 43 sur 48 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Règne de Charles III. — Pacte* de Famille avec la France. — Avantages de ce Pacte. — Nouvelles discordes entre les autorités ecclésiastique et civile. — Exil de l'inquisiteur-général. — Consultation dà Conseil de Castille, et pragmatique cdhtre les procédés de l'Inquisition dans les censures et prohibitions de livres.— Soulève»ment de Madrid. — Procès contre le sieur Carvajal , évéque de Cuenca. — Expulsion des jésuites. — Monitoire contre le duc de Parme. — Prohibition de ce moratoire , et mesures prises par le Conseil pour venger et défendre l'autorité royale- — Nouvelles méthodes pour l'enseignement , adressées aux universités. — Résistance de celle de Salamanque à la réforme de sa méthode d'enseignement. — Création de nouvelles chaires et académies du droit naturel et du droit espagnol. — Sociétés économiques. — Progrès de la littérature. — Autres grands encouragemens donnés pour l'accroissement de la civilisation et de la richesse de la monarchie espagnole. — Modération dans les procédures de l'Inquisition.

Depuis la succession des Bourbons dans la

couronne d'Espagne, cette monarchie prospé-

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rait incessamment , et aurait prospéré encore bien davantage si les Anglais, craignant les dommages qui pourraient résulter pour eux de son amitié et de son union avec la France , n'eussent intrigué pour les eiçpécher ou pour les diminuer. « Si nous voulions être justes envers la France et l'Espagne , disait le ministre Châtrai au parlement d'Angleterre, Timis aurions trop à leur restituer : les affaiblir et les combattre est notre unique loi, et la base de tous nos ôuccès. (r)

he gouvernement français connaissant ce machiavélisme des Anglais, projeta et proposa à Ferdinand VI un nouveau traité ou Pttcte de famille : mais soit que ce projet ne convînt pas au système de son ministre Carvajal, ainsi que le pensèrent quelques personnes f Soit parce que les Anglais subornèrent le rtmsicien Fàrineïli, qui jouit d'un grand crédit sous ce règne , ce pacte ne se réalisa que sous le règne suivant.

Le Pacte de famille occasiotia quelques pertes à la France et à l'Espagne , mais celles

LrJmérifu*4(frteritrion*le, p*r le* cit. €ba* tt Lebrun

qui en résultèrent pour l'Angleterre furent bien plus considérables. Les Anglais , à l'imitation des Romains, étant très libres dans leur métropole, voulaieiitdominer despotiquement sur leurs provinces, et beaucoup plus sur leurs colonies américaines. S'ils les eussent subju*guées , comme ils le tentèrent , avec la supériorité de leur marine, de leurs connaissances, et la domination absolue sur un territoire de 280 mille lieues carrées, peuplé déjà alors de plus de trois millions d'habitans, de quelle sûreté pou- * vaient jouir les autres souverains d'Europe sur leurs trônes, et quelles forces auraient suffi pour résister aux invasions des Anglais dans les colonies espagnoles et françaises ? Les forces combinées des Français et des Espagnols- auxiliaires de l'émancipation des colonies anglaises., humiliant le fier orgueil de leur métropole , furent celles qui affranchirent les Européens * du * joug britannique.

L'union des deux couronnes au moyen du

pacte de famille étant beaucoup plus étroite, diminua progressivement la rivalité qui existait entre leurs nations ; les Espagnols se désabusèrent de quelques erreurs et de quelques pré-

jugés dont ils étaient imbus auparavant; leur gouvernement acquit plus de lumières, et plus d'énergie pour les combattre,* et pour briser beaucoup des entraves qui s'opposaient à l'accroissement de la richesse et du bonheur de la monarchie espagnole.

Sous le règne de Charles III, il survint enr core d'autres différends entre la puissance civile et la puissance ecclésiastique, qui firent naître de nouveaux sujets de dispute, et mieux connaître les vrais et légitimes droits de chacune de ces puissances.

Eu 1761, l'inquisiteur général D. Manuel Quintano avait fait publier, d accord ayec le nonce de Sa Sainteté , un bref du pape portant prohibition du catéchisme de Messengui , intitulé : Exposition de la doctrine chrétienne y ou Instruction sur les principales vérités de la reh-. gion, sans en avoir fait' part auparavant aujroi, comme il le devait. Charles III, irrité dé ce procédé, ordonna à l'inquisiteur général de suspen • drela publication du bref, et de faire retirer les exemplaires qui étaient déjà sortis de ses mains. L'inquisiteur s'excusa de ne pouvoir y obéir, a cause du grand scandale qui résulterait d'un

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procédé aussi irrégulier et aussi contraire au St.-Ôffiee , et à l'obéissance due au chef suprême de l'Eglise , en matière surtout qui touchait au dogme et à la doctrine chrétienne.

A la vue de cette réponse, le roi exila de la cour l'inquisiteur général, qui ayant bientôt reconnu son erreur, implora son pardon, et regagna les grâces de S. M.; mais le roi, considérant en même temps que les propositions exprimées dans la première réponse de l'inquisiteur général, étaient aussi intolérables , qu'indicatives de la volonté de se soustraire à la reconnaissance de V autorité du roi^ ordonna au Conseil d'aviser aux moyens de ne pas laisser subsister un tel exemple si préjudiciable à sa souveraineté.

En conséquence , le Conseil fit un rapport très instructif sur l'origine et les diverses situations des deux puissances royale et pontificale, et sur les moyens dont les papes s'étaient servis pour s'approprier quelques droits , qui dans d'autres temps avaient appartenu aux rois ou aux évêques et aux chapitres.

Il fit particulièrement remarquer la grande facilité avec laquelle on censurait et l'on pro»

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hibait les livres, sans entendre leurs auteurs, ni observer les autres règles prescrites par le docte Benoit XIV, dans sa bulle sollicita etpro* vida. « La censure des livres, disait le Conseil, « ne dépend pas autant de l'inquisiteur et*de$ « Conseillers , que de l'intelligence et de l'opi- « nion des censeurs, et comme e#s derniers « sont généralement des religieux (personnes « dévotes et retirées), ils penchent en raisoa « de leur profession vers cette règle de l'Evan- * gile, donnez a Dieu ce qui est a Dieu, &a&& « se rappeler autant la seconde partie du pré- « cepte , donnez a César ce qui est a César. »

D'après cette consultation du Conseil, Charles III ordonna que dorénavant tout bref, bulle, rescript, oulettre pontificale adressés à un tribunal quelconque , à une junte ou à ujft magistrat, aux archevêques ou évéques en général, ou à quelqu'un deux en particulier, quelle que Bit la matière qu'on y traitât, sans exception, comme touchant à établir des lois, des règles ou dm préceptes, lors même que .ce ne serait que <fe simples averûssemens, ne pourraient être pur bKés ni observés sans qu'il fut constant que S. M. les a vus et examiné* , çt sans que le

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nonce apostolique (en venant par ses mains) ne les eût remis dans celles du roi par les voies d'état ordinaires.

2° Que tous les brefs ou bulles relatifs aux affaires entre des parties ou des personnes particulières (soit de grâce ou de justice) seraient présentés an Conseil dès leur entrée en Espagne, et que celui-ci avant de leur donner effet» examinerait s'il pouvait résulter de leur contenu quelque violation du concordat, quelque dommage, soit au droit régalien, soit aux bons us et coutumes légitimes, bu à la tranquillité du royaume , soit au préjudice de tiers , exceptant seulement de cette obligation générale les brefs ou dispenses qui seraient expédiés par le bureau de pénitence, pour le cas de for intérieur et de conscience.

