OBSERVATION N° VIII
Œdème cérébral chez un enfant de 14 ans: opération, guérison. MARCEL FÈVRE. Bull. et mém. Acad. de chir. 1937, p. 469.
L'enfant M... Gabriel, 14 ans, a été relevé par un agent sur la voie publique, il arriva avec lui à pied à l'hôpital. Il aurait été renversé par une bicyclette. A son arrivée à l'hôpital, il présente les signes d'une fracture du crâne intéressant le rocher du côté droit avec otorragie de ce côté. L'enfant reste tantôt somnolent, tantôt agité. La tempéraure s'est élevée à 35°0 le deuxième et le troisième jour après l'accident, et redescend ensuite. L'enfant est traité par ponctions lombaires répétées, jusqu'au 4° et 5° jour. Cependant la torpeur s’accentue, et au sixième jour, l'enfant présente des crises convulsives avec contractures. On discute même le diagnostic de tétanos (malgré l'injection de sérum préventif après l'accident) et celui de méningite. Un examen du liquide céphalo-rachidien, pratiqué le 7° jour après l’accident, ne montre aucun germe dans ce liquide, mais seulement la présence d'hématies. On ne trouve que deux éléments à la cellule de Nageotte, Le taux de l’albumine est de 0 gr. 22. Cependant les crises convulsives et les phases de dépression se succèdent, l'enfant devient complètement indifférent, ne parle pas et urine constamment sous lui. Cet état s'aggravant, nous sommes appelé d'urgence, auprès du petit malade le 8° jour après l'accident. Nous revoyons l'enfant une seconde fois dans la journée et ne pouvons que constater l'aggravation progressive; l'enfant présente l’'acpect d’un épilep-
Ale
tique en état de mal, avec phases de contracture généralisées. et de dépression profonde. Les crises se succèdent. Le pouls oscille entre 40 et 60 suivant les moments. Craignant une compression encéphalique par hémorragie méningée, nous intervenons (Fèvre et Charrare). Trépanation sous-temporale droite, suivant la méthode de Cushing. La dure-mère est immobile. On ponctionne à travers cette dure-mère sans pouvoir retirer de liquide céphalo-rachidien. On enfonce l'aiguille vers le ventricule latéral. On ne retire pas de liquide. La dure-mère est incisée. Il ne se produit aucun écoulement notable de liquide céphalo-rachidien. Par contre, le cerveau œdémateux, gonfié par un gros œdème cérébral, rendant les circonvolutions monstrueuses, (bloque la brèche. La dure-mère est laissée ouverte. Fermeture totale des muscles, de l’aponévrose et de la peau.
L'intervention est suivie d’une amélioration rapide. L'enfant, opéré le soir, est revu le lendemain matin; les crises d'épilepsie ont disparu, elles n’apparaîtront plus, l'agitation s’est apaisée; le malade n'a pas uriné sous lui et n’urinera plus que dans l’urinoir volontairement.
Cependant l'enfant reste encore prostré. Il ne répond pas aux questions, mais prononce spontanément quelques paroles, lentement articulées, ce qui ne lui était pas arrivé depuis plusieurs jours.
L'obnubilation disparaît progressivement; dès le surlendemain de l'intervention, l'enfant répond aux questions en parlant lentement.
L'amélioration se poursuit de jour en jour, et l'enfant quitte l'hôpital 26 jours après l'intervention, dans un état qui paraît rigoureusement normal. Les suites opératoires n'ont été troublées que par une otite droite intercurrente, survenue du côté de la fracture.
L'enfant, revu 15 jours après sa sortie de l'hôpital, était toujours en parfait état.
L'interrogatoire de la mère à appris que celle-ci était épileptique. Par contre, l'enfant n'avait jamais présenté de crises d'épilepsie.