PRES
exemple, lui sont très difficiles. L'écriture porte le cachet de la
maladie. Les lettres sont tremblées, déformées, entremêlées de
Zigzags irréguliers. Les dernières lettres des mots sont peu com-
préhensibles. Les lignes montent et descendent. Dans certains mots ïes lettres sont enchevêtrées. Elles ont. pourtant des dimensions à peu près semblables.
En écrivant, il marque un temps d'arrêt après chaque mot, se balance sur sa chaise, rejette par moments la tête en arrière, comme pour juger de son écriture. Il est pénible de lui dicter. Il fait répéter plusieurs fois chaque mot. Il signe assez lisible-
ment son nom. Les chiffres sont déformés comme les lettres.
Troubles de la sensibilité. — Troubles de la sensibililé yénérale. — La sensibilité générale est légèrement amoindrie. Un
peu d’anesthésie.
La sensibilité météorique ne semble pas avoir une influence évidente. Les temps humides n'ont pas paru exercer d'action. Les sens spéciaux n'ont pas subi d’altérations.
Les sensibilités gustative, olfactive paraissent normales.
Audilion. — L'audihon est normale; et S'il ne répond pas toujours immédiatement aux questions posées, s'il fait répéter, il ne faut pas en accuser une diminution de l’ouïe, car il entend le
tic-tac d’une montre ordinaire à deux mètres environ.
Vision. — L'acuité visuelle est normale de même que la perception des couleurs. Les pupilles réagissent à la lumière et à
l'accommodation. Elles sont égales. Pas de rétrécissement du
champ visuel. Pas de troubles de la pupille.
Force musculaire. — La force musculaire est diminuée. Malgré sa taille F... n'aceuse au dynamomètre que 40 avec la main
droite, 35 avec la main gauche. Les muscles amaigris ne présen-
tent pas d'atrophics.
Sensibililé électrique. — La sensibilité électrique n'est pas allérée. Le malade réagit bien avec un courant galvanique faible de 7 milli-ampères et même 6 1/2 pour les avant-bras et les bras, de 10 à 12 milli-ampères pour les membres inférieurs. Il réagit un peu moins à gauche. Avec le courant faradique nous observons les mêmes réactions, avec des secousses plus lentes.
L'excitabilité mécanique est normale.
Sensibilité superficielle — La sensibillé superficielle est peu troublée. Sensibilité tactile un peu obtuse. Les cercles de sensation de Weber sont élargis. Les impressions tactiles sont mal localisées mais sans exagération. La sensibilité à la pression est émoussée. La sensibilité douloureuse est normale. Pas de retard
des sensations. Sensibilité thermique normale.
Sensibilité profonde. -- La sensibilité profonde est plus troublée. Le sens des attitudes segmentaires, la sensibilité musculaire, la sensibilité osseuse ne sont pas troublés. Mais pour les sensations de résistance, le malade accuse des différences erronées. Le sens stéréognostique ou, comme l'appelle Déjerine, la perception tactile de l'espace, est anormale, affaiblie. L'attention du malade ne peut en effet se prêter à un effort assez long pour reconnaître et la forme de l'objet, et ses propriétés physi-
ques, sa consistance, sa température, son poids. |
Sensibilité organique. -- La sensibilité organique est normale. Les douleurs de jambes qu'il accuse au début de son affection
paraissent cependant avoir êté fictives.
Troubles des réflexes. -- Réflexes lendineur. -- Les réflexes tendineux sont en général très exagérés.
Aux membres inférieurs, les réflexes rotuliens ou: patellaires
sont nettement exagérés des deux côtés.
DS
Sr
Pa
La percussion du tendon rotulien provoque de la trépidation épileptoïde de la rotule, à gauche surtout. Les réflexes achilléens sont frès exagérés. Il existe une ébauche manifeste du lonus du pied. Un peu de fascia lala, peu prononcé à droite.
Le réflexe paradoxal de Gordon ne donne rien.
Aux membres supérieurs, les réflexes olécranien, radial et cubital postérieur sont exagérés surtout à gauche. Les réflexes du cubital antérieur, des palmaires, des fléchisseurs des doigts sont forts. Pas de clonisme de la main. Pas de secousses fibrillaires.
