‹ Considérations sur les Chorées chroniques: des relations cliniques possibles entre la Chorée chronique et la Chorée SydenhamChapitre 8 sur 14 · SE CE · texte numérisé non relu

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pas de leur absence. Ses impressions affectives sont fugitives. 1lest incapable d'y fixer son attention. Elles $ont-rapidement remplacées par d'autres.

Tainton s'étonne de voir se marier les choréiques chroniques. Mais le choréique se marie en général avant le début de l'affecton. Dans toutes les familles de chorée chronique héréditaire,

il y a des sujets qui échappent à la fatale maladie. Dans la fa-

mille de Font... les deux sœurs ainées ne sont pas choréiques. Font.... ne peut-il penser échapper lui aussi à la maladie familiale. À

Font.... possède une certaine fierté. « Il n'a besoin de rien ».

Les offres de secours, d'aide pécuniaire, sont refusées. Il se froisse même de l'offre d'un supplément de tabac.

Font.... n’est pas orgueilleux. Pas d'idées de révolte et de haine. Sa situation sociale ne lui à jamais permis d'être prodi-

gue.

Inclinalions supérieures. — Quant aux inclinations supérieu-

res, sentiments intellectuels, sentiments esthétiques, du beau du sublime, du grotesque, il nous est difficile de les apprécier

chez notre malade, vu son éducation: rudimentaire. Il a toutefois nettement la notion du laid. Il suffit pours’en convaincre, de l'interroger sur la beauté des quartiers de l'asile !

Les sentiments religieux n'ont pas été cultivés.

Les émotions ont une grande influence. Font..: réagit vivement à la joie, à la colère, à la crainte.

L'anxiété chez lui ne se retrouve qu'aux heures du coucher, et se rapporte plus à son délire de rêve qu'à son état mental propre. É

Pas d’obsessions, ni d'idées fixes. Pas de passions. Il a cessé

de boire de l'alcool sans récrimination.

Troubles de la mémoire. -- Aux troubles de la sensibilité nous

rattacherons ceux de la mémoire. Une des lois qui président à

la reproduction des souvenirs, c’est en effet la vivacité des im pressions premières. Plus l'impression à été forte, plus l'image en restera vivace.

Chez Font... la mémoire des faits anciens et nouveaux est conservée dans ses grands traits. Le souvenir de ce qu'il a appris soit par l'instruction, soit par l'expérience est conservé. Il n'existe chez lui ni confusion, ni désorientalion. Il sait où ilest, ce qu'il fait. Il raconte son histoire, son enfance, ses occupations, sa maladie, ce qu'il a fait depuis son entrée à l'asile, ce qu'il a fait hier. Mais il faut le lui demander à des reprises différentes et de peu de durée. Il lui est impossible de fixer longtemps son attention sur ses souvenirs.

MM. Leri et Wurpas, dans une communication à la Société de Neurologie de Paris, insistent surtout sur la perte des caractères visuels essentiels des objets. Nous ne pouvons nous rallier à celte opinion. Conime M. Seglas, nous ne constatons, dans les exemples qu'ils présentent, que l'instabilité de l'attention. Chez Font... le fait est le même.

Ses perceplions sont amoindries dans leur netteté du fait de la rapidité de Pimpression. De plus pour récupérer le souvenir de l'objet enfoui dans sa mémoire, l'influence de son attention est nécessaire. Elle n'est pas assez soutenue pour en optenir une

\ image nette dans tous ses détails. La mémoire visuelle des objets n’est pas perdue. La preuve en est quand il différencie les animaux qu'il voit dans ses rêves. Il parle de tigres, de loups, de rats. EL S'il ne nous donne pas une délinilion précise, c'est que dans son cerveau la reproduction -de l'image ne demande pas une attention prolongée, tandis que pour exprimer ce souvenir il lui faut un temps plus appréciable, un effort durable d'atten- Lion et de volonté dont il n'est plus capable. Comme les malades de M. Léri et Wurpas, il différencie le fauteuil et la chaise, l'edeur de lérébenthine et celle de la rose, comme eux il ne peut

en donner tous les détails, non pas qu'il en ait perdu le souve-

le

nir, mais en raison des difficultés qu'il lui faut surmonter :. di!ficultés d'appliquer son attention et sur les détails des objets, sur le souvenir des mots qui les expriment, des mouvements

qu'il faut pour les prononcer.

Troubles de l'intelligence. -- À la mémoire est liée l'association des idées, les comparaisons, le jugement.