3° Que l'inquisiteur général ne pourrait publier aucun édit émané de bulles ou de brefs apostoliques , sans qu'il fût précédé d'un ordre royal; et que s'il concernait la prohibition de livres , on procéderait selon la forme prescrite dans Y Auto accordado , tit. 4>l*v» î, en les faisant examiner de nouveau , et les frappant de prohibition, s'ils le méri-

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taient, par l'autorité légitime et sans insertion du bref.

4° Que l'inquisiteur général ne pouvait non plus publier un index ou un édit quelconque ? sans en faire part au roi, par le secrétaire de grâce et de justice, ou parle secrétaire d'Etat, et avant que le roi n'y eût consenti.

5° Enfin que préalablement à la condamnation des livres par l'inquisition, on entendrait la défense des parties intéressées, qui seraient citées à cet effet, conformément à la règle prescrite à l'inquisition de Rome, par le pape Benoît XIV, dans la constitution apostolique titrée sollicita et provida.

Au moyen de cette pragmatique , le gouvernement espagnol acquit plus de vigueur pour tenter par lui-même d'autres réformes ecclésias* tiques. Jusqu'alors, et bien qu'une lecture plus sérieuse des œuvres des SS. Pères, des Conciles et d'autres sources aussi pures de la discipline ecclésiastique, due à une plus grande facilité de les lire dans les diverses impressions qui en avaient été faites durant les deux* siècles antérieurs^ bien aussi que par une connaissance plus approfondie de la critique et de -la philosophie,

on fftt parvenu à attiédir la déférence aveugle qu'on avait pour les doctrines des Décrétales , cependant, cotante ces doctrines formaient le» élémens de la jurisprudence canonique qu'on enseignait dans les écoles, et quelles étaient en outre très favorables atnt prééminences et aux intérêts dû clergé, attaquer ces doctrines était encore considéré comme une témérité , et même une impiété.

Les recours de force et de rétention des bulles contraires aux? lois et aux coutumes espagnoles, quoiqu'ils missent quelque frein aux abus de la puissance épiscopalé et pontificale , n'étaient pas suffisans toutefois pour les prévenir , ou J)6ur y porter remède. Les abus que commettaient les juges ecclésiastiques en connaissant flfe causes purement profanes et hors de la compétence de leur juridiction, étaient très fréquens; et leur manière de procéder, capricieuse et sans observation des règles prescrites par le ( tnême droit canonique ~ pour la procédure à l'usage de ceux qui en avaient réellement le droit , n'était pas moins abusive encore.

D'autres abus de l'officialité romaine avaient été tout aussi fréquens. Tel était principalement

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l'abus énorme de s'être approprié la provision de toutes les prébendes ecclésiastiques d'Espagne, « Personne n'ignore, disait le Conseil, que la « présentation de tous les bénéfices , prébendes « et canonicats, qui appartenait aux rois d'Es- « pagûe (et que quelques évêques ou chapitres « tinrent , comme donataires de la couronne, de « la munificence du roi) Ait usurpée sur eux « dès le principe, au moyen de bulles. et d'un- « pétrations particulières. Les chapitres étaient « tellement assurés de leurs nominations ou de « leurs élections, que le souverain pontife In* - nocent III demanda au chapitre de Tolède et « à son archevêché D. Rodrigue, et les supplia « même d'accorder (ce qu'ils firent en effet) un « canonicat à son chapelain André de Gaviano. « Mais cette modération fut depeudedurée,c£t « le légat de ce pape en Espagne Gérardo Gré- «gorio, cardinal de St. -Ange, donna de sa « propre autorité l'archidiacônat de Calât ra va, « et Innocent III approuva cette élection par une « bulle. Ce fut de cette nomination et de cette « bulle que data l'usurpation , et que s'accrut « l'abus , du séjour des papes à Avignop , avec « une persévérance telle que toutes les plaintes

* qu'en fitle roi D. Juan, et le remède qu'il solli- « cttades Cortèsde Guadalaxaraen 1 390, furent « inutiles. La promesse de Clément Y et la bulle « à cet effet par laquelle il s'interdisait de don- « ner des prébendes ou des bénéfices aux étran- « gers fut plusieurs fois violée; comme on mé- « prisa les instances des Cortès de Madrid et de « Burgos, et les désirs ainsi que les supplications « du toi Henri III , à qui il ne suffit pas de se4 « questrer les revenus et les rentes des étrangers « qui en possédaient, et de prononcer la peine « de mort contre les Espagnols qui les re- « œuvreraient pour eux. Enfin ces abus furent « portés au point que la cour de Rome « s'appropria la provision et la nomination à « tous les bénéfices et à toutes les prében- « des, au grand préjudice du roi et du rpyau-

* me ; ce qui n'aurait pas eu lieu si elles eus- « sent été présentées au roi, et si on avait saisi « les brefs et les bulles d'expéditions , et qu'on « n'eût eu aucun égard aux droits et aux inté- « rets des particuliers qui les avaient obtenus , « et qui ouvrirent la voie à cette coutume « pernicieuse. »

En même temps que -cette exposition du

. Conseil de Castillé signalait. l'origine vicieuse de quelques droits ecclésiastiques, et de quelques opink>n$ depuis long-temps réputées presque comme des articles de foi , elle manifestait • aussi l'importance de cette pragmatique, et les graves altérations qu'elle allait produire dans la jurisprudence et da«s la politique espagnoles ; . mais ces variations n'accommodaient point le . clergé , et moins encore la cour de Romey qui , s'empressèrent de lesjjjtëcréditer.

Dès que Charles 111 eut passé de Naples à . Madrid, il né put voir avec indifférence que la eour d'un des plu» grands souverains d'Europe fût la moins belle et la plus sale. Chaque rue était un égoût et un torrent d'immondices, On .donna des ordres pour les nettoyer. On corn* . mença à orner les promenades par de nouvelles plantations et d'autres travaux magnifiques ,< et l'on améliora la police dans toutes ses branches. L'une de ces améliorations, fut la réforme, du long manteau et des chapeaux rabattus, vêtement au moyen duquel il était très facile de porter des armes prohibées , et de se cacher le visage pour commettre quelques excès /ainsi il fut ordonné de couper lès manteaux et de rele-

ver les chapeaux en trois cornes (i) ; mais soit par l'odieux qui s'attache ordinairement à ces sortes de réformes faites avec violence, soit paç la rigueur des mesures des agens de police , ou par les suggestions des mécontens du gouvernementale peuple de Madridse souleva et donna au roi de grande» alarmés. II le força de renvoyer d'auprès de sa personne f son mmistçe Squillace, et à ordonner là diminution du prix du pain , ainsi que d'autres mesures violentes et injurieuses à la souveraineté.

Dans ces circonstances critiques, l'évêque de Cuenea D. Isidoro Carvajal se détermina à déclamer contre le gouvernement, et contre les moyens qu'il prenait pour affermir les droits de la puissance civile.

Entr'autres de ses écrits , il adressa une lettre au confesseur du roi, dans, laquelle il lui disait « que l'Espagne ne courait pas seulement, mais « qu'elle volait à sa ruine. Qu'on disait à haute « voix à la Cour,, que le royaume était perdu, « à cause de la persécution qu'on faisait souf- -« frir à l'Eglise, et que pour- éviter le vos mihi

(1) Loi i3 , tit. 19, lib. 3 de la nopUimaRecopilacÎQn.