A la face, les réflexes oculaires et nasaux, décrits par Bech-
terew en 1,01, sont normaux.
Réflexes culanés. — Les réflexes culanés « normaux » ne sont pas altérés. Il en est ainsi des réflexes abdominal, crémastérien, buibo-caverneux, inguinal, épigastrique. Pas de’ réflexes culanés « pathologiques ».. Pas de Babinski. Pas de signe. de Schcæfer. Le pincement du talon d'Achille en son milieu produit la flexion plantaire du pied. Pas de réflexe d'Oppenheim. Pas de signe de Wesphal, ni de Strümpel. Pas de signe de flexion combinée de la cuisse et du tronc. Le malade lève facilement les deux jambes, au commandement, lune après l'autre. La pres-
sion des muscles du mollet n'est pas douloureuse,
Réftexes osseux. — Pour les réflexes osseux, les réflexes acromial et sous-épineux n'ont rien donné. La percussion de l'apophyse styloïde du radius à donné une très légère flexion de J'avant-bras. La percussion de la tubérosité antérieure du
hibia, de la malléole interne, n'a rien donné.
Fonclions organiques. — Les fonctions de Ia vie organique en général s'accomplissent chez Font... normalement. La respira-
tion est régulière. Pas de troubles cardiaques. Le pouls est régulier.
Pas de développement exagéré de la glande thyroïde.
Le
Fe
La digestion n'est troublée par les mouvements involontaires que dans la déglutilion.
L'appéüt du malade. est exagéré. I y a tendance à la boulimie.
La nutrition est troublée. Le malade maigrit malgré une suralimenlation raisonnée (2 litres de lait en plusde la ration norma-
le.) Pas de troubles de la défécalion.
Troubles urinaires. — La miction est au contraire très troublée. Fait très rare chez les choréiques, le-malade à de lincontinance d'urine. Les besoins d'uriner sont fréquents, surtout le soir. La nuit il est obligé de garder un urinal constamment. D'après les dires du malade et de sa femme, ces troubles ne remonteraient qu'à deux ou trois ans.
Il faut noter qu'avant son mariage Font. à contracté une biennhorragie grave el peut-être une Cystite. Il fit un séjour à l'hôpital d'Angers. En tous les cas le malade a le canal rétréci dans son segment postérieur il n'admet que les bougies en gomme n° 15. Sa vessie est aussi rélrécie et n'admet que 100 à 150 grammes de liquide.
Il est donc probable que les sphincler lisse de lurètre est alléré par ce rétrécissement, que ses fonctions sont remplacées par les muscles striés du périnée, muscle de Wilson, sphincter strié de l’urètre qui participent aussi aux mouyernents involontaires choréiques. Ainsi s'expliquerait l'incontinence d'urine. Les muscles lisses ne prenant aucune part, à notre connaissance, à la chorée. E
Les rapports sexuels de Font... ont été toujours normaux.
Analyse des urines. - Les urines sont peu troublées. Pas de sucre. Des traces légères d'albumine. Pas de pigments biliaires. La densité légèrement abaissée est de 1.015. La quantité émise par vingt-quatre heures : 1.350 cent. cubes environ. La réaction
est acide.
L'analyse chimique pratiquée deux fois n'a pas sensiblement
varié. La moyenne à été :
PRÉC RER AR AU eur 27 gr. par litre NS CE VO ETAT OI ME SERRE 0,40 —- ROC DRAECS ERA HOTTE 3,80 Seéls-AMMONIACAUX, 1.0. 0,60 £e (ONEL INT CRT RAR EN RIRE RE 2,90 = Acide phosphorique........... 2.»
L'analyse microscopique du dépôt nous a montré auelques cellules épithéliales et de nombreux « cocei » en grappes el en
chaïnettes.
Toxrilé urinaire. — Inoculée au cobaye el à la souris, l'urine du
-matin comme celle du soir se sont montrées hypoloxiques dans :
trois inoculations. Deux fois l'inoculation à été suivie de phéno-
mènes convulsifs. | ; Rispal et Baylac, en 1897, au Congrès de Toulouse ont relaté
un cas de chorée chronique où les urines se sont montrées hy-
potoxiques dans Loutes les expériences.
