‹ Considérations sur les contusions de l'estomacChapitre 18 sur 22 · OU · texte numérisé non relu

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sis la tuyère du soufflet dans l’œsophage, par une ouverture faite à la partie cervicale de ce conduit... L’estomac étant ouvert, j’aperçus la muqueuse rompue, fendillée sur plusieurs points. Ayant répété cette expérience une seconde fois, toutes les tuniques se rupturèrent dans le même endroit.

« En remplissant l'estomac avec de l’eau, en liant ses deux ouvertures, j'ai obtenu les mêmes résultats, mais avec beaucoup moins d'effort de pression. La membrane muqueuse se gerce, se fendille, puis toutes les tuniques se rupturent et le liquide s'échappe avec force ! En dirigeant les efforts de pression de manière à repousser le liquide vers le grand cul-de-sac, on le voit se perforer et la solution de continuité est presque toujours entourée de fissures plus ou moins étendues. La forme des ouvertures obtenues par de tels procédés est arrondie, tantôt leurs bords sont frangés ; d’autres fois, ils sont coupés net comme aurait pu le faire un emporte-pièce; elles sont souvent disposées en 21fundibulum. Souvent, aussi, la muqueuse et la séreuse paraissent avoir éprouvé une perte de substance plus étendue que les tuniques moyennes : ce qui tient, sans doute, à leur plus grande force de contractilité. »

Cette disposition en infundibulum, signalée par Lefe-

vre, est très importante parce qu'elle laisse comprendre

combien facilement une pareille lésion peut devenir

ulcéreuse.

Nous avons tenu à vérifier les résultats de Lefèvre et

nous devons dire qu’en nous servant des mêmes moyens

nous avons obtenu les mêmes lésions, limitées à la mu-

RU en

queuse dans les traumatismes de moyenne intensité, déchirant complètement toutes les tuniques dans les traumatismes violents.

Mais ces expériences ne nous ont pas appris autre chose que la friabilité plus grande de la muqueuse et sa tendance à se rupturer alors même que les autres tuniques restaient intactes.

Nous nous sommes proposé ensuite de voir si ces expériences de Lefèvre, produites sur des estomacs, hors de la cavité abdominale, pouvaient être répétées lorsqu’on remplissait l'estomac de la même façon sans le sortir de cette cavité, dont les parois étaient, du reste, laissées intactes.

Voici comment nous avons procédé : Dans une première série d'expériences, nous avons incisé la paroi abdominale, mis l'estomac à nu, lié le duodénum et par le cardia, au moyen d’une incision faite à la portion abdominale de l’œsophage et d’un entonnoir, rempli l'estomac d’eau. Nous avons ensuite lié le cardia, replacé l'estomac qui avait conservé sa position normale puisque l’incision faite à l’œsophage était longitudinale, et, suturant les parois abdominales, nous avons frappé sur la région occupée par l'estomac au moyen d’instruments divers, bâton,billot d’amphithéâtre,tringle de fer. Dans ces conditions, nous n'avons obtenu aucune rupture de la muqueuse.

Nous avons renouvelé ces expériences,en remplaçant l’eau par une bouillie épaisse,sans plus de résultats.

Ces expériences négatives, que nous avons répétées un certain nombre de fois, nous paraissent s'expliquer par l’homogénéité du contenu stomacal. Nous croyons

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donc que pour obtenir un résultat, on doit forcément opérer sur un mélange de liquides et de gaz, ainsi que nous l’avons déjà dit, la présence des gaz étant tout à fait nécessaire.

Mais il nous reste à nous demander ce qu'auraient produit ces traumatismes sur la muqueuse d’un estomac vivant. Nous croyons, et cette opinion nous a éte sugoérée par un de nos maîtres, que le traumatisme pourrait avoir pour effet de produire une ecchymose de la muqueuse ; le suc gastrique ferait le reste en agissant sur cette membrane ainsi modifiée et l’ulcère stomacal se trouverait constitué.

Qu'il nous soit permis de remercier, ici, notre camade et ami M. Pourcelot, préparateur au laboratoire d'anatomie pathologique, qui nous à gracieusement prêté son concours pour mener à bien nos expériences.

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Mais les lésions se bornent-elles à ces érosions de la muqueuse qui ne doivent être que passagères ? Nos observations prouvent que souvent la lésion ne tarde pas à se convertir en ulcère stomacal, et nous ne croyons mieux faire que de rappeler ici l'opinion des auteurs sur cette question.