Chez Font... le raisonnement, le bon sens ne sont pas allérés. Il distingue normalement le vrai d'avec lé faux. Le mur est blane, la table est roñde, la chaise a quatre pieds. IL juge normalement tant qu'il suffit d'une brève attention. Mais il ne faut pas compter obtenir de lui un raisonnement un peu long, des déductions. L'attention erre, saute d'un sujet à l'autre. « Le malade n'y est plus. »

Il lui est possible de dire combien font lrois fois huit —24, deux êt deux —4. Mais une addilion de trois chiffres, une simple soustraction de deux chiffres lui offrent des difficultés ke plus

souvent insurmontables.

Troubles de l'aclivilé. — A Ia base de tous les troubles précédents nous retrouvons toujours les troubles de la volonté et de l'attention.

Pour qu'il y ait acte de volonté il faut un but motif ou mobile, une délibération, une détermination. P. Janet définit l'acte volontaire une résolution accompagnée d'effort. La résolution la plus énergique est impuissante s'il ne s'y ajoute un déploiement dé force d'autant plus grand que l'obstacle est plus difficile à vaincre. Seulement l'effort peut disparaitre par Fhabitude et la répétition de l'acte.

* Ce qui manque à Font..., au choréique chronique, pour accomplir Facte volontaire ce n'est ni la résolution, ni l'effort, c'est l'attention nécessaire pour coordonner sa résolution avec l'exécution de l'acte. C'est le mécanisme même de la volonté

qui est troublé. »

Donnons l'ordre au malade de marcher ‘en suivant la ligne droite. Il veut suivre la ligne droite, il pense au but, au terrain à parcourir, aux mouvements du corps nécessaires, aux obstacles à franchir. Son‘attention saute d'un objet à l'autre. I ne peut faire un tout intelligent de ces différentes données. Incoordination des idées comme des mouvements du corps. Les données de ses sens le surprennent comme ses mouvements involontaires. Elles surgissent à propos d'un obstacle, d'un faux mouvement, se compliquent de la peur de mal faire, de ses méprises, de leur correction. Il déploie un luxe inutile d'attention, en accorde sans raison, perd le but proposé, veut y revenir, s'égare dans le désordre de ses idées. C'est une danse des idées. « Ce sont des gesticulations de la pensée. ».

Dans les actes dits intentionnels, ces troubles seront moins apparents. L'habilude intervient.

« La répétition d'un même acte, d'une même volilion rend l'acte, la volition plus facile et l'agent plus apte à les reproduire. » L'habitude fait disparaitre l'effort.

Aussi verrons-nous Font... s'habiller, se déshabiller avec une aisance relative, alors que dans les actes nouveaux pour lui, ne pouvant appliquer ni son attention, ni sa volonté sur le but, les moyens, l'effort à fournir, Font... commettra méprises sur méprises, souvent pour renoncer finalement à son entreprise.

En résumé on pourra dire de la chorée chronique qu'elle est une maladie de l’activité tout entière, qu'elle intéresse l'appareil moteur total de la vie de relalion.

Aux troubles moteurs fondamentaux de nos facultés viennent s'ajouter un état psychique préexistant, heréditaire, et chez notre malade des troubles délirants, du délire de rêve que nous retrouvons dans les infections et les intoxications. .

Nous devons raltacher ce délire de rêve plus à la cause de l'affection qu'à l'affection elle-même.

Nous sommes les premiers à signaler dans la chorée chroni-

RONA

que ce délire de rève. L'attention des neurologistes s'étant portée surtout sur les troubles de la mémoire et de l'intelligence nous n'avons pas retrouvé dans la littérature de la chorée chronique d'observation relatant du délire de rêve ou délire oniri-

que au cours de cette affection.

L 0 Les idées délirantes ont été peu signalées.

Huet dans sa thèse parle bien de malades dont le som-

meil est troublé :

Observalion XV... le sommeil estdevenu plus calme, l'agitalion de la nuit à disparu...

Observation XVI... la malade a beaucoup de peine à s'endormir, se réveille souvent...

Observation XVII... le sommeil est devenu meilleur….

Observation XVII... Le malade dort mal, se réveille souvent la nuit.

Observation XXIV.... La malade ne veut pas s'endor-

mir. Il passe une partie de la nuit sur un fauteuil...