Aulres sécrélions. -- Nous avons constaté de lhypersécrétion salivaire. La sécrétion sudoräle nous à paru normale. Nous n'avons pas pu rechercher la Loxicité de la sueur, ni pratiquer la-
nalyse des sécrétions gastriques et biliures.
Etat du sang. -- L'analyse bactériologique du sang na pas donné de résultats positifs. Les cultures ont été négalives. L'analyse histologique à donné :
une hypoglobulie légère.
globules rouges : état de santé, 2.100.000 par mm,
Font... chorée chronique, 4.900.000 ---
Liquide céphalo-rachidien. -— Nous avons praliqué la ponction
lombaire. Le liquide céphalo-rachidien était limpide. L'analyse
baciériologique, pratiquée après centrifugation, à été négative. L'analyse microscopique a montré de très rares Iymphocytes. Le liquide céphalo-râchidien de Font..., injecté à la dose de deux centimètres cubes à un cobaye, n'a pas de réaction notable. Pas d'excès d'albumine.
La température est normale. Pas de troubles vaso-moteurs.
Pas de dermographisme. Troubles trophiques nuls.
Stigmales de dégénérescence. — Nous noterons par contre des stigmates physiques de dégénérescence. L'oreille est du type Darwin avec tubereule marqué et saillant au niveau de la nais-
sance de la partie descendante de l'hélice,
Déformalion en profondeur de la voûte palatine. Légère asymétrie faciale.
La clavicule est bizarrement articulée des deux côtés, la tête fait saillie de facon exagérée. ;
Périodes de calme.— Nous avons constaté, sans en reconnaitre la cause, pour les troubles physiques comme pour les troubles mentaux, des périodes de calme relatif de six à huit jours,. duant lesquelles les gesticulations choréiques étaient moins prononcées.
3ondurant, à relaté le même fait, en 1897, dans un cas de
chorée chronique avec alternances.
Avant d'éludier thez Fon... les troubles de Fétat mental, nous nous permellrons une légère digression. Le très long exposé des symplômes physiques chez notre malade a élé relaté dans le but de bien mettre en évidence l'analogie de ces symptômes avec ceux de Ja chorée de Sydenham. Les troubles signalés ont été l'ob-
jet depuis six mois environ d'une observation attentive
pe 0 Es
de chaque jour. Nous avons tenté de ne rien omettre. Nous avons observé des phénomènes peu fréquents tels que les mouvements choréiques, des troubles oculaires, incontinence d'urine, les mouvements pendant le som-
.meil. Nous avons pratiqué l'analyse de l'urine, du liquide céphalo-rachidien, du sang. Nous avons recherché leur toxicité. Les réflexes ont élé étudiés à de nombreuses reprises.
Partout nous avons retrouvé une analogie évidente avec les troubles dé la chorée de Sydenham. Et pour la chorée chronique nous pouvons reprendre en grande partie la définition donnée plus haut de la chorée de Sydenham :
« Les mouvements choréiques sont des mouvements désordonnés, involontaires, arythmiques, incessants, plusrapides que ceux de l'othétose, moins brusques que ceux des tics. Les choréiques ont conscience de ces mouvements. L'’émotion les augmente. Dans le sommeil ils persistent parfois. Les mouvements varient sui-
vant les régions. I y a des troubles de la parole ana-
logues à ceux da la chorée de Sydenham. La déglutilion est gènée. Les globes oculaires sont parfois agilés «de mouvements involontaires comme dans la chorée de Sydenham (Rosenthal, Ziemssen).
Les troubles de la marche sont analogues. La force musculaire est affaiblie, l’excitabilité des muscles est normale.
Les troubles de la sensibilité physique sont les méê-
mes que ceux de la chorée aigüe.
Rte ie
L'influence de la volonté n'est que passagère et peu prononcée.
Lannois avait voulu faire un signe pathognomonique -de l'influence de la volonté sur les mouvements dans la chorée chronique. Huet borna celte influence aux seuls mouvements intenlionnels.
Mais en dehors du rôle de l'habitude dans ces mouvements intentiounels, nous constatons chaque jour le peu d'influence de Ia volonté. |
Tout dépend de la période de la maladie.