* quia taciu, et par pitié du souverain, il lui «avait adressé diverses représentations par « d'autres voies , mais que peur le malheur du « pieux monarque , «es représentations ne Far « vaient point tiré de son sommeil qui le lais-

* sait dans la triste situation dont pleurait Jé- « rémie, lorsqu'il s'écriait in tenebrà coBoca* « vit me9 et sans qu'il eût pu jouir du même « bonheur que rimpteAchabaccordaàMiqueas,

* de la bouche duquel il entendait au moins les

* vérités qu'il méprisait.

« Nous qui sommes, continuait -il, comme les Israélites, du dehors, nous voyons clairement qu'il n'y avait aucun remède à ces maux, tant que dureraient les ténèbres qui voilaient le péché, cause de ses malheurs, et qui provenait clairement de la persécution de F Eglise dépouillée de ses biens, outragée dans ses ministres, et

foulée dans ses immunités; dans la liberté avec laquelle les gazettes parlaient contrel'Egnse et son chef visible, et les blasphémesexécrables que vomissaient ses ennemis, qui ne manquaient

. pas d'appui dans le royaume. Le prélat terminait sa lettre par cette sentence : quidprodest homùiisimundumuniversumlucretur, etc. »

Telle est l'esquisse de la politique et du style dont le fanatisme et l'hypocrisie se sont servi* maintes fois, non pour la défense de la vraie religion de Jésus-Christ, mais pour les intérêts et les avantages temporels de ses ministres.

Le père Eleta<, confesseur du roi, soumit cette lettre à Charles III, qui, protestant de son plus grand respect envers notre sainte religion, et assurant que le titre dont il se glorifiait le plus, était celui de Roi Catholique, conseillé par son secrétaire de grâce et de justice D. Emanuel de Roda, ordonna à Carvajal de s'expliquer avec plus de clarté , et d'exprimer en quoi consistait la persécution de P Eglise; quels pillages, quels outrages, quelles offenses avaient été Eûtes à ses biens , à ses ministres et à ses immunités sacrées; de quels autres moyens on s'était çervi pour éclairer S. M. par une autre voie que celle de son confesseur, et quels motifs il avait eus pour prendre ce soin sur lui-même ?

I/évêque répondit à cet ordre du roi par tin écrit plus diffus encore, en exagérant les offenses que l'état ecclésiastique souffrait par les subsides et autres charges et contributions; dans la juridiction et l'immunité locale des tem-

pies et les personnes des ministres de 1 autel ; dans la liberté avec laquelle on rapportait dans les papiers publics des faits et des notices injurieuses aux papes et aux jésuites; dans lé défaut de conciles nationaux et provinciaux ; dans les projets contre l'amortissement ecclésiastique des biens -fonds; pour la réformé du nombre dp prêtres et de religieux, et dans la pragmatique déjà ckée, relative à la présentation des bulles au Conseil ayant de les rendre exécutoires. Après cette énumération , l'évéque ajoutait:

* Les procureurs et les ministres de Y. M. se « sont attachés à chercher les moyens d'aggra- « ver 1 état ecclésiastique, à mettre à exécution « les escusados (i) et les navales (a) avec Vau- « torité et la rigueur que j'ai représentées ; ils « ont tâché d'établir la loi d'amortissement, « exigé des tributs, des mains-mortes, diminué

. ( îOn nomme ainsi en Espagne le privilège dont jouissent les rois de percevoir les dîmes de la maison qu'ils choisissent dans chaque endroit.

(2) On nomme Ainsi les dîmes des terres nouvellement défrichées , dont jouissent aussi les rois par privilège des papes.

a le nombre des ecclésiastiques , sur la rareté « qu'il y en a déjà dans beaucoup de provinces « du royaume ; trouvé les moyens , selon eux- « efficaces et justificatifs, d'augmenter les rentes « royales ; enfin ils ont agi de sorte que le

* peuple traite la classe ecclésiastique comme « un membre gâté de la république > et comme « son ennemi et son tyran. JVJais depuis les six « années qu'a commencé le règne de V. M. /et « que tout .ceci a été effectué ^ Dieu a permis, « malgré les, intentions pures de V. M., que les- « ennemis de l'Eglise se soient empâtés de la « placé importante de la Havanne; qu'on ait « cédé aux hérétiques une partie des domaines « catholiques; que les flottes nombreuses et

* les revenus de l'Inde soient tombés entre

* leurs mains ; qu'on ait détruit beaucoup « de vaisseaux sans combat; que l'armée soit « presque consumée dans son propre pays « «sans batailles ; que les villes . se soulèvent, «et que. les peuples soient insolens; que le « royaume se trpuve sans défense suffisante; « que la nation espagnole soit méprisée de ses h ennemis; que les hérétiques soient à-la-fois

* insultans et dominans;«que l'hérésie se pro-

« page; et que l'Eglise soit opprimée, avec la « douleur de voir qu'on lui dispute ou qu'on • lui nie ses droits les plus, sacrés dans les ■ royaumes catholiques. »

On a démontré déjà, et il serait facile de démontra: encore davantage, que lés époques où. la puissance civile fut le plus soumise à la puissance ecclésiastique en Espagne , ne furent pas les plus prospères pour cette monarchie.

Mal gré les services particuliers que Philippe II rendit au St.-Siège, services qui lui avaient valu de voir ajouter par le pape Pie IV , au surnom glorieux de Roi Catholique qu'il tenait de ses ancêtres, lé surnom, non moins honorifique de protecteur de l 'Eglise, il n'eut pas moins à souffrir des disgrâces sans nombre pendant tout son règne, outre la révolte des Hollandais , ejt beaucoup d'autres malheurs déjà indiqués dans le chapitre xxi, part. i.

En revenant de Flandre en Espagne, Tan i559, il portait sur une forte escadre les immenses trésors en meubles, bijoux et autres raretés précieuses d'une valeur incalculable, que son père avait amassés dans ses longs voyages eh Italie et en Allemagne, et à peine

4&tait41 en Vue du port de Laredo, après une heu peuse navigation, qu'une tempête furieuse submergea la plus grande partie des vaisseaux avec toutes ses richesses et plus de mille personnes.

L'année suivante en i56o, survint la malheureuse expédition contre l'île de Gerbes : une escadre de 54 galères, 28 navires et beaucoup d'autres moindres bâtimens était parvenue à s'emparer de cette île, appartenant aux Turcs, sans la moindre résistance ; mais bientôt après , une autre escadre turque d'une force très supérieure étant tombée sur les chrétiens , jeta parmi eux le désordre et la terreur, et ceux qui ne périrent pas, ou ne purent fuir, furent forcés de se rendre aux infidèles. Le général turc entra à Constantinople , emmenant en triomphe avec lui a4 galères et a 5 vaisseaux chrétiens avec 4ooo esclaves.