Joffroy dit de Catherine M... alleinte de chorée chronique : « Dort mal. Agitalion la nuit ». Pousse des cris. Fouille de côté et d'autre. On est obligé chaque soir de lui faire des injections de morphine.

Héraval et Raviat en 1900 : « Broul..…., choréique chronique, s'esquive le soir avant de se coucher, et la nuit très agité, pousse des cris, empêchant ses camarades de salle de dormir. »

Mac-Farlam en 1890 signale chez une femme de 64

ans des hallucinations de la vue.

Rusk, Difendorf cile des cas avec hallucinalions de la vue et de louiïe.

Un jeune malade d'flamillon (obs. 18) voyait des loups. ;

Nous avons chez Font...,relaté les troubles de’ délire de rêve. Nous avons observé des troubles analogues chez l'une de ses sœurs. Dans notre troisième observalion, la malade a des rêves fréquents, elle cause la nuit parfois se réveille en poussant des cris. Notre malade de l'observation IT. a des cauchemars, dort mal la nuit,

” pousse des cris.

Nous croyons que ces cas de délire de rêve doivent être plus nombreux dans les cas de chorée chronique. Nous y voyons un rapport de plus avec les troubles

psychiques de la chorée de Sydenham.

Rapports avec la chorée de Sydenham. — En effet le {ableau clinique des troubles mentaux de la chorée de Sydenham ne diffère dans ses caractères essentiels de ceux que nous venons d'éludier.

Comme dans la chorée chronique nousirelrouvons les lroubles mentaux fondamentaux et les troubles menaux secondaires dépendant soit de l'état psychique hérédilaire, soit d’un élat d'inloxicalion (délire onérique).

Troubles mentaux dans la chorée de Sydenham. — Comme pour les (troubles moteurs physiques, nous résumerons, pour les troubles psychiques de la chorée ai

gue, opinion des classiques. ..

REUZ

Délire de rêve. — Marcé relève des hallucinations de da vue: « Hallucinations terrifiantes, arrivant le soir, ‘au moment de l'assoupissement, et qui si elles se prolongert dans la nuit, provoquent des rêves, des cauchemars, troublent el empêchent le sommeil des malades. Fantômes, figures fantastiques, ou-bien des animaux lions, loups, chats, chiens.

« Les malades, dif Breton, poussent des cris, appel-

lent au secours et redoutent la réapparilion de ces symptômes, 1ls ont peur de succomber de nouveau à un sommeil si pénible, ils luttent de loutes leurs forces pour -échapper au sommeil et éviter ses angoisses. »

Troubles mentaux proprement dits. — Nous citerons pour les troubles de létal mental proprement dit le docteur Movnier :

« Les malades se font remarquer par une grande mobilité d'esprit, un changement notable dans leur esprit -et leur caractère. Ils étaient studieux, intelligents, pleins de gaité, ils deviennent tristes, capricieux, recherchent l'isolement. Tantôt doux et prévenants, tantôt brusques

et grondeurs, poltrons, colères, fantasque ».

[rrilabilité. — Mairet insiste sur leur irritabilité. Troubles de l'intelligence. — Ziemssen sur les troubles

-de l'intelligence : les malades étant incapables d'efforts soutenus ont de la peine à rassembler leurs idées el

méme une incapacité de penser.

Troubles de la mémoire. — Pour Sollier la mémoire s'affaiblit. Les troubles sont dus au défaut de Fattention

et à l'instabilité des idées des malades.

Troubles de l'activité. — IIS sont oublieux, inatlentifs, incapable de tout travail suivi.

« Leurs pensées bondissent comme leurs muscles » dit Steiner.

Le facies lui-même est analogue au facies droit chez

Font....:; facies déprimé, maussade el sournois.

De l'étude des phénomènes psychiques et mentaux dans la chorée de Sydenham el dans la chorée chronique, nous coneluons :

n'y a pas de différence essentielle entre les symptômes classiques mentaux de ces deux affeclions.

Dans les deux affections nous retrouvons :

1° Un état psychique préexistant, constituant le caractère propre de chaque choréique.

2° Des troubles délirants, délire de rêve des infections et des intoxicalions, dépendant de Ja cause\ occasion. nelle de l'affection.

3 Des troubles mentaux fondamentaux, troubles de l'activité, troubles analogues aux mouvements physiques, de même ordre d'idées, avec altéralions conséculives de la sensibilité et de l'intelligence.

Chorées chroniques sans phénomènes mentaux. —

Sainton base la différence clinique sur la possibilité pour

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