L'enfant atteint de chorée de Sydenham peut au début manger seul assez facilement ; ce n'est que plus {ard qu'on sera forcé parfois de l’alimenter.
Le malade atteint de chorée chronique subit la même loi. Tous les auteurs constatent des troubles de déglutilion. L'action de manger relativement facile durant les premières périodes va de plus en plus pénible. L'alimentalion à ia sonde est parfois nécessaire.
Au début, dans l'acte de s'habiller, de se déshabiller, le malade réussira seul, à la période d'état, tous les efforts seront inutiles sans aide. |
EL pour la marche, si la volonté exerçait une influence réelle, le malade se laisserait-il arrêter dans la rue pour ivresse el servir de risée aux gamins ?
Dans la chorée chronique comme dans la chorée de Sydenham la volonté ne peut avoir qu'une influence fugilive. Et si dans la chorée de Sydenham cette influence est nulle le plus souvent c'est que tous les.
désordres y sont plus rapides et plus fréquents. Dans la
DS me
chorée de Huntington, à la période terminale, nous retrouvons le même fait.
Ilexiste donc une différence de durée et d'intensité des mouvements. Les mouvements dans la chorée chronique sont plus lents, moins prononcés que dans la chorée aiguë de Sydenham. Leur évolution est plus longue. Mais cette différence se retrouve à la base de toutes les affections chroniques. Elle en est le caractère
fondamental.
Rapports entre les symptômes psychiques et mentaux
Il n'existe donc pas de différence essentielle entre les troubles moteurs physiques de la chorée de Sydenham el de la chorée chronique.
Peut-on baser la différence sur les symptômes d'ordre
mental ?
Troubles de l'élal mental. — Chez Font... l'état:mental est des plus importants à étudier. \
Au début desa maladie, Font... qui a toujours eu le caractère difficile devient plus susceptible, capricieux. Il est irritable, . Soupçonneux, colère. Il se fâche pour des vétilles, fait à sa fem-
me des scènes de violence pour un rien.
Il se plaint continuellement de son travail, de ses maitres, de $es camarades. On ne sait pas apprécier sa besogne. Quand on le remet simple manœuvre, ilcrie à l'injustice. Il s'irrite de ses maladresses et de voir sa femme travailler plus ét mieux que lui. Il devient égoïste. On ne s'occupe jamais assez de lui, On ne
sait ni le plaindre, ni le comprendre.
Fe ue
Plus tard quand il se rend compte de son état, son caractère irritable s'exagère encore. IL a des accès subits de tristesse. Mais ses accès de mélancolie comme ses accès de colère durent peu. S'ils se renouvellent fréquemment, l'objet en change aussi souvent. |
Quand il ne peut plus travailler, il verse dans l'alcoolisme. Il se met à boire du vin, de l'absinthe. Il rentre ivre chez lui. Il menace sa femme, ses enfants, brise les meubles, la vaisselle. Il S'irrile de plus en plus de ses malodresses, menace d'en finir avec la vie. « Il se Luera ». Mais si ses menaces sont fréquentes ses tentatives sont bien rares et peu sérieuses. Un jour, il va vers la fenêtre criant qu'il va se jeter du deuxième étage, il ne mel pas son projet à exécution devant les prières de sa femme. Un autre Jour il va se noyer dans la Loire ; on le retrouve assis sur le trottoir près de sa maison.
Font... semble surtout vouloir effrayer ses proches, attirer davantage l'atlention sur lui, car les occasions de suicide ne lui ont pas manqué. Quoiqu'en disent certains auteurs, ces idées , ces menaces, viennent bien de la conscience de sa situation, non pas qu'il se rende un compte exact de la gravité de son affection, mais parce qu'il ne peut plus travailler, qu'il se sent inutile, bon à rien.
Depuis son entrée à l'asile, il n'a plus jamais renouvelé ces menaces de suicide. Faut-il en voir la cause dans l'espoir de guérir, dans un affaiblissement intellectuel plus profond ?
Ne travaillant plus, il était chez lui davantage livré à lui-mème. Il avait des occasions fréquentes de se livrer à la boisson. Il restait des journées entières seul avec ses pensées. Les raille-
ries, les réflexions faites à haute voix dans la rue sur son pseudo-
état d'ivresse, ne faisaient qu'augmenter son hypocondrie.