À la suite du traumatisme, la muqueuse rompue devient une voie toute tracée à l’ulcération, et la paroi stomacale se trouve, en ce point, en défaut contre l’action corrosive des sucs secrétés à l’intérieur de

l'organe et entre autres du suc gastrique dont l'in-

fluence n’est pas douteuse. Aussi allons-nous citer, à

ce propos, ce que dit Luton dans son article « Esto-

mac » du Dict. de Faccoud CU Ici 1l n'est pas né-

cessaire d’avoir recours aux théories générales de l’ulcération, ni d’en faire une forme particulière d’inflammation ou de gangrène ; car nous sommes en présence de conditions qui n'existent nulle part ailleurs. Le suc gastrique et les substances ingérées constituent un vice local d’une énergie non douteuse. Le concours de ces deux causes réunies, surtout lorsque les ingesta, tels que les sucres et les arnylacés, subissent facilement la fermentation acide, entrave toute tendance à la cicatrisation de la solution de continuité acquise, et travaille à en aggraver l'étendue. L’ulcère est alors formé ; il s’accroit en superficie et en profondeur ; il dépasse bientôt les limites des parois de l’estomac, il devient perforant et le mal envahit même quelquefois les organes avec lesquels ces parois ont contracté des adhérences. C’est une véritable digestion qui s’accomplit, suivant les principes que nous avons admis en physiologie et à propos du ramollissement gélatiniforme de la muqueuse gastrique. L'évolution de l’ulcère n’est pas toujours aussi fatale ; elle est souvent enrayée par les mêmes motifs qui protègent habituellement l'estomac contre sa propre digestion, soit par l’interposition d'un mucus alcalin, soit par un choix d’aliments qui ne soient point acescents. »

)Aoccit.

L’ulcère, une fois constitué, présente des caractères ne différant en rien de ceux de l’ulcère simple traumatique. En effet, si nous nous en rapportons à nos observations 11 et VI suivies d’autopsie, nous voyons l’ulcère présenter les caractères suivants : Dans l'observation 11, celle de- Potain, l’ulcère était complètement cicatrisé. La cicatrice se composait d’une portion arrondie et d’une autre linéaire, prolongée sur la face postérieure de l’estomac, épaissie, froncée et donnant l'idée d’un tissu inodulaire qui est parvenu au summum de rétraction.

La dissection fit voir : 1° que la membrane muqueuse et la couche sous-jacente étaient complètement détruites et remplacées par un même feuillet de tissu fibreux ; 2° que la presque totalité du plan musculaire avait également disparu. Quelques fibres assez rares passaient sous le fond de l’ulcère ; le plus grand nombre. s’arrêtaient à ses bords. Là, elles semblaient s'insérer au bourrelet fibreux dont ses bords étaient entourés.

Cet estomac présentait, en outre, une particularité remarquable que nous ne pouvons passer sous silence : c’est la présence d’un rétrécissement accompagnant l’ulcère et qui convertissait l’organe en un vrai bissac. Ce qui pouvait pendant la vie expliquer l'absence d’hématémèse, en ce que le sang avait plus de difficulté à. refluer vers l’œsophage que vers l'intestin.

Dans l'observation vi, de Carrière, les lésions ulcéreuses étaient beaucoup plus profondes. Ici l’ulcère siégeait au niveau de la petite courbure, sur la paroi postérieure, et sur tout le reste de la paroi stomacale la muqueuse était saine. Sa forme était circulaire et de la

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largeur d’une pièce de 10 centimes. Sur ses bords taillés à pic, venait s’insérer la muqueuse lisse en haut, érodée en bas. Son fond était constitué par le pancréas; aussi toutes les tuniques, muqueuse, musculeuse et séreuse étaient détruites. Néanmoins le péritoine était sain attendu qu’au moment de la perforation stomacale une inflammation adhésive intense avait dû se produire et amener leur adhérence entre le pancréas et l’estomac.

Quant au péritoine, 1l était resté sain dans ces deux cas, à cause de la non perforation dans le premier, et de l’adhérence dans le second.

On le voit donc, lorsque l’ulcère évolue, la destruction de la paroi stomacale peut être complète ou incomplète, intéresser une ou plusieurs tuniques ou leur totalité. Néanmoins, dans nos observations VII, IX, X, rapportées par Duplay, il est probable que l’action ulcéreuse n'aura intéressé que la muqueuse et peut-être la musculeuse et que la réparation des lésions se sera faite par l’interposition d’un tissu fibreux, comme nous l’avons vu dans l'observation de Potain.

Lorsque le travail, qui a créé l’ulcère, se poursuit audelà des dernières limites de la résistance des parois, on voit survenir la perforation de l’estomac. Nous en voyons un exemple dans l'observation v, de Poland. Comme les détails manquent sur les caractères de cette perforation,nous sommes obligé de nous en rapporter à ce que disent les auteurs à ce sujet.

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