Nous avons déjà tracé un aperçu du triste écafc dfrns lequel Philippe II laissa la monarchie espagnole. En argumentant suivant la logique et le style de Garvajal , on pourrait dire aussi (p»e ces malheurs prirent leur source dans les offenses faites à l'Eglise; car bien que ce roi fût honoré du titre de son protecteur, il ne s'op-

posa pas moins à la publication de la bulle de la Cène dans ses royaumes, et aux tentatives de la cour de Rome pour abolir la pratique immëmoriale des recours de force et de rétention des bulles pontificales. ^

À quelle époque y eût-il en Espagne plus de considération pour le clergé , et plus de soumission au St.-Siège, qu'au xvue siècle? Ce fut à cette époque cependant que ses rois , détrom pés de la possibilité de soumettre leurs sujets rebelles de Flandres, reconnurent leur indépendance, firent la paix, et même formèrent des traités particuliers d'alliance et d'amitié avec eux, malgré leur hérésie. Ce fut aussi dans ce siècle si religieux, que la monarchie espagnole perdit le Portugal , le Roussillon et beaucoup de ses colonies d'Amérique; que sa marine fut ruinée, et que ses forces s'affaiblirent, ainsi que nous l'avons rapporté.

Doit-on inférer de cela que ces malheurs furent des châtimens de Dieu pour quelques outrages faits à la religion ou à ses ministres? Peut-on croire que Dieu permit Je triomphe de la Hollande hérétique, des Portugais rebelles, et de Louis XIV, protecteur des

philosophes ,.eri punition de [quelques faibles efforts pou* soutenir les droits légitimes de leur autorité temporelle, contre les attaques continuelles de l'autorité ecclésiastique ?

Charles III ordonna que les lettres de l'évêquë de Cuenca seraient soumises au Conseil, pour que le fondement des plaintes quelles renfermaient, fût examiné avec réflexion. Les procureurs du roi D. Pedro Rodriguez Campomanes et D. Joseph Monino, depuis comte deFlorida Blanca, démontrèrent la fausseté des faits et des assertions qui y étaient contenus , et éclaircirent par de sages observations plusieurs points obscurcis par la confusion de l'airciemie jurisprudence. En conséquence, et après avoir entendu son Conseil , le roi ordonna de saisir toutes ces lettres, ainsi que les copies qui en avaient été répandues. Il somma l'évêque de comparaître devant le Conseil pour y être réprimandé , et fit écrire officiellement à tous les évêques pour les instruire de la conduite inconsidérée de 1 evêque de Cuenca; que Sa Majesté espérait lavoir désapprouvée par eux, en les informant en même temps qu'ils pouvaient être assurés que S. M. ne cesserait pas d'écouter avec

bonté leurs représentations , et d'y faire droit lorsqu'ils les lui adresseraient' avec l'instruction, la vérité, la modération et le respect qui convenaient au caractère et i la dignité épîscopale. (i)

L'expulsion des jésuites donna une nouvelle vigueur à la puissance royale. En 1767 , ils forent bannis pour toujours des terres d'Espagne et des Indes, (2) acte de vigueur qu'on avait cru impossible, même après leur expulsion de Portugal et de France.

Ce mémorable événement suscita quelques doutes, relativement à la disposition et à l'application des biens que ces religieux avaient possédés. Il fut formé par ce motif, un Conseil extraordinaire composé de quelques ministres du Conseil de Castille, de 2 archevêques, de 3 évoqués et des deux procureurs Campomanes et Mooino. Ce Conseil établit dans une docte consultation , que l'autorité légitime et compétente appartenait aux rois d'Espagne , tant pour le bannissement de toutes classes de personnes et corporations ecclésiastiques, que pour la confis-

(1) Loi 10 , tit. 8 , lib. 1 de la novUima Recopilaeion. (*) Loit 3 çt 4 , tit. 26 , lib. 1 , i&id. *

cation de leurs biens, et leur application aux usages qu'ils jugeaient le plus conformes à l'intérêt de l'Etat. En conséquence de cet avis du Conseil, on disposa effectivement des maisons, des meubles, desbibHothèques, et des biens-fonds des jésuites, et on les appliqua à diverses destinations.

La cour 4e Rome songea à mettre en usage les armes dont elle s était servie dans d'autres temps , pour intimider les rois par les menace», de ses censures. Ce fut dans ce but que l'Infant D. Ferdinand duc de Parme, ayant fait publier* certaines lois sur des matières semblables à celle» qu'on venait de promulguer en Espagne, GléaoentXIHfulmina un monitoire pour les annuler.

Des copies de ce bref pontifical étant parvenues en Espagne, les procureurs du roi au Conseil , considérant que la cause du duc de Parme était* commune à celle de la monarchie espagnole^ tant à cause des liens du sang , que par l'identité des actes que frappait la cour de Borne, demandèrent au Conseil de faire saisir tous les exemplaires imprimés ou manuscrits de ce monitoire qui auraient été répandus, ainsi que tous autres écrits ou bulles qui offenseraient les prérogatives de la couronne.

Le Conseil le décréta ainsi, le 16 mai 1768, et expédia sous la même date ses ordonnances , dans lesquelles en rappelant les contradictions qu'avait toujours éprouvées dans le gouvernement espagnol la bulle de la. Cène , il renouvelait sa prohibition. (1)

Dans ce même temps, un savant. magistrat écrivit et fit imprimer un ouvrage intitulé : Jugement.impartial sur les lettres en forme de bref publiées par la cour de Rome > portant dérogation a certains édits de S. A. l'Infant. duc de Parme; dans le but de lui disputer \la souveraineté temporelle. L'auteur traitait dans cet ouvrage de l'origine et du véritable. esprit de la puissance ecclésiastique , et delà soumission due aux souverains par le clergé, en matières temporelles; du défaut d'autorité légitime qu'avaient .les papes pour s'ingérer dans. le gouvernement civil du duché de Parme; de la justice .des lois contre l'amortissement ecclésiastique des biens" fonds; de l'obligation des ecclésiastiques à concourir aux contributions de l'état ; de l'abus des appels en cour de Rome; de la justification

(1} Lois 8 et 6 , tit. 3, liv. >d« la Recopilaœion*

du droit régalien relatif à la présentation des bulles , et de la nécessité du consen tentent ou exequatur royal ; de l'abus des censures , et de l'autorité légitime des souverains pour résister aux censures injustes , dans leurs états.

Les évêques qui assistaient au Conseil extraordinaire, notèrent dans cet ouvrage quelques propositions dignes de censure . ce qui fit que Charles III ordonna qu'il serait examiné de nouveau. On y fit quelques corrections au moyen desquelles lesdits évêques, n'y trouvant plus ailcune expression contraire à la religion et à la morale chrétienne , ne s'opposèrent plus à l'impression de l'ouvrage , qui fut réimprimé en 1769 avec un appendice de divers écrits parmi lesquels était F avis déjà cité du père Cano.