À l'asile, au contraire, on l'emploie avec ses camarades, suffisamment pour détourner son esprit de son affection. Il n'est
pas l'objet de moqueries. Ses maladresses ne lui sont pas repro-
RS ee
chées. Il ne boit plus. Il sait que ses menaces de suicide n'exeiteraient la compassion de personne.
Il faut donc, croyons-nous, en plus de Faffaiblissement graduel de son intelligence faire intervenir ces condilions d’existence plus favorables, pour expliquer la diminution de son irri-
tabilité et la disparition des menaces de suicide.
Délire, Hallucinalions. -- Mais en dehors de son irritabilité et de ces accès d'hypocondrie Font... a vu motiver son internement par des « hallucinations et actes dangereux pour lui-même et pour les siens ». Il urine la nuit sur ses enfants. Un autre soir il va ouvrir la fenêtre dans un accès de terreur, el sans l’intervention de sa femme se serait peut-être précipité. Un soir encore il verse sur le feu le contenu d'une lampe à pétrole. Avons-nous à faire à des hallucinations vraies ?
Un premier point facile à établir c'est que ces actes dangereux qui lui sont imputlés se passent toujours après son coucher, dans les premières heures qui suivent, dans cet état d'assoupissement, celle somnolence intermédiaire entre la veille et le sommeil.
Font... se couche. Les faligues ou les excès de Ja journée ont augmenté ses gesticulations. Il est anxieux, oppressé. Il semble hanté par le souvenir de la nuit précédente. Il a peur de son sommeil. Il lutte pour ne pas dormir, 1lest déjà possédé par son délire. Il redoute de voir ces animaux terribles, qui l'ont tant eéffrayé la nuit dernière. 11 se tourne dans son lit, change et rechange de position. Et justement les visions reviennent. Ce sont des loups, des tigres, des rats. Ils apparaissent d'abord tout pelits, grossissent, passent à travers le mur, grimpent dans les rideaux du lit. Ils l'entourent, ils vont le dévorer. Le malheureux s'agite, veut lutter. Il pousse des cris inarticulés, gestieule, repousse ces apparitions fantastiques, lance les mains dans le
vide. I veut s'élancer, fuir, Et c'est un précipice qui s'entr'ou-
vre, une chute sans fin, une succession de goullres où il roule. 1i tombe de son lit, s'élance vers la fenêtre, comme dans un état de somnambulisme.
On l'arrête. Il s'éveille. Pour ne plus retomber dans ses an goisses, il reste des heures à piétiner sur place, défait son lit, le refait, va uriner, tousse, pousse des exclamalions de temps à autre comme pour s'assurer qu'il est bien éveillé. On le force à se recoucher. 11 somnole de nouveau. Et le cauchemar réapparail. Ce sont des apparitions, des voix qu'il entend sans comprendre. I s'éveille encore. Parfois il se lève à trois ou quatre réprises, réveillant ses voisins, accomplissant ces actes bizarres, incohérents, qui lui sont reprochés.
* “Enfin il s'endort d'un Sommei: presque calme entrecoupé de
légers mouvements choréiques. Le reste de la nuit se passe tranquillement. à
Nous avons assisté personnellement à ces actes délirants. La femme de Font... nous à rapporté le récit. Le plâtre du mur qui borde son lit est dégradé par suite des coups qu'il porte. Les pieds de son lit ont leurs vis arrachés ; son oreiller, son traversin sont déchirés.
Chaque soir se reproduisent les mêmes scènes. Ses gardiens, ses camarades de dortoir en sont fatigués et nous apportent sou-
vent leurs doléances.
Mais ces phénomènes que présente Font....ne sont
pas du délire vrai, des halluecinalions vraies.
Délire de rêve. — Cest du délire, que Régis appelle délire onirique, c'est du délire de rêve. Il nait, évolue dans le sommeil. Il est fait de souvenirs, de réviviscen- __ces, d'associations étranges, mobiles et changeantes. Il
OR
cess: incomplètement, il se prolonge dans cette som-no sace qui suit son réveil après le cauchemar. Il engendre à ce moment un véritable état somnambulisque dans lequel le malade accomplit ces actes étranges, comme d'uriner sur ses enfants, de verser du pétrole sur du feu. Il ne lui ne laisse que peu de souvenirs, mais il lui laisse surtout de ces idées fixes, post-délirantes, post-oriniques, dit Régis, post-somnambulisques dironsnous, idées qui viendront aux heures de coucher le troubler et qu'à ce moment lui constitueront une véritable obsession, presqu'une phobie.
C'est ce délire de rêve que l’on retrouve dans les tn: fections, les intoxications, alcoolisme, tabagisme, dans les aulo-inltoxications gastre-hépatiques, rénales, ete. Mais chez Font.... on ne peut accuser l'alcoolisme. Il ne boit pas depuis son entrée. Il faut donc bien rattacher son délire onirique à la chorée chronique où du moins
à la cause occasionnelle de cetle affection.
Troubles de l'état mental proprement dit. — En dehors de ces troubles délirants, les auteurs pour la plupart notent un affaiblissement intellectuel considérable. Hamilton pourtant prétend que les choréiques chroniques sont moins aliénés qu'ils le paraissent.
Pour Font....ilsemble se passer dans son cerveau pour l'exercice de ses facultés, ce qui se produit à l’ex- {érieur par ses mouvements involontaires, incohérents. Les mouvements qui surprennent le malade et l'empé-
chent d'accomplir convenablement les actes de sa vie
re
journalière, ont leurs équivalents dans l'esprit du malade, donnant aux actes intellectuels un caractère de ma-' ladresse et d’instabilité tout spécial.
Ainsi s’expliqueraient ces cas, peu fréquents dans la littérature, de chorée où les phénomènes mentaux précèdent les symptômes physiques. Troubles intellectuels, troubles physiques procèdent d’un même ordre d'idées, ce sont des troubles de l’activité. Quel que soit l'ordre de leur apparition ils sont loujours symptômes d'une même affection.
On reconnait en psychologie avec P* Janet trois groupes de phénomènes distincts ; on les ramène à trois causes différentes, trois facultés, la sensibilité, lPintelligence et l’activité.
De ces trois facultés la chorée, maladie essentiellement motrice, affecte surtout l’activité, mais vu les relations qui existent entre les trois facultés, il est logique de conclure que l'intelligence el la sensibilité soient également altérées.
Les troubles choréiques sont essentiellement des troubles de l'activité. L'activité réfléchie, chez l’homme devient la volonté. Ribot nous dira que le moteur de la vie de l'esprit, la volonté intellectuelle, c'est l’attenlion. |
Nous aurons donc, à la base même de l'affection mentale choréique, deux troubles psychiques constants, dominants, mais reliés l’un à Pautre : le premier pour
les mouvements physiques de la vie de relation, trouble
de la volonté ; le second pour les mouvements de la vie
de l'esprit, trouble de l'attention.
Tous les auteurs sont d'accord pour reconnaître comme fondamentaux dans la chorée les troubles de Ja volonté et de l'attention. :
Chez Font..* à la base de tous les troubles de ses facultés, nous retrouvons ceux de la volonté et de lat-
tention.
Symplômes mentaux. — Examinons les troubles des différen-
tes facultés chez notre malade.
Sensibililé. — La sensibilité est à peu près normale. Les organes des sens lui apportent des sensations de lextérieur normales. Mais l'attention de Font... est troublée. Il en résulte une succession {trop rapide de ses impressions. Sa volonté n'a pas la - force nécessaire pour maintenir suffisamment longtemps son
allention sur les obje!s extérieurs.
Sensalions hälives, perceptions vagues. — Des sensations trop hâtives découlent des perceptions moins nettes, d’où un amoindrissement de la perception, surtout quant aux détails des objets extérieurs. :
Font... marche, Il rencontre un obstacle. Il voit cet obstacle mais ne se rend pas compte de ses dimensions exactes. IL bute
contre l'obstacle.
Sensibilité morale. = La sensibilité morale est amoindrie. Elle le paraît davantage qu'elle ne l’est en réalité. Les sentiments affectifs sont très vifs. Font... aime beaucoup sa femme,
ses enfants ; il est heureux de les revoir. Mais il ne se plaint