L'année suivante 1770, un canoniste ayant défendu dans l'université de Valladolid certaines thèses sur V exemption du clergé du service temporel et de la juridiction royale , elles furent déférées au Conseil par un autre docteur de la même université, comme contraires aux droits de la couronne. Le Conseil les défçra à son tour à la censure du collège des avocats de Madrid, et celui-ci dans l'information qu'il

en donna, traita avec beaucoup d'instruction et de jugement les points les plus graves de la jurisprudence espagnole, c'est-à-dire de l'origine et de l'extension de la puissance royale; de l'autorité des Décrétâtes, de l'opposition de quelques-unes d'elles aux droits les plus légitimes des rois d'Espagne; de la subordination due par les ecclésiastiques à la puissance civile, en prouvant que celle-ci n'émanait pas de l'autorité ecclésiastique; que l'examen de savoir si les bulles et les décrets ecclésiastiques sont de nature à préjudicier à l'ordre public, est un des droits les plus essentiels et les plus inaliénables de la puissance civile; enfin le collège censurait dans cette information la grande liberté avec laquelle on défendait dans les actes publics des universités, les doctrines les plus impolitiques et les plus opposées au vrai droit espagnol, et proposait par ce motif des mesures pour les réprimer. Le Conseil ayant approuvé cette censure, rendit une cédule royale par laquelle il ordonna au président de la chancellerie de Valladolid de convoquer tous les professeurs de l'université, pour reprendre publiquement à portes ouvertes tousceux qui auraient eu quelque part

aux thèses censurées, et prendre pro universitate la défense de l'autorité royale des offenses qu'on Jui avait faites. Le Conseil prohiba l'enseignement d'opinions contraires aux prérogatives royales , et inséra dans sa cédule , l'avis du collège des avocats , afin que sa doctrine servît de guide à toutes les écoles publiques. Il créa un office de censeur royal pour examiner particulièrement toutes les propositions qu'on devait défendre publiquement avant de les imprimer, et voulut que ces fonctions fussent naturellement confiées aux procureurs du roi , dans toutes les villes où u\ y aurait des tribunaux supérieurs. Le Conseil ordonna enfin qu'on y ajoutât , à la formule du serment qui se prétait lors de .la réception aux grades académiques, l'obligation de n'avancer, ni défendre ou enseigner directement ou indirectement des doctrines contraires à l'autorité royale, et déclara inhabiles à tous les emplois les réfractairçs à ce serment.

Un des moyens dont se servit Charles III pour imprimer de l'activité à l'industrie de sa nation , fut l'établissement et la multiplication des sociétés économiques. L'origine et l'institu-

tion de ces sociétés, méritent d'être bien connues.

Depuis Tannée 1748, il existait à Azcoytia -une assemblée de chevaliers et de clercs , qui étaient convenus de destiner certains jours de la semaine pour conférer sur des matières de physique , mathématiques et géographie. 11$ avaient acheté pour ces conférences" deux >ina* chines , une électrique, et Vautre pneumatique, ainsi que quelques autres instrumens. Nollet et Franklin, avaient déjà leurs partisans dans les provinces du pays Basque, pendant que dans les universités les plus fameuses de la Péninsule , on n'entendait d'autre philosophie que les subr tilités du péripatétisme,

La susdite assemblée éprouva quelques interruptions, jusqu'à ce qu'un grand nombre de Basques s'étant réunis à Yergara, à cause de la célébration de la fête d'un saint , en l'année 1764* Ie comte de Penaflorida donna l'idée de former une société, destinée à l'encouragement de l'industrie et de la meilleure éducation delà jeunesse, sous le titre de Société des amis dupays, et avec certains statuts pour sa direction.

Le roi ayant approuvé ces statuts, le comte fondateur de cette société , détermina qu'un de

se» fib et un autre Basque voyageraient en France et en Allemagne, pour y apprendre les sciences naturelles , et particulièrement la chiraie^et la minéralogie , qui sont les plus intéressantes-dans le pays basque, en* raison de la grande abondance de ses mines de fer. Il provoqua en outre rétablissement du séminaire patriotique de Vergara,le premier detoute la Péninsule,où Ton réunit la bonne éducation chrétienne à renseignement des sciences naturelles;

Peu de temps après, le comte de Campomanescomposa son Discours sur F encouragement de F industrie populaire. Ce discours présenté au Conseil, y fut non-seulement approuvé, mais encore on en ordonna l'impression , et Fenvoi à tous les tribunaux, intendans, corrégidors, évoques et curés, en leur recommandant le soin de lé lire et d'en propager les idées.

L'année suivante 1775, le même auteur pu* blia un autre Discours sur F éducation populaire des artisans , ouvrage non moins recom» man.dable que le précédent. « Presque tous les points, disait Kobertson, de quelque importance relatifs à la politique , aux contributions , à l'agriculture^aux manufactures, commerce, tan;

national qu'étranger, sont traités dans ces ouvrages. Il existe peu d'auteurs, même parmi les nations les plus versées dans le commerce, qui aient avancé autant leurs spéculations, avec une connaissance aussi approfondie de ses différentes branches, et un désabusëment aussi constant des préjugés nationaux ou vulgaires, ou qui aient réuni aussi bien le calme des réflexions philosophiques au zèle ardent d'un citoyen animé de l'amour du bien public. Ces deux ouvrages sont très estimés par les Espagnols, ce qui prouve évidemment les progrès ' de leurs lumières , puisqu'ils sont portés à apprécier un auteur qui pense avec autant d'élévation et de liberté,

« Si l'on compare (ajoute le même historien) les productions de l'industrie espagnole actuelle avec celles que Ton a vues sous les règnes des derniers rois de la maison d'Autriche, les progrès des Espagnols paraîtront considérables , et seront suffisans pour exciter la jalousie et épuiser les efforts des nations qui sont actuellement en possession du commerce lucratif dont les Espagnols ont l'intention de les priver. Les idées de la nation se sont agrandies non-seulement

sur le commerce , mais eifcore relativement à l'administration intérieure. Tous les auteurs mbdernçg^reconnaissent dans ces deux branches du gouvernement , les vices, que leurs aïeux ne voulurent point avouer, à cause de leur orgueil, ou ne remarquèrent pas à cause de leur ignorance. » (i)

Dans le discours de Campomanes sur l'encouragement de l'industrie populaire, on recommandait l'établissement utile de la société biscayenne. Cette recommandation et les nouvelles des bons résultats qu'obtenait cette société, excitèrent quelques bons Espagnols à solliciter rétablissement d'une société semblable à Ma* dridL Celle-ci ayant été fondée et protégée par le gouvernement» l'esprit patriotique se répandit à un tel point , que dans très peu d'années on parvint à compter plus de soixante sociétés économiques dans la Péninsule.

Malgré les avantages que produisaient cette nouvelle invention et ce moyen facile de répandre les lumières les plus nécessaires pour vivifier l'industrie espagnole, il ne man-

(%) JUtUnrt à? Amérique , tom. 3, not. 98.

qua pas de détracteurs pour les critiquer et les satiriser: l'un de ces détrateurs* fut l'avocat français . Linguet. Mais remarquons l'opinion qu avait de ces société* un autre Français beau* coup plus versé dans là politique, et qui connaissait mieux l'Eyagne que cetavocatparisien. , « Ce qui doit contribuer. surtout à la prospérité de l'Espagne, disait Bourgoing, ce qui cependant n'a pas encore produit tout ce qu'on en attendait, c'est l'établissement des sociatés patriotiques, connues sons le nom d'amis du pays. Jamais. un établissement plus louable n'avait fait dès son début, des progrès {dus rapides, n'avait produit une fermentation plus générale : ceux qui ne voient jamais le bien qu'avec un oui d'envie > ceux dont la nonchalance routinière répugne aux nouveautés; ceux dont Fbumeur «chagrine ^'afflige des succès auxquels as n'ont point eu. 4e part, ont essayé de jeter du ridicule sur les sociétés patriotiques. Ils ont prétendu que leurs membres discouraient beaucoup et agissaient peu, qu'ils exagéraient leur' importance , qu'ils traitaient gravement de pompeuses minuties. Sans doute elles n'ont pas encore fait tout ce qu'elles peuvent faire. La mo-

dicité de leurg fonda circonscrit encore leurs fat cultes, niais ce qui importait, c'était de réveiller leurpatrie de son engourdissement, d'offrir un encouragement aux talens des artistes, aux travaux des cultivateurs, d'aiguillonner à-la- fois leur vanité par la perspective de la gloire, leur krtérêtpar l'espoir du profit , et voilà ce qu-eîies

ont déjà opéré

«Les sociétés patriotiques ont provoqué divers encouragemens pour l'industrie. Eclairé par elles, le gouvernement a remis en vigueur les lois tombées en désuétude. Il a exclu des marchandises' étrangères,' dont la concurrence pouvait nuke aux fabriques nationales. Il à pkroeuréà celles-ci' des ouvriers qui perfectionnetUileur^olpératkms. Ces mesures ont déjà nui et nuiront encore davantage aux âutresi nations ' fabrioantes et commerçantes. Elles peuvent ex* cher; leurs alarmes et leurs murmures, elles doivent sans doute ranimer leur activité et leur vigilamee; mais ne. peuvent être qu'applaudies parles bons patriotes; de tous les pays. La France pourrait même emprunter à l'Espagne ces utiles établissemens. Prouvons à nos alliés, que si nous savons les critiquer, souvent avec amer tume,

nous savons aussi les imiter quelquefois. » (i) Il ne fut pas aussi facile a Charles III de corriger les vices dans l'enseignement littéraire des universités, que de créer les nouvelles sociétés économiques. Lorsqu'il y avait à peine un seul coin en Europe où les lumières de la bonne philosophie n'eussent déjà pénétré; lorsque nonseulement toute la France, l'Allemagne, l'Italie, et jusqu'à Rome même , combattant les préjugés contre quelques systèmes que l'on avait cru auparavant opposés à lareligion, les enseignaient déjà dans leurs écoles et honoraient leurs dé* fenseurs ; l'université de Salamanque, excitée par le Conseil, à réformer ses études, en l'année 1771, lui répondit, « qu'elle ne pouvait se séparer du péripatétisme, £arce que les systèmes de Newton, Gassendi et Descartes, ne concordent pas autant avec les vérités révélées que ceux d'Aristote, et que leurs ancêtres n'ayant pas voulu s'ériger en législateurs littéraires, en introduisant un goût plus recherché dans les sciences , l'université n'osait pas davantage être Fauteur de nouvelles méthodes. »

(i) Tableau de l'Espagne màderne , tom. 1 1 cap. a.

Pourrait-on croire à une pareille ignorance! et à tant de stupidité dan/la première université d'Espagne, à la fin du xvme siècle, si Von ne trouvait cette réponse dans la collection des ordonnances royales pour la réforme de ses études? Cependant l'obstination des professeurs du droit civil et canonique, était encore plus grande, s'il est possible. Le Conseil les avait chargés de la formation d'un nouveau plan pour leur enseignement , et l'introduction à leur nouveau plan fut un éloge de l'université et une exhortation à la continuation de la me* thode qui avait été suivie jusqu'alors.

« Il nous semble, Seigneur, disaient-ils, que les paroles suivantes s'adressent à toutes les universités catholiques, particulièrement à la nôtre: non erit in. te Deus recens , neque adorabis Deum alienum; car malgré que dans leur sens littéral, ces paroles s'adressèrent au peuple d'Israël, il n'y a point de violence à en faire l'application à notre grande mère : si tu veux me plaire, dit Dieu à l'université de Salamanque (dans laquelle réside la principauté de toutes les universités catholiques) non erit in te Deus recens ; il ne faut pas que toi t'attaches à aucun génie

Yeijmfetion du xvie siècle, on suscita les célèbres controverses de awrilUs^m mirent en discorde, et armèrent les écoles. Les chefs des deux partis disputèrent vivement* L'esprit de parti est le dissolvant universel, qui change tout. Les subtilités ont été subtituées à la solidité ; le vraisemblable à 1^ vérité; on a méconnu la règle que Saint Jean Damascène se propose dans sa théologie, de ne rien affirmer qui n'ait été révélé dans la loi et les prophéties , par les apôtres et évangélistes , en évitant toutes les questions curieuses que l'esprit humain peut inventer relativement aux choses divines. Saint Basile avait déjà fait la même recommandation dans son homélie sur la nativité de Jésus-Christ, avertissement que donna aussi St. -Thomas dans l'avant*propos de son sommaire $ et pour le dire en un seul mot, on a substitué insensiblement une dialectique contentieuse , et une métaphysique raffinée * au lieu de la véritable et Solide théologie.

« Tout le mal ne se borne pas à cela. La dé* mangeàison de faire des syllogismes, et de résister au parti contraire , s'étendit à la théologie morale, en la remplissant de doutés, de questions

et de disputes interminables, de problèmes, paralogismes et probabilités , au grand détriment des bonnes mœurs.....

, Quoiqu'il n'y eu^pas alors de grandes améliorations pour l'enseignement de la jurisprudence dans les universités , néanmoins ces améliorations s'opérèrent insensiblement par d'autres moyens indirects.

Le collège impérial des jésuites à Madrid fut converti en collégiale, et en maison d'études royales, pour l'enseignement de la rhétorique, de la poétique, des langues grecque, hébraïque et arabe, des mathématiques, physique expérimentale, etc.

Une des nouvelles/ chaires établies dans ces études royales, fut celle du droit naturel et des gens ; instruction à laquelle pn attacha une si grande importance, que nul professeur de jurisprudence ne pouvait obtenir l'autorisation du Conseil pour exercer l'état d'avocat, sans avoir prouvé auparavant qu'il avait assisté pendant une année aux leçons du droit naturel ; outre cela, on offrit une récompense de 200 ducats de rente viagère aux élèves les plus instruits.

A ladite époque , le* curieux avaient déjà entre les mains beaucoup de copies des cahiers des Cortès" et autres. pièces très nécessaires pour la connaissance de l'histoire et de la législation d'Espagne, peu connues auparavant. Deux avocats D. Miguel de Manuel, et D. Ignacio Asso les firent connaître davantage, en publiant le fuero viejo de Castilla, t ordonnance dy<Alcahi1 les cahiers de quelques Cortès, et un aperçu historique des autres.

Ces deux jurisconsultes composèrent et pu* blièrent aussi en l'année»* 771, les institutions du droit civil de Castille, premier ouvrage où 1,'on donna une idée un peu plus claire de la véritable législation espagnole.

Au moyen des nouvelles lumières acquises par l'éjtude du droit naturel, et de la connaissance plus étendue des changemens survenus dans le droit espagnol, malgré l'obstination des universités à soutenir renseignement vicieux de la jurisprudence, ses professeurs se détrompaient insensiblement et corrigeaient les préjugés et le mauvais goût puisés dans leur instruction légale.

Les progrès dans d'autres branches de la

littérature. espagnole, ne furent pas moins considérables.

Le désabusement de quelques, opinions politiques et religieuses fut la conséquence de» progrès des lumières. On a déjà vu que Philippe V et Ferdinand VI revendiquèrent quelques droits de leur couronne , perdus ou rendus moins clairs sous le gouvernement des rois autrichiens; et que la politique de la. cour de Rome, et la grande sagesse du souverain «pontife Benoît XTV, nç purent- empêcher la cessation de quelques usages en vigueur jus* qu'à l'époque des deux concordats de 1737 et 1752.

On a vu également la fermeté avec laquelle Charles III réprima les abus de l'autorité inquisitoriale et épiscopale; comment il affermit davantage la législation espagnole sur les recours de force et de rétention des bulles pontificales; comment il diminua la prépondérance de la jurisprudence ultramoptaine - dans, les écoles et dans les tribunaux , etc.

À ces mesures de gouvernement, on en ajouta sous ce règne, d'autres non moins remarquables. Une des maximes de la politique espagnole avait

été celle de maintenir une guerre perpétuelle' contre les mahométans, même après la conquête de Grenade. Ni les pertes incalculables éprouvées par suite de ce système , ni l'exemple de la France et d autres puissances catholiques qui ne se faisaient point scrupule d'être en paix avec les Turcs, n'avaient suffi pour détromper l'Espagne sur l'inconvenance d'une telle politique. Le génie' éclairé de Charles III corrigea un préjugé aussi dangereux; dicta la paix avec les empereurs de Turquie et d'autres potentats mahométans; délivra ses sujets de la terrible piraterie des corsaires, et ouvrit à leur commerce de nouvelles voies pour spéculer avec de plus grands avantages.

Sous ce même règne on fit beaucoup d'autres innovations sur des matières ecclésiastiques. On donna une nouvelle forme à la nonciature ; en outre de l'expulsion des jésuites , on abolit l'ordre de St. Antoine abbé, on fit quelques réformes dans celui des chartreux , et dans d'autres ordres religieux; on diminua le nombre des confréries ; on prohiba*, l'enterrement des morts dans les églises , et on ordonna la construction des cimetières; on diminua

aussi le nombre dés jours de fête. Les papes loin de s'opposer à ces innovations, les approuvèrent par leurs bulles ; et quoique le clergé espagnol fût déjà grevé de plusieurs contributions , des tierces, de Vescusadoj du subside , etc. , ils autorisèrent une retenue sur la troisième partie de toutes les rentes des mitres et des bénéfices ecclésiastiques.

Enfin l'inquisition même, si sévère auparâ vant, avait commencé à mitiger ses rigueurs.-

Sous le règne de1 Philippe Y, plus de trois mille personnes avaient été brûlées, ou condamnées aux galères ou à laprison; sous Ferdinand VI il n'y en eut que 10 de brûlées vives, et en effigie, etcent soixante-dix condamnées aux galères. Sous Charles III , quatre personnes seulement furent brûlées, et cinquante-six condamnées aux galères ou à la prison, (i)

Les modifications qu'éprouva l'opinion publique sur les condamnés par l'inquisition , ne sont pas moins remarquables. Jadis tous les . condamnés étaient diffamés pour toujours, niais dès le règne de Ferdinand VI , cette infiv-

( i; Uorente , Histoire de V inquisition d'Espagne*

mie perdit beaucoup de sa force. Ce monarque nomma Macanaz, fugitif de l'inquisition , son •plénipotentiaire au congres d'Aix-la-Chapelle; et^ans XeSemanmreérudà, ouvrage périodique .du règne jde Charles III, on -publia quelquesuns de ses ouvrages, en lui prodiguant les «loges les plus flatteurs. Dans une collection «de gravures des Espagnols les plus illustres faite par ordre du gouvernement, on vit figurercemême Macanaz. Qlavide, réfugié plusieurs. années en . France , après sa condamnation par le St. -Office, revint finir ses jours avec honneur dans sa pa- .trie;ilfut içéme nommé conseiller d'état hono- . raireaveç une pension de quinze mille francs et? il lut porlé à sa tombe décoré de la ^croix de Foxdre de £t. -Jacques, t dont il était membre L avant sa condamnation.

En même temps que. sous le règne de Charles III, les lumières scientifiques se répandaient , l'industrie prospérait , et les moyens de subsister et de s'enrichir se multipliaient; par conséquent la propension à se feire ordonner prêtre sans une véritable vocation , diminuait. M. Laborde comparant les cens sur la population de l'Espagne , publiés officielle-

* meut , a Êth rob^ecvation bien intéressante,, qtie dans les vingt années depuis 1768 jusqu'en 1788 , on remarquant une diminution de 28,535 personnes dans le clergé séculier et régulier. .

'Gequil y à. de certain c'est quela~popùlattôn, ainsi que la richesse nationale augmentèrent Rapidement sous ce règne.

'.ifihitîppe V, ne 'comptait pas plus 'de sept milbonâ et demi de sujets dans la Péninsule ;et a! la» fin duxrm?. siècle , la population espagnole touchait onze millions. L'agriculture, l'industrie et le commerce doublèrent oiu triplèrent leurs produits. Les revenus delà couronne qui, au commencement du règne de Ferdinand VI, étaient à 26,707,349 écus (1), $ou6 relui de Charles III passèrent 60 millions d'écito, ou 6eo millions de réaux. Ceux des Indes qui, au rapport du marquis del'Énseriada, n'écrient que de 4& 5 millions • (a), montèrent à «plus de

(1) Remontrance du marquis de YEnsenada à Ferdinand VI , imprimée dans le volume 12 du Semanairt érudit.

Mm*.

n ou i5 sous Charles III. Seulement dans l'espace des dix années écoulées de 1778 à 1788 les produits des colonies étaient passés , de jS millions de livres en marchandises , à 210 millions; et en numéraire de 1 10 à 170 millions* L'année 1761, la marine espagnole ne se composait que de dix-huit vaisseaux de ligne, et i5 autres de moindre force (1). Charles III fit flotter le drapeau espagnol sur 74 vaisseaux de ligne , et plus de 200 frégates , briks et d'autres petits vaisseaux de guerre. Larmée de terre passait 148 mille hommes.

Il faudrait un gros volume pour faire connaître toutes les améliorations qui s'opérèrent en Espagne depuis que Charles III commença à régner. Ceux qui désirent des notices plus détaillées relativement à cette partie de l'histoire de la Péninsule, les trouveront dans le Tableau de l'Espagne moderne de Bôurgoing, dans Y Itinéraire descriptif Aà M» Laborde, et dans ï Essai politique sur la Nouvelle Espagne du baron de Humboldt,

(1} Remontrance du marquis de FEmenada à Ferdinand pi.

Tout annonçait les progrès les plus rapides de la civilisation et de la richesse espagnoles', lorsque par un événement fatal, la mort de ce digne* souverain fit tout rétrograder. >

CHAPrïRE IV.

Règne de Charles IV. — Privauté scandaleuse de don Emmanuel Godoy. — Traité de Bâle. — Dommages que ce traité causa à l'Espagne. — - Perfidie de l'empereur Napoléon Bonaparte, et invasion de ses troupes dans la Péninsule , par l'imprévoyance du favori. — Révolution d'Espagne en 1808. — Astuce de Bonaparte pour attirer toute la famille royale à Bayonne, et pour la forcer à remettre la couronne à son frère Joseph.

Au moment de la succession de Charles IV à la couronne d'Espagne, la révolution Française éclata. Le gouvernement espagnol n'avait jamais eu besoin de ministres plus sages, que dans ces circonstances si critiques et si périlleuses, et cependant ce monarque eut le malheur de se laisser persuader qu'un jeune homme, sans autre science que celle de monter à cheval , pouvait aussi bien gouverner un état que conduire un coursier.

Don Manuel Godoy était gardedu-corps en

1 787/et en 1792 il était déjà lieutenant-général, 4ucd'Alcudia, chevalier de la toison d'or, et premier secrétaire des affairés étrangères. Sa fortune monstrueuse ne s'arrêta point emeore là. Il fut créé peu de temps après, prince de la Paix , avec Je titre: $ Altesse , honneur dont aucun grand d'Espagne «'avait encore joui. Il fut élevé aux dignités d'amiral , et de généralissime de terre et de .mer 4 épousa une princesse du «saitg royal ,>et eut à son .service 1 une garde par- Aicubère plus brillante jepue la garde de son «souverain.

. Pendant ce temps , les deux comtes d' Aranda et deFlorida Blanca dont les • talens avaient été très utiles sous le règne antérieur, et qui «raient servi très honorablement Charles IV luknême, furent* renfermés, le premier dan&la forteresse de Grenade, et l'autre -dans le château de Pampelune.

On commença bientôt à éprouver les effets

* que devait naturellement produire limpéritie du nouveau ministre d'état. La guerre déclarée

j0 à la France en 1^93, contrairement à l'avis du comte d'Arahda , se termina 1795 par le .traité de Baie, en vertu duquel l'Espagne se trouva

fort heureuse de rentrer dans diverses places que les Français lui avaient prises, en cédant à ceuxci la partie qu'elle possédait dans File de Saint- Domingue , cession extrêmement avantageuse à la France, qui avant l'insurrection des nègres de cette île en tirait presqu autant de profit que l'Espagne en tirait de toutes ses colonies.

Le traité signé à St.-Ildephonse Tannée suivante, par le général Pérignon et le prince de la Paix, fut plus ignominieux encore. /Par ce traité l'Espagne reconnut non-seulement la légitimité de la république française , mais encore elle conclut avec elle une alliance offensive et défensive, en s'obligeant à fournira la France une escadre de cinq vaisseaux de 70 à 80 canons, six frégates et quatre corvettes armées et équipées , et pourvues de vivres pour six mois. Combien ne dut pas paraître épouvantable cette métamorphose dans l'esprit du gouvernement espagnol! Charles IV, le roi Catholique, l'allié des Jacobins! un monarque Bourbon ami des républicains farouches qui avaient condamné et exécuté son parent Louis XVI, et proscrit toute sa famille !

Cet impolitique traité eut pour résultat la

guerre avec les Anglais, qui devint l'occasion d'aggraver encore le fardeau insupportable des contributions de la nation, et celui de la dette nationale. En 1799, les revenus ordinaires de la couronne ne dépassaietitpas 493,884,4 18 réaux, et les dépenses s'élevèrent à 1,823,544*368 réaux, en sorte qu'il manqua au trésor pour les solder 1,329,659,950 réaux.

Les moyens qu'on adopta pour couvrir cet énorme déficit et d'autres dépenses inutiles, furent d'aggraver la dette publique , en la rendant chaque jour plus ruineuse et plus impossible fi payer.

Toute la dette laissée par Philippe V ne passait pas un capital de 1,260,5 ai, 565 réaux. Charles III épuisé par des guerres maritimes , et excité par le deçir de pousser l'exécution des travaux si grands et si utiles à-la-fois, des arsenaux, des constructions navales, des chemins , etc. , l'avait augmentée d'un autre ca- 'phal de 8o4,44I>325 réaux : mais le prince de la Paix n'ajouta à cette dette rien moins que cinq mille millions de réaux. (1)

(1) Histoire de la guerre d'Espagne contre Napoléon

Malgré tant de sacrifices, la marine espar gnole, si florissante sous le règne de Charles III, et plus nécessaire alors que jamais pour protéger la subordination et le commerce des colonies, fut ruinée par la guerre contre l'Angleterre , et parla négligence que le gouvernement apporta à sa conservation.

En outre des vaisseaux cédés à la France par le traité de St.-Ildephonse, l'Espagne en perdit quatre dans le combat du cap Saint «Vincent; trois furent brûlés à la prise de l'île de la Trinité, deux se perdirent au cap Finistère , et deux autres sombrèrent dans le détroit de Gibraltar. Les Anglais s'emparèrent de deux frégates, avec 80,000,000 de réaux» L'Espagne perdit encore douze vaisseaux au combat de Trafalgar ; enfin la marine espagnole tomba "clans un état si misérable , que les plus grands efforts ayant été faits pour mettre au service de Bonaparte six vaisseaux , en 1808^ ces bàtimens sortis de Carthagène,ne purent arriver sans beaucoup de dommages à Toulon.

Bonaparte, écrite et publiée par ordre de Sa Majesté , en 1818, chap. $v >

Vers la fin de 1806, la santé de Charles IV s'altéra à un tel point, que ce monarque se crut près dp sa fin. Soit que ce fut la vérité , ou soit par la haine générale que la faveur scandaleuse du prince de la Paix avait excitée , le bruit courut que le roi l'avait nommé régent du royaume, et beaucoup de personnes crurent même que ce favori voulait usurper la cou* ronne à son légitime souverain. ,(1)

Bien que le prince des Asturies ne craignît pas un crime aussi horrible, et moins encore, s'il eût été tenté , que la loyauté espagnole y eût consenti, il crut néanmoins devoir prendre quelques précautions pour éviter le danger qui le menaçait» Lune d'elles fut de demander la protection de Napoléon ; l'autre d'écrire à son père une lettre dans laquelle il lui exposait la perfidie de son favori.

Celui-ci craignant la juste vengeance de la nation, chercha aussi à capter la faveur de Bonaparte, au moyen d'un autre traité secret, plus ignomineux encore pour son roi et pour

(1) Histoire de la guerre d'Espagne, contre Napoléon Bonaparte, ïb.

son pays, que n'avait été le traité de St.-Ildephonse : ce fut le traité de Fontainebleau.

Il fut stipulé par ce traité que l'empereur des Français enverrait en Portugal une armée de 2 5,ooo hommes et de 3ooo chevaux, et qu'on réunirait en outre à Bayonne une autre prmée de 4O9OOO hommes prête à marcher contre ce royaume, si les Anglais tentaient de le secourir. Que le roi d'Espagne aiderait les Français dans la conquête du Portugal, au moyen de trois autres armées. Que dans trois ans au plus tard , Charles IV prendrait le titre d'empereur des Amériques, et partagerait, après la conquête, les colonies portugaises avec les Français. Que le roi d'Etrurie céderait sqs Etats à l'empereur des Français , et recevrait en échange une partie de» États du Portugal, avec le titre de roi de la Lusitanie septentrionale; et que' le prince de ha Paix recevrait la souveraineté des deux provinces des Algarves et de FAlentejo, avec le titre de \ prince des Algarves.

C'est ainsi que l'astucieux Napoléon fascina Godoy, afin de faciliter à ses troupes l'entrée de la Péninsule sans le moindre obstacle, pour exécuter son inique projet d'achever de détrô-

ner les Bourbons; et c'est ainsi que commença la révolution espagnole en 1808, par l'arrestation et le procès intenté au prince des Asturies : la renonciation à la couronne faite par son père à Aranjuez : l'emprisonnement du prince de la Paix ; la perfidie et la violence avec lesquelles l'empereur des Français fit venir toute la famille royale à Bayonne,et transféra la couronne du front de Ferdinand Vil sur celui de son frère Joseph Bonaparte, etc